IIP W m 1 iV» :•*?»)»" ^0. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES HUITIEME SERIE ZOOLOGIE MPr.[MEr,IE ÉD. cr.ÉTÉ. 50 Sff-^ . Ye sêr, ANNALES '^^ I) K S SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE COMPRENANT l/ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE M. A. MILNE-EDWARDS TOME VJI PARIS MASSON ET C\ ÉDITEURS LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE DE MEDECINE d20, Boulevard Saint-fierma'n 189S Jlroits de traduction et de reproduction réservés. X/SRARl LA PARTIE ANTÉRIEURE DU TUBE DIGESTIF ET LA TORSION CHEZ LES MOLLUSQUES GASTEROPODES Par M. Alexandre AMAUDRUT INTRODUCTIOlN Dans ces derniers temps les Mollusques ont été l'objet d'études approfondies, la plupart des organes ont été étudiés comparativement dans tous les groupes. Une étude sembla- ble n'a jamais été entreprise pour la partie tout à fait antérieure du tube digestif, qu'on désigne ordinairement sous le nom de bulbe. A part un travail de Geddes, dans lequel l'auteur compare les bulbes de Patelle, Lolïgo et Buc- cin, on ne trouve de renseignements sur cet organe que dans les monographies. Dans le but de combler cette lacune et pour juger tout d'abord de l'intérêt que pouvait présenter le sujet, j'ai commencé par disséquer des animaux apparte- nant à des groupes divers. Cet essai m'ayant montré que dans tous, le bulbe présente des caractères fondamentaux communs et des caractères secondaires variables, j'ai cher- ché les causes déterminantes de ces variations, et les ayant présumées dans les modifications qui intéressent la région céphalique, j'ai étudié les états divers de cette dernière dans la série des Prosobranches. AN.\. se. NAT. ZOOL. VII, 1 2 A. AMAUORUT. Ce second point m'a permis de distinguer chez les Proso- branches supérieurs deux types de trompe bien caractérisés et en harmonie cliacun avec les variations présentées par la structure du bulbe. Passant ensuite des Prosobranches supérieurs aux formes plus archaïques, j'ai pu remonter ainsi à l'origine de ces trompes et attribuer les causes de leur différenciation à des différences de niveau dans la ré- gion de croissance qni les a produites. Après avoir étudié les différentes parties constitutives du bulbe, en allant des Diotocardes aux Rhachiglosses, et mon- tré que les différences de structure sont en rapport avec la présence ou l'absence de la trompe et l'état de cette der- nière, j'ai cherché à expliquer le mécanisme de la radule. J'ai distingué dans celle-ci des mouvements d'ensemble communs à tous les Mollusques et des mouvements variables en rapport avec la forme du bulbe et des dents, avec la pré- sence ou l'absence des mâchoires et avec le régime de l'animal. A la face supérieure du bulbe et à la naissance de l'œso- phage appartiennent des dilatations symétriques déjà con- nues chez quelques Diotocardes sous les noms de poches buccales et de poches œsophagiennes. J'ai montré l'exis- tence des unes et des autres dans tout ce groupe et j'ai cherché leurs homologues chez les Monotocardes. Les pre- mières disparaissent de bonne heure, mais il n'en est plus de même des secondes, qui, sauf de rares exceptions, se ren- contrent dans toute la série des Prosobranches, où elles constituent les organes connus sous les noms de jabot, glande de Leiblein, glande à venin. J'ai cherché à déterminer les causes de ces transforma- tions et je crois avoir réussi à démontrer qu'elles existent dans les états divers que présente la trompe. Lorsque celle- ci se développe, elle tend à entraîner avec elle le bulbe et les poches œsophagiennes, mais, comme la section de l'ap- pareil proboscidien est plus faible que celle de la cavité antérieure primitive, le bulbe et la partie antérieure des Tl'BE DIGESTIF CHEZ LES MOLLU.^QUES GASTÉROPODES. 3 poches subissent un étirement que l'on peut comparer à un passage à la filière ; de là rallongement du bulbe et la divi- sion des poches en deux parties : l'une antérieure située dans rintérieur de la trompe et l'autre postérieure qui est restée en place dans la cavité antérieure du corps pour constituer le jabot. Ce dernier constitue encore une glande intrinsè- que, mais chez les Prosobranches supérieurs à 1 rompe plus longue, il s'est séparé de l'œsophage pour donner une glande extrinsèque. Chez les uns, la séparation s'est faite d'avant en arrière, pour donner la glande de Leiblein ; chez les autres, elle s'est produite d'arrière en avant pour aboutir à la glande à venin. La glande de Leiblein ne se rencontrant que chez les formes à trompe longue et normale, et la glande à venin que chez les formes à trompe spéciale, j'ai cherché à ratta- cher l'évolution de ces formations glandulaires au dévelop- pement de l'appareil proboscidien. Les poches œsophagiennes des Diotocardes présentent toujours des preuves certaines d'un mouvement de torsion d'environ 180^, de droite à gauche, en passant par la face supérieure. Dans leur intérieur, il existe toujours au moins deux bourrelets supérieurs, sur lesquels il est facile de sui- vre la torsion. En général aussi, elles sont limitées en avant par la branche supérieure de la chiastoneurie, qui passe obliquement sur l'œsophage de droite à gauche et d'avant en arrière, et par l'aorte antérieure qui passe transversale- ment sur l'œsophage, mais en arrière des poches. Chez les Monolocardes à trompe, l'existence des bourre- lets supérieurs est la règle; ils s'étendent toujours de la région supéro-postérieure du bulbe jusqu'à la partie posté- tieure du jabot ou à l'orifice du canal excréteur de la glande de Leiblein. Ils sont rectilignes dans la trompe, mais au niveau de la cavité antérieure ils sont tordus de 180°, ce qui m'a permis de considérer le jabot et la glande de Leib- lein comme appartenant morphologiquement à la face in- férieure de l'œsophage ramenée en haut par la torsion. De plus , les relations de ces formations glandulaires avec 4 A. AMAUDBUT. l'aorte el le nerf de la chiastoneurie étant les mêmes que chez les Diotocardes, j'ai pu aussi les considérer comme homologues des poches œsophagiennes de ces derniers. Après avoir constaté la constance de ces relalions dans les ditîérents groupes de Prosobranches, j'ai cherché si quelque chose de semblable se rencontrait chez les Opistobranches. Dans les formes les plus primitives des Tectibranches, le gésier m'a montré les mêmes rapports que le jabot des Ténioglosses, mais à mesure qu'on s éloigne de ces formes primitives, l'aorte et la branche sus-intestinale de la chiasto- neurie tendent à prendre des positions différentes, et chez les Tectibranches récents, elles ne croisent plus la partie anté- rieure du tube digestif. La torsion constante des organes contenus dans la cavité antérieure des Prosobranches et des Teclibranches anciens, et la détorsion d'une partie seulement de ces mêmes organes chez les Tectibranches récents, m'ont conduit à rechercher si ces faits sont en harmonie avec les théories émises sur la torsion et la détorsion des Gastéropodes. Ce travail a élé fait à Vesoul, loin des laboratoires où l'on trouve toujours, avec les matériaux nécessaires, les rensei- gnements indispensables. Je ne saurais cependant réclamer l'indulgence du lecteur en invoquant les conditions défavo- rables dans lesquelles j'étais placé, car renseignements et matériaux ne m'ont pas fait défaut, grâce à l'obligeance de MM. Bouvier et Perrier, professeurs du Muséum. M. Bouvier, après m'avoir indiqué mon sujet, n'a cessé d'en suivre le développement avec une grande soUicitude, mettant en quelque sorte à ma disposition ses connaissances approfon- dies du groupe des Prosobranches : aussi je lui adresse ici le témoignage de ma plus vive reconnaissance. M. Perrier, avec une grande bienveillance, a bien voulu ouvrir pour moi les riches collections du laboratoire de malacologie et présenter à l'Institut les notes relatives à mes recherches. Je le prie de vouloir bien agréer mes remerciements sincères. Je remercie également MM. de Rochebrune, Bernard, Mabille, TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES 5 Lebrun el Richard, assistants et préparateurs au laboratoire de malacologie du Muséum, aux connaissances desquels j'ai eu recours pour les renseignements techniques et la détermi- nation des espèces. A la fin de ce travail on trouvera le plan que j'ai suivi. Je l'ai relégué à cette place afin de pouvoir indiquer en regard de chaque chapitre la page correspondante. CAVITÉ AxNTÉRIEURE DES PROSOBRAISCHES. Dans la plupart des Mollusques Prosobranches on peut dis- tinguer deux cavités renfermant chacune des organes parti- culiers. L'une supérieure, ou cavité palléale, dans laquelle se Irouvent l'organe respiratoire, le cœur, le rein et les parties terminales du tube digestif et de l'appareil génital. L'autre inférieure, ou cavité générale, qui est susceptible d'être divi- sée à son tour en deux autres : Tune antérieure, l'autre postérieure. La cavité antérieure contient le bulbe, l'œso- phage et ses dilatations : poches œsophagiennes, jabot, pharynx de Leiblein, glande de Leiblein, glande à venin, l'appareil salivaire tout entier, les principaux centres ner- veux et l'aorte antérieure. En général, elle s'étend en arrière aussi loin que la cavité palléale et son plafond sert de plan- cher à la cavité respiratoire; en général aussi les dimensions de ces deux cavités sont en rapport avec les dimensions du dernier tour de la coquille. La cavité postérieure comprend les organes du tortillon : l'estomac, les circonvolutions intes- tinales, le foie, les glandes de l'appareil génital. Elle est protégée par les autres tours de la coquille. Dans les formes les plus archaïques, la division de la cavité générale en deux autres n'est pas encore bien établie. Chez Chiton par exemple, l'es- tomac est situé immédiatement en arrière du bulbe et est recouvert de nombreux diverticulums hépatiques et d'anses intestinales; chez les Haliotides l'une de ces anses s'avance du côté droit jusque dans le voisinage du tentacule et chez les Xéritidés et les Navicellidés les circonvolutions inteslina- 6 A. AIIAUDRIIT. les recoLivrenl les glandes salivaires el viennent biiler contre le bulbe. • Si nous remarquons que chez les Prosobranches supé- rieurs, le tortillon s'élend plus loin en arrière et la têle plus loin en avant que chez les Diotocardes, nous pouvons admettre que les causes de la locahsation des organes dans deux cavités distinctes sont dues à des allongements pro- duits aux deux extrémités du corps de Tanimal. Dans ce tra- vail nous ne nous occuperons que de l'allongement anlé- rieur. La cavité antérieure se continue en avant dans la tête. Celle-ci, plus ou moins distincte, est située au-dessus du pied; elle contient dans son inlérieur le bulbe, et porle à sa surface les organes des sens. L'allongement antérieur s'étant toujours produit en avant du manteau, les relations de ce dernier avec la tête sont très variables. Il la recouvre com- plètement chez Chiton, Patelle, tandis que chez les autres il la laisse plus ou moins à découvert. Déjà chez les Diotocardes, les organes situés dans la cavité antérieure, en arrière du bulbe, présentent un indice certain de torsion à gauche. L'allongement antérieur ayant parti- culièrement intéressé la tête, ou une faible région du dos située en arrière de celle-ci, les organes de cette cavité anté- rieure sont restés en place, sauf le bulbe toutefois qui a suivi l'orifice buccal, entraînant avec lui Fœsophage, les canaux excréteurs des glandes salivaires, l'artère antérieure et les muscles rétracteurs' du bulbe, et comme l'allonge- ment est postérieur à la torsion, il en résulte qu'après celte modification, la cavité antérieure contient en arrière des organes tordus qui se continuent en avant par des parties reclilignes- L'allongement antérieur ne s'est pas toujours produit au même point. Si on examine une tête de Diotocarde, elle se montre constituée par une portion détachée du corps, à laquelle on donne généralement le nom de mutle et qui porle latéralement les tentacules, plus ou moins éloignés du som- TUBE DlGIiSTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 7 met et divisant ce mufle en deux régions; l'une pré-tentacu- laire, l'autre post-lentaculaire. L'allongement s'est produit sur Tune ou sur l'autre de ces deux régions, ou encore en arrière, dans la partie dorsale, non encore séparée du pied. Tantôt la croissance s'est produite sur une seule de ces trois régions, à l'exclusion des autres, tantôt au contraire elle s'est produite sur les trois régions simultanément ou sur deux seulement. De là les formes si variées que présente la tète des Prosobranches. Je donnerai le nom (\' allongement terminal à l'allonge- ment produit en avant des tentacules, et je désignerai les deux autres sous les noms d'allongements intercalaires post- te7itaculaire et dorsal. Chez les Monotocardes les plus inférieurs (Paludine, By- tliinie, Cérithes, Ampullaire, Cyclophore) l'allongement se produit faiblement, mais sur les trois régions. Il en résulte un mufle plus long que celui des Diotocardes, avec les ten- tacules à peu près au milieu de sa longueur ; quant au bord du manteau, il se trouve déjà rejeté assez loin de la partie postérieure du mufle. Dans leXénopbore (fig. 1, t, et 69, PI. IX), l'allongement intercalaire dorsal a reporté en avant, loin du bord du man- teau, la tête avec les tentacules et les yeux. L'allongement terminal est le plus fréquent et se rencon- tre seul chez la plupart des Proboscidifères (Buccin, Murex, Pourpre, etc.), où il donne une trompe normale acremboli- que ou pleurembolique (fîg. 2, ^). Les allongements terminal et intercalaire dorsal se rencon- trent chez les Strombes, les Bostellaires , les Chenopus (fig. 3, t). Chez ces aniniaux, on voit se dégager du manteau un corps cylindrique portant, à peu près vers le milieu de sa face supérieure, les tentacules, entre lesquels l'allonge- ment terminal a produit la trompe. Ces trois organes : ten- tacules et trompe, ne sont pas portés sur une saiUie com- mune, mais se détachent au niveau de la surface du corps cylindrique. La région située en arrière des tentacules, jus- 8 A. AMAUDRUT. qu'au point d'insertion du manteau, indique la part qui revient à rallongement intercalaire dorsal. En avant des tentacules se trouve le col pédieux terminé par une sole pédieuse rudimentaire et par l'opercule. Dans les Cassis, Cassidaire, Dolium, Pyrule, Cône, Tere- hra (fig. 4, ^ et 1 , 2, 3, 4, 5, PI. I), les allongements ont Fig. 1, 2, 3, 4. — Tètes de Mollusques montrant les différentes régions de croissance. — 1, Xénophore; 2, Buccin; 3, Strombe; 4, Cône;atd, allon- gement intercalaire dorsal ; T, trompe formée par croissance terminale ; T', trocart dû à un allongement intercalaire post-tentaculaire; B, bulbe; ï, tentacule; oi, œil; S, siphon; Bm, bord du manteau; P, pied. intéressé les parties primitivement libres du mufle, situées à la fois en avant et en arrière des tentacules. L'allongement terminal a produit la trompe proprement dite (ï) et l'allon- gement intercalaire posl-ten[aculaire a donné un lubepro- tecleur (ï') dans lequel se meut la trompe. Après avoir défini les différentes régions de croissance, je me propose de revenir avec plus de détails sur la trompe TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTEHOPODES. U normale formée par allongement terminal et sur les forma- tions proboscidiennes à tnbe protecteur. I. — AlLOiNGEMENT TERMINAL. a. Origine des muscles rétracteurs de la trompe. — Il existe tous les passsages entre le mufle, la trompe acrembolique et la trompe pleurembolique. Dans les Chénopidés, les Calyptréidés et les Strombidés, la trompe se présente encore sous l'aspect d'un mufle allongé, dont la base se continue, sans repli, avec les tégumenls situés entre les tentacules; on peut, avec Macdonald (1), dési- gner cette saillie sous le nom de mufle proboscidiforme. Sur des animaux conservés dans l'alcool, je l'ai rarement trouvée invaginée. Le mufle et la trompe sont toujours formés de fibres cir- culaires externes et de fibres longitudinales internes, celles-ci toujours plus développées en arrière qu'en avant. Chez les Diotocardes et les Mollusques à mufle proboscidiforme (Strombe, Rostellaire), la face interne est tapissée de fais- ceaux musculaires longitudinaux disposés régulièrement. On n'observe pas de faisceaux libres, détachés de la paroi et destinés à agir plus spécialement dans la rétraclion. Mais il n'en est plus de même chez les animaux à trompe nettement invaginable : des muscles longitudinaux se sont détachés de la couche interne et président plus directement aux mouve ments de rétraction. Ils restent attachés eu avant à la face interne de la trompe et en arrière à la paroi de la cavité gé- nérale, leur partie moyenne restantlibre dans celte dernière. Chez les JSatice et les Cyprœa (fig. 6, PI. I), la trompe évaginée se présente sous la forme d'un cylindre assez court, portant à sa base les tentacules et contenant le bulbe. Si sur un animal à trompe rétractée, on fend en long les parois dorsales et qu'on rejette à droite et à gauche les bords coii- (1) Macdoaald, General Classification of the Gastéropodes {Trans. of the Linn. Soc. of Lond., 1860, t. XXIII). 10 A. AMAUDItUT. pés (fig. 7, PI. I), on trouve en avant, dans la cavité générale, la trompe invaginée (T) se continuant en arrière par le bulbe (B), et à la limile des deux organes, les colliers ner- veux. Le bulbe se continue en arrière par un œsopbage court, formant un repli à convexité antérieure, caché par le jabot et la face postérieure du bulbe. Quand la trompe passe de l'état de rétraction à l'état d'évagination, le bulbe franchit les colliers nerveux et l'anse œsophagienne prend une direction rectiligne. Quant au jabot et aux colliers ner- veux, ils restent en place, ce qui explique les positions di- verses des ganglions cérébroïdes par rapport au bulbe. La cavité antérieure ne présente plus celle constante uni- formité dans la répartition des fibres longitudinales. Selon quatre lignes symétriques deux à deux, les fibres longitudi- nales se sont concentrées pour former des faisceaux chargés d'agir plus spécialement sur la trompe. Les faisceaux supé- rieurs {m?'s) ne sont pas encore complètement séparés des parois sous-jacentes, ils forment deux cordons longitudi- naux confondus en arrière avec les fibres longitudinales voisines, mais en avant ils sont fortement en relief. Ils ne se terminent pas brusquement au point où la partie anté- rieure de la trompe invaginée se rattache aux parois du corps, 7ncm leurs fibres se réfiéchïssent d'avant en arrière^ ])Oiir se terminer dans la trompe à différents niveaux ; les plus superficielles allant le plus loin et atteignant la limite de sépa- ration de la trompe et du bulbe. Les faisceaux inférieurs {mrï) naissent plus loin en arrière que les précédents, ils débutent par une partie commune faisant saillie, au-dessus du muscle columellaire, mais fixée encore à ce dernier. En arrière des ganghons pédieux, ils se détachent des parois sous-jacentes et se séparent pour for- mer deux cordons distincts qui traversent les colliers œso- pbagiens. Si on rabat la trompe en avant, de manière à ramener en haut la face inférieure, on voit ces faisceaux con- server leur individualité jusqu'à l'origine de la trompe ré- tractée où ils paraissent se fixer, mais en réalité leurs fibres TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUifQUES GASTÉROPODES. \\ vont plus loin el, comme pour le muscle supérieur, les plus superticielles allei«nent la limite du bulbe et de la trompe. Nous pouvons représenter scliématiquement l'appareil proboscidien de Cyprsea de la manière suivante : Lorsque la trompe est évaginée (fig. o, f) il existe dans son intérieur un système de muscles symétriques dont les fibres s'étalent sur sa face interne, dans la région comprise entre les tentacules et le point où elle se rattache au bulbe. Les fibres externes de ces muscles sont les plus courtes et se fixent dans le voi- sinage des tentacules, les fibres internes plus longues attei- gnent la limite de la trompe et du bulbe. ™^ fii^ ^ Fig. o, 6. — Figures schématiques montrant les trompes évaginée (5) et invaginée (6) de Cyprœa. — T, trompe; B, bulbe; Oe, œsophage; mr, muscles rétiacteurs de la trompe. A l'état de rétraction (fig. 6, /), la trompe invaginée se continue en arrière par le bulbe; les muscles rétracteurs paraissent fixés dans le voisinage du tentacule, ce qui rend douteux le rôle qu'ils jouent dans le mécanisme de l'invagi- nation. En réalité les fibres ont conservé leurs positions relatives ; les plus internes s'insèrent toujours au sommet de la trompe et les externes dans le voisinage du tentacule. b. Origine de la trompe pleur emboliq ne. Gaine de la trompe. — La trompe de Cyprœa appartient, comme on sait, au type des trompes acremboliques, ou invaginables à partir du sommet. Si l'allongement terminal se continue sans que les fibres musculaires des rétracteurs suivent 12 A. AMAUDKUT. rigoureusement cet allongement, on passe de la figure 5, t à la figure 7, /. Cette trompe se continue sans repli avec les téguments compris entre les tentacules, dont elle est le pro- longement direct ; son aspect extérieur est le même que celui d'une trompe évaginée de Cyprea, avec cette seule diffé- rence qu'elle est plus longue. C'est donc encore une trompe complètement évaginable, mais qui n'est plus complètement nwaginable. En effet, sous l'effort du muscle rétracteur la partie ba prend la position b'a [^\^\ 8, t) et la partie as l'ig. 7, 8. — Figures schématiques montrant les trompes évaginée i^T) et invaginée (8) de Murex brandarls. — T, trompe; sa, portion antérieure de la trompe qui n'abandonne pas l'œsophage; ab, portion inférieure qui l'orme la gaine pendant l'invagination; B, bulbe; (Je, œsophage; mr, muscles rétracteurs. conserve ses positions relatives avec le bulbe et l'œsophage. Dès lors nous aurons à distinguer dans la trompe : une région antérieure se déplaçant en ligne droite, comme un piston dans son corps de'pompe, et une autre postérieure servant à rattacher la base du piston aux téguments voisins des tentacules. Cette dernière, qu'on désigne sous le nom de gaine (1), peut se placer dans le prolongement de la première pendant l'évagination et présenter les caractères de la trompe. Les deux régions ne sont pas toujours bien délimitées en arrière, au point a . Sous l'effort plus ou moins violent des (1) Bouvier, Système nerveux , morphologie générale et classification des Gas- téropodes \rrosobr anches (Thèse de Paris, 1887, p. 2o7). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 13 muscles rétracleiirs, une partie de la gaine peut devenir trompe ou réciproquement. L'état que nous venons de décrire se rencontre chez les Muricidés et les Purpuridés. Par exemple, sur un animal de Murex brandaris L. ouvert selon une ligne longitudinale médiane et dorsale (fîg. 8, PI. I), la trompe étant à l'état de rétraction, on observe dans la partie antérieure de la cavité générale, immédiatement en arrière des tentacules, une grosse niasse ovoïde [ga) qui représente la gaine rattachée en avant aux parois de cette cavité selon une hgne annulaire. Sa face supérieure est recouverte en grande partie par les glandes salivaires {gin). Çà et là, de sa face supérieure, se détachent, en avant, de minces tractus musculaires qui se portent sur les parois du cou. En arrière la gaine vient buter contre le bord antérieur de la puissante glande de Leiblein. Si on dilacère la partie supéro-antérieure de la gaine on met à découvert l'extrémité de la trompe (T) qui fait librement saillie dans son intérieur. Dans la cavité antérieure, à droite et à gauche de la gaine, on remarque les deux gros muscles rétracteurs mrjn'r . Ils se détachent des parois latérales, assez loin en arrière, au niveau delà petite glande, d'aspect framboise, qui se trouve à l'entrée du canal excréteur de la glande impaire. Ils ont une direction obhque de haut en bas, d'arrière en avant et de Fextérieur à l'intérieur. Ces directions les amènent à occuper en avant la face inférieure de la gaine, où ils pa- raissent se terminer, mais si on soulève la gaine et qu'on fasse exécuter à sa partie postérieure un mouvement de rota- tion de 180°, autour de son extrémité antérieure, de ma- nière à ramener en haut sa face inférieure, on s'assure sans difficulté que cette insertion n'est qu'apparente (fig. 9, PI. I). Le faisceau nous apparaît encore en relief sur le fond de la gaine et peut être suivi jusqu'à l'extrémité postérieure de celle-ci. Avec un peu plus d'attention, on s'assure que les fibres du faisceau s'arrêtent à différents niveaux sur la gaine : les plus superficielles atteignent sa partie postérieure et se 14 A. AMAUORUT. réfléchissent même quelque peu dans l'inlérieur de la trompe. " Les muscles rétracteurs ont une couleur d'un blanc nacré, avec strialion transversale qui pourrait faire croire àl'exis- lence d'un muscle à fibres annulaires; mais il n'en est rien, ces muscles sont formés exclusivement de fibres longitudi- nales. La striation transversale est probablement due aux plissements en zigzags que les fibres ont dû prendre pour se raccourcir, et cet état plissé du muscle n'est peut-être pas étranger à son aspect nacré. c. Gaine libre et gaine fixée. — Dans les types précédents, la gaine invaginée se continue seulement en avant avec les téguments, elle ne présente aucune adhérence avec les parois de la cavité antérieure, elle est même séparée de ces parois par les faisceaux des rétracteurs; mais chez les types à trompe plus longue, il n'en est plus de même : la partie antérieure de la gaine se soude plus ou moins aux parois internes, et dès lors, il y a lieu de distinguer, avec Oswald (1), deux parties dans cet organe : la partie soudée immobile et la partie libre qui peut devenir alternativement gaine et trompe. On peut se demander comment s'est constituée cette sou- dure de la partie antérieure de la gaine? 11 est évident qu'elle n'a pu se produire qu'à la condition que l'inserlion antérieure du muscle rétracteur se déplace elle-même en avant. La question se Irouve ainsi ramenée à la cause de ce déplacement. Si nous observons les positions relatives des fibres de ce muscle, dans les deux états de protraclion et de rétraction de la trompe, nous voyons que les fibres internes, celles qui s'insèrent le plus loin sur la trompe, exécutent des mouve- ments d'une grande amplitude, tandis que les externes, qui s'insèrent dans le voisinage du tentacule, conservent une position à peu près constante. (l) Oswald, Der Rilsselappm^at der Prosobranchier {Jen. Zeitschrift fur N-at., 2^« vol., 1894, p. 132;. TUBh] DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROI'ODES. 15 Des considérations que j'indiquerai plus loin, au sujet du mécanisme de l'invagination, me permet lent de dire que la contraclion des fibres n'est pas simultanée, mais successive , elle se produit des plus grandes aux plus petites, de l'inté- rieur k l'extérieur. Si nous observons que le sommet de la trompe sur l'animal vivant exécute des mouvenieuts d'am- plitude moyenne, que c'est seulement dans les cas de danger que l'animal rétracte violemment sa trompe, nous en con- cluons que les fibres internes sont, pour ainsi dire, en acti- "^ Fig. 9, 10, 11. — Trompes rétractées de Ranelle, de Buccin et de Cône. — T, trompe ; T', trocart; G, gaine de la trompe; B, bulbe; Oe, œsopha^ge ; Cx, canal excréteur de la glande à venin; tb, tube buccal; mr, muècle rétracteur de la trompe. vite permanente, tandis que le repos est l'élat à peu près normal des fibres externes. Les relations qui existent entre le travail d'un muscle et son développement nous permettent donc de dire que le déplacement du muscle est dû à une hypertrophie de sa face interne et une atrophie de sa face externe. L'anatomie comparée confirme cette manière de voir, en nous montrant tous les passages entre les gaines libres et les gaines moins ou plus soudées en avant. Dans Ranella [Triton giganteum) (fig. 15, PI. II), la partie fixée de la gaine est courte et non soudée ; entre elle et les parois céphaliques existe un intervalle très net, traversé par des tractus musculaires allant d'une face à l'autre. En arrière, 16 A. AIIAUUKUT. ces Iractus deviennent de plus en plus longs et de plus en plus forts ; les derniers, qui s'insèrent le plus loin en arrière, se fixent en avant, non plus sur la gaine, mais sur la face interne de la trompe quand celle-ci est projetée en avant. Si les filaments musculaires compris entre la gaine et la paroi du corps se raccourcissent encore, les surfaces qu'ils réunissent arriveront en contact, pourront se fusionner, et cela d'autant plus facilement que ces deux surfaces ont même structure histologique, puisque la fa!ce externe de la gaine est la continuation de la paroi interne du corps. Cette dis- position se présente chez Cassidaria echinophora^ où la gaine se compose netlement de deux parties : Tune anté- rieure qu'il est impossible de détacher des parois du corps, l'autre postérieure, mobile, pouvant faire partie de la trompe quand celle-ci est projetée au dehors. Si la soudure se poursuit plus loin en arrière, on arrive à l'élat décrit par Oswald chez le Buccin. Les figures demi-schématiques 9 et 10 représentent les trompes rétractées de Ranelle et de Buccin. II. — Allongements terminal et lxtercalaire post- TENTACULAIRE. Ces deux allongements se sont produits : l'un en avant des tentacules, et adonné une trompe normale analogue à celle du type précédent ; le second, en arrière des tentacules et a reporté ceux-ci à uile certaine distance en avant, de manière à constituer un tube qui ressemble extérieurement à une trompe acrembolique évaginée, mais on ne rencontre pas le bulbe à son extrémité [ïig. 4 et 11, t). A son sommet, les parois externes se replient d'avant en arrière, pour le doubler intérieurement. La partie ainsi repliée pénètre dans la cavité antérieure, à la face interne de laquelle elle reste également soudée sur une longueur plus ou moins considé- rable pour constituer la partie fixe de la gaine, puis elle devient libre et se réfléchit en avant pour se continuer avec TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 17 la trompe. La figure schématique 11, t, iait suffisamment comprendre cette disposition. Les deux allongements n'ont pas été simultanés, mais suc- cessifs, et l'allongement terminal a dû se produire le pre- mier. En effet: r Si l'allongement intercalaire s'était produit le premier, on devrait le rencontrer seul chez les formes les plus archaï- ques : or on ne le rencontre que chez les formes relative- ment récentes et toujours associé à l'allongement terminal. Il présente son maximum de développement chez les Cônes et les Terebra que Ton considère comme occupant le sommet de la série des Prosobranches; 2° Si l'allongement intercalaire avait précédé l'allonge- ment terminal, le jeu des muscles rétracteurs aurait ramené dans l'intérieur du corps, et dès le début, cette partie nou- vellement formée, et on devrait trouver les tentacules atta- chés à la partie fixe de la gaine. C'est chez les Cônes et les Terebra que le fonctionnement de cet allongement intercalaire a produit son maximum d'effet; mais on le rencontre déjà, à des degrés moindres, chez les animaux suivants : Cassis saburon, Cassïdaria thyrrena, Doliiim^ Pyrida ficus. Pour plus de commodité dans la description, et surtout pour distinguer tout de suite cette formation, du mufle des Diotocardes, je la désignerai sous le nom de trocart, que je lui ai donné chez les Cônes et les Terebra (1). Dans le Cassis sabiiron i?i^. 3, PI. 1), existe au-dessus du pied et en avant du bord antérieur du manteau un trocart (T) en forme de tronc de cône dont la petite base est dirigée en avant; sa longueur est d'environ 6 millimètres, le diamè- tre de sa petite base 4 milhmètres et celui de sa grande base 17 millimètres. Celle-ci se continue sans interruption avec les téguments du dos, la petite porte latéralement les ten- tacules. En ouvrant le tronc de cône selon une génératrice (1) A. Amaudrut, Contribution à l'étude de la région antérieure de Vappa- reil digestif chez les Sté7ioglosses supérieure (Comptes rendus, 1806). ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 2 18 A. AMAUDRUT, supérieure et médiane, on met à découvert une trompe de même forme, mesurant 12 millimètres de long, 3 millimè- tres de largeur à la base et 2 millimètres seulement au som- met. En arrière, les deux troncs de cône sont en continuité de tissus par l'intermédiaire de la parlie libre de la gaine. A part la forme conique des parties et la position des tenta- cules, l'appareil répond au type des trompes pleuremboli- ques normales avec gaine libre et gaine fixée. Dans Cassidaria thyrrena (fig 4, PI. 1) les caractères sont les mêmes, seulement la trompe est plus forte et atteint 25 millimètres de long. Chez Dolïum olearium (fig. 1, PL 1), le trocart T' mesure 17 millimètres de long, 15 millimètres de largeur à la base et 10 au sommet. La trompe (T, fig. 2, Pi. 1) présente deux parties : l'une antérieure, cylindrique sur une longueur de 15 millimètres; l'autre postérieure, qui va en s'élargissanl de plus en plus en arrière, oii elle s'unit au trocart. La partie fixée de la gaine est considérable par rapport à la partie libre. La trompe étant ouverte (fig. 12, PI. II), on observe dans sa région postérieure un fort bourrelet annu- laire [h) qui sert de limite à la trompe et à la gaine. En avant, ce bourrelet détache de nombreux faisceaux muscu- laires, dont les uns se portent sur la face interne de la trompe et les autres directement sur le bulbe. Sur la face postérieure du bourrelet se terminent les nombreux tractus musculaires issus des parois dorsales et latérales de la cavité antérieure. Ces trois genres présentent entre eux des caractères com- muns qui les éloignent des types à trompe pleurembolique normale. La trompe est courte, conique, peu susceptible d'effectuer de grands déplacements, surtout en arrière, car chez tous les individus que j'ai étudiés, elle faisait saillie à l'extérieur du trocart, tandis qu'en arrière elle venait buter contre les puissantes glandes salivaires. Les positions de celles-ci et des centres nerveux sont aussi caractéristiques et différentes des positions des mêmes organes chez les Pur- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. \\) puriclés, Muricidés, Buccinidés. Chez ces derniers, lorsque la trompe est rétractée (fig. 13, PL II), les colliers nerveux (Gc) sont placés sous la région antérieure de la gaine, c'est- à-dire à une faible distance des tentacules. Les glandes sali- vaires normales et les glandes salivaires annexes, quand elles existent, occupent les mêmes positions que les centres ner- veux. L'œsophage (0^) décrit une courbe très accentuée sous la gaine, pour venir traverser en avant les colliers nerveux. En un point de celle partie réfléchie on remarque la dilata- tion désignée sous le nom de pharynx de Leiblein. Chez Cassis saburon^ Cassidana thijrrena^ DoUum olea- riiim, les positions relatives des organes sont tout autres. Les colliers nerveux (Gc, fig. 12, PL II) et les glandes sali- vaires sont situés en arrière de la gaine rétractée, l'œso- phage est rectiligne [Dolium) ou légèrement coudé ^Cassis. Cassidaria), La région postérieure de l'appareil proboscidien vient buter contre la face antérieure des grosses glandes sa- livaires (fig. 4, Pi. I). Le pharynx de Leiblein fait défaut. Ces dispositions, que nous retrouverons également chez les formes suivantes : Pyrule, Cône, Terebra, avec des tro- carts et des trompes beaucoup plus développés, nous per- mettent de faire une remarque au sujet des deux allonge- ments, terminal et intercalaire post-tentaculaire. Il est évident que si l'allongement intercalaire avait com- mencé à se produire seulement lorsque l'allongement ter- minal était achevé, les organes précités seraient recouverts par la trompe rétractée. Nous admettrons donc qu'à un certain moment, la rétraction de la trompe se trouvant gênée par les glandes salivaires, l'allongement intercalaire a pris naissance. Nous comprendrons facilement le rôle de ce trocart par les considérations suivantes : Si l'allongement terminal avait continué à se produire seul, il aurait donné une trompe plus ou moins grande, que l'animal aurait été impuissant à protéger pendant la rétraction; c'est alors que l'allongement intercalaire s'est manifesté, produisant un tube protecteur de la trompe rétractée. A partir de là les 20 A. AMAUDRUT. deux allongements sont devenus simultanés : le besoin de protection étant en rapport avec l'importance de l'organe à protéger. Les Pyrules {P. ficus) nous présentent un appareil pro- boscidien très anormal en apparence. Le trocart (T',fig. 14, PL II), long d'environ 12 millimètres, est caché en grande partie parle manteau ; de forme conique, il porte les ten- tacules à son extrémité. La gaine volumineuse [ga) vient buter en arrière contre le jabot (J).' La trompe (T, fîg. 10, PI. I) présente une partie postérieure très dilatée de forme ovoïde et une partie antérieure beaucoup plus grêle, en forme de tronc de cône, à petite base dirigée en avant. Dans son intérieur (fig. 11, PI. I), on trouve un tube long de 60 milli- mètres, rectiligne en avant dans la région grêle de la trompe, et fortement replié en zigzag en arrière ; ce qui explique la dilatation de cette région postérieure de la trompe. Le tube de 60 millimètres de long présente deux régions bien dis- tinctes séparées par une dilatation (B) qui n'est autre chose que le bulbe. La région antérieure, longue de 40 millimètres, est ouverte en avant, vers le sommet de la trompe, avec le- quel elle se continue ; ses parois sont épaisses et sa lumière assez grande. Tl est bien probable qu'à l'état de protraction de l'appareil, les 40 millimètres se dévaginent de manière à amener le bulbe en avant, et augmenter ainsi les dimensions de la trompe. Le trocart nous apparaît ici comme un organe protecteur insuffisant ; mais pour ' suppléer à cette insuffisance, le sommet de la trompe est redevenu invaginable. De nom- breux muscles fixés, d'une part sur les parois internes de la trompe et d'autre part sur les 40 millimètres invaginés, président aux mouvements d'invagination de cette partie antérieure de la trompe. La deuxième portion du tube, celle qui fait suite au bulbe, et qui appartient à l'œsophage, est également repliée en zigzag ; sa longueur est de 20 millimètres, sa largeur et sa lumière sont de dimensions deux fois moindres que celles de TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 21 la partie antérieure au bulbe. A sa sortie de l'appareil pro- boscidien, l'œsophage ne présente pas le coude que Ton ren- contre ordinairement chez les Mollusques à longue trompe. Le coude est remplacé ici par les 20 millimètres en zigzag que l'on rencontre en arrière du bulbe. 11 n'y a pas trace de pharynx de Leiblein ; les ganglions pédieux sont situés sous la gaine rétractée, mais les ganglions cérébroïdes et pleuraux sont situés en arrière, de sorte que les connectifs cérébro-pédieux et pleuro-pédieux sont très longs . L forme extérieure du jabot rappelle celle des Cassis, Cassidaire, et n'est pas dégagée de Fœsophage pour former la glande im- paire comme chez Murex, Pourpre, Buccin. Conïdés. — J'ai étudié un certain nombre d'espèces du genre Conus. Chez toutes on trouve à droite du siphon, au- dessus du pied, un trocart en forme de tronc de cône, à petite base dirigée en avant. Sa longueur est variable d'a- près les espèces, la taille des individus et l'état de rétraction de l'animal ; en moyenne elle atteint 15 millimètres [C. qiiercinus). A sa surface on observe les deux tentacules placés à des niveaux différents : au milieu [C . quercinus), au tiers antérieur [C. vkarius et arenatus). La position des tentacules sert de limite à deux régions distinctes : en arrière des tentacules la couleur est grisâtre avec stries transversales, en avant la couleur est jaunâtre et l'aspect glandulaire. Des coupes transversales passant en avant des tentacules nous indiquent que la paroi est double, entre la couche externe et la couche interne existent des fibres unissantes transversales, et la couche interne est pourvue de nombreuses glandes en tubes simples ou plus ou moins ra- mifiés. La couche interne se continue en arrière, et tout en restant fixée à la couche externe, elle s'engage dans la cavité antérieure, pour former la partie ïwé^ de la gaine. Après un faible parcours elle devient libre, mais sur une trompe rétractée elle ne se continue pas directement avec celle-ci ; elle forme d'abord un repli [pi, fig. 18, PI. IM) dirigé en avant et qui constitue la partie fibre de la gaine. Grâce à ce repli / 22 A. AlItUORUT. la trompe peut rentrer complètement dans le trocart, sans exécuter de grands déplacements en arrière, ce qui est en parfaite harmonie avec le raccourcissement spécial de l'œsophage et l'énorme développement de la glande à venin, qui remplit presque à elle seule toute la partie antérieure du corps. Chez les Cônes comme chez les Pyrules, le trocart étant encore trop court pour protéger la trompe qui est très lon- gue, celle-ci supplée à cette insuftîsance en se raccourcissant; la seule ditîérence qui existe, c'est que chez les Pyrules, le raccourcissement se fait par une invagination du sommet, tandis que chez les Cônes il est dû à un plissement de la base. Dans tous les cas, le sommet de la trompe se trouve protégé. La partie libre de la gaine, c'est-à-dire cette partie plis- sée [pi) qui peut devenir trompe pendant la protraction et gaine pendant la rétraction, présente des parois très miu- ces qui ne doivent opposer qu'une résistance passive très faible à la poussée du sang, de telle sorte que cette poussée est utilisée tout entière pour la projection de la trompe. La trompe proprement dite (T), c'est-à-dire la portion repliée en avant qui n'abandonne jamais l'œsophage, a une forme conique et porte ordinairement une dent acérée à son extrémité^ ses parois sont beaucoup plus épaisses que celles de la gaine^ et la différence d'épaisseur est due au déplace- ment de rinsertion antérieure des fibres longitudinales de la gaine, pour former les gros faisceaux rétracteurs de la trompe [mr). Ici, contrairement à ce que l'on observe en général, la limite entre la gaine et la trompe est assez bien définie par la différence d'épaisseur. Le trocart et son contenu : la trompe conique armée d'un dard acéré à son extrémité, constituent un appareil bien conformé pour piquer et sucer. En cela, il présente de grandes analogies avec l'armature buccale des Hémiptères: c'est pour rappeler cette disposition que j'ai désigné le tube -ê TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 23 dans lequel se meut la trompe sous le nom de trocaii (1). Les ganglions cérébroïdes et les glandes salivaires sont situés à la base de la trompe réiraclée, à la même place que chez Cassis, Cassïdaria, Dolïum. L'œsophage également très court ne forme pas de coude sous la gaine. Téréhrïdés. — Je n'ai eu à ma disposition que deux échan- tillons de Terebra, qui m'ont été déterminés comme appar- tenant à l'espèce Muscaria, mais les différences que j'ai trouvées dans la partie antérieure du tube digestif de ces deux animaux ne permettent pas de les ranger dans une même espèce. Je les désignerai donc par les lettres A et B. Dans les deux espèces toutefois, les caractères extérieurs sont les mêmes. Au-dessus du pied (fig. 16, 17, J9 et 20j, existe à droite du siphon, une sorte de mufle arrondi à son extrémité, portant latéralement les deux tentacules et pré- sentant un orifice à son extrémité antérieure. Si on ouvre l'animal, selon une section longitudinale passant entre les deux tentacules, on met à découvert une cavité assez spacieuse dans laquelle se trouve un tube (T', fig. 19, PL III), considéré par Bouvier (2) comme étant la « gaine de la trompe et s'ou- vranl librement dans la cavité du corps ». Ce tube est formé par une invagination du mufle et est susceptible de se déva- giner. Si nous le supposons dévaginé (fig. 20, PI. IIÏ), nous avons exactement l'état qu'il présente chez les Cônes, avec cette différence que la partie du tube située en avant des ten- tacules a pris chez les Terebra un développement énorme par rapport à la partie du tube située en arrière, ce qui est l'in- verse chez les Cônes. Je n'ai pas trouvé ce tube dévaginé dans les deux espèces de Terebra que j'ai étudiées; mais Bouvier l'a rencontré à cet état de dévagination dans T. cœnilescens . Par contre, il m'est arrivé souvent de trouver le trocart des Cônes en (1) A. Amaudt'ut, Contribution à Vétude de la région antérieure de Vappareil digestif chez les Slénoglosses supérieurs (Comptes rendus, 15 juin 1896). (2) Bouvier, p. 317. 9 A A. AMAUURUT. partie invaginé ; ces formations sont donc bien indentiques. Le trocart ne s'ouvre pas dans la cavité antérieure du corps, mais dans une cavité indépendante de celle qui contient les colliers nerveux, les glandes salivaires, etc., et dont les parois sont formées par les gaines fixée et libre de la trompe [gaf\ gai, fig. 19 et 20). La gaine libre se réfléchit en avant, comme d'ordinaire, pour former la trompe. Ici s'arrêtent les ressemblances quç présentent les deux espèces que j'ai étudiées. Dans l'espèce A (fig. 20), la partie fixée de la gaine s'étend fort loin en arrière, ce qui reporte également très loin la partie libre de la gaine. La situation de cette dernière et la délicatesse de ses tissus expliquent pourquoi elle est restée longtemps inaperçue, et en même temps l'erreur des auteurs qui ont pris le trocart pour la gaine. Ses parois sont formées de fibres circulaires, les fibres longitudinales s'étant dépla- cées pour s'insérer sur la face interne de la trompe et constituer le principal muscle rétracteur [mr). Comme dans les Cônes, la partie libre de la gaine est plissée et son pas- sage sur l'œsophage pour former les parois de la trompe est très net. Celle-ci, par sa forme conique, par le dard qui termine son extrémité, par ses parois épaisses, rappelle éga- lement la trompe des Cônes. Dans l'espèce B (fig. 17, PL II), l'animal étant ouvert comme il a été dit plus haut, on trouve un trocart puissant (T'), également invaginé et dont l'orifice, au lieu d'être circu- laire et situé à son extrémité, est représenté par une fente \f) qui, partie de cette extrémité, s'étend assez loin en avant, sur la face supérieure. De la cavité dans laquelle se trouve rétracté le trocart se détache, selon une ligne annulaire, une membrane très mince (T), qui se poursuit en arrière, en se rétrécissant de manière à former un tronc de cône. De la petite base fait saillie un disque [s] de 2 millimètres d'épaisseur, percé à son centre d'un orifice circulaire à bords frangés. Ce dis- que se continue dans l'intérieur du tronc de cône, par un TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 25 tube d'un blanc jaunâtre [t. bu), que l'on aperçoit nettement par transparence. On peut sans rien déchirer relever d'arrière en avant : le tronc de cône et son contenu et obtenir la figure 21 , PI. ÏIl, qui nous indique que le tronc de cône n'est autre chose que la trompe. Quant au tube [t. <5^^), jele désigne ici sous le nom de tube buccal, cette dénomination devant trouver sa justifi- cation plus loin. La trompe n'est pas différenciée de la gaine comme dans l'autre espèce : gaine et trompe forment une seule membrane d'égale épaisseur qui vient s'insérer sur le tube buccal en arrière du disque privé de dard. Dans nos deux espèces de Terebra les relations de la trompe avec les ganglions cérébroïdes et les glandes salivai- res sont les mêmes que chez les Cônes et en général que chez les Mollusques pourvus d'un trocart. L'œsophage s'étend également en ligne droite en arrière de la trompe. in. — Mécanisme de l'évaglnation et de l'invagination DE LA trompe. a. Évaginatmi. — Cuvier (1), le premier, a étudié la trompe des Prosobranches, et a cherché à expliquer son mécanisme chez le Buccinum uncîcitum. Elle se compose, dit-il, de deux cylindres s'entourant, dont les bords postérieurs sont réunis; l'allongement du cylindre interne se fait par le déroulement du cyhndre externe sous l'effort des muscles circulaires de ce dernier. Ces muscles circulaires en se contractant successivement d'arrière en avant poussent la trompe à l'extérieur. Pour Brown (2) la trompe est poussée dehors par l'afflux du sang dans la cavité du corps, comme cela se fait généra- lement chez tous les animaux inférieurs. (i) Cuvier, Mémoire pour servir à l'histoire et à Vanatomie des Mollusques. Paris, 1817. (2) H. G. Brown, Die Klassen und Ordnungen des Thierreichs, Bd. III : Malacozoa, II, Malacozoa Cephalophora, von W. Keferstein, 1862-1866. 26 A. AiiAUimuT. Oswald (1) accepte ces deux manières de voir; pour lui l'évagination se fait aussi bien par Tafflux du sang que par la contraction des fibres circulaires qui agiraient ici comme dans les mouvements péristaltiques des intestins des Ver- tébrés. Si on remarque que le trocart des Cônes et des Terebra est susceptible de mouvements d'invagination et d'évagination, que sa musculature est la même que celle de la trompe, c'est- à-dire est formée de fibres musculaires circulaires et longitu- dinales, on ne saurait nier que ses muscles intrinsèques jouent un rôle dans l'évagination. [lest incontestable qu'ici les mouvements du trocart ne sauraient être expliqués par un afflux du sang, puisque cet organe est complètement séparé de la cavité générale. D'autre part, cbez les Cônes et les Terebra on ne saurait attribuer un bien grand rôle aux muscles de la gaine, qui, cbez ces animaux, sont excessivement roduils; la poussée du sang seule doit agir dans la protraction. Cbez les Mollusques à trompe normale bien développée comme cbez le Buccin, il est bien probable que ces deux fac- teurs interviennent simultanément. Celle influence du sang a été mise en évidence par Boutan (2) et mieux encore par Oswald. b. Invagination. — Oswald (3) explique l'invagination par le relâcbement des muscles de l'évagination et la contraction des muscles longitudinaux dans toute l'étendue de la trompe et surtout de ceux qui sont préposés à la rétraction. Toute- fois ces muscles longitudinaux seraient insuffisants pour assurer le retrait complet de l'appareil. Ayant remarqué que la trompe invaginée s'étend plus loin en arrière que les ré- tracteurs, il fait intervenir un autre facteur. Dès que la (1) Oswald, Dev Russelapparat der ProsobrancJiier {Jenaisch. Zeits. fiir Natur., 28-^ vol., 1894). (2) Boutan, Bech. sur Vanatomic et le dévelop. de la Fissurelle [Arch. de zool. ea?j»éî'., 2° série, t. Illôîs, 1886). (3)0s^yald, i6i(/.,p. 156. TUBE DIGESTIF CHEZ LES iMOLLUSQUES GASTÉROPODES. 27 parlie antérieure de la trompe a passé le Rhynchostotn (1), celui-ci se ferme par la contraction des muscles du cou, et la contraction s'étendant d'avant en arrière, pousse la trompe en arrière. Je pense qu'il n'est nullement nécessaire de faire inter- venir le Khynchostom dans la rélraction de la Irompe. D'a- bord le point d'insertion des rétracteurs sur la gaine inva- ginée n'est qu'apparent. Par exemple, chez les Murex ((ig. 8, PL I) ces gros mus- cles [mr, m'r') paraissent s'insérer et se terminer au point oii la gaine invaginée se continue avec les téguments voisins des tentacules, mais en réalité leurs fibres se continuent fort loin en arrière. Dans aucun cas, peut-être, il n'existe une diffé- rence de niveau aussi grande entre le point d'insertion appa- rent du muscle et la face postérieure de la gaine. Ce serait alors le cas de voir fonctionner le Rhynchostom ; or l'extré- mité de la trompe est encore à son niveau, ce qui exclut complètement son intervention La rélraction doit donc se faire sous l'influence seule des réiracteurs; voyons si cette influence est suffisante. Remarquons que les fibres internes sont les plus longues et s'insèrent le plus loin en avant sur la trompe (fîg. 7, ^), que pendant l'invagination le point a vient en a' (fig. 8, /), c'est-à-dire qu'il exécute un grand déplacement, tandis que le point b est à peu près immobile, que la contraction des fibres doit être successive de l'intérieur à l'extérieur et non simultanée, car si les fibres internes se contractaient en même temps que les fibres externes, il arriverait un moment 011 le point a' serait tiré en haul, c'est-à-dire en sens in- verse du déplacement qu'il doit exécuter. Prenons trois de ces fibres par exemple, supposons-les se contractant successivement de l'intérieur à l'extérieur et observons les positions successives qu'elles font prendre à la (1) Oswald désigne ainsi l'orifice antérieur, fixe, qui correspond au point où les téguments de la surface se replient d'avant en arrière pour former la gaine. 28 A. A1I4UDRUT. trompe et les positions respectives qu'elles prennent elles- mêmes. Les trois fibres se touchent dans le corps du muscle, réu- nies sans doute par une substance interstitielle, mais l'in- sertion se produisant sur une grande longueur, les insertions respectives a, b, c sont assez éloignées les unes des autres (fig. 12, t). Lorsque la fibre 1 se contracte, une invagination se pro- duit dans le sens de la flèche / (fig. 13, t) et le point a Fig. 12, 13, 14. — Schéma montrant le mécanisme de l'invagination, — 1, 2, 3, trois fibres du muscle rétracteur. prend la position a. La distance aô n'ayant pas changé, le point b vient en b' dans le plan d'invagination; la fibre 2, qui était rectiligne, se coude dans le voisinage du point a'. Supposons qu'à ce moment la fibre 1 cesse sa contraction et que la fibre 2 commence la sienne, le point b\ tiré dans le sens de la flèche /, se déplace et vient occuper la posi- tion b'' (fig. 14, /), le coude de la fibre 2 disparaît, le point c' est amené à son tour dans le plan d'invagination en c", mais la fibre 1, étant à l'état de relâchement, dessinera un coude en avant de son insertion eti a". Dès lors cette fibre paraîtra s'insérer au-dessous du point a" et, si nous l'ob- servons seulement à ce moment, nous sommes portés à lui refuser un rôle dans la rétraction. Les fibres se contractant ainsi successivement de l'intérieur TUB?: DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 29 à l'extérieur, on arrivera à la position indiquée par la figure 8, /. c. Quelques jmrticularitès dans le mécanisme de la trompe chezPyrule, Cône^ Terebra. — En décrivant l'appareil probos- cidien j'ai déjà fait quelques remarques sur ses rapports avec les organes de la cavité générale. Je les rappelle ici. Dans le Buccin et dans la plupart des cas, lorsque la trompe est ré- tractée, elle s'étend fort loin en arrière, occupant une grande partie de la cavité antérieure, recouvrant les colliers ner- veux, les glandes salivaires et plus ou moins la glande impaire de Leiblein. L'œsophage, à sa sortie postérieure de l'appa- reil, décrit en avant un coude très long pour venir traverser les colliers nerveux situés sous la partie antérieure de la gaine. L'explication qui se présente naturellement, c'est que la trompe et la gaine s'étendent d'autant plus loin en arrière que l'appareil proboscidien est plus développé ; à un certain moment, lorsque la trompe a atteint une certaine dimension, elle doit, à l'état de rétraction, passer par-dessus les organes précités. Ces relations entre les dimensions de l'appareil et son extension en arrière s'observent fort bien, dans la série des trompes voisines de celles du Buccin, formées par allon- gement terminal seul; mais elles ne se rencontrent plus dans les Mollusques pourvus d'un trocart. Chez les Cônes el les Terebra, l'appareil proboscidien a atteint des dimensions aussi considérables que chez les autres Mollusques, et cepen- dant l'œsophage, en arrière de la trompe rétractée, est sen- siblement rectihgne, les ganglions cérébroïdes, les glandes salivaires, la glande à venin (homologue de la glande de Leib- lein) ne sont jamais recouverts par la gaine. Que l'appareil soit à l'état de protraction ou de rétraction, son niveau pos- térieur est sensiblement toujours le même; mais comme le sommet de la trompe exécute de grands déplacements, il est évident que, pendant.la rétraction, il doit se produire quelque part, dans l'appareil et son contenu, entre le sommet et la base, des plissements ou des évaginations secondaires, en rapport avec les distances relatives des extrémités de l'ap- 30 A. AilAUOItUT. pareil, et capables de se déplisser ou de se dévaginer lorsque la protraclion se produit. -Ainsi, chez les Pyrules, la trompe ne pouvant pas suffisam- ment se dévaginer en arrière, pour former la gaine, et par suite se raccourcir en doublant ses parois, c'est la partie antérieure qui s'invagine, reportant ainsi le bulbe à 4 cen- timètres en arrière du sommet apparent, qui, à son tour, est ramené en arrière par un plissement de la partie invagi- née(fig. 11, PI. I). A l'état de rétraction, la gaine restant en avant des col- liers nerveux, l'anse œsophagienne, qui chez les animaux du premier groupe s'étend au-dessous de la gaine, fait complètement défaut chez Pyrule. On pourrait croire alors que l'œsophage exécute des mouvements de piston dans les colliers nerveux pour suivre les mouvements de la trompe ; mais il n'en est rien, l'œsophage reste immobile à ce niveau, grâce aux zigzags qu'il forme immédiatement en arrière du bulbe, et qui, au moment de la protraction, prennent une direction rectiligne pour permettre au bulbe d'effectuer son mouvement en avant. Au point de vue mécanique, les zigzags correspondent à l'anse du Buccin. Chez les Cônes et les Terebra de l'espèce A, l'immobilité de l'œsophage, en arrière de la trompe rétractée, est assu- rée par un dispositif un peu différent. Nous savons déjà qu'entre la trompe rétractée et la partie fixe de la gaine, existe un repli annulaire à convexité anté- rieure [pi, tig. 18, PL IIÏ),' formé par la partie libre de la gaine. Celle-ci, dont les parois sont très minces, se continue postérieurement avec la trompe dont les parois sont très épaisses. La trompe, de forme conique, contient, dans son intérieur, un tube buccal également conique, d'un blanc brillant, marqué d'une infinité de plis transversaux très accentués qui lui donnent l'aspect d'un ver annelé contracté. Chez C. vkarius [^^. 18, PL III), ce tube est rectihgne, mais chez C, cuenatus (fig. 22, PL III), ses régions moyenne et postérieure sont encore repliées en zigzags. En arrière, TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉIOPODES. 31 il se continue dans une dilatation que l'on considère comme étant le bulbe et sur laquelle je reviendrai plus loin. De sa surface, et sur toute sa longueur, se détachent de nombreux petits faisceaux musculaires qui se rattachent aux parois de la trompe à différents niveaux. Ses parois sont très résistantes et formées de fibres circulaires ; si on essaye de les fendre en long avec une aiguille, on ne réussit qu'à détacher des lam- beaux annulaires. L'œsophage étant formé de fibres circu- laires internes et défibres longitudinales externes, on peut considérer le tube buccal comme formé parles fibres circu- laires, et les tractus qui le rattachent à la trompe, comme représentant les fibres longitudinales. Si on exerce une traction en avant sur le sommet de la trompe, de manière à amener celui-ci au niveau de l'extré- mité antérieure dutrocart, on remarque que le repli annu- laire [pi] de la gaine s'étale sur le tube buccal, pour prolonger la trompe postérieurement ; mais dans ce mou- vement le bulbe est resté immobile et occupe toujours la même position à la base de la trompe. Le tube buccal étant détaché de la trompe, on peut, en exerçant une légère traction sur ses deux extrémités, lui faire prendre une longueur double de sa longueur primitive. On remarque alors que les plis transversaux ont disparu. Les muscles rétracteurs s'insèrent sur la gaine et sur la trompe. Ils comprennent plusieurs faisceaux, dont les plus externes et les plus grêles sont en rapport avec la gaine, tandis que les plus gros et les plus internes se fixent sur la face interne de la trompe. Il est à remarquer que le repli annulaire est dépourvu d'insertions musculaires. Quelques mots suffiront maintenant pour faire compren- dre le mécanisme de l'appareil. Prenons la trompe à l'état de rétraction : sous l'influence de la poussée sanguine elle est chassée en avant, le repli annulaire de la gaine s'étale sur le tube buccal, celui-ci, tiré en avant par les tractus musculaires qui le rattachent à la trompe, prend une direction rectiligne. Pendant la rétraction, les muscles rétracteurs 32 A. AMitUDRUT. ramènent la trompe en arrière, la gaine forme le repli annu- laire et le tube buccal se plisse transversalement sous l'in- fluence des tractus précités qui agissent comme fibres direc- trices du tube buccal, dans les différents mouvements que celui-ci doit exécuter. IV. — Influence de l'allongement terminal sur la posi- tion, LA FORME ET LA STRUCTURE DES ORGANES DE LA CAVITÉ ANTÉRIEURE . L'allongement terminal a eu pour conséquence de modifier la position et la forme relatives de certains organes de la cavité antérieure. Chez les Diotocardes, le bulbe situé dans l'intérieur du mufle, immédiatement en arrière de l'orifice terminal, est entouré, dans sa partie antérieure, par les colliers nerveux cérébro-pédieux et cérébro-palléaux ; les connectifs cérébro- buccaux sont récurrents, les glandes salivaires sont tout entières placées en arrière des ganglions cérébroïdes. Chez les Mollusques à trompe, le bulbe a franchi les colliers nerveux et se rencontre d'ordinaire au sommet de l'appareil proboscidien. Dans ce mouvement il a entraîné avec lui les organes qui s'y rattachent immédiatement; les ganglions buccaux sont placés en avant des cérébroïdes. les glandes salivaires se présentent tantôt avec leur masse prin- cipale située en arrière des colliers nerveux et leurs canaux excréteurs traversant ces ' cofliers, tantôt tout entières en avant de ces colliers, ce dernier cas étant toujours en rap- port avec un développement excessif de la trompe, ou une réduction de la partie fondamentale de la glande, qui a permis à celle-ci de franchir plus librement les colliers. Ce mouvement en avant n'a pas intéressé les colhers cérébro-pédieux et cérébro-palléaux, et les organes situés en arrière de ceux-ci ont conservé leur position relative. L'œsophage seul s'est allongé pour suivre le déplacement du bulbe. TUBE DIGLSÏIF CHIiZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 33 Si nous remarquons que l'allongement s'est produit en général en avant des tentacules, c'est-à-dire sur une région de diamèlre plus faible que le diamètre du bulbe, pour donner, dans tous les cas, une trompe à lumière plus étroite que la cavité céphalique primitive, nous concevons que dès le début de la formation de la trompe, le bulbe a été soumis à une compression latérale dans tous les sens, et comme, d'autre part, il élait tiré en avant par l'allongement progressif de la trompe, nous pouvons ajouter que le bulbe a été sou- mis à un véritable passage à la filière. Sous ladouble influence de la pression latérale et de la traction en avant, il a dû gagner en longueur ce qu'il perdait en largeur. Il est in- contestable aussi que la portion œsophagienne que nous rencontrons dans la trompe a dû subir les mômes influences. Avant d'étudier les modifications éprouvées par le bulbe, chez les animaux à trompe, je pense qu'il est utile de donner un aperçu de sa siructure chez les formes dépourvues de trompe. Chez les Diolocardes, les Monotocardes primitifs, les Opistobranches et les Pulmonés, le bulbe est globuleux et se rencontre immédiatement en arrière de l'orilice buccal. On peut le considérer comme formé par une invagination de la partie antérieure de la tête. Sur la face supérieure de la partie invaginée et non dans le prolongement de l'invagina- tion se rattache l'œsophage (0^, fig. 15, t), formant ainsi avec la région postérieure du bulbe, un angle dièdre aigu dont l'arête correspond à la ligne selon laquelle la face inférieure de l'œsophage se raccorde au bulbe. Une invagination secon- daire, produite dans le voisinage du sommet du dièdre, et dans le plan inférieur, a donné la papille ou gaine radu- laire (Gr), séparée de l'œsophage en arrière parles ganglions buccaux {(jb), mais unie à l'œsophage en avant, de telle sorte que la partie antérieure [o) du plancher de ce dernier, se confonde avec le plafond de la région antérieure de la gaine. Je désignerai sous le nom de cavité buccale, l'espace ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 3 34 A. itlIAUDItl 1\ compris entre le point o el le bord antérieur des mâ- choires (m), et sous le nom de vestibule buccal (v), l'espace qui s'étend en avant des mâchoires. Une évagination prodnileen arrière du bulbe, au-dessous de la gaine, a donné la langue (/), qui fait plus ou moins saillie dans la cavité buccale. La nomenclature que je viens d'indiquer n'est pas con- forme à celle qui a été employée par la plupart des auteurs qui se sont occupés du bulbe. 11 faut dire aussi que ces der- a h Fig. 15. — Figure schématique de la structure du bulbe. — /, langue; r, radule ; le, membrane élastique; ep, épithélium subradulaire ; od, odontoblastes ; c, cartilages; ts, muscles tenseurs supérieurs ; ti, tenseurs inférieurs; m, mâchoire; i^, vestibule; Oe, œsophage; o, point commun au plancher de l'œsophage et au plafond de la gaine radulaire ; Gr, gaine radulaire; fi et /a:, fibres intrinsèques et fibres extrinsèques du bulbe; Gb, ganglion buccal. niers ne sont guère d'accord sur les termes employés, que non seulement on rencontre, dans leurs écrits, les mêmes parties désignées par des noms différents, mais encore le même terme employé pour nommer des organes très dis- tincts. Je crois donc utile de prévenir le lecteur en mettant sous ses yeux celle nomenclature un peu confuse des au- teurs. Wegmann (1) désigne l'appareil lingual sous le nom de bulbe buccal. « Dans la partie antérieure de la cavité buc- (1) Wegmann, Contribution à T histoire naturelle des Ualintules [Areh. de zool. expcr., t. II, 1884). TL'BE D[GESTIiï Cm:Z LES MOLLUSQUES GASTÉKOPODES. 3o cale se Irouve l'appareil lingual que j'appellerai bulbe buc- cal, enlendanl par ces termes : muscles, cartilages, ra- dula. » C. Vogt et Yung (1), en parlant du bulbe, l'appellent le pharynx, a La bouche conduit dans une cavité pharyngienne creusée dans une masse musculaire ovoïde. » Plaie (2) désigne également le bulbe sous le nom de pharynx. Oswald (3) parle aussi de cavité pharyngienne, mais elle ne comprend qu'une partie de la cavité buccale. « La ca- vité buccale se divise en deux parties : Tune inférieure, l'autre supérieure, l'inférieure est la cavité pharyngienne, la supérieure conduit dans l'œsophage. » Pour Semper (4) le pharynx est la partie antérieure de l'œsophage. « La langue sert à conduire l'aliment dans le pharynx, qui se continue dans l'estomac. » Cuvier (5) désigne également sous le nom de pharynx la partie antérieure de l'œsophage. Ainsi le terme de pharynx a été usité pour désigner trois régions bien distinctes. Je pense qu'il n'y a pas lieu de l'em- ployer chez les Mollusques, car il n'existe nulle part une région rappelant le pharynx des Verlébrés. Je reviens à la structure du bulbe. Dans l'intérieur de la cavité buccale fait saillie la langue, dont l'extrémité anté- rieure libre se trouve à l'état de repos, en arrière de la mâ- choire (m) (fig. 15, t). Dans la règle, elle se compose de deux pièces dures, symétriques : les cartilages (c), réunis en dessous par des fibres musculaires transverses. De la partie postérieure de chaque cartilage se détachent des muscles qui passent, les uns au-dessus (ts)^ les autres au-dessous (//) (1) C. Vogt et Yun2, Traité d'anatomie comparée. (2) Plate, Studien ûber Opistopneumone Limgenschnecken {Die Oncidiie7i. Zool. Jahrb., 7 Band, 1898). (3) Oswald, loc. cit., p. 13o. (4) Semper, Beitràge fur Anatomie und Pkysiol. der Pulmonaten {Inaugu- ral Dissertation, 1856, p. 17). (o) Cuvier, Mémoire pour servir à V histoire et à Vanatomie des Mollusques, 1817. 36 A. AIIAUDIIUT. des cartilages et qui s'insèrent d'autre part sur un épilhéliuni cylindrique [ep] qui se continue, en se modifiant plus ou moins, dans la cavité buccale, dans la papille et dans l'œso- phage. Dans la gaine radulaire, cet épilliélium est] replié en gouttière à concavité supérieure, et celles de ses^ellules qui occupent la partie postérieure de la papille constituent la couche des odontoblastes [od). Celles-ci sont disposées en séries longitudinales, dont le nombre çst en rapport avec les séries longitudinales des dents de la radule. Dans chaque série on compte en moyenne 4-5 cellules de taille inégale ; les plus petites, placées en avant, donnent par cloisonnement l'épithélium cylindrique, dont la hauteur est en rapport avec celle des cellules odontoblastes ; celles qui viennent ensuite sécrètent une substance amorphe qui passe sur l'épithélium cylindrique pour former la lame élastique [le) ; enfin les dernières sécrètent les deiits, qui, à leur tour, passent sur la membrane élastique et dont l'ensemble forme la radule (r) (1). A la partie antérieure de la gaine, les trois couches super- posées et de même forme s'étalent inégalement sur la plaque musculo-carlilagineuse de la langue. L'épithélium en recouvre toute la surface et se continue, comme il a été dit plus haut, avec l'épithélium de la cavité buccale, la lame élaslique ne recouvre que la langue, et la radule recouvre seulement la partie médiane de celle-ci. Les parois du bulbe sont formées, comme le reste du tube digestif, par des fibres musculaires internes et des fibres lon- gitudinales externes. Çà et là, des parois de la couche ex- terne se détachent des faisceaux musculaires qui vont se fixer à différents niveaux, sur la face interne de la cavité antérieure, mais parliculièrement dans le voisinage des tentacules. Comme conséquences des considérations générales que nous avons indiquées au début de ce chapilre, la forme du bulbe doit être en rapport avec la forme de la trompe, et (1) R. Piusseler, Die Bildunf) cler Radula bel den CcpJialophorcn Mollmkcn (Zcilschv. f. WUs.Zool., Bd 41). TUBE DIGESTIF CUEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. '^1 comme celle-ci dépend de la région de croissance, il en ré- sulte une certaine relation entre la forme du bulbe et la posi- tion de la région de croissance. Si la région de croissance débute en avant des tentacules, et si elle se déplace en avant, au fur et à mesure que la trompe s'allonge tout en conservant son diamètre constant, elle donnera une trompe sensiblement cylindrique et un bulbe de même forme, dont la longueur est en rapport avec celle de la trompe. C'est ce que l'on observe en général dans les trompes dépourvues de Irocart (Pourpre, Murex, Buccin, etc.). Si la croissance se fait pendant un certain temps, comme dans le cas précédent, et qu'à un certain moment, l'anneau de croissance diminue de plus en plus de diamètre, on ob- tiendra des trompes cylindro-coniques comme celles de Vé- lutine (fig. 23, PI. Kl) et de Cancellaire (tig. 24, PL 111), avec les différences suivantes : Chez Yélutine, la réduction du diamètre de croissance s'est produite brusquement et le bulbe s'est trouvé arrêté en arrière de la région nouvellement formée. Les mâchoires (m) occupent leur position normale, et par conséquent le tube (y), long de 3-4 millimètres, qui prolonge le bulbe en avant, et qui s'étend des mâchoires au sommet de la trompe, n'appartient pas au bulbe proprement dit, mais au vestibule buccal, et le bulbe a conservé encore la forme cylindrique que lui a communiquée le premier allongement. Mais il n'en est plus de même chez les Cancellaires ; la réduction du diamètre de croissance s'est faite graduelle- ment et la partie antérieure du bulbe a pu suivre le sommet de la trompe et s'effiler de plus en plus pour prendre dans son ensemble la forme d'un cône (fig. 25, PL IV). La partie antérieure du cône n'est plus l'homologue du vestibule, car nous trouvons en avant les deux mâchoires (/??) (1). La dis- (1) Les mâchoires des Cancellaires n'ont jamais été signalées. Elles se composent de deux lames allongées, symétriques, terminées en pointe à leurs extrémités antérieures, qui font saillie dans une petite invagination 38 A. AIIAUDKUT. tance qui sépare les mâchoires du sommet de la langue (/) que l'on aperçoit par transparence appartient donc à la cavité buccale. Pour cctie raison je désignerai celle région qui s étend du som.met de lalangue^aux mâchoires, sous le nom de tîibe buccal [tb). Ce dernier présente en longueur à peu près les mêmes dimensions que le reste du bulbe. Dans les Cônes l'allongement terminal a donné une Irompe tout entière conique, dans l'inlérieur de laquelle la partie fondamentale du bulbe n'a jamais pénétré, ce qui explique l'extrême réducdon de l'œsophage chez ces ani- maux (Oe, fig. 18, PI. III). Par contre, il s'est développé un iube buccal [tb) d'une grande longueur, qui, comme on l'a vu, joue un grand rôle dans le mécanisme de la trompe. Au sommet de ce Iube on trouve fréquemment un dard effilé, qu'on ne saurait prendre pour une mâchoire, car la forme est la même que celle des dénis. En soumettant au micros- cope cette partie antérieure du tube, on observe un épaississement annulaire de ses parois, duquel se détachent de nombreux Iractus musculaires qui viennent se fixer en arrière aux parois de la trompe et qui rappellent exacte- ment ce que l'on observe dans la partie antérieure du tube buccal des Ancillaires (tig. 25), ce qui fait supposer que, si chez les Cônes les mâchoires ont disparu, il reste quelque chose de la masse musculaire qui les faisait mouvoir. La parlie inférieure dilatée du tube buccal mérite autre- ment d'attirer notre attention. Dans un travail réceni, II. Bergli (I) dit en parlant de celte dilatation : « Le bulbe est petit, arrondi, sans trace de langue ; dans son intérieur du sommet de la Irompe (fig. 25, pi. IV). Leurs bords supérieurs sont réunis sur la ligne médiane, et leurs laces externes convexes sont marquées de iines stries transversales. Les ganglions buccaux n'ont pas davantage été signalés. Ils sont placés sur la face supéro-postérieure du bulbe. La pré- sence des mâchoires et la position des ganglions buccaux rapprochent les C.ancellaires des Ténioglosses et les éloignent des Sténoglosses où on les range actuellement. (1) Bergh, Beitrdge ziir Kcnntniss dcr Cunidcn {Dciilschen Akademic dcr Na- Iwi'urschci, Bd LXV, n" 2, 1805, p. 82j. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 39 s'ouvre, à droite vers le bas, le sac radulaire et la glande à venin. » Je ferai remarquer d'abord que celle dilalalion n'est pas simple. A son liers antérieur, elle présente un élranglement qui la divise en deux parties inégales. Cette division est très nette dans C. vicarius et C. quercinus (fig. 16 et 17, t)\ chez C. arenatiis, eburneus et mïliarïs (fig. 18, t)^ la dua- lité est masquée par des filDres musculaires longitudinales qui, parties de la dilatation postérieure, se dirigent en avant, Fig. i6, 17, i8. ' — Parties antérieures du tube digestif de Conus vica- rius (16 , C. quercinus (17j et C. miliaris (18). — dd' , les deux parties du renflement bulbo-œsopliagien; d, appartenant au bulbe; d', à l'œso- phage ; i6/tube^buccal ; gr, gaine radulaire; ex, canal excréteur de la glande à venin. pour se fixer à différenls niveaux sur la trompe et sur la di- latation antérieure . La structure des deux parties est également différente. La dilatation antérieure est formée, à l'exlérieur, d'une mince couche de fibres longitudinales, et à l'intérieur, d'une couche d'une épaisseur double de fibres circulaires, se colorant en rose pâle par le picro-carmin. La dilatation postérieure diffère de la précédente par la pré- sence d'une couche très épaisse de fibres circulaires, inter- calée entre les deux autres et se colorant en rouge intense par le picro-carmin. De plus la couche interne, formée de fibres colorées en rose pâle, présente de nombreux replis, tapissés d'un épithélium cylindrique moyennement haut el probablemcnl glandulaire. iO A, AilAUDRUT. Les porlions suivanles du iube digestif présentent la môme structure, avec réduction toutefois des couches annulaires, surtout de la couche moyenne. Je considère la diialalion postérieure comme faisant partie de l'œsophage, comme marquant son début, et la dilatation antérieure comme faisant partie du tube buccal, ou encore du bulbe. Dans la dilatation antérieure vient toujours s'ouvrir le sac des dards. Chez C. vicarius, une simple dissection suffît pour- établir cette relation, mais chez les autres il est néces- saire d'avoir recours aux coupes. Dans la dilatation posté- rieure s'ouvre toujours le canal excréteur de la glande à venin. Le sac des dards ou « Raspeischeide » de Bergh (1), est- il un organe simple, correspondant à la gaine radulaire des aulres Mollusques, comme le laisse supposer la description de l'auteur danois, ou bien représente-t-il les parties fonda- mentales du bulbe? D'abord, comme le fait remarquer Bergh et avant lui Bouvier (2), le sac des dards présente extérieurement un cer- tain nombre de parties. « La forme est celle d'un Y irrégulier : la branche la phis courte s'ouvre dans l'œsophage; l'autre brandie, beaucoup plus longue, se termine en cul-de-sac, en arrière et à gauche ; le pied de TY est très court et se trouve à droite et en bas, il se termine aussi en cul-de-sac. Les dards sont contenus dans les deux branches de l'Y, dis- posés régulièrement sur deux rangées. Ils sont rattachés au pied de TY par un petit cordon. Dans la grande branche de l'Y, toutes les poinles regardent l'extrémité aveugle du cul- de-sac; dans la petite, ils regardent l'orifice de la branche dans l'œsophage. » Cette description, par son exactitude même, fait naître tout de suite cette double objection : Nulle part chez les Mollusques on ne rencontre une gaine aussi compliquée, (1) Bergh, loc. cit., p. 83. (2) Bouvier, loc. cit., p. 320. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 41 partout au contraire la forme régulière, sensiblement cylin- drique, est la règle. De plus, dans son intérieur, les dents sont toujours orientées dans le même sens. Je considère la grande branche de l'Y (gr, lig. 16, 17, 1 8, /) comme représentant seule la gaine radulaire , le pied comme représentant la partie fondamentale du bulbe (B) et la petite branche comme faisant partie du tube buccal (M). En effet, dans un bulbe normal, les dents de la gaine ont toujours leur pointe dirigée en arrière, et à mesure qu'elles se rapprochent du sommet de la langue, elles changent de direction; au sommet même elles ont leur pointe dirigée en avant. Mais cette langue, ou partie fondamentale du bulbe, existe bien réellement et avec toutes ses parties. La figure 19, t, re- présente une coupe transver- sale passant par la partie posté- rieure du pied de TY de (7. vicarius (1). Elle montre les ^ , deux cartilages séparés icc) et les muscles qui s'en dégagent. Fig. lO. - Section transversale Une coupe faite plus en avant ^^ hu\hQ de Conus vicarius. — montre les deux cari liages réu- d'e^/rldS;™' '""''"' ' '' ''"' nis et formant une bosse au- tour de laquelle Bergh a déjà remarqué que les dents exé- cutent leur mouvement de rotation. Les relations du sac des dards avec les canaux excréteurs des glandes salivaires sont les relations normales qu'on ren- contre entre le bulbe et les glandes salivaires des autres Mol- lusques (fig. 18, PL III). Bouvier (2) a signalé chez les Cônes « une petite masse glandulaire correspondant à deux glandes réunies en une seule masse (fig. 18, gin). Il en part deux conduits grêles, (i) La partie inférieure de la coupe correspond à la face interne conca^e du sac. (2) Bouvier, loc cit., p. 320. 42 A. AllAUBUU'jr. qui embrassent l'œsophage, sans traverser les colliers ner- veux, et vont aboutir au sac des dards, sur la partie inférieure de la petite branche de l'Y, » c'est-à-dire en avant du pied de l'Y, ou, en d'autres termes, en avant des cartilages, position normale des canaux excréleurs des glandes salivaires nor- males. L'innervation du sac des dards est la même que celle du bulbe en général, et toute différente, de celle de la gaine radulaire. Dans un bulbe ordinaire, la partie fondamentale reçoit deux gros nerfs de la face postéro-externe du ganglion buccal. Ces nerfs se rencontrent sur le sac des dards et Bouvier les décrit de la manière suivante : « Les nerfs du sac des dards, au nombre de deux par ganglion, vont se ramifier, un peu au-dessus du point où le sac se trifurque, » el j'ajouterai qu'ils vont se ramifier surtout sur le pied de l'Y, c'est-à-dire sur la partie fondamentale du bulbe. En résumé, le sac des dards n'est pas, comme on le supposait, une simple gaine radulaire, mais un bulbe complet. J'ai déjà signalé une différence entre les Mollusques à trompe de Buccin et les Cônes : chez les premiers le bulbe est au sommet, chez les Cônes il est resté à la base de la trompe, il en existe une autre, relative à la position de l'or- gane par rapport à l'œsophage : chez les premiers, le t)ulbe est placé sous l'œsophage, tandis que chez les Cônes il est situé à droite. L'explication de cette anomalie de position nous est fournie par le mouvement de torsion à gauche, qui, au lieu de se produire comme d'ordinaire seulement en arrière du bulbe, a intéressé une partie de celui-ci, ou plutôt le bulbe ayant conservé sa situation primitive, la gaine s'est trouvée dans la zone de torsion et a entraîné dans sa marche le bulbe réduit et pédoncule. Chez les Diotocardes la gaine est toujours tordue, mais le bulbe ne l'est jamais, ce qui tient à sa taille relativement énorme et à son attache très large avec l'œsophage. Chez les Mollusques à trompe de Buccin, le bulbe et la gaine ne sont jamais tordus, parce que TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉUOPODI<:S. \2 ces deux organes ont suivi le sommet de la trompe et se sont dégagés de la zone de torsion. Les conséquences de ce mouvement de torsion chez les Cônes ont été d'amener à droite tout ce qui se trouvait au- dessous de l'œsopliage et à gauche ce qui normalement se trouvait au-dessus. On a déjà vu la position occupée par des glandes sali- vaires. En se reportant au travail de Bouvier on trouve : que les centres nerveux supérieurs forment une masse sus- œsophagienne assez fortement rejetée à gauche, tandis que les centres inférieurs sont à droite. Les deux otocystes sont h. droite à la base du pied; la gauche en avant, la droite en arrière. De plus, cette torsion s'est produite sur une région très courte, comme l'indiquent la torsion de l'œsophage, le nerf sus-intestinal de la chiastoneurie et la position de l'aorte antérieure. Le ganglion palléal droit se rattache largement au gan- glion sus-intestinal, sans connectif distinct. En général, la distance entre les deux ganglions est en rapport avec la longueur de la torsion. L'aorte antérieure passe sur l'œsophage de gauche à droite et d'arrière en avant, immédiatement en arrière des centres nerveux supérieurs, puis se coude brusquement de haut en baset d'arrière en avant, traverse les colliers nerveux et se porte sur la face externe delà petite branche del'Y, qui correspond morphologiquement à la face inférieure du bulbe. Chez les Terebra de l'espèce A, le bulbe et les organes voisins occupent les mêmes positions que chez les Cônes. A la base du tube buccal (fîg. 20, PI. III) existe le renflement bulbo-œsophagien dans lequel s'ouvrent à droile le sac des dards et le canal excréteui* de la glande à venin ; le premier en avant, le second en arrière. Le sac des dards ne présente pas une division en bulbe et gaine, aussi nette que dans les Cônes. Il montre une partie pédonculée grêle, qui le rattache au renflement bulbo- 44 \. AIIJlUIIRUT. œsophagien, puis une région brusquement dilatée qui cor- respond à la parlie fondamentale du bulbe et qui se pour- suit en arrière par une parlie effilée qui est Thomologue de la gaine. Dans son intérieur les dards ont tous la même direction, la pointe en arrière, et sont semblables à celui qu'on renconire au sommet de la trompe. Des glandes salivaires normales, placées à gauche de l'œsophage, se détachent deux canaux excréteurs, qui après un parcours identique à celui qu'on rencontre chez les Cônes, viennent déboucher dans le sac des dards, au point oii la partie dilatée de celui-ci se continue avec la portion pédonculée. Dans les Terebra de l'espèce B, il existe à la base du tube buccal et à droite une petite saillie (B, fig. 21 , PL III), dans laquelle on distingue facilement deux parties: l'une, en rap- port avec le tube, est relativement large ; 1 autre, située dans le prolongement de la première, est au contraire très grêle. La position de cette saillie à la base du tube buccal et en avant des centres cérébroïdes, permet de l'homologuer au bulbe des Cônes et des Terebra de l'espèce précédente et de considérer ses deux parties comme représentant respective- ment le bulbe et la gaine radulaire. Il est évident que dans ce rudiment de bulbe il n'existe ni cartilage ni radule. Relativement aux glandes salivaires il existe une diffé- rence entre cette espèce et la précédente. Les canaux excré- teurs, après être passés l'un au-dessus, l'autre au-dessous de l'œsophage, se réunissent eh un canal commun qui court le long du bord supérieur droit du tube buccal et vient s'ouvrir dans l'intérieur de celui-ci en arrière du disque dont il a été question plus haut (1). {!) En étudiant la partie antérieure du tube digestif des Mollusques à trompe, il m'est arrivé de trouver les glandes annexes chez des genres où elles étaient inconnues : Terebra [^) {gla, fig. 20, PI. Ill), Amillaria [^), (') A. Amaurlrut, ContribuHon à L'élude de la région antérieure de Vappareil digestif chez les Sténoglosses supérieurs {Comptes rendus, 15 juin J896). (2) A. Amaudrut, kur Vappareil salivaire des Ancillaires {Rull. de la Soc- zool. de France, t. XXI, 1896, p. 12:0. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 45 Modifications éprouvées par le bulbe dans sa structure. — Après avoir indiqué brièvement l'influence du développe- ment proboscidien sur la position et la forme du bulbe, je vais essayer de monlrer que cette influence s'est produite également sur sa structure. La partie la plus importante du bulbe est évidemment la langue, composée de pièces dures qui servent d'appui aux muscles qui d'autre part se fixent sur la membrane élasti- que. Cette langue étant le contenu du bulbe, nous pouvons prévoir que toule modification importante du contenant doit avoir un retentissement sur le contenu. Pour faciliter, autant que possible, la lecture de ce chapitre je crois utile d'en résumer dès maintenant le contenu ; le lecteur étant ainsi prévenu du but à atteindre, son attention s'arrêtera sur des faits qui, sans cet avertissement, pour- raient passer inaperçus, ou lui paraître d'une importance médiocre. Chez les Mollusques primitifs la langue est large, comme le bulbe. Les cartilages sont au nombre de quatre paires, symétriques. Des muscles les réunissent d'un même côté et plus ou moins d'un côté à l'autre. A mesure qu'on s'élève dans la série, la langue diminue de largeur et en général augmente de longueur; les cartilages d'un même côté se rapprochent, se fusionnent pour se confondre en un seul. Les Rupana bezoar [gla, fig. 13, PL II) et lopas sertiim (fig. 76, PI. X). Dans un travail récent, Bergh (^) a passé en revue trente-trois espèces de Cônes dont deux seulement. [C. maculosus et C. vexillum) lui ont montré l'existence d'une « glande supplémentaire qui s'ouvre à côté de la gaine radulaire oi inférieurement dans la cavité du bulbe ». J'ai retrouvé cette glande chez C. vicarius, arenatus, quercinus et eburneus. Elle se compose toujours de deux parties [gla, fig. 18, Pi. lli) : l'une postérieure, relativement large, est la glande proprement dite; l'autre antérieure, très grêle, forme le canal excréteur. Ce dernier vient déboucher à l'extrémité de la trompe. Bergh n'a vu de cette glande que la région postérieure, ce qui explique qu'il la fasse déboucher dans le renflement bulbo-œsophagien. Elle correspond à la glande salivaire aanexe droite des Purpuridés, la glande gauche ayant dis- paru dans le mouvement de torsion qui a intéressé cette région de l'appa- reil digestif. C) Bergh. loc. cit., p. 127 et 150. 4b A. AIIAUUHUV. deux carlilages résultants se fusionnent à leur tour, en avant sur la ligne médiane. Le rapprochement et la fusion des cartilages entraînent un raccourcissement d'abord et une disparition ensuite des muscles qui les réunissent et par suite une simplification de structure et une augmentation (le solidité de l'appareil de soutien. Des cartilages séparés, ou du cartilage résultant, se déta- chent des muscles dont les plus importants se rendent à la membrane élastique. Quels que soient le nombre et la forme des cartilages, ces derniers muscles se rencontrent à peu près partout, avec les mêmes caractères et en nombre constant. Je diviserai donc l'étude de ce chapitre en deux parties : V cartilages et muscles qui les réunissent entre eux ; 2° mus- cles allant des cartilages à la membrane élastique. Cette division ne sera pas toujours rigoureusement res- pectée, car il sera souvent nécessaire de traire intervenir les muscles de la membrane élastique pour préciser les régions qui, sur le cartilage composé, correspondent à des carti- lages primitifs. A. Cartilages et muscles qui les réunissent entre eux. — Patelle. — Dans la Patelle (fig. 26, 27, 28, 29), il existe quatre paires de cartilages ne présentant entre eux aucune union cartilagineuse : les cartilages antérieurs [a], rapprochés en avant où ils paraissent fusionnés, écartés en arrière; les postérieurs (;;), placés derrière les précédents, et les laléraux placés de chaque côté du sommet des cartilages antérieurs. Les latéraux comprennent deux paires : les latéraux supé- rieurs [Is) et les latéraux inférieurs [H). En tout huit carli- lages. Les trois premières paires ont été signalées par Geddes(i) et Gibson (2), les latéraux inférieurs n'ont jamais été mentionnés. (1) Geddes, On tke Mecanism ofthe Odontophore in certain Mo lliisca {Trans. Zool. Soc. Lond., 1879, p. 486). (2) Gibson, Anatomy cmd Plujs. of Palella vulgata [Trans. of the Roy. Soc. ofEdinbwrjh, 1885, p. 608). TUBE DIGRSTIF CIIRZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 47 La figure 2G nous moriire les trois paires de cartilages décrits par Geddes; ils sont vus de la face supérieure du bulbe, les muscles qui les cachent ayant été enlevés ou écar- tés. Les carlilages a et p occupent leur position normale, les cartilages/^ sont un peu rejelés latéralement. La forme et la position relative de ces trois premières paires sont suffisamment indiquées sur la figure. Les figures sui- vantes 27, 28, 29, qui représentent le bulbe vu de sa face inférieure, montrent les cartilages de la quatrième paire (/i). Ces diflerents cartilages sont réunis entre eux par des muscles puissants, dont les plus superficiels sont ceux qui relient les cartilages postérieurs aux latéraux inférieurs et supérieurs; ils sont vus sur la face inférieure du bulbe (fig. 27) et désignés respectivement par pis, pU. Entre les muscles longitudinaux, on observe une pre- mière couche de fibres transversales [mlû, fig. 27, 29), qui réunit les carlilages li en avant, et le prolongement des cartilages /v en arrière, en passant sous les muscles longi- tudinaux précédents. Au-dessous (I) des muscles mlii exis- tent quatre faisceaux longitudinaux (fig. 27) de taille inégale, qui s'insèrent en avant sur la membrane élastique, landis qu'en arrière, les plus gros [ti) se fixent sur les cartilages postérieurs, et les plus petits [pai, p'a'i'), placés à Fintérieur des précédents, s'insèrent sur les parois de la cavité générale. Tous les muscles précédemment cités étant enlevés, ou obtient la figure 28, qui nous indique que les cartilages latéraux sont encore réunis entre eux par une deuxième couche de fibres transversales [mlis). Comme la précédente, elle réunit en avant les cartilages U et en arrière les car- tilages Is. Cette deuxième couche musculaire est indépen- dante des parties sous-jacenles ; si on la fend sur la ligne médiane et qu'on rabatte les bords à droite et à gauche, on remarque une troisième couche musculaire transver- (1) Le bulbe est vu par sa face inférieure; les expressions « au-dessous » et (' au-dessus » doivent être interverties si on l'examine par sa face supé- rieure. 48 .%ii%u»RLir sale (fîg. 29) divisée en trois régions par deux lignes blanches dirigées obliquement d'arrière en avant et de l'extérieur à l'inlérieur, de manière à former un V renversé. Ces lignes correspondent aux cartilages antérieurs [a] ; elles compren- nent entre elles les muscles ma, et de chacune d'elles se détachent les muscles {mais?) qui se rendent au carlilage latéral supérieur correspondant. Ce dernier est réuni au latéral inférieur par les muscles 7niils. Il existe donc trois plans de fibres musculaires transversales réunissant infé- jodL' ] Fig. 20. — Section transversale du bulbe de Patelle. — a, cartilage anté- rieur; Is, cartilage latéral supérieur ; /i, cartilage latéral inférieur ; ma, muscle unissant les deux cartilages antérieurs; ?ïialsi, malsm, malss, mus- cles unissant les cartilages a et Is ; mlis, ml'd, muscles réunissant les car- tilages /i; m/i/s, muscles d'union des cartilages li et Is; mlile, muscle allant du cartilage li à la membrane élastique le ; ts??î, tenseur supérieur ; ti, tenseur inférieur; pai, muscle papillaire inférieur; fch, fléchisseur des cartilages. rieurement les différents cartilages, et non deux, comme le disent Geddes et Gibson. Une coupe transversale passant à environ' trois milli- mètres du sommet de la langue intéresse les trois paires de cartilages a, fs, il (fig. 20, t). Elle nous montre les trois cou- ches de muscles et leurs relations avec les cartilages. On remarquera que les fibres supérieures du muscle maisi s^ in- sèrent sur a, tandis que les fibres inférieures passent sous les deux cartilages antérieurs, pour se rendre du cartilage latéral supérieur droit au cartilage supérieur gauche. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 49 Cette coupe transversale nous montre d'autres muscles^ Ce sont d'abord deux paires de bandes musculo-cartilagi- neuses [malss, malsm), réunissant transversalement le carti- lage antérieur au cartilage latéral supérieur. Leur extré- mité en rapport avec îs est musculaire, l'autre exlrémilé est granuleuse et se colore fortement par le picro-carmin. La bande malss se continue sur la face interne de a jus- qu'au muscle ma. Latéralement on remarque les mus- cles [mlils] réunissant les cartilages /i, Is, et les mus- cles [miile, mlsle) qui vont des cartilages latéraux à la membrane élastique. Du cartilage latéral inférieur se détache un faisceau [fch, fîg. 20, t, et 27, PI. lY) qui se porte en avant et latéra- lement, pour se confondre avec les parois de la cavité buc- cale. Ce muscle est important pour établir, dans la suite, l'homologie du cartilage latéral inférieur. Chiton. — L'appareil de soutien du Chiton, débarrassé des muscles qui l'entourent (fig. 21,/), se présente sous la forme de deux jambes, écartées enarrière, réunies en avant seulement par des muscles transverses. Chaque jambe se compose d'une partie fondamentale cylin- drique, d'un blanc laiteux, de consistance molle, résistant peu à la pression. Deux régions tranchent sur Tensemble par leur couleur jaunâtre et leur plus grande résistance à la pression. D'abord, c'est une expansion en forme d'aile (/?"), qui se détache de la partie antérieure latérale delà jambe. En avant cette expansion est jaunâtre, épaisse, arrondie, tandis qu'en arrière elle est grisâtre, aplatie latéralement et bien détachée de la partie fondamentale du cartilage. En arrière, la partie fondamentale blanche se rétrécit en forme de coin, et est reçue dans une sorte de fer à cheval, placé à plat, de couleur jaunâtre, de consistance ferme et dont le plan est un peu plus élevé que le niveau postérieur du cartilage. Si on examine cette région par la face infé- rieure (fig. 30, PL ÏV), on remarque que les deux branches ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 4 50 A. AllAUDRUT. du fer à cheval passent sur celte face el se soudent par leur extrémité, de manière à laisser entre elles une boutonnière au fond de laquelle on aperçoit la substance blanche fonda- mentale. Une coupe transversale passant en arrière et intéressant les deux branches du fer à cheval, nous montre ses rela- tions avec la partie fondamentale du cartilage, et en même temps une différence de structure en rapport avec la diffé- rence d'aspect extérieur (fig. 22, t). La substance blanche est formée par une coque épaisse qui, au lieu de contenir un réseau fibreux avec cellules vésiculeuses dans les mailles, ne contient que quelques granulations localisées contre les Fig. 2i, 22. —Figure 21. Appareil cartilagineux de Chiton. — a,pji, carti- lages antérieur, postérieur et latéral inférieur. — Figure 22. Section transversale intéressant la région postérieure des cartilages a et p. parois ; c'est en quelque sorte un cartilage vide, réduit à sa coque, ce qui explique le peu de consistance de cette partie fondamentale. Le fer à cheval au contraire présente la structure ordi- naire du cartilage des Mollusques inférieurs. Les muscles qui partent de la région postérieure de la jambe s'insèrent tous sur les bords du fer à cheval et ont même destination que ceux qui partent des cartilages postérieurs de Patelle. Le fer à cheval est donc l'homologue du cartilage postérieur de Patelle. Une coupe transversale (fig. 23, t) intéressant la partie anté- rieure de la langue, mais pratiquée dans un bulbe complet, nous indique que la substance cartilagineuse n'est pas réduite aux parties citées plus haut. Au-dessous de la lame élastique existe, de chaque côté, un noyau cartilagineux {is) TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 51 de couleur jaune, de consistance ferme, adhérant à cette membrane et se détachant avec elle des parties sous- jacentes, avec lesquelles il est uni seulement par de minces tractus [malss, malsi). Je considère ce noyau cartilagineux comme l'homologue du latéral supérieur de Palelle. Sa structure est la même que celle du fer à cheval, c'est-à-dire qu'il possède une coque distincte remplie de cellules vési- culeuses. Dans cette même région antérieure, la partie fondamen- tale blanche est formée encore d'une coque épaisse, mais qui Fig. 23. — Section transversale de la région antérieure de la langue de Chiton. — a, cartilage antérieur; H, cartilage latéral inférieur; /s, carti- lage latéral supérieur. — Pour les muscles, voir figure 20 de Patelle où les mêmes muscles sont indiqués pat^ les mêmes lettres. n'est pas complètement vide. Du côté interne, elle est rem- plie d'un tissu consistant analogue à celui qu'on rencontre dans le fer à cheval. Du côté externe, la coque est encore tapissée par des granulations ; entre ces deux régions existe une zone de petites cellules, formant passage aux granula- tions. La partie fondamentale de la jambe présente donc deux régions histologiquement distinctes : l'une postérieure, réduite à la coque et aux granulations, l'autre antérieure^ présentant du côté interne une différenciation en cellules car- tilagineuses. On ne saurait considérer ces deux régions comme appartenant à deux cartilages différents, car elles ne sont pas séparées par une coque distincte; les cellules passent insensiblement aux granulations. La diflerenciation 52 A. AlIAUDRUT. a pour conséquence de renforcer l'insertion des muscles [ma) qu'on ne rencontre que dans cette région différenciée. Par sa position, ses relations avec les autres cartilages et ses attaclies musculaires, cette partie fondamentale de la jambe est l'homologue du cartilage antérieur de Patelle. La saillie en forme d'aile [li) est séparée du cartilage anté- rieur par la coque de ce dernier, elle est remplie de cellules cartilagineuses. Inférieurement les deux ailes sont réunies par des muscles, qui à leur origine forment un faisceau unique, mais qui ne tardent pas à se dédoubler [mlis, mlii) pour livrer passage aux muscles ti. Extérieurement cette saillie donne le muscle /c/? ; elle est donc l'homologue du cartilage latéral inférieur de Patelle, Dans son travail sur les Chitons, Plate (1) ne fait que men- tionner les cartilages : « L'appareil masticateur se distingue de celui des autres Gastéropodes par ce que les pièces de soutien ne sont pas consistantes, mais réprésentées par des vésicules creuses remplies d'air, » ce qui est exact pour une partie seulement du cartilage antérieur, qui seul jusqu'ici avait attiré l'attention des auteurs. Une remarque est à faire ici. Les Chitons étant considérés avec raison comme représentant des formes plus archaïques que les Patelles, l'appareil d'appui a dû débuter dans la série des Mollusques par une seule paire de carlilages, de laquelle se sont détachées ensuite les trois autres paires carti- lagineuses. Mais d'autre part, chez les formes plus récentes, quand on retrouve les quatre cartilages, ils ne sont plus indé- pendants. On est donc obhgé d'admettre que les cartilages latéraux et postérieurs, après s'être séparés de la masse principale, se sont de nouveau fusionnés avec elle. Néritidés. — Nerita. — Dans les trois espèces que j'ai étu- diées, N, plexa^ tessellata et Rumpti, le cartilage postérieur est bien distinct et non soudé au cartilage antérieur, mais au lieu d'être placé dans le prolongement de a, il est relevé (1) Plate, JJeher den Bau des Chiton aculeatus L. (Sitzungs Berlcht der Gesell- schaft Naturf. Fr. zu Berlin, \d oct. 1893, n° 8, p. 155). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 53 et repose en grande pariie sur la région postérieure du cartilage antérieur. Les cartilages latéraux ont exécuté un mouvement de rotation de bas en haut et de l'extérieur à l'intérieur, tout en se rapprochant de « ; le latéral supé- rieur est encore indépendant, mais le latéral inférieur est venu se souder à la pariie antérieure de a. Dans Nerita tessellata (fig. 31, PL JV), les cartilages et les muscles qui les réunissent présentent une masse ovoïde, dans laquelle on distingue en avant et latéralement le car- tilage Il soudé au cartilage a et recouvert par la mem- brane élastique. En arrière de // s'observe le cartilage laté- ral supérieur représenté par une bandelette [Is] sur le bord interne de laquelle s'insère la membrane élastique, tandis que sur le bord externe se fixent les muscles jjls^ qui chez Patelle occupent la face inférieure du bulbe. En arrière, nous voyons le cartilage p fortement relevé et ne donnant des attaches musculaires que sur son pourtour. Si on enlève la membrane élastique et les muscles qui s'insèrent sur elle, on enlève également la bandelette /^, ce qui nous indique que le cartilage est ^xé à la membrane élastique et occupe la même position que dans Chiton, avec cette différence toute- fois : c'est que h est situé tout entier en arrière de /?", tandis que dans Chiton la partie antérieure de h est sur le même niveau que li. Ce déplacement dans le niveau des cartilages a pour conséquence de dégager davantage le som- met de la langue. La figure 32, PL IV, représente les car- tilages antérieurs et postérieurs, ces derniers rabattus d'avant en arrière dans le prolongement des premiers. Les carti- lages a sont réunis entre eux par le muscle transversal ma. Sur la saillie li existe un pigment noir abondant qui s'ob- serve également sur les faces articulaires des cartilages a ei p. Sur une coupe transversale intéressant la saillie /i, on se rend compte du degré de soudure entre les deux cartilages (fig. 24, ^). On remarque qu'elle n'intéresse que les coques ou enveloppes des deux cartilages. Intérieurement se détache b4 A. AIIAUDUUT. (le H le muscle mli, qui sur la ligne médiane vient renfor- cer le muscle ma. Navïcella Janellï. — Les carlilages présentent beaucoup de ressemblance avec ceux de N. tessellata. Les antérieurs sont très allongés, les postérieurs relevés, les latéraux infé- rieurs soudés en avant aux antérieurs. Les latéraux supé- rieurs occupent la même position, mais ils présentent plus d'indépendance avec la membrane élastique que dans Nerita â d. 1 ;C?=S^£r^^:.±==£. Fig. 24. — Coupe transversale de la langue de Nerita tessellata passant par les cartilages a et li séparés par une coque cartilagineuse ; mil et ma, muscles réunissant infé- rieurement les cartilages li et a; ms, substance amorphe avec fibres d'apparence striée. Fig. 25. — Coupe transversale pra- tiquée dans l'appareil de soutiea de Navicella Janelli. — a et li, cartilages antérieur et latéral in- férieur, la coque qui les sépare est en partie résorbée. et Chiton^ et par suite se rapprochent davantage de ce que nous avons vu dans Patelle. Sur la saillie li et dans la région d'articulation des cartilages antérieurs et postérieure on observe, comme dans Nérite, un pigment noir abondant. Tous ces cartilages sont durs, résistants à la pression, ce qui tient sans doute à l'épaisseur considérable de leur coque. La coupe transversale passant par la saillie H [^^. 25, t) ressemble beaucoup à celle de Nérite (fig. 24). Dans les deux genres, la coque se compose d'une substance épaisse,, homogène, présentant çà et là des cellules allongées, dispo- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 55 sées en séries et placées h peu près au milieu de l'épaisseur delà coque. Dans l'intérieur du cartilage, la substance qui sépare les cellules cartilagineuses est régulièrement orientée longitudinalement et transversalement. Il y a une différence cependant : dans Nerita la saillie représentant le cartilage latéral inférieur est encore nettement séparée du cartilage antérieur par cette substance d'enveloppe, tandis que dans Navicelle, la coque a disparu en grande partie au point de contact, et la substance intercellulaire formant réseau dans l'intérieur se continue dans la saillie II. Au niveau de cette saillie les deux cartilages antérieurs sont réunis inférieurement par des muscles et par une subs- tance spéciale. Les muscles ma vont transversalement d'un cartilage à l'autre et s'arrêtent brusquement à la substance de la coque, sans aucun indice de pénétration dans son inté- rieur; la couche supérieure [ms), d'une épaisseur à peu près égale à la couche musculaire, se compose d'une substance fondamentale homogène se colorant par les réactifs, comme la coque du cartilage; dans son intérieur existent des gra- nulations très petites et çà et là des paquets de deux ou trois fibres musculaires d'apparence striée. De même que la pré- cédente elle s'arrête à la coque du cartilage a. Au-dessous de ces deux couches passent transversalement les muscles [mli] allant d'une saillie à l'autre. Plus en arrière la coupe intéresse le cartilage latéral su- périeur et nous le montre indépendant du cartilage antérieur et de la membrane élastique (fig. 26, /); quant au cartilage /i, il est représenté par une saillie beaucoup plus petite, située à un niveau plus bas, et complètement fusionnée avec le cartilage antérieur. La face inférieure du cartilage latéral supérieur est con- cave et recouvre la face inférieure convexe du cartilage an- térieur. Les coques sont bien distinctes et leurs faces situées en regard sont chargées d'un pigment noir, signalé déjà au sujet des articulations /; et a. Sur la région supérieure de la saillie U s'insèrent les muscles [mlils, mille) qui se rendent 56 A. AMAUDRUT. respectivement au cartilage supérieur et à la membrane élas- tique. Sur la face externe de la même saillie on remarque un gros muscle longitudinal dont les fibres s'insèrent sur elle à difTérents niveaux. Comme ce muscle prend son origine en arrière sur le cartilage postérieur, il représente bien le muscle pli, figure 27, de Patelle. Enfin, au-dessous de la saillie prennent naissance, comme d'ordinaire, les muscles m/i. Le muscle mlsle, d'externe qu'il était dans Patelle, est de- venu supérieur et sert d'intermédiaire entre le cartilage et ia membrane élastiquQ. C'est par l'atropbie de ce muscle que le carlilage pa- raît soudé à la membrane élastique dans Chiton et Nérite. Si l'on compare les figu- res 20, ^ de Patelle et 26,/, de Navicelle on peut se rendre compte de la mar- che suivie par les cartila- ges. D'abord les carlilages latéral supérieur indépendant; p/i, antérieurs et postérieurs muscles réunissant les cartilages p ont conservé leurs positions et h. Pour les autres muscles voir ^ figure 20 de Patelle. respectives. Le cartilage latéral supérieur a exé- culé un mouvement de rotation de bas en haut et en même temps un mouvement de translation d'avant en ar- rière, il est venu se placer entre la membrane élastique et le cartilage antérieur, tout en abandonnant la pointe de la langue. L'absence de ce cartilage dans la région anté- rieure a entraîné pour cette région la disparition des muscles qui l'accompagnent. Le cartilage inférieur a exécuté seule- ment le mouvement de rotation et est venu se souder au car- tilage antérieur. Les conséquences ont été de simplifier la structure de la langue dans sa partie antérieure et de la rendre plus étroite. Fig. 26. — Coupe transversale de l'appareil cartilagineux de Navicella Jane//? passant en arrière delà coupe 25. — a et H, cartilages antérieur et latéral inférieur fusionnés ; h, TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. o7 Turbonidés et Trochidés. — Les Turbos et les Troques pré- sentent les plus grandes ressemblances dans leur appareil carlilagineux, aussi je me contenterai de décrire celui de 'Turbo coronatus. L'ensemble des pièces de soutien semble, au premier abord, réduit aux deux paires de cartilages a et /; (fîg. 33, PL IV). Les premiers sont réunis entre eux par des muscles transversaux, qui commencent seulement à 3 millimètres du sommet; en avant de ce point les cartjlages sont libres. Ils sont aplatis et leur plan est incliné de l'extérieur à l'in- térieur et de haut en bas, de manière à limiter entre eux une gouttière en forme de V. Sur la face externe, et à une certaine distance du sommet, ils présentent chacun une saillie [li] de couleur blanche, tandis que le reste de la face supérieure est grisâtre. La membrane élastique passe sur la saillie lï avant de se réfléchir vers le bas, il en résulte donc que toute la région située en avant de II est complètement indépendante des parois du bulbe. En arrière, les cartilages antérieurs sont un peu élargis et leur extrémité libre est arrondie. Les cartilages postérieurs sont situés en partie au-dessous des précédents, en partie dans leur prolongement. Ils ont la forme d'un ménisque convergent, la face concave s'articule avec la face postérieure convexe du cartilage antérieur. La saillie lï représente le cartilage inférieur, comme on peut s'en assurer par l'examen de la figure 27, t, qui repro- duit une coupe transversale de cetle région. Le carlilage anté- rieur est pourvu d'une coque distincte; sur son bord supé- rieur est placé une sorte de fer à cheval, d'aspect granuleux, dont les bords amincis descendent jusqu'à la base du carti- lage a, mais sans se rejoindre. Dans la partie supérieure renflée du fer à cheval, on observe, au milieu d'une substance granuleuse, un certain nombre de cellules cartilagineuses, absolument semblables à cefles qui sont contenues dans l'in- térieur de la coque de a. Par sa position, ce noyau est bien le correspondant du cartilage de Navicelle. Un gros muscle 58 A. AIIACOUUT. transversal réunit inférieurement les deux saillies ; c'est le muscle m H. La coupe suivante (fig. 28, jf), passani en arrière de la pré- cédenie, nous montre une pénétration plus grande des carti- lages. La coque du cartilage antérieur a disparu au point de contact et les fibres contenues dans son intérieur pénètrent dans la substance granuleuse. Inférieurement, on retrouve les muscles mii. Au-dessus du point d'insertion de ces der- niers existent les muscles fch. En arrière de celte région se détachent les muscles mlile (fig. 29, /) qui se rendent à la Fig. 27, 28, 29. — Coupes Iranversales pratiquées d'avant en arrière dans l'appareil de soutien de Turbo coronatus. Mêmes lettres que dans les ligures précédentes. membrane élastique et pli qui vont se fixer au cartilage pos- térieur. Quant au cartilage latéral supérieur, il est représenté par une mince couche granuleuse occupant la même position que dans Navicelle, mais il est fixé à la membrane élastique comme dans Chiton et Nerita. Fissurellidés. — Fissurella concinna. — Nous allons trou- ver ici une concentration encore plus grande des cartilages. La masse musculo-cartilagineuse vue d'en haut nous montre, comme d'ordinaire, la saillie li. Le cartilage Is est repré- senté comme dans Turbo par une mince bande cartilagineuse située à la limite de la membrane élastique et des muscles/?/^. Ces derniers occupent maintenant la lace supérieure. Le cartilage postérieur est à peine visible de la face supérieure, tandis que de la face inférieure on en aperçoit une grande partie (fig. 34, PI. IV). De son bord antérieur se détachent TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 59 les muscles pli, dont les fibres s'élalent d'arrière en avant sur la face inféro-externe du cartilage antérieur, c'est-à-dire sur la région qui correspond au cartilage H. Sur la coupe iransversale la saillie H (fig. 30, t) est encore assez distincte des cartilages antérieurs. Ceux-ci sont réunis par un seul paquet de fibres musculaires, mais les plus infé- rieures de ces fibres se continuent jusqu'à la saillie li. Ces fibres unissantes représentent donc les muscles ma et mli. La coupe suivante (fig. 31, t) prise plus loin en arrière nous montre encore la saillie li, mais située beaucoup plus bas. Les muscles mil de la figure précédente s'arrêtent à 30 31 3X Fig. 30, 31. — Coupes transversales pratiquées d'avant en arrière dans les cartilages de Fissurella concinna. Fig. 32. — Coupe longitudinale intéressant les cartilages a et p du même animal. ce niveau ; extérieurement, elle sert d'allaclie au muscle longitudinal ^/z et par sa partie supérieure elle fournit les muscles mlile. Les cartilages postérieurs sont encore bien distincts des cartilages antérieurs, cependant les portions de leurs coques qui sont situées en regard sont perforées et traversées par des filaments de substance cartilagineuse s'anastomosant dans l'intervalle laissé entre les cartilages (fig. 32, t). C'est là un indice de soudure que nous trouverons réalisée plus loin. Parmophore. — Dans le Parmopliore, la masse cartila- gineuse est puissante. Les cartilages postérieurs sont plus indépendants que dans Fissurelle, ils sont également plus gros et placés comme d'ordinaire en arrière des carti- 60 A. AlIAUDRUT. lages «, mais ils s'étendent au-dessus et au-dessous de la partie postérieure de «, entourant celle-ci comme un fer à cheval (fig. 35, PI. IV). Les cartilages antérieurs vus de la face supérieure présentent deux régions bien distinctes : l'une interne, occupant un plan inférieur, est d'un gris sombre, l'autre externe et supérieure est d'un blanc brillant. La partie antérieure de celle-ci laisse voir, dans un plan un peu inférieur, la saillie U qui se continue en arrière et au- dessous par une légère crête longitudinale. Sur celte crête s'insèrent les muscles qui naissent d'ordinaire du cartilage /z. En effet, nous trouvons en avant le muscle /c^ (fig. 36, PI. V); en arrière, les différents faisceaux de pli^ dont les fibres les plus internes sont les plus courtes, puis, à l'extérieur, le muscle mlile^ dont les fibres s'engagent sous les fais- ceaux exlernes de pli pour venir s'insérer sur la crête /i, et enfin le muscle transversal mli. Je ne pense pas toutefois que cette crête représente le cartilage li dans toute sa longueur, mais seulement dans sa partie antérieure. En effet, déjà dans Patelle, et encore dans les autres genres précédemment étudiés, il existe quelques fibres musculaires, allant de la face inférieure du cartilage 79 à la face inférieure du cartilage a. Dans Patelle, les mus- cles mpa (fig. 29, PL IV) sont séparés des muscles ;j/i, par les couches musculaires réunissant inférieurement les carti- lages li eils. Dans Parmophore, les cartilages Is étant passés sous la membrane élastique et les cartilages li s'étant soudés au carlilage a, il en est résulté la disparition des muscles mis (fig. 29) qui réunissaient transversalement les parties posté- rieures des cartilages Is ; dès lors, les muscles pli et 7npa se trouvent en contact et forment un faisceau unique, dans lequel les fibres qui s'insèrent le plus en avant représen- tent pli, tandis que les fibres plus courtes appartiennent à 7npa. Dans Parmopbore, les cartilages postérieurs étant très gros, par rapport à ceux de Patelle, on s'explique le grand développement des muscles 7n/ja. Haliotide. — Quelques points peu importants distinguent TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. Gl les cartilages de l'Haliotide et du Parmophore. Les posté- rieurs ne sont pas situés dans le prolongement des cartilage^ antérieurs, mais au-dessous de la partie postérieure de ceux- ci. On les aperçoit à peine quand on a rabattu les muscles de la face supérieure du bulbe (fig. 37, PI. V). La face inférieure du bulbe montre, en arrière, deux saillies muscu- laires, symétriques, en forme de demi-sphère, en avant des- quelles on remarque un sillon transversal [st, fig. 38) qui correspond au bord antérieur du cartilage p, et les deux masses musculaires ne sont autre chose que les muscles qui, après avoir contourné le bord postérieur de l'appareil de soutien, se portent sur la membrane élastique au-dessus des cartilages. Les muscles tnpa et pli ne s'insèrent plus selon une ligne longitudinale de part et d'autre de laquelle partent les muscles mli^ mlile comme dans Parmophore. Entre les muscles mil et ïiilile existe une région assez vaste, servant de réception, du côté iaterne aux muscles mpa et du côté externe aux muscles pli. Cyprœa erronens, — Les cartilages, débarrassés de l'appa- reil musculaire puissant qui les entoure, ont chacun la forme d'une faux, comme le dit Malard (J), les pointes dirigées en arrière, les talons en avant (fîg. 33, t). Ces derniers sont réunis entre eux par une substance musculo-cartilagineuse d'un gris jaunâtre, qui rappelle assez ce que nous avons vu chez Nérite et Navicelle. La partie coupante de la faux est tournée à l'intérieur, le plan est relevé de l'intérieur à l'ex- térieur, de telle sorte que le bord externe épaissi occupe un niveau supérieur. L'ensemble des deux cartilages forme ainsi une gouttière médiane pour la réception de la radule. Ils sont d'un blanc brillaut et rappellent, par leur dureté, les cartilages de Nérite. Le fond de la gouttière est occupé d'abord par une couche très mince de fibres transverses réunissant les cartilages ; sous cette couche, on observe par transparence deux faisceaux musculaires longitudinaux. Cet (l) Malard, Structure de V appareil radiilaire [odonlophore) des Cypréidés {Bull, de la Soc. philomathique, février 1889). 02 A. AMAunnuT. appareil musculaire est celui qu'où rencontre en général, *mais si on dissocie les muscles, on irouve au-dessous, au lieu de la paroi céphalique, une nouvelle couche de fibres musculaires transversales beaucoup plus épaisse que la pré- cédente el qui s'étend assez loin à droite et à gauche. A l'exlrémité postérieure du cartilage (pointe de la faux) existe un noyau cartilagineux, déjà signalé par Malard sous le nom de « noyau fibro-cartilagineux ». Une coupe transversale passant à une faible distance du somm_et des cartilages (talons de la faux) (fig. 34, /) nous montre la partie fondamentale du cartilage {a) entourée d'une coque bien nette; le bord supérieur est surmonté d'un fer à cheval cartilagineux (/?'), dont la branche externe se con- tinue sur la face externe de a et se dirige de haut en bas, un peu obliquement de l'intérieur à l'extérieur, de manière à faire prendre à l'ensemble la forme d'une faucille. Au-dessus du fer à cheval (lame de la faucille), on re- marque un nouveau noyau cartilagineux en forme de crois- sant, plus épais que le précédent, supportant la membrane élastique, à laquelle il paraît fixé. Ce noyau est nettement séparé du premier dans sa partie moyenne, mais de ses deux extrémités se détachent des fibres musculaires qui le rattachent au cartilage ii. L'histologie de ces trois cartilages est un peu ditférente. Le cartilage antérieur présente une coque anhyste bien dis- tincte, dans l'intérieur de laquelle existent de grosses cel- lules cartilagineuses sans trace de fibres ; ces cellules sont polyédriques, plus grandes au milieu qu'aux bords et sépa- rées les unes des autres par une couche épaisse de matière cartilagineuse; elles m'ont paru dépourvues de protoplasma et de noyau, ce qui donne à la coupe l'aspect d'un faisceau de sclérenchyme. ChezNérite, dont le cartilage présente comme ici une grande dureté, la substance cartilagineuse est égale- ment abondante, mais on observe encore très nettement les noyaux et le protoplasma. A un faible grossissement les deux autres cartilages TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 63 paraissent constitués par une matière fondamentale dans laquelle seraient plongées de nombreuses granulations, mais à un grossissement plus fort on distingue des cellules à mem- brane très mince, à protoplasma homogène, avec un gros noyau. A l'extrémité du manche de la faucille, les cellules ont une membrane plus épaisse, ce qui rapproche ces cellules de celles du cartilage a. Je considère la partie cartilagineuse en forme de faucille, et le croissant placé au-dessus de la lame, comme représen- tant respectivement les cartilages lï et h. Ils ont exécuté Fig. 33, 34, 35. — Figure 33. Ensemble des cartilages de Cyprœa. — Fi- gure 34. Coupe transversale de la région antérieure de la langue inté- ressant les trois cartilages a, H, Is. — Figure 35. Coupe longitudinale. Mêmes lettres que dans la figure 20 de Patelle. ici un mouvement de rotation de bas en haut, comme chez les Diotocardes, avec cette différence toutefois, que le carti- lage Il s'est allongé dans les deux sens : le prolongement supérieur est venu se placer entre les deux cartilages a et is, tandis que le prolongement inférieur a donné le manche de la faucille. Du manche de la faucille, se détachent intérieurement les muscles 77îlis et 7nlii, séparés comme dans Patelle par les muscles lenseurs (ti), tandis que le bord externe donne miik, dont les fibres les plus internes se rendent sur le cartilage k et constituent le muscle ?72lils. Extérieurement, le cartilage latéral supérieur n'est pas relié directement au cartilages, 64 A. AllAUOBUT. comme dans Patelle; les muscles malsi manquent, mais intérieurement on retrouve malss. ' Par sa face supéro-interne, le cartilage Is est en partie soudé à la membrane élastique, mais sur sa face supéro- externe on observe encore de petites fibres musculaires in- termédiaires entre le cartilage et la membrane élastique et qui représentent les muscles mise de Patelle. Une coupe faite dans le sens longitudinal verticalement, et passant par la pointe de la faux (fig. 35, /), nous montre les relations du noyau fîbro-cartilagineux avec cette pointe. Là, le cartilage antérieur se continue par une traînée cartilagi- neuse pédonculée, formée de cellules à membrane mince, sur laquelle s'insèrent les muscles qui naissent d'ordinaire du cartilage postérieur. Les Cyprées sont des Mollusques à trompe acrembolique placés en général assez haut; parmi les Monolocardes. Déjà, l'étude du système nerveux a permis à Bouvier (J) de dire que les Cyprées présentent des caractères mixtes entre les Paludines et les Rhipidoglosses ; les ganglions pédieux sont, en effet, remplacés par deux longs cordons ganglion- naires réunis par de nombreuses anastomoses et ressemblent à s'y méprendre aux cordons nerveux de l'Haliotide. Haller ( 1 ) , en se basant sur les caractères fournis parle rein, l'appareil génital et surtout le système nerveux, les place à la base des Ténioglosses et en fait, avec les Paludines et les Cyclo- phores, le sous-groupe des Architénioglosses. J'ajouterai que les caractères fournis' par l'appareil cartilagineux, par la longue gaine radulaire et par l'armature de la radule doivent faire considérer les Cyprées comme s'élant détachées de bonne heure des Dio tocardes primitifs. Nous trouverons plus loin d'autres arguments en faveur de cette hypothèse. Ampullaria insularium. — Le bulbe est très fort, globu- leux, presque aussi large que long; l'œsophage l'aborde en (1) Bouvier, loc. cit., p. 211. (2) B. Haller, Die Morphologie der Prosobranchier [Morpholog. Jahrhuch., Bd XVIII, p. 522). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 65 haut comme d'ordinaire, mais dans sa région postérieure, tandis que chez les Diotocardes il débouche en général dans le bulbe, vers le milieu de sa face supérieure. La gaine ra- dulaire est courte, dépasse à peine la face postérieure du bulbe, caractère qui éloigne encore l'Ampullaire des Dioto- cardes chez lesquels la papille s'étend toujours fort loin en arrière. Les ganglions buccaux ne sont plus allongés sur le connectif cérébro-buccal comme dans la plupart des Dioto- cardes, mais nettement délimités et rappellent les ganglions buccaux des Pulmonés. Là s'arrêtent les ressemblances avec ces derniers ; l'intérieur du bulbe, les deux puissantes mâ- choires, la radule et surtout l'appareil de soutien sont d'un Mollusque primitif. Sur la face externe du bulbe, vers le tiers postérieur, on aperçoit de chaque côté une lame cartilagineuse, plus large en haut qu'en bas (/z, fig. 39, PI V), de laquelle se détachent en avant et en arrière des muscles superficiels. La lame se continue au-dessous du bulbe en s'amincissant pour ne plus former qu'un sillon étroit duquel se détachent toujours les muscles superficiels, mais au fond duquel on n'aperçoit plus de substance cartilagineuse. Si l'on pratique des coupes verticales, parallèles au plan médian et allant de l'extérieur à l'intérieur, on observe suc- cessivement les figures 36, 37, t. La première nous présente deux cartilages [Is et lï). Sur Is repose comme d'ordinaire l'épithélium sub-radulaire et la membrane élastique dont la surface libre dans la cavité buccale est fortement cutinisée. En avant de li s'observe un gros paquet de fibres transver- sales [mlis) allant s'insérer sur le cartilage symétrique gauche. En arrière de li se détachent des muscles puissants dont les uns [mlils) vont d'un cartilage à l'autre, tandis que les paquets postérieurs (mliie), qui naissent plus bas sur /f, se portent sur la membrane élastique. A une très faible distance à droite de la ligne médiane, le cartilage Isa. disparu (fig. 37, t), ce qui indique que celui-ci est placé sur le bord supéro-externe de H. Des coupes suc- ANN. se. NAT. ZOOL. Vil, 5 66 A. AlIAUDRUT. cessives intermédiaires entre celles, représentées par les figures 36 et 37, montrent que la partie postérieure du carli- iage li abandonne peu à peu la surface du bulbe, et qu'à mesure que la pointe postérieure de ce cartilage se relève, apparaît en dessous et en regard un nouveau cartilage [p) complètement indépendant du précédent et duquel se dé- tache, dans un plan vertical, un puissant paquet musculaire {tsm, fig. 37) dont les fibres s'étalent sur la ligne médiane, en partie sur la lame élastique étalée dans la cavité buccale, en partie sur la face inférieure du fourreau radulaire. rf.îLb - Fig. 36, 37. — Coupes longitudinales et verticales faites dans le bulbe d' Ampullaria inmlarium. Figure 36, aune faible distance de la face droite. — Figure 37, très près du plan médian. — ao, aorte; Gr, gaine radu. laire; m, mâchoire; sph^ sphincter buccal. Cette série de coupes a donc mis en évidence trois carti- lages : le latéral supérieur, le postérieur et un cartilage que je considère comme formé par la soudure des deux carti- lages a et li. En effet, il suffît de comparer la figure 38, t, de l'AmpuUaire à la figure 34, ^, de Cyprée, pour se convaincre que la branche externe [li) est l'homologue du cartilage en forme de faucille de Cyprée, tandis que la branche interne représente le cartilage antérieur. En comparant ces deux dernières coupes à la figure 20, t, de Patelle, on trouve les mêmes muscles intercartilagineux marqués des mêmes lettres. 11 y a une différence toutefois : tandis que, dans Patelle, il existe trois couches de fibres TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 67 exa- des cartilages musculaires transversales, dans Cyprée et Ampullaire on n'en trouve plus que deux. Cela tient à ce que les cartilages laté- raux, dans le mouvement de rotation qu'ils ont dû effectuer de bas en haut, l'inférieur étant venu se souder au cartilage antérieur, les muscles malsï ont disparu. Il est facile de rattacher l'AmpuUaire aux Parmophore, Haliotide, etc. Il suffit d'admettre que dans ces dernières formes la crête lï s'est développée de manière à atteindre la surface du bulbe. La puissance des muscles mlïï est en rapport avec le dé- veloppement géré latéraux inférieurs. Il importe de faire remarquer déjà au sujet de l'Ampul- laire, que les carti- lages sont fortement relevés, presque ver- ticaux, tandis que dans les Diotocardes, ils sont toujours horizontaux ou très peu inclinés. Sans doute, cette orienta- tion des cartilages de l'AmpuUaire n'est pas permanente, elle indique seulement une position extrême dans les mouve- ments qu'ils peuvent exécuter dans la cavité buccale. Nous retrouvons cette position accentuée encore chez Cyclophore, Triton et surtout chez les Pulmonés, où il arrive parfois que la région correspondant aux cartilages postérieurs se trouve en avant, tandis que la pointe de la langue est rejetée en arrière. On peut juger alors des erreurs que l'on commettrait en étudiant la structure du bulbe par la seule méthode des coupes, surtout si l'on ne pratiquait que des séries transver- sales. De cette différence de position des cartilages, nous pou- vons conclure que la pointe de la langue ne présente pas Fig. 38. — Coupe transversale de la partie an- térieure du bulbe à.' Ampullaria insularium passant par les trois cartilages a, li, Is. 68 A. AMAUDRU'à. partout le même degré de mobilité. Chez les Diotocardes les mouvements doivent se rapprocher sensiblement des mouve- ments d'un piston dans son corps de pompe, tandis que chez TAmpullaire, etc., la pointe de la langue doit exécuter un mouvement de rotation autour des cartilages postérieurs. Cette différence dans les mouvements des cartilages est toujours liée intimement à la forme du bulbe et à la manière dont l'œsophage se rattache à ce dernier. Chez les Diotocardes et les Mollusques à trompe en géné- ral, le bulbe est allongé et l'œsophage l'aborde par sa face supérieure, plus ou moins loin de la face postérieure, quel- quefois même au cinquième de sa longueur à partir de l'ori- fice buccal. Dans tous les cas il existe en arrière de l'orifice de l'œsophage un prolongement du bulbe qui s'étend sous l'œsophage et dont la totalité de la longueur est occupée par les cartilages. Les mouvements de rotation autour delà région postérieure de ceux-ci sont par suite impossibles. Au contraire chez les Ampullaires et surtout chez les Pul- monés, le bulbe est globuleux et la portion de celui-ci qui s'étend au-dessous de l'œsophage est toujours excessivement réduite. Si nous comparons les appareils cartilagineux de Cyprée et d'Ampullaire, nous trouvons une ressemblance presque absolue. Cependant les Cyprées sont déjù pourvues d'une trompe, et après ce qui a été dit plus haut, nous aurions dû trouver une réduction de l'appareil de soutien; mais si nous remarquons que la trompe de ces animaux est très courte et large, nous comprendrons que le bulbe a pu s'enga- ger dans son intérieur sans subir de déformation. D'autre part, l'ensemble des caractères anatomiques déjà connus et ceux que j'indiquerai dans la suite permettent de considérer les Cyprées comme s'étant détachées de bonne heure du groupe des Diotocardes. Ces considérations expliquent la ressemblance que présente leur bulbe avec celui des Mol- lusques primitifs. Le matériel que j'ai eu à ma disposition ne m'a pas permis TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 69 de suivre les modifications graduelles éprouvées par l'appa- reil cartilagineux dans le groupe des Rostrifères. Cependant les quelques genres que j'ai disséqués et les renseignements que j'ai trouvés dans les travaux de mes devanciers me pa- raissent suffisants pour montrer que c'est dans ce groupe que s'achèvent la fusion des cartilages a, p, li et l'alrophie de h. Dans le Cydostoma elegans^ Garnault (1) a décrit trois paires de cartilages. Le cartilage postérieur (/?) est encore indépendant et placé en arrière de a\ le cartilage h oc- cupe la même position que dans FAmpullaire, au-dessous de la membrane élastique à laquelle il est intimement uni ; le troisième cartilage représente évidemment a et H soudés. Dans la Paludine vivipare, j'ai encore trouvé le cartilage laléral supérieur soudé à la membrane élastique, mais fort réduit; quant à {p) il n'était plus distinct, mais soudé à la partie postérieure de a. Chez la Bithynie, la disposition est la même que dans Paludine, avec cette différence qu'on ne trouve plus trace de Is; les muscles qui s'inséraient sur ce cartilage s'insèrent maintenant directement sur la membrane élastique. Quelques mots suffisent maintenant pour résumer les mo- difications éprouvées par les cartilages depuis les Diotocardes primitifs jusqu'aux Rostrifères inclusivement. Le latéral su- périeur {is), après être passé sur la face supérieure de a, s'est peu à peu soudé à la membrane élastique. Cette soudure a eu pour conséquence la disparition des muscles malss, malsm, malsi, mlsle et pis. La disparition de Is n'a rien changé dans la distribution des autres muscles : ceux qui s'inséraient sur ce cartilage, quand il était soudé à la membrane élas- tique, s'insèrent maintenant directement sur celle-ci. Le latéral inférieur, après s'être rapproché de «, s'est soudé à ce dernier et la soudure a rendu inutiles les mus- cles mlils^ mlis, mlii et pli, qui ont disparu à leur tour. (1) Garnault, Recherches anatomiques et histologiques sur le Cydostoma ele- gans {Arch. Soc. linn. Bordeaux, 1887, p. 16). 70 A. AilAUDRUT. Le cartilage postérieur (/?) est celui qui a persisté le plus longtemps; sa fusion avec a a entraîné la disparition du muscle mpa. L'appareil se trouve ainsi réduit à deux pièces symé- triques résultant de la fusion des cartilages «, p^ lï et ré- unies par les muscles transversaux ma. Pulmonés. — C'est cet état qui se présente chez les Pul- monés avec une mobilité encore plus grande de la pointe de la langue. Sur des animaux tués par immersion dans l'eau, la langue peut occuper des positions très diverses, dont les limites extrêmes nous sont fournies par les Hélix et les Arions. Chez ces derniers (fig. 40, PL Y), le bulbe est en général dévaginé et présente, en avant, la langue dont l'extrémité est relevée de manière à former un fer à cheval, entre les bords duquel existe une dépression également tapissée parla radule, de sorte que cette langue a exactement la forme d'une cuillère. En arrière on aperçoit l'orifice œsophagien (o), et plus en arrière encore la mâchoire [m). Chez Hélix, au contraire, le cas le plus ordinaire qui se présente est celui oii l'extrémité de la langue est appliquée sur l'orifice œsophagien (fig. 41, PL V). Entre ces deux cas extrêmes on peut rencontrer toutes les positions intermédiaires. La plaque cartilagineuse montre toujours deux parties distinctes : l'une postérieure, plus ou moins inclinée d'ar- rière en avant; l'autre antérieure, plus ou moins relevée et recourbée d'avant en arrière. Cette dernière ne sert d'atta- che à aucun muscle, tandis que la partie postérieure, deux fois plus longue que l'autre, plus épaisse également, surtout sur son bord externe, donne seule insertion aux muscles. Le maximum d'épaississement est situé à la limite des deux régions; là le cartilage présente une saillie (/?, ^\g, 42, PL V) de laquelle se détache le muscle fch. Mollusques à trompe. — H est facile de prévoir les trans- formations qui vont se produire dans les pièces de soutien, chez les animaux à trompe longue et étroite. Le passage à TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 71 la filière dont il a été question, va les rapprocher et les allonger ; maisTeffet ne sera pas le même sur les deux ex- trémilés de l'appareil de soutien. En avant, les cartilages sont déjà dégagés des muscles latéraux, et il n'existe plus entre eux que la mince couche ma^ qui va opposer une ré- sistance très faible au rapprochement ; la soudure pourra se produire sans difficulté, et une fois produite, si la cause continue, les bords latéraux des cartilages vont se relever de bas en haut de manière à former une gouttière à concavité supérieure dans laquelle s'engage la radule. En arrière, au contraire, les cartilages comprennent entre eux la gaine radulaire et les muscles qui, issus des cartilages, se ren- dent à celte dernière et forment avec elle une sorte de bouchon qui s'oppose au rapprochement et à la fusion ; aussi cette partie postérieure reste-t-elle libre de toute concrescence. Les cartilages de Buccin (fig. 43, PI. V) nous montrent un état déjà avancé dans les transformations éprouvées par les cartilages composés. En avant ils sont fusionnés, sur un quart de leur longueur, leurs bords sont relevés et les mus- cles ma font défaut dans cette région. Cette simplification croissante de l'appareil de soutien n'a pas affaibh la solidité de l'ensemble ; au contraire, la fusion des cartilages, en reportant sur une pièce unique les insertions multiples des muscles qui se rendent à la mem- brane élastique, a fourni à ces insertions un point d'appui plus solide. Une autre conséquence de la fusion des cartilages a été de dégager de plus en plus la pointe de la langue, de lui donner plus d'indépendance dans ses mouvements, de sorte que la formation de la trompe n'a pas seulement permis à l'animal de projeter sa radule en avant pour saisir sa proie, mais encore de permettre à cet organe préhenseur d'exé- cuter des mouvements de lalérahté plus étendus. Historique. — Je ne connais aucun travail ayant pour but l'étude comparative des cartilages, au point de vue morpho- 72 A. Ail/lUDRUT. logique. L'historique se réduit donc à l'analyse d'un nombre plus ou moins grand de monographies dans lesquelles le hiilbe a été décrit en général assez brièvement. Dans les travaux de Cuvier on trouve que Lister considère les cartilages comme une trachée; Cuvier les décrit comme une plaque cartilagineuse et élastique, parfois osseuse, mais il ne dit rien de la composition de cette plaque et peu de chose sur les muscles auxquels elle sert d'insertion. Il faut arriver à Semper (1) (1857) pour avoir quelques détails sur cette <( plaque de soutien » qu'il décrit comme formée par trois muscles ; deux symétriques latéraux cons- tituant les deux pièces principales de la plaque, réunis en avant par un muscle horizontal impair qui occupe la partie inférieure moyenne et postérieure de la langue. En 1877^ Geddes(2) signale trois paires de cartilages dans Patelle et les désigne sous les noms de cartilages buccaux antérieurs, postérieurs et latéraux. 11 se contente de dire que ces cartilages sont réunis entre eux par des muscles, toutefois les figures qu'il donne montrent deux couches de fibres transversales réunissant en dessous les cartilages an- térieurs et comprenant entre elles deux bandes musculaires longitudinales allant des carlilages postérieurs à la mem- brane élastique. Gibson (3) ne fait que confirmer la description de Geddes. La découverte de Geddes ayant attiré l'attention des natu- ralistes sur la pluralité des cartilages, plusieurs auteurs la retrouvent chez divers Prosobranches inférieurs. C'est ainsi que Wegmann en signale deux paires chez l'Haliotide : les antérieurs et les postérieurs, les premiers réunis entre eux par des muscles transversaux et aux posté- rieurs par des muscles longitudinaux. Malgré ces observations, Boutan ne signale encore que deux cartilages légèrement piriformes dans la Fissurelle. Il (1) Semper, loc. cit., p. 18. (2) Geddes, /oc. ci^., p. 486. (3) Gibson, loc. cit., p. 608. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 73 est vrai que dans ce Diotocarde le cartilage postérieur est réduit et déjà soudé en partie au cartilage antérieur. Par contre, Garnault (1) en décrit trois paires dans le Cyclostoma elegans : une paire située en avant dans un plan supérieur (cartilage supérieur), une deuxième située on arrière dans un plan inférieur (cartilage inférieur), et une troisième adhérant à la membrane élastique. Ces trois car- tilages correspondent évidemment aux cartilages a, j», Is, Plus récemment, Bergli (2) a signalé deux paires de car- tilages (antérieure et postérieure) dans Titiscania limacina^ Neritella pulligera^ JSerita 'peloronta. Au sujet de cette der- nière l'auteur dit : « Chaque cartilage se compose de deux parties : une antérieure plus grande, une postérieure plus petite ; ils sont réunis entre eux, mais on peut les séparer facilement, La paire antérieure présente un bord inférieur tranchant, un bord supérieur arrondi ; une bosse saillante se montre sur le tiers antérieur et sert à l'insertion des mus- cles. » Cette bosse n'est autre chose que le cartilage latéral inférieur soudé au cartilage antérieur. Dans tous les autres travaux, il est question de deux car- tilages réunis inférieurement par des fibres musculaires transversales. B. Muscles allant des cartilages a la membrane ÉLASTIQUE OU MUSCLES TENSEURS. — a. Mollusques dépouv- vus de trompe. — Quel que soit le nombre des cartilages, une ou plusieurs paires, ils sont toujours parfaitement symé- triques par rapport à un plan sagittal ; il en est encore de même des muscles qui partent des cartilages et se rendent à la membrane élastique. Celle-ci, dans sa région antérieure, présente toujours une partie supérieure étalée sur les car- tilages et une partie inférieure réfléchie d'avant en arrière et placée sous l'extrémité antérieure des cartilages. A l'ex- ception de deux points symétriquement placés, son pour- (1) Garnault, loc. cit., p. 16. (2) Bergh, Die Titiscanien { Séparât- Abdruck aus MorphoL Jahrbuch., Bd XVI, 1890, p. 17). 74 A. AMAUDRUT. tour reçoit les inserlions des muscles qui la rattachent aux pièces d'appui et que je désigne sous le nom général de muscles tenseurs. Ces deux points correspondent aux cartilages li ou à leurs homologues les sailHes li. De celles- ci (fig. 27, 38, 42), se détachent les muscles fch qui se di- rigent en avant, en passant sous la membrane élastique, et qui divisent ainsi les tenseurs en deux groupes : les tenseurs supérieurs et les tenseurs inf^rieurs^ qui passent les premiers au-dessus, les seconds au-dessous de fch. Les tenseurs supérieurs se divisent à leur tour en deux groupes assez distincts, d'après leur insertion sur la mem- brane élastique. Les faisceaux les plus internes (tenseurs supérieurs médians) atteignent la membrane élaslique dans sa région médiane non élalée, qui fait encore partie de la gaine radulaire, mais ils se prolongent très loin en avant, tout en conservant leur position médiane. Vers le sommet de la langue leurs fibres se confondent avec celles du ten- seur inférieur. Les faisceaux les plus externes (tenseurs su- périeurs latéraux) se fixent sur le pourtour de la région étalée de la membrane élastique, de chaque côté des pré- cédents, jusque dans le voisinage de la saillie li. Les tenseurs inférieurs naissent dans la région postérieure de l'appareil de soutien, toujours du côté interne, passent sous les muscles {ma) qui réunissent transversalement les cartilages antérieurs et se terminent sur la partie réfléchie de la lame élastique. Lorsque l'appareil de soutien est pourvu de cartilages postérieurs, c'est toujours de ceux-ci que naissent les ten- seurs supérieurs médians et les tenseurs inférieurs; quant aux latéraux, ils prennent leur origine, en partie sur le car- tilage postérieui", en partie sur les cartilages qui le pré- cèdent. Quelle que soit la forme des cartilages, qu'ils soient allongés ou courts, couchés horizontalement ou plies, nous retrouvons les mêmes muscles avec la même constance dans leur insertion — sauf toutefois les cas où le bulbe présente TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 75 une atrophie générale de ses parties (Cônes, Terehra, Sola- rium, etc.). Patelle. — La langue de Patelle (fig. 44, PI. Y) se pré- sente sous la forme d'une masse ovoïde, dont la face supé- rieure se divise en deux parties bien distinctes : Tune est un fer à cheval musculaire à concavité antérieure [le), interrompu en arrière pour le passage de la gaine radulaire. Le fer à cheval est formé par les tenseurs supérieurs médians et laté- raux [tsm, tsl)\ l'autre partie, comprise dans les branches du fer à cheval, est recouverte par la lame élastique, qui, à son tour, est recouverte par la radule, mais seulement sur la ligne médiane. Examinée par sa face inférieure, la langue nous montre Textrémité réfléchie de la lame élastique [le, fig. 27, PL IV) et les tenseurs inférieurs [ti). Ces derniers naissent du bord interne des cartilages postérieurs, se dirigent en avant, passent entre la deuxième et la troisième couche de fibres transversales et se fixent sur la membrane élastique du côté qui fait face aux cartilages. Les tenseurs supérieurs médians [tsm, fig. 27) prennent naissance sur le bord in- terne du cartilage p et se dirigent en avant, de l'extérieur à l'intérieur, passent sous la gaine radulaire [gr] et sur les muscles transverses [ma] ; leurs fibres, après s'être réunies sur la hgne médiane, se fixent sur la membrane élastique, dans la région qui supporte la radule. La coupe transver- sale (fig. 20, t), passant dans la région antérieure de la langue, nous montre les muscles tsni dans la gouttière formée par les cartilages antérieurs. Cette distribution des fibres du tenseur supérieur médian présente une constance absolue dans tous les types que j'ai étudiés ; ce sont elles qui maintiennent la membrane élastique appliquée dans la gouttière ménagée entre les cartilages. Les tenseurs latéraux sont très puissants dans Patelle et naissent des quatre paires de cartilages. Dans la région antérieure, ils forment deux couches superposées ayant chacune son insertion sur un cartilage latéral. La couche 76 A. AMAUDBUT. interne [mlsle, fig. 20, t) a son origine sur le cartilage laté- ral supérieur, et la couche externe, plus forte [mille], se détache du cartilage latéral inférieur. En arrière de cette région, les fibres musculaires de même direction que les précédentes s'insèrent sur le cartilage antérieur, et plus en arrière encore, elles prennent leur origine sur le bord ex- terne du cartilage postérieur, oii elles se trouvent en con- tact, sans ligne de démarcation, aveq les fibres du tenseur supérieur médian. La figure 26, Pi. IV, qui représente les cartilages vus de la face supérieure avec tous les tenseurs, nous indique que ces différents muscles forment un faisceau compact, dans lequel on ne peut établir de subdivision qu'en tenant compte de l'insertion sur les cartilages. On peut comparer cette ligne d'insertion à un J dans la boucle duquel se trouve placé le cartilage postérieur et dont la branche s'appuie sur les faces externes des autres cartilages. Chiton. — La figure 30, PL IV, montre la face inférieure du bulbe dégagée de ses muscles superficiels et la lame élastique relevée. De l'extrémité antérieure du cartilage p se dégagent, de chaque côté, une paire de tenseurs [ti] ; puis en arrière et du côté interne, les tenseurs supérieurs mé- dians [tsm]^ qui se portent sur la face inférieure de la gaine radulaire [gr] ; les fibres qui naissent dans le voisinage de ti vont très loin en avant sur la partie étalée de la mem- brane élastique, elles passent au-dessus des cartilages et viennent se terminer en m, dans le voisinage de l'insertion des muscles ti. Les fibres postérieures se rendent sur la portion non étalée de la lame élastique, c'est-à-dire sur la partie de celle-ci qui est encore comprise dans la gaine. Il est à remarquer que ces dernières passent librement d'un cartilage à l'autre, sans se fixer sur la gaine, for- mant ainsi des angles aigus, à sommets antérieurs; ce qui nous indique que les fibres du tenseur supérieur mé- dian appartiennent à des fibres primitivement transver- sales. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 77 Les tenseurs supérieurs latéraux naissent de la face supé- rieure du cartilage jo. Sur la figure 30, PL IV, on n'aper- çoit que les faisceaux les plus externes de ce muscle. Le cartilage antérieur, peu consistant, ne donne pas de muscle à la membrane élastique, de sorte qu'il existe une solution de continuité dans la branche du J, entre les tenseurs supé- rieurs latéraux qui naissent sur p et ceux [mlile^ fîg. 22, t) qui naissent sur le carlilage latéral inférieur. Nérite et Navicelle. — Chez ces Diotocardes, les cartilages latéraux supérieurs sont venus se placer au-dessus des car- tilages antérieurs (fîg. 31, PL IV) et servent maintenant de cadre à la membrane élastique. Le muscle pis (fîg. 27) de Patelle qui était visible de la face inférieure a suivi le mou- vement du cartilage pour venir occuper la face supérieure. Les fibres les plus externes de ce muscle s'insèrent directe- ment sur le cartilage Is ; mais les plus internes se perdent dans les fibres du muscle mlile. Le bord externe de Is sert donc d'insertion à deux groupes de muscles très distincts : les uns longitudinaux [pls]^ les autres transversaux [mlile) ; on aperçoit très bien ces derniers quand on dissocie les fibres de pis. Le bord convexe du cartilage Is est rattaché à la membrane élastique par les muscles mlsle (fig. 26, t), et au cartilage antérieur par les faisceaux mlils. Plus en arrière, dans la région comprise entre Is et p, les mus- cles mlils ont disparu ; on trouve toujours les faisceaux mille et les fibres longitudinales issues de /?, mais l'inser- tion de celles-ci se fait directement sur la membrane élasti- que, à l'extérieur de l'insertion de mlile. En résumé, le tenseur supérieur latéral se compose : en avant, d'une couche de fibres transversales [mlsle ^ mlile., fig. 26, t)^ et en arrière, de deux couches musculaires : l'une, interne, formée par les fibres transversales mlile., l'autre, externe, constituée par les fibres longitudinales issues du cartilage postérieur. Il est à remarquer que la couche interne n'est pas formée de fibres rigoureusement transversales, mais plutôt de fibres 78 A. AMAUDRUT. obliques dirigées d'arrière ea avant, en allant de bas en haut, du cartilage à la membrane élastique. Cette couche va en diminuant d'épaisseur d'avant en arrière, tandis que l'externe va en augmentant dans la même direction. Les derniers faisceaux de la couche externe, ceux qui sont le plus rapprochés de la ligne médiane, abordent la lame élastique au niveau de la gaine, mais ils se continuent en avant dans la région étalée, oii ils occupent la ligne mé- diane comme dans Patelle. Ces faisceaux constituent le ten- seur supérieur médian. Le tenseur inférieur {ti, fig. 32, PI. IV) s'insère, comme toujours, sur le bord interne du cartilage postérieur, il s'engage sous les muscles 7na et se termine sur la lame élastique au même endroit que les fibres du tenseur tsm. Fissurelle, Parmophore, Turbo^ Troque. — Les cartilages latéraux supérieurs sont très réduits et fixés à la membrane élastique, ce qui entraîne la disparition des muscles mlsle. Les faisceaux mille présentent moins d'importance et mon- trent une direction plus oblique d'arrière en avant. Les deux couches musculaires longitudinale et transversale ten- dent par suite à se confondre en une seule dont les fibres suivent le plus court chemin pour se rendre à la membrane élastique (fig. 35, PI. IV). Cette dernière figure a été obtenue en coupant la lame élastique de chaque côté de la radule, en rabattant d'avant en arrière la partie coupée et en reje- tant à droite et à gauche les parties latérales. Les tenseurs inférieurs [ti] sont seuls' bien distincts, ils naissent comme d'ordinaire sur le bord interne de p. Les fibres de tsm s'insèrent en arrière des précédents et s'engagent sous la région radulaire qu'elles suivent fort loin en avant, tandis que celles de tls se terminent sur les bords de la lame élastique. Il résulte de là que cette dernière présente, de chaque côté de la radule, une région (nn') dépourvue d'in- sertions musculaires. Le tenseur latéral supérieur se com- pose toujours des faisceaux issus du cartilage postérieur et du cartilage composé (a, /?), mais la distinction de ces TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 79 faisceaux n'est possible qu'à leur origine sur les pièces de soutien. Cyprée et Ampnllaire- — On peut considérer leur appareil cartilagineux comme dérivant de celui d'un Diotocarde pri- mitif qui aurait subi les modifications suivantes : d'abord un mouvement de rotation autour du cartilage /;, de ma- nière à amener la pointe de la langue dans un plan plus élevé; ensuite un développement exagéré du cartilage H, qui aurait atteint ainsi la surface libre du bulbe (fig. 39, PI. Y); enfin une réduction du cartilage postérieur. Ces modifications ont eu pour conséquence de reporter sur le cartilage H une grande partie des fibres qui se ren- dent à la membrane élastique. Les coupes transversales (fig. 34 et 38, t) nous montrent, en effet, l'importance prise par ces muscles. Nous trouvons, comme ailleurs, les fais- ceaux du tenseur supérieur médian {tsm) fixés à différents niveaux sur la face inférieure de la membrane élastique, et entre les deux couches de fibres transversales qui réunis- sent les cartilages li, on observe les deux tenseurs infé- rieurs [tï). Les coupes longitudinales [^\g. 36 et 37, /), faites parallè- lement au plan médian du bulbe, nous renseignent sur l'origine des tenseurs supérieur et inférieur. Le premier [tsm)^ toujours très gros par rapport à l'autre, envoie la plus grande partie de ses fibres sur la gaine radulaire, les antérieures seules pénètrent dans la région étalée de la ra- dule. Le tenseur ti présente^ une disposition un peu parti- culière : du côté des cartilages, ses fibres ont une direction rectiligne et se rendent directement à la membrane élasti- que, mais du côté opposé, elles décrivent des boucles à convexité antérieure, avant de se rendre à cette membrane. L'ensemble des boucles forme, en avant et au-dessous delà langue, une bosse (/5'0, fig. 37, t) dont la surface présente de nombreux replis. Pidmonés. — Chez les Pulmonés les différentes parties constitutives du bulbe présentent la plus grande uniformité; 80 A. AllAUDRUT. aussi je décrirai seulement les muscles tenseurs de V Hélix pomatia. J'ai choisi cette espèce parce qu'il est facile de se la procurer et aussi parce qu'elle a été déjà l'objet de nom- breuses recherches. La figure 42, PI. V, reproduit la plaque de soutien, vue de sa face inférieure, avec les attaches des différents tenseurs. On remarque que l'insertion ne se fait que sur les deux tiers postérieurs de l'ensemble ; le tiers antérieur, mince, ne donne pas de muscles. De chaque côté, la ligne d'insertion repro- duit bien la lettre J comme chez les Diotocardes ; la branche fournit les tenseurs latéraux [tl). qui s'étendent du muscle fch ou de la sailhe li jusqu'à la région postérieure; là se dé- tache le tenseur supérieur médian (tsm)) quant au tenseur inférieur (/z), il prend naissance en avant du précédent, sur la face interne de la partie postérieure du cartilage. La figure 45, PI. V, représente la lame élastique étalée dans tous les sens et la partie postérieure de la plaque de soutien avec ses insertions musculaires, la portion anté- rieure des cartilages ayant été enlevée, par une section transversale passant un peu en avant des tenseurs latéraux supérieurs. Les tenseurs latéraux [tï) se terminent sur le pourtour de la région étalée de la lame élastique. Les différents faisceaux qui les constituent vont en augmentant de longueur d'avant en arrière et leur direction varie avec leur position ; en avant, ils sont dirigés de bas en haut, de l'extérieur à Tinté- rieur, presque transversalement, tandis qu'en arrière ils sont bien encore dirigés de bas en haut, mais d'arrière en avant, longitudinalement. Les tenseurs supérieurs médians [tsm] ne sont pas com- plètement indépendants des précédents, cependant ils sont faciles à distinguer par le relief qu'ils présentent et par la distribution de leurs fibres. Ils convergent vers la ligne mé- diane et se réunissent en un faisceau unique qui atteint la face inférieure de la gaine radulaire (fîg. 41, PI. V); mais leurs fibres ne se terminent pas toutes brusquement en ce TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 81 point: les plus antérieures se continuent sous la région éta- lée de la lame élastique, jusque dans le voisinage du sommet de la langue, où la figure 45 montre leurs terminaisons en [Lsm) dans le voisinage de celles des tenseurs inférieurs {ti). Dans leur course en avant, elles tapissent toujours la face inférieure médiane de la lame élastique ; leur tension con- tribue à relever la pointe des cartilages et à donner à l'en- semble de la langue la forme d'une cuiller. Le tenseur inférieur (ti) se présente sous la forme d'une mince bandelette, plus large en avant qu'en arrière, qui passe sous les cartilages, avec une direction oblique, de l'inté- rieur à l'extérieur, et dont les fibres viennent s'étaler sur la face inférieure de la lame élastique, dans l'espace laissé entre les muscles (fch) et {tsm). b. Mollusques à trompe. — Chez les Mollusques à trompe, on retrouve les mêmes muscles tenseurs avec des modifica- tions légères qu'il est facile de prévoir. A mesure que le bulbe et les cartilages s'allongent aux dépens de leur largeur, les muscles tenseurs s'allongent également; mais les latéraux qui supportent plus directe- ment la pression tendent de plus en plus à disparaître. C'est ainsi que chez les Fasciolaires, que l'on peut considérer comme les animaux chez lesquels l'étirement du bulbe pré- sente son maximum, les faces latérales des cartilages sont vues, sur presque toute leur longueur, par transparence des minces tissus qui les recouvrent. La disparition des faisceaux latéraux [mille] semble devoir rendre discontinue l'insertion musculaire que présente la lame élastique. Il n'en est rien cependant, car les tenseurs supérieurs, au fur et à mesure qu'ils se rapprochent de la région antérieure, détachent latéralement des faisceaux musculaires qui se fixent sur la partie étalée de la mem- brane élastique et remplacent les muscles [mlUe] disparus. Mais la surface d'insertion devenant de plus en plus réduite en arrière, par suite du rétrécissement du carti- lage, tandis qu'en avant, les mêmes muscles doivent s'insé- ANX. se. NAT. ZOOL. Vil, 6 82 A. AMAUORUT. rer sur une surface de plus en plus considérable, il se pro- duira forcément dans les muscles primitivement compacts des divisions d'autant plus nombreuses que la surface d'in- sertion deviendra plus grande. Dans le Murex brandaris^ le bulbe et les cartilages sont relativement courts et larges; aussi l'ensemble des tenseurs présente-t-il encore les caractères des Mollusques dépourvus de trompe. Les tenseurs supérieurs latéraux (^.^/, tig, 46, PL Yï) se détachent des cartilages sur les deux tiers postérieurs de leur longueur, et se rendent à la membrane élastique. Le tenseur supérieur médian [tsm) distribue ses fibres, comme d'ordinaire, sur la gaine radulaire et son prolongement, mais les tenseurs inférieurs se composent chacun à l'origine d'un faisceau unique [ti), qui ne tarde pas à se diviser, pour s'in- sérer sur la partie réfléchie de la lame élastique, en deux points bien distincts. Chez le Buccin, les différents tenseurs s'insèrent tous à la partie postérieure des cartilages, les faces externes ne don- nant pas de muscles à la membrane élastique. Les tenseurs supérieurs (fig. 47, PL VI) comprennent trois faisceaux, dont les fibres se confondent en arrière, mais qui deviennent de plus en plus séparées en avant. Le plus interne [tsm) se porte sur la face inférieure de la gaine radulaire [gr), à peu près au milieu de sa longueur; ses fibres se dirigent en avant, mais elles s'arrêtent au point oii le deuxième faisceau [tsm') aborde la gaine à son tour. Ce dernier envoie la plupart de ses fibres dans la région étalée de la lame élastique, mais seulement, sur la ligne médiane, sous la partie recouverte par la radule. On peut considérer ce faisceau [tsm') comme la partie antérieure du tenseur supérieur médian dédoublé. Le troisième faisceau [tsl) se porte directement sur le pour- tour delà région étalée de la membrane élastique; ses fibres sont rectilignes et sensiblement parallèles jusqu'au voisi- nage de cette membrane, mais les plus externes prennent une direction oblique de l'intérieur à l'exlérieur pour s'in- sérer sur ses bords externes. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 83 La membrane élastique, après avoir atteint le sommet de la langue, se replie d'avant en arrière, sous la face infé- rieure de l'appareil de soutien, qu'elle recouvre sur une lon- gueur d'un centimètre (fig. 48, PL VI). A l'extrémité de cette partie repliée, s'insèrent de chaque côté trois tenseurs infé- rieurs (/i), bien séparés en avant, mais qui se rapprochent de plus en plus en arrière, pour se confondre on un faisceau unique qui prend naissance sur la face inférieure du car- tilage. c. Muscle protracteur ou fléchisseur des^cartUages. — Je dé- signe ainsi un muscle qui s'insère de chaque côté sur les supports cartilagineux, et dont le rôle probable est de tirer les cartilages en avant et de haut en bas. Dans Ja Patelle il prend naissance sur le cartilage latéral inférieur (/bA, fig. 27, PI. IV). Chez les formes où le cartilage latéral inférieur est repré- senté par la saillie (/?), c'est toujours sur la face inférieure de celle-ci qu'il prend naissance. L'insertion n'est jamais visible de la face supérieure (fig. 35, 37, PI. V). Pour l'apercevoir, il faut examiner le bulbe par sa face inférieure ; on remarque alors qu'elle est située en avant de l'insertion des tenseurs latéraux [^g. 35, 38, 42, 45). Il se dirige obliquement, d'arrière en avant, de haut en bas, et de l'intérieur à l'exté- rieur, atteint ainsi, après un court trajet, les parois de la cavité buccale, avec lesquelles il se confond ; cependant on peut suivre facilement ses fibres jusque dans le voisinage de l'orifice buccal. Dans les animaux pourvus de mâchoires paires, ses fibres constituent en partie le support charnu qui supporte les pièces dures. Dans sa marche en avant, il passe toujours au-dessous de la partie supérieure de la lame élas- tique et au-dessus de la partie inférieure réfléchie de cette membrane [fch^ i\g. 45, PI. V). Il est toujours situé en arrière du tenseur inférieur et sert ainsi de limite entre les tenseurs latéraux supérieurs et les tenseurs inférieurs, et comme ses fibres sont en contact avec celles du tenseur supérieur latéral en arrière, et très rapprochées de celles du 84 A. AMAUDRIJT. tenseur inférieur en avant, il en résulte que tout mouve- ment de glissement delà membrane élastique sur le support cartilagineux est impossible. Le fléchisseur des cartilages termine en avant les muscles qui prennent naissance sur la plaque de soutien et son in- sertion divise celle-ci en deux parties (fig. 42, PL V) ; Tune postérieure qui fournit les muscles tenseurs, l'autre anté- rieure qui en est toujours dépourvue. Dans la Patelle, la région antérieure libre est très réduite (fîg. 27, PL IV) ; elle est déjà plus étendue chez Haho- tide, Parmophore, etc., chez lesquels le cartilage [H) s'est soudé au cartilage (a), après avoir subi un déplacement d'avant en arrière (fig. 35, 36, 38, etc.) ; mais c'est chez les Pulmonés qu'elle présente son maximum de développement ; ici elle représente en effet à peu près le tiers de la longueur totale des cartilages. Son épaisseur va en diminuant d'arrière en avant, où elle se termine par un bord coupant, ce qui explique qu'au sommet de la langue les dents de la radule changent brusquement de direction, et fait supposer en même temps que, dans la préhension des aliments, une seule rangée de dents entre en fonction. Le déplacement en arrière, du cartilage (/i), a donc eu pour conséquences: un déplacement dans le même sens du mus- cle (fch) et un accroissement de la partie antérieure hbre de la langue, et par suite une mobihté plus grande de l'extré- mité de celle-ci. En effet, chez les Diotocardes, les deux por- tions de la langue sont situées en ligne droite, dans le pro- longement l'une de l'autre, et l'extrémité de cet organe ne peut guère exécuter que des mouvements d'ensemble com- parables à ceux d'un piston dans son corps de pompe. Chez les Pulmonés, au contraire, les deux parties de la langue ne sont plus placées en hgne droite, la région antérieure est relevée autour d'une ligne horizontale passant par les inser- tions des muscles {/ch), ce qui donne à la langue l'aspect d'une cuiller; mais celle-ci, sous l'influence des tenseurs, peut modifier son rayon de courbure, c'est-à-dire s'ouvrir ou TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 85 se fermer plus ou moins, et alors exécuter deux sortes de mouvements : d'abord des mouvements d'ensemble compa- rables encore à ceux d'un piston, et en outre des mouve- ments de rolation de sa pointe qui ont pour but d'amener celle-ci à l'entrée de l'œsophage (fig. il, PI. V). Ces modifications sont en parfaite harmonie avec la posi- tion de l'orifice œsophagien dans le bulbe. Chez les Dioto- cardes et les Mollusques à trompe, cet orifice est situé, loin en avant sur le bulbe, au-dessus de la pointe de la langue, couchée horizontalement, tandis que chez les Pulmonés l'orifice est situé en arrière du bulbe, au niveau de la partie postérieure de la langue (0^, f\^. 41, PL Y). C. Parois du bulbe. — Le bulbe étant formé par une inva- gination des téguments céphaliques, on doit s'attendre à retrouver dans ses parois les deux couches de muscles qu'on rencontre dans la tête, mais disposées en sens inverse ; c'est-à-dire à l'extérieur des fibres musculaires longitudi- nales* et à l'intérieur des fibres circulaires. La distinction de ces deux couches, ou des parties qui reviennent à chacune d'elles, n'est pas toujours facile, car l'état primitif a été profondément modifié, par un accroisse- ment inégal des différentes régions du bulbe, par le déve- loppement de la langue et des mâchoires, par la formation de la gaine radulaire, et par les rapports du bulbe avec l'œsophage, les canaux excréteurs des glandes salivaires, les poches buccales et œsophagiennes. C'est par ses faces supérieure et supéro-postérieure que le bulbe se trouve en relation avec les organes cités ci-dessus ; c'est aussi pour ces faces qu'on éprouve de la difficulté à reconnaître ce qui revient aux deux couches musculaires : là on n'observe qu'un enchevêtrement de fibres dirigées un peu en tous sens. Les faces latérales ne sont en relation avec aucun organe extérieur, mais elles n'ont pas conservé sur toute leur lon- gueur leurs dimensions primitives. En général, le bulbe est plus haut en arrière qu'en avant; il en résulte que les fibres 86 A. AMAUDltUT. longitudinales des faces latérales, qui sont contiguës en avant, ont dû éprouver des tiraillements en arrière, se sépa- rer* les unes des autres pour former des paquets isolés, laissant à découvert une partie des muscles du deuxième plan. La face inférieure est celle qui a subi le moins de trans- formations ; elle n'est en relation qu'avec l'aorte, et sa lar- geur est, à peu de chose près, la même en arrière qu'en avant; aussi les deux plans de muscles sont toujours facile- ment reconnaissables sur cette face. r Mv scies longitudinaux de la face inférieure. — La figure 49, PI. VI) représente un bulbe d'Haliotide relevé de manière à ramener en haut sa face inférieure. Il est divisé en deux parties symétriques par un sillon longitudinal, dont les bords ont été écartés sur le dessin pour montrer les parties sous-jacentes. Chaque moitié est divisée extérieurement en deux parties inégales par une ligne blanche (/>) qui correspond au bord antérieur du cartilage postérieur. De cette ligne se détache en avant, du côté de la bouche, des fibres longitudinales que l'on peut diviser en trois faisceaux : un interne, un moyen et un externe. Le premier prend naissance sur le bord interne du cartilage (/)), se dirige en avant, de haut en bas, et s'engage sous la partie réfléchie de la lame élastique (Z^), où il se ter- mine. On a reconnu dans ce muscle le tenseur inférieur {ti)\ il est en contact avec les muscles placés au-dessus, mais il ne montre avec eux aucune adhérence. Le deuxième faisceau [mo] se présente sous la forme d'une lame rectangulaire fixée en arrière sur le cartilage (p) et rattachée en avant aux parois qui forment la bouche. Les fibres qui le constituent sont serrées les unes contre les autres et ne se laissent pas séparer facilement des parties sous- jacentes. Dans le voisinage de la bouche, quelques fibres se détachent du plan horizontal commun et passent sur les ganglions labiaux et la commissure labiale. Le faisceau externe [ine] prend naissance sur le bord TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 87 externe de (/?), se dirige en avant parallèlement aux précé- dents et passe sur la commissure labiale — c'est-à-dire sous cette commissure si le bulbe était ramené dans sa position naturelle, — tandis que les fibres du faisceau moyen pas- sent en général au-dessus. Ce faisceau est complètement indépendant des parties sous-jacentes; il en est de plus en plus éloigné à mesure qu'il se rapproche de l'oritîce buccal. Si on enlève ce faisceau, on remarque qu'au-dessous il n'existe plus de fibres longitudinales, mais seulement des fibres transversales. On peut donc le considérer comme appartenant primitivement à des fibres longitudinales col- lées aux muscles transversaux, ou encore comme un mus- cle primitivement intrinsèque qui s'est peu à peu détaché du bulbe pour constituer un muscle extrinsèque. J'ai examiné un certain nombre de bulbes d'Haliotide et j'ai pu constater que les largeurs relatives des muscles [mo et me) sont varia- bles ; tantôt le muscle [mo) s'accroît aux dépens de ime)^ tantôt c'est l'inverse. Quelquefois il m'est arrivé de trouver des paquets de fibres du muscles [mo] détachés du plan sous- jacent dès l'origine, pour constituer ainsi des muscles extrin- sèques. Ce qui précède nous renseigne sur l'origine des muscles extrinsèques du bulbe et sur le peu de constance qu'ils présentent, même dans une seule espèce. On ne saurait leur attribuer une importance capitale dans les mouvements de la radule, comme le font certains auteurs. Que ces muscles soient intrinsèques ou extrinsèques, il est évident qu'ils agis- sent de la même manière, et ils ne méritent d'attirer notre attention que par leur ensemble. En arrière de la ligne blanche (/9), on trouve le muscle {mp), qu'il ne faut pas confondre avec les faisceaux sous-ja- cenls (fem), dontla direction est indiquée en pointillé. Il forme une mince couche, dont les fibres contournées en fer à che- val s'insèrent par leurs deux extrémités sur les cartilages [p) et passent dans l'espace laissé entre la gaine radulaire [Gr) et l'œsophage. Celles qui naissent le plus près de la sa A. AMAUDRUT. ligne médiane passent le plus près de la gaine radulaire et quelques-unes se Continuent sur celle-ci ; celles qui nais- sent sur le bord externe de (/?), passent le plus près de l'œsophage ; quelques-unes se continuent également sur cette partie du tube digestif, tandis que d'autres se réflé- chissent sur la face supérieure du bulbe. Lesdifférentsmusclesquenous venons d'étudier appartien- nent tous à la couche superficielle formée de fibres longitudi- Fig. 39, 40, 4] . — Figures schématiques. — 39 a, cercle selon lequel l'invagi- nation doit se produire pour donner le bulbe ; ah, cd, deux fibres situées dans ce cercle. — Fig. 39 a', montrant la position occupée par ces deux fibres après l'invagination. — Fig. 40. Forme primitive du bulbe, mon- trant l'apparition du cartilage en c. — Fig. 41. Aspect du bulbe après le développement de la langue; /'/, fibres longitudinales de la face supé- rieure; f'I', fibres de la face inférieure ; /m, faisceau médian détaché des fibres supérieures; ft, fibres transverses. nales . Ceci est évident pour les faisceaux antérieurs [ii, mo^ me) qui ont conservé leur direction primitive, et sous les- quels on ne trouve, comme on le verra plus loin, que des muscles circulaires ; mais l'évidence n'apparaît pas tout de suite pour les muscles [mp) qui ont une direction transver- sale et qui reposent sur des muscles, à direction oblique sur la face inférieure et à direction longitudinale sur la face supéro-postérieure du bulbe. Pour expliquer celle anomalie apparente, c'est-à-dire comment des muscles longitudinaux peuvent se présenter avec une direction transversale, il suffit de se reporter au TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 89 développement du bulbe. Supposons que Tinvagination se produise selon un cercle, sur la surface duquel passent les fibres longitudinales (1, 2, etc., fig. 39 a). Soient [ab et cd) les portions de ces fibres qui correspondent à des cordes du cercle, [e et /') les milieux de ces cordes ; après l'invagina- tion, nous aurons la figure (39 a) et chaque fibre sera devenue un fer à cheval. C'est aussi ce que nous présente la face inférieure du bulbe de l'Haliotide, avec cette différence que les branches du fer à cheval ont été interrompues par les cartilages [p). Dans l'Ampullaire, les cartilages ne sont pas placés ho- rizontalement, mais fortement inclinés de bas en haut et d'arrière en avant. La gaine radulaire présente la même direc- tion et forme un angle presque droit avec la direction de l'œso- phage (fig. 39,P1.V). Si on examine le bulbe par sa face posté- rieure ou par sa face inférieure, onn'aperçoit quel'extrémité de la gaine radulaire, car la plus grande partie de sa longueur est cachée par les muscles [mp, fig. 54, PJ. YÏI). Ceux-ci forment trois couches, disposées chacune en fer à cheval, à concavité antérieure. La première (m/?) se compose de fibres qui s'in- sèrent sur le sillon cartilagineux [li)., se dirigent en arrière, passent surlagaine radulaire et vont s'insérer de l'autre côté sur le sillon symétrique (li). Les fibres qui naissent le plus près de la ligne médiane forment des boucles qui sont cou- chées presque horizontalement; celles qui naissent sur le bord externe du sillon forment des boucles beaucoup plus grandes dont le plan est inchné d'avant en arrière et de bas en haut. Le sillon cartilagineux se continue sur la face externe du bulbe (fig. 39, PI. V) et donne également des fibres [mp) dont les dernières, qui naissent le plus haut, passent immédiatement au-dessous de l'œsophage. Ici, comme dans l'Haliotide, il ne faut pas confondre cette couche musculaire avec le tenseur supérieur dont la direc- tion est indiquée en pointillé (fig. 39). La couche [m'p\ ï\g. 54, PI. VII) prend naissance sur le bord interne du sillon (/?) ; elle est placée horizontalement, 90 A. AMAUUItUT. et forme en arrière de la gaine radulaire un bourrelet forte- ment en relief sur les fibres [mp]. "La troisième couche [nfp") passe également en arrière de la gaine radulaire, mais ses fibres n'ont aucune relation avec le sillon [li) ; elles se continuent en avant et viennent se terminer de chaque côté de la ligne médiane, au-dessous du bulbe. Elles sont plus rapprochées de cette ligne médiane que ne le montre la figure, sur laquelle elles ont été écartées pour montrer les parties sous-jacentes. En avant du sillon se détache une couche de fibres longi- tudinales [mo] qui vient se terminer à l'extérieur des faisceaux [m' p"), de telle sorte que son insertion antérieure forme une ligne continue avec celle de {nV p"). On retrouve donc sur la face inférieure du bulbe de TAm- pullaire, la couche de fibres longitudinales presque tout en- tière adhérente au bulbe. Les fibres internes [m" p") ont conservé l'état qu'elles ont pris immédiatement après l'in- vagination du bulbe, tandis que les fibres [mo) ont été sépa- rées en deux parties par le développement du cartilage (H). Chez Y Hélix et les Pulmonés en général, il existe, sur la face inférieure du bulbe et dans la région médiane, de minces fibres longitudinales correspondant aux muscles {rtv'p"), mais ces fibres se perdent sur la face inférieure delà papille, au lieu de la contourner, ce qui tient sans doute à ce que la papille est plus rapprochée de l'œsophage que dans FAmpullaire. Nous n'avons pas trouvé ces fibres médianes [m" p") dans l'Hahotide, où la gaine radulaire est couchée horizontalementau-dessous de l'œsophage ; peut-être doit-on voir leur homologue dans un muscle grêle [pat, fig. 49, PI. V) qui se détache de la face inférieure de la papille, se dirige en avant, en occupant la ligne médiane jusqu'au niveau du cartilage [p) oii il se divise en deux branches qui viennent se fixer sur la face réfléchie de la lame élastique. En avant du sillon [H] se détachent, chez les Pulmonés, de petits paquets musculaires qui viennent s'insérer à des niveaux différents, dans le voisinage du point où la face TUBE DIGESTJF CHEZ LES IMOLJASQUES (iASTÉROPODES. 91 cinlérieure du bulbe se continue avec les téguments. Les plus profonds restent encore adhérents au bulbe sur toute îeur longueur, tandis que les plus superficiels se dirigent oblique- ment d'arrière en avant et de haut en bas et viennent se fixer plus ou moins loin en arrière de la bouche. On peut grouper tous ces paquets musculaires en deux couches, l'une extrinsèque, l'autre intrinsèque. Dans tous les cas, on re- marque qu'aux points où la couche extrinsèque est bien dé- veloppée, la couche intrinsèque est réduite d'autant; ce qui nous renseigne sur l'origine des muscles extrinsèques, au moins en ce qui concerne la face inférieure. Du sillon (/?, fig. 50, PL VI), se détachent, en arrière, des fibres musculaires, dont les plus internes vont d'un côté à l'autre du bulbe en passant en avant de la papille; celles qui naissent plus à l'extérieur, et qui ont une même direction que les précédentes, rencontrent la gaine radulaire et se con- tinuent sur la surface de cet organe; enfin, celles qui prennent naissance sur le bord externe du sillon passent au-dessus de la papille, mais ne se portent pas toutes d'un sillon à l'autre ; quelques-unes se continuent sur l'œsophage, tandis que d'autres, plus importantes, se réfléchissent sur la face supé- rieure du bulbe. 2° Muscles longitudinaux des faces latérales. — La forme du bulbe est en rapport avec celle de la langue ; lorsque cette dernière est cylindrique et couchée horizontalement (Dioto- cardes, Mollusques à trompe), le bulbe a sensiblement la même épaisseur en arrière qu'en avant. Chez les Ampullaires et les Pulmonés [Hélix, Arion, Limax), la langue présente à l'état de repos une direction oblique de bas en haut et d'ar- rière en avant; aussi le bulbe est-il plus haut dans sa région postérieure que dans le voisinage de la bouche. Chez les ^e/^'eT, les relations de hauteur aux deux extrémités sont sen- siblement dans le rapport de un à deux [^\^. 50). Il est évi- dent que ces différences ne sont pas primitives, mais qu'elles ont dû s'accuser peu à peu à mesure que la langue prenait de plus en plus d'importance. On peut se rendre compte, par 92 A. AMAUORUT. les figures schématiques suivantes, des changements de di- rection qu'ont dû subir les fibres longitudinales des faces latérales pendant le développement de la langue. La {(\^. 40, /) nous montre le bulbe à son début, avec ses fibres longitudinales et parallèles. Le cartilage apparaît en (c) et ûxe les fibres dans cette région ; la langue s'accroît de bas en haut dans le sens de la flèche (/") et refoule la face infé- lieure du bulbe de haut en bas dans le sens de la flèche (/"). Le bulbe prend alors la forme reproduite par la (fig. 41,^1, qui nous montre maintenant les fibres longitudinales divi- sées en deux couches, laissant voir entre elles le plan de fibres circulaires. La couche supérieure a sensiblement con- servé sa forme et sa direction primitives, mais la couche inférieure s'est coudée en forme de V et quelques fibres mé- dianes (fm) se sont détachées du plan supérieur. Sans doute, on ne trouve nulle part une disposition aussi simple que celle de la (fig. 41), car le développement des mâ- choires et de la papille, les relations que contractent le bulbe avec l'œsophage et les canaux excréteurs des glandes sali- vaires ont nécessairement pour conséquences des modifica- tions de l'état qui nous est offert par cette figure. Cependant, si on la compare aux figures (39, PI. V, et 50, PI. VI), qui re- présentent les faces latérales des bulbes de l'Ampullaire et de V Hélix, on reconnaît que l'aspect général est à peu près le même. Du sillon ili) se détachent en arrière les fibres que nous connaissons déjà en partie. Celles qui naissent le plus haut (/^, fig. 50) atteignent la région du ganglion buccal, qu'elles recouvrent complètement, mais qui reste néanmoins visible de l'extérieur sans dissection, à travers cette couche muscu- laire transparente. De ce point, les fibres prennent deux di- rections différentes : les unes (/b^) se continuent d'avant en arrière sur la partie antérieure de l'œsophage; les autres se réfléchissent, au contraire, d'arrière en avant sur le bulbe et se divisent en deux parties distinctes ; les unes ifbs) continuent la courbe qu'elles dessinent dès leur origine et gagnent ainsi TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 93 la face supérieure du bulbe ; les autres [fbl) se coudent brus- quement d'arrière en avant et se dirigent horizontalement vers l'orifice buccal, en formant d'abord un faisceau bien distinct^ assez gros, mais qui ne tardepas à se diviser à son tour en deux bandelettes, l'une supérieure [fbls), l'autre infé- rieure i/bli). A son origine, le faisceau [fbl], qu'on rencontre chez FAmpullaire, Hélix, Arion, Limax et probablement chez beaucoup, d'autres Mollusques, passe toujours sur le connectif cérébro-buccal, autour duquel il se coude, et grâce auquel il reste maintenu à un niveau plus élevé que celui qu'il devrait occuper sans ce connectif. Si on considère l'insertion latérale de ce muscle en avant, on comprend comment il a dû se détacher en arrière du faisceau supé- rieur [fbs) et modifier la figure schématique (41). Il est à remarquer aussi que dans sa portion antérieure il présente peu d'adhérence avec les tissus sous-jacents et peut être considéré comme muscle extrinsèque. Du sillon [li] se détachent en avant les fibres extrin- sèques [fex) et les fibres intrinsèques (/m), les premières signalées déjà dans l'étude de la face inférieure. Les fibres (/m) se dirigent d'arrière en avant et de bas en haut; celles qui occupent la région supérieure du faisceau se portent sur les bords latéraux d'une saillie transversale [m) qui correspond à la mâchoire, tandis que celles qui occupent un niveau infé- rieur passent au-dessous de cette saiUie et viennent se perdre sur les faces latérales de la bouche. En résumé, les fibres longitudinales des faces latérales du bulbe nous présentent le même caractère que celles de la face inférieure, c'est-à-dire une division en fibres extrin- sèques [fex, fbls et fblï) et en fibres intrinsèques [fm, fbs), avec cette différence, toutefois, que l'accroissement en hau- teur de la région postérieure du bulbe a entraîné des dévia- tions dans la direction primitive des fibres et des écartements de celles-ci, qui permettent de voir dans un plan plus pro- fond les fibres circulaires du bulbe [fci), 3° Fïbres circulaires. — Si le bulbe avait conservé partout sa 94 A. AllAUDRUT. forme cylindrique primitive, on trouverait sous les fibres longitudinales parallèles entre elles des fibres circulaires rigoureusement transversales et perpendiculaires aux précé- dentes. Chez les Diotocardes et les Mollusques à trompe, le bulbe s'écarte peu de la forme cylindrique; c'est là aussi que les fibres circulaires ont éprouvé le moins de déviation. Chez les autres Mollusques à bulbe globuleux, renflé en arrière, il existe encore une région antérieure qui a pris une faible part aux dilatalions de l'ensemble et dans laquelle nous de- vons nous attendre à trouver les fibres des deux plans se croisant perpendiculairement. Dans la seconde partie du bulbe, la dilatation n'a pas été uniforme : la face inférieure n'est guère plus large en arrière qu'en avant, tandis que les faces latérales sont beaucoup plus hautes dans la région pos- térieure que du côté de la bouche; déplus, la face inférieure est toujours plus longue que la face supérieure. Toutes ces inégalités de croissance ont dû contribuer à transformer des fibres primitivement transversales en fibres obliques. Dans l'Hahotide (fig. 49, PL YI) et chez tous les Mollus- ques, il existe, en arrière de l'orifice buccal et au-dessous des fibres longitudinales, un faisceau de fibres circulaires formant sphincter autour de la bouche. Quand les mâchoi- res existent, les fibres postérieures du sphincter prennent une direction oblique d'avant en arrière et de bas en haut, comme si leur région supérieure avait été entraînée par un allongement des mâchoires d'avant en arrière (sphy fig. 39 et 49). En arrière du sphincter, la face inférieure montre dans l'Haliotide des fibres transversales {ma, fig. 49, PL VI) ; elles sont visibles sur la ligne médiane, quand on écarte les faisceaux longitudinaux situés de chaque côté du plan de symétrie, se prolongent sous ces derniers et viennent s'in- sérer sur le cartilage selon une ligne (ii) qui correspond, comme on l'a vu précédemment, au cartilage latéral inférieur soudé au cartilage antérieur. En avant, ces fibres transver- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 95 sales ne sont pas en contact avec les fibres longitudinales [ti et mo), ce qui tient à ce que, même chez les J3iotocardes, la poinle de la langue est toujours un peu relevée. H résulte de ce fait qu'entre ces fibres antérieures et les postérieures du sphincter buccal, il s'est produit une solulion de conti- nuité, une sorte de boutonnière à travers laquelle fait hernie l'extrémité réiléchie de la lame élastique (/^, fig. 49). Ces muscles transversaux ne sont autre chose que ceux qui ont été désignés dans les chapitres précédents par les lettres [ma, mli). On remarquera que, sur cette face inférieure et dans la région située au-dessous des cartilages, toutes les fibres cir- culaires sont employées à produire les faisceaux qui réunis- sent inférieurement les pièces de soutien. Lorsque la plaque de soutien se soulève, la ligne (//') suit ce mouvement et vient occuper, comme on l'a vu, la face latérale du bulbe (1), entraînant avec elle les extrémités des fibres transverses [ma)^ ce qui contribue à donner à ces der- nières la forme d'un fer à cheval, très apparent chez l'Am- pullaire (fig. 51, PL YI), où les cartilages (/i), bien visibles sur les faces latérales, s'étendent sur la moitié de la hauteur du bulbe (fig. 39, PL V). Chez Hélix ^ le fer à cheval a beau- coup moins d'importance, ce qui tient sans doute à ce que la partie antérieure libre de la langue s'est accrue au détriment de la partie postérieure, qui donne seule insertion aux muscles. Chez Hélix et Ampullaire, on n'observe plus la boutonnière à travers laquelle fait hernie, comme chez l'Ha- liolide et les Diotocardes en général, l'extrémité réfléchie de la lame élastique. Les fibres transversales sont continues jusqu'à la ligne d'insertion [U]^ ce qui peut s'expliquer éga- lement par une réduction de la couche [ma) qui réunit infé- rieurement les cartilages. Du cartilage latéral inférieur [li, ^\^. 34, 36, 49) se déta- chent de bas en haut les faisceaux [mli, le) du tenseur supé- (1) II ne faut pas confondre cette ligne d'insertion [li) de TAmpullaire avec la ligne (p) de l'Haliolide. 96 A. itÀIAUDRUT. rieur latéral, qui se rendent en grande partie à la mem- brane élastique avec une direction oblique d'arrière en avant, d'autant plus accusée qu'on se rapproche de la région postérieure du bulbe, où les derniers faisceaux ont une direction presque longitudinale. Tous ces muscles ne se rendent pas à la membrane éb^stique ; les fibres les plus superficielles se continuent plus haut et contribuent à la formation du plafond de la cavité buccale [fci, fig. 50). Je considère les faisceaux du tenseur supérieur latéral et les fibres [fci) comme dérivant de la couche primitivement cir- culaire. En effet, elles sont situées sous les fibres longitudi- nales, précédemment décrites, et constituent intérieurement l'enveloppe musculaire du bulbe ; elles prolongent latérale- ment les fibres [ma) qui sont nettement transversales ; quant à leur direction oblique, elle est la conséquence du déve- loppement de la langue qui a refoulé la région postérieure du bulbe en sens inverse de son allongement, c'est-à-dire de haut en bas et d'avant en arrière, de manière à donner à la face inférieure du bulbe une étendue plus grande qu'à la face supérieure. Il nous reste à dire quelques mots de l'origine probable des fibres du tenseur supérieur médian [tsm^ fig. 41, 45, 49, etc.). Ils prennent naissance sur la face postérieure de la plaque de soutien et du côté interne, se dirigent en avant sous la gaine radulaire, où ils se réunissent en un faisceau unique qui envoie ses fibres sous la lame élastique jusqu'au sommet de la langue. Sur presque toute sa longueur, ce muscle a une direction longitudinale et il paraît difficile de voir son origine dans les fibres transversales. Cependant nous remarquons que ces muscles sont situés dans le prolongement des faisceaux (//, fig, 45, PL V), qu'ils ont sensiblement la même direction que les fibres posté- rieures de [tl). La (figure 49, PL VI) nous montre en outre qu'ils continuent en arrière le plan des muscles [ma)^ c'est- à-dire qu'ils prennent naissance précisément au point où manquent ces derniers. Enfin, ils sont placés sous les mus- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 97 des [mp] qui sont, comme il a été dit plus haut, des fibres longitudinales modifiées. De plus, si nous observons ces muscles chez Chiton [tsm, fig. 30, PI. IV), nous voyons qu'en arrière leur dualité n'est pas encore accusée. Les fibres vont d'un cartilage à l'autre sans interruption, en décrivant un V renversé, ce qui nous indique sûrement qu'elles proviennent de fibres circulaires comprises primitivement entre les cartilages. Si ces der- nières n'ont pas conservé leur direction transversale primi- tive, cela est dû à une croissance ultérieure de la langue en avant, qui les a entraînées dans cette direction. Les fibres qui se trouvaient immédiatement en contact avec la gaine radulaire ont été entraînées le plus loin et ont pris une direction longitudinale ; celles qui se trouvaient plus rapprochées de la surface se sont étalées en arrière des précédentes et de plus en plus loin de la pointe de la langue. Dans FHaliotide, le Parmophore et l'AmpuUaire [^\^. 31, 35, 49), la partie postérieure de ce muscle nous montre encore des fibres en V renversé réunissant transversalement les deux cartilages. Les V renversés ne s'observent qu'en arrière, sur des fibres qui ne touchent pas la subslance de la membrane élastique; en avant il n'est plus possible de mettre en évi- dence la réunion transversale des deux branches, ce qui tient à ce que, au point de contact de la membrane élastique avec la fibre, celle-ci se transforme en une sorte de cuticule sem- blable à la substance de la membrane élastique et se colo- rant comme elle parles réactifs. La face postérieure du bulbe présente d'autres fibres cir- culaires que celles du tenseur supérieur médian. Chez Arion, par exemple (fig. 52, PI. Vf), sous la couche fibreuse [dg] qui entoure la papille comme d'un doigt de gant, on remarque de bas en haut, d'abord les fibres obliques [tsm qui se portent sur les faces inférieure et latérale de la pa- pille; mais, à un niveau plus élevé, les fibres passent au-dessus ANN. se. NAT. ZOOL, VIT, 7 98 A. AMAUDRUT. de celle-ci, vont d'un côté à l'autre du bulbe et forment ainsi, entre la gaine radulaire et l'œsophage, une couche continue, en forme de fer à cheval, dont la concavité est tournée vers le bas. D. Papille ou gaine radulaire. Ses rapports avec l'aorte ANTÉRIEURE. — La papille est une évagination produite dans la face postérieure du bulbe, au-dessous de l'œsophage. Ses dimensions sont très variables. Chez les Nerites, les Tiirbos, elle est très longue et présente dans sa partie postérieure un certain nombre de circonvolutions. Chez Patelle, la moitié postérieure se replie d'arrière en avant, sur la moitié anté- rieure qu'elle recouvre complètement, de sorte que l'extré- mité de la radule se trouve ramenée en contact avec le bulbe (fig. 27, PI . IV). C'est encore ce que l'on observe chez Cyclophore (fig. 55, PL VII), mais avec des proportions réduites. Le cas le plus ordinaire est celui où la gaine se présente sans replis et sans circonvolutions, tantôt s'étendant fort loin en arrière (Chiton, Haliotide, Buccin), tantôt, au contraire, dépassant légèrement la face postérieure du bulbe (AmpuUaire, Pulmonés, etc.). Chez tous les Diolocardes, la papille, au moins dans sa région postérieure, est dirigée de droite à gauche, et de bas en haut, ce qui amène sa partie postérieure à passer sur le tube digestif, cette position étant la conséquence de la tor- sion à gauche de la partie antérieure du corps. Chez Chiton, oîi les organes ont cependant conservé leur symétrie primitive, la gaine n'est pas rigoureusement placée dans le plan médian, elle présente la même direction que chez les Diotocardes et passe sur l'estomac de droite à gauche. Chez les Monotocardes dépourvus de trompe, et qui ont conservé leur longue papille, comme le Cyclostoma elegans^ celle-ci est également dirigée de bas en haut et de droite à gauche, comme chez les Diotocardes. Par contre, chez lesMonotocardes à trompe, quelle que soit la longueur de la papille, celle-ci occupe toujours la hgne TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 99 médiane et présente une direction rectiligne (Buccin, Fas- ciolaire, etc.), ce qui lient à ce que l'appareil proboscidien est une formation relativement récente qui a soustrait à la torsion les organes contenus dans son intérieur. Chez tous les Mollusques, la partie antérieure de la pa- pille est dirigée obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, de manière à former un angle aigu avec Taxe de lœsophage ; mais la valeur de cet angle est très variable. Chez les Diotocardes et les Mollusques à trompe, il est très petit, tandis que chez les Pulmonés et surtout chez l'Ampullaire il se rapproche de l'angle droit. Chez les Diolocardes et les Mollusques à trompe, la gaine radulaire est comprise entre les parties postérieures des cartilages, et sa face inférieure est située dans le plan de ceux-ci ; mais chez l'Ampullaire et les Pulmonés, l'accrois- sement du bulbe de haut en bas a ramené la partie posté- rieure des cartilages bien au-dessous de la papille (fig. 52, PI. VI). Cet accroissement explique également la variation ). Chez les Basommatophores (Lymnée, Planorbe), les rétracteurs des tentacules manquent complè- tement, ce qui est en harmonie avec ce fait : que les tenta- cules ne sont pas invaginables. Les rétracteurs du bulbe font également défaut chez ces animaux, et cette absence constitue une objection sérieuse à la théorie de certains au- teurs qui font jouer à ces muscles un rôle capital dans le mécanisme de la radule. F. Innervation des muscles rétragteurs. — Les muscles rétracteurs du bulbe et des tentacules des Pulmonés ont été mentionnés par plusieurs auteurs. Presque tous ont signalé comme partant des muscles que je viens de décrire des tractus musculaires se rendant aux différents ganghons nerveux. Depuis plusieurs années (1), j'ai montré que ces prétendus muscles ne sont en général que des nerfs entourés (1) Amaudrut, Sur le système nerveux de quelques Mollusques pulmonés (Bull, de la Soc. philom. de Paris, 1886). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 121 d'une épaisse couche de tissu conjonctif. Celte observation est passée inaperçue, puisque dans des travaux récents je retrouve les mêmes erreurs. Je me propose donc de repro- duire ici, et avec plus de détails, Tinnervalion des différents rétracteurs qui partent de la columelle ; mais tout d'abord je donne l'historique de la question. Cuvier (1) ne fait que mentionner les rétracteurs du bulbe. Sicard (2) décrit comme rétracteur du système nerveux un ensemble très complexe de muscles issus des rétracteurs du bulbe et des tentacules. Comme je n'ai pas eu de Zonites à ma disposition, je signale simplement le fait. Les auteurs suivants ont é\ud\é V Relia: pomaù a : Yung (3) ajoute à la description du rétracteur du bulbe celle de quatre muscles symétriques deux à deux. Les muscles d'une première paire (i, fîg. 5 de l'auteur) s'insèrent à l'une de leurs extrémités contre la masse buccale et à l'autre extrémité contre le tissu conjonctif qui enveloppe le cerveau ; ceux de la seconde paire {k) unissent la masse buc- cale aux cordons de l'anneau œsophagien. Dans ce travail, il n'est fait nulle part mention des nerfs se rendant aux dif- férents muscles rétracteurs. Loisel (4) décrit les rétracteurs du bulbe comme formés par un muscle impair qu'il désigne sous le nom de radulaire postérieur, et ne fait aucune allusion aux relations de ce muscle avec les coUiers nerveux. Paravicini (5), après avoir donné la description du rétrac- teur du bulbe, ajoute que, de ses côtés latéraux^ partent deux faisceaux de fibres musculaires qui vont s'insérer au moyen d'une large surface sur la face interne de la com- missure œsophagienne et en partie se transforment en (1) Cuvier, Mémoire sur la Limace et le Limaço7i, Paris, 1817. (2) Sicard, Recherches sur le Zonites algirus, 1874, p. 17. (3) Yung, Contributions à l'histoire physiologique de V Escargot [Hélix poma- tia) {Mém. couronné par la classe des se. de VAcad. royale de Belgique, 1886, p. 24). (4) Loisel, loc. cit., p. 570. (5) Paravicini, loc. cit., p. 20. 122 A. AMAUDHCJT. membrane fibreuse, qui entoure la commissure et les gan- glions cérébroïdes; ces deux faisceaux, qu'il nomme les rétracteurs du collier œsophagien, en se contractant en même temps que les rétracteurs du bulbe, peuvent ramener en arrière les ganglions cérébroïdes et pédieux. C'est à peu de chose près ce que dit Sicard au sujet des Zonites. Je ferai remarquer d'abord que ces prétendus rétracleurs des colliers nerveux paraissent fort mal remplir leur rôle. Leur contraction se produisant en même temps que celle des réfracteurs du bulbe, celui-ci et les colliers nerveux devraient conserver toujours leur position relative : le bulbe en avant, les colliers en arrière, autour de l'œsophage. Or, sur des animaux tués brusquement par le chloroforme, c'est-à-dire se présentant à l'état de contraction énergique, on rencontre les colliers nerveux autour de la partie anté- rieure du bulbe, ce qui nous indique que les colliers sont restés en place et que le bulbe s'est déplacé dans leur intérieur. Je ferai une autre remarque relative à ces rétracteurs du bulbe, des tentacules et du pied. Si on observe un Hélix ram- pant. On le voit à chaque instant rétracter et allonger ses tentacules et son mufle ; si on excite légèrement le grand tentacule, celui-ci s'invagine aussitôt, sans que les autres parties du corps accusent de rétraction; si l'excitation est plus forte, l'animal retire ses tentacules et son mufle, le pied restant encore immobile; enfin, si l'excitation est plus énergique encore, l'animal rentre complètement dans sa coquille. Ceci nous indique que la contraction des différents rétracteurs peut se produire successivement et simultané- ment. On en peut conclure aussi que ces différents groupes de muscles reçoivent des nerfs spéciaux indépendants les uns des autres. On comprendrait difficilement que ces muscles rétracteurs, les plus actifs de l'organisme, fussent privés de nerfs. Leur étude est assez délicate, et dans bien des cas on ne saurait se contenter de la loupe seule. La coloration par le TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 123 chlorure d'or (procédé Ranvier) et l'examen au microscope fournissent des résultats plus sûrs. Dans V Hélix pomatia, il existe de chaque côté, entre les connectifs cérébro-pédieux et cérébro-viscéraux, un nerf (1, fig. 59, PI. VII) plus rapproché des derniers connectifs que des premiers. Il part du premier ganglion viscéral, très près du connectif, et se rend au ganglion cérébroïde, qu'il aborde en arrière du connectif cérébro-buccal, très près de ce dernier. Il est plus grêle en haut qu'à sa sortie du gan- ghon viscéral, oii il présente quelquefois un ou deux renfle- ments cellulaires. Il donne d'abord un rameau (2) qui se porte sur le muscle rétracteur du petit tentacule, puis, dans le voisinage des ganglions cérébroïdes, une branche (3) qui se rend sur la face inférieure du muscle rétracteur du bulbe ; c'est ce rameau entouré d'une épaisse couche de tissu conjonctif qui a élé décrit par Paravicini comme ré- tracteur des colliers nerveux. Entre le connectif cérébro- buccal et le nerf (3) existe une anastomose (4). Dans le cas de V Hélix, on voit qu'il est assez difficile de dire d'oii viennent les fibres nerveuses qui se rendent au rétracteur du bulbe : il est possible qu'elles lui arrivent de divers centres. En arrière du connectif cérébro-viscéral, sur la face infé- rieure du premier ganglion de la chaîne asymétrique, se détache un nerf (5) qui se rend au tronc commun des rétrac- leurs tentaculaires. Il existe en outre, de chaque côté, trois autres nerfs con- nus, et qui ne sont pas représentés sur la figure ; l'un part des ganglions pédieux et se rend aux rétracteurs du pied, les deux autres naissent des ganglions cérébroïdes et inner- vent les fourreaux des tentacules, dans lesquels se terminent les rétracteurs de ces organes. Les connectifs des colliers nerveux, ainsi que le nerf (1), sont plongés dans une épaisse couche de tissu conjonctif, de laquelle se détache, de haut en bas et à l'intérieur des col- liers, un plan de substance conjonctive dans lequel se trouvent 124 A. AMAUDRUT. le conneclif cérébro-buccal, le nerf (3) et l'anastomose (4). Si on examine les colliers nerveux du côté interne, ce plan se trouvant alors placé au-dessus du niveau des con- nectifs cérébro-pédieux et cérébro-viscéraux, on aperçoit à la loupe, et sans dissection, les nerfs compris dans son inté- rieur. On peut engager la pointe d'une aiguille dans l'angle formé par les connectifs et le plan, séparer ce dernier et l'examiner au micro- scope (fig. 43, t). On voit alors que la bran- che d'anastomose (4) présente, à son origine sur le connectif céré- bro-buccal, un renfle- ment ganglionnaire [r) et, sur son parcours, trois ramifications très grêles (a, b, c). Le nerf du muscle rétracteur du bulbe fournit éga- lement des ramifica- tions (^, d) qui se per- dent dans la substance conjonctive. On voit en outre pénétrer dans ce plan des rameaux nerveux (/, g) venus des ganglions cérébroïdes. L'animal qui a fourni cette préparation ayant été injecté au bleu soluble, et la matière ayant bien pénétré dans la substance conjonctive, il n'y a pas lieu d'émettre un doute sur la confusion possible entre nerfs et vaisseaux. Ces der- niers sont représentés par deux rameaux (ar , ar') qui accompagnent le nerf rétracteur du bulbe et le connectif cérébro-buccal. Sur leur parcours, ils donnent de nombreuses ramifications dans la substance conjonctive. La régularité que présente la matière injectée peut déjà faire supposer Fig. 43. — Plan de tissu conjonctif situé à l'intérieur des colliers nerveux de VHelix pomatia et réunissant les ganglions céré- broïdes au bulbe. — c. crb, connectif céré- bro-buccal ; 3, nerf du muscle rétracteur du bulbe ; 4, branche d'anastomose ; abcdefg, rameaux nerveux, les deux der- niers issus des ganglions cérébroïdes; ar, a'r\ artères. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 125 qu'il s'agit de véritables vaisseaux et non de sinus; déplus, si on examine les points oti cesse la matière colorante, on observe nettement la continuation de l'artère. Dans YHelix aspera, la disposition est un peu différente. Le nerf (i) a toujours son origine au même point, sur le pre- mier ganglion de la chaîne asymétrique ; il se dirige de bas en haut, plus rapproché du connectif cérébro-viscéral que du connectif cérébro-pédieux ; arrivé à une faible distance des ganglions cérébroïdes, il se divise en deux branches sensiblement égales, dont l'une s'insère sur le ganglion, en arrière du connectif postérieur, et l'autre en avant du con- nectif antérieur, quelquefois sur le connectif cérébro-buccal. A peu près à égale distance des ganglions viscéral et céré- broïde, le nerf (1) donne deux ra- meaux : l'un externe pour le ré- tracteur du petit tentacule, l'autre interne pour le ré tracteur du bulbe. Le nerf (5) est également repré- senté; il présente, à sa sortie du ganglion viscéral, un petit renfle- Fig. 44. —innervation du mus- mentovoùledans lequel on compte fi;^^_ 'l Sla'! une dizaine de cellules nerveuses. glion cérébroïde; ce» 6, con- Dans YAchatina panthera, le ^^^^^^ cérébro-buccal; rtb, ' . muscle retracteur du bulbe. nert (1) se rencontre toujours com- pris entre le nerf acoustique et le connectif cérébro-viscéral, mais il ne présente pas de ramifications. Les nerfs des ré- tracteurs du petit tentacule et du bulbe naissent tous deux séparément du ganglion cérébroïde en arrière du connectif cérébro-viscéral. Le premier ganghon de la chaîne asy- métrique donne également un nerf au rétracteur commun des tentacules. Dans YArion rufus {^^. 44, /), on voit se détacher du connectif cérébro-buccal (c,cr/^) unrameau(4) qui se rend sur le muscle rétracteur du bulbe. De la partie postérieure du ganglion cérébroïde se détache un autre nerf qui ne tarde pas 126 A. AMAUDRCJT. à se bifurquer pour s'anastomoser par ses deux branches avec le rameau (4). Un peu au-dessous de l'anastomose infé- rieure part un filet qui se rend directement au premier gan- glion viscéral. Dans la Limace, on trouve une disposition à peu près analogue. Le muscle rétracteur commun des tentacules reçoit également un nerf, mais je ne puis affirmer s'il tire son origine du premier ganglion viscéral ou du ganglion pédieux. En résumé, chez les Pulmonés Stylommatophores, les muscles rétracteurs du bulbe reçoivent des nerfs qui peuvent être en relation, soit directement, soit à l'aide d'anastomoses, avec les trois centres nerveux : cérébroïde, buccal et viscé- ral. Dans les formes à coquille puissante (Achatine, Bulime, Hélix) et probablement aussi chez les formes à coquille rudi- mentaire [Ainon, Limax), le rétracteur commun des tenta- cules reçoit un nerf du premier ganglion de la chaîne asymétrique Chez les Pulmonés Basommatophores, ces diffé- rents nerfs font défaut, puisque les muscles rétracteurs man- quent. Parmi les auteurs qui ont décrit avec détails les nerfs issus des ganglions cérébroïdes des Pulmonés, il faut citer : Jhering, Bôhmig, Simroth, Lacaze-Duthiers, Sicard. Aucun n'en signale plus de huit paires. De Nabias (1) a repris récemment cette étude et arrive à la même conclusion. Il dit : « que ce nombre huit est absolument fixe, non seule- ment pour Hélix ^ mais encore pour les genres voisins Arion^ Zonites, Limax. Ce nombre est aussi constant que les douze paires de nerfs crâniens existant chez tous les Vertébrés. Nous avons varié à l'infini les dissections et les coupes, et nous avons acquis la preuve irréfutable de cette fixité ». Ce nombre est constant, en effet, mais seulement sur des ani- maux que l'auteur n'a pas observés : les Lymnées, et proba- blement aussi tous les Basommatophores dépourvus de mus- cles rétracteurs. (1) De Nabias, Thèse de doctorat, 1894, p. 128. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 127 Aux huit nerfs connus des Stylommatophores et à ceux que je viens de signaler plus haut, il faut encore en ajouter d'autres. Ils prennent naissance en avant de l'origine du conneclif cérébro-pédieux sur le ganglion cérébroïde, des- cendent dans le tissu conjonctif qui entoure les colliers ner- veux et se terminent en général sur l'artère qui longe la face antérieure de ces colliers. Chez Achatina panthera^ Bidimus Funki, Nanina Cam- bodjiencïs, le plus interne de ces nerfs n'entre pas en rela- tion avec l'artère et ne donne pas de ramifications ; il est continu d'un ganghon cérébroïde à l'autre. Sur la ligne médiane, il passe au-dessous de l'œsophage, au-dessus de l'aorte et en avant des colliers nerveux. J'ai considéré ce nerf comme étant une commissure subcérébrale ana- logue à celle qu'on rencontre fréquemment chez les Opisto- branches. L'existence de cette commissure chez les Pulmonés infirme l'hypothèse de Jhering qui veut voir, dans l'une des deux commissures pédieuses de ces animaux, le représentant de la subcérébrale. En effet, chez Bulime et Achatine, les deux commissures pédieuses existent en même temps que la subcérébrale. Dans Hélix pomatia, on observe, en avant du connectif cérébro-pédieux, deux et quelquefois trois fins nerfs issus des ganglions cérébroïdes. Les deux antérieurs, les plus grêles, se terminent sur l'artère qui rencontre les colliers nerveux. Le nerf postérieur, c'est-à-dire celui qui a son ori- gine le plus près du connectif, est le plus gros et le plus long; il longe le connectif cérébro-pédieux, atteint l'aorte anté- rieure à sa sortie des colliers nerveux, puis il se coude brusquement d'avant en arrière, tout en restant i\\è à l'ar- tère. Si on examine un fragment de celle-ci, pris au niveau des coUiers, après l'avoir fendu dans le sens longitudinal, étalé et traité par le chlorure d'or, on trouve deux cordons nerveux longitudinaux s'envoyant, çà et là, de fines anasto- moses. Ces cordons m'ont présenté, sur une longueur d'en- 128 A. AMAUDKUT. viron un cenlimèlre, trois grosses cellules nerveuses splié- riques, sur lesquelles je reviendrai plus loin. L'innervation de l'aorte, ou d'une partie de l'aorte, parles ganglions cérébroïdes conslilue un fait en opposition avec l'idée généralement admise, à savoir: que les viscères sont innervés, en avant par les ganglions buccaux, en arrière par les ganglions viscéraux. Le premier ganglion de la chaîne asymétrique a été décrit par Lacaze-Duthiers comme ne donnant jamais de nerfs chez tous les Pulmonés. Le fait est exact pour les Lymnées, Pla- norbes, et peut être considéré comme la conséquence de Tatrophie ou de la disparition totale des muscles rétracteurs. Mais il n'en est plus de même pour les Pulmonés à rétrac- teurs bien développés [Hélix, Achatine, BuUme, et probable- ment beaucoup d'autres) , chez lesquels on rencontre au moins un nerf de chaque côté et où sa présence, au lieu de consti- tuer une anomalie dans le groupe des Pulmonés, se montre au contraire comme étant conforme à l'état qu'on rencontre chez les Mollusques en général. En effet, chez tous les Pro- sobranches bien étudiés, les premiers ganglions de la chaîne donnent toujours naissance à des nerfs, et il en est encore de même chez certains Opistobranches : Notarchus (1), Aplysie, Dolabelle (2), Acera (3). La comparaison entre Prosobranches et Pulmonés nous fait concevoir comme très naturelle l'existence de ces nerfs chez les derniers. Nous remarquons que, chez les Proso- branches, les nerfs columellaires ont leur origine dans les ganglions palléaux (1). Chez les Pulmonés, les rétracteurs communs des tentacules se confondent à l'origine avec le muscle columellaire (fîg. 59, Pi. VII) et peuvent être considérés comme des faisceaux détachés de ce dernier. (1) Vayssière, Recherches sur les Moll. opislob. du golfe de Marseille {Ann . du Mus. d'hist. nat. de Marseille, Zoologie, t. 11, 1885, p. 94). (2) Amaudrut, Sur le système nerveux de la Dolahella Rhumpti [Soc.philom.y Paris, 1886). (3) Pelseneer, Recherches sur divers Opistobranches {Mém. couronnés et Mém. des savants étrangers ; exlr. du t. LUI, p. 12, 1893). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 129 Dès lors, l'homologie devient complète entre les nerfs issus dn premier ganglion chez les Prosobranches et les Pulmonés. G. Cellules ganglioninaires. — On sait, depuis les tra- vaux de Leydig (1), Scliultze (2), Waller (3), Nalepa (4), qu'il existe, sur l'eslomac des Pulmonés, un plexus ner- veux riche en cellules d'une taille colossale. Je n'ai pas l'intention de reprendre cette étude, mais seulement de montrer que ces grosses cellules ne sont pas localisées sur cette partie du tube digestif, et qu'elles peuvent se présenter sur des nerfs issus de centres nerveux très dif- férents. En traitant de l'innervation des muscles rétracteurs de V Hélix aspersa^ j'ai déjà signalé, sur le nerf qui part du premier ganglion viscéral, l'existence d'un amas de cellules nerveuses formant un petit ganglion très distinct, en arrière du premier de la chaîne asymétrique. Il m'est arrivé plusieurs fois de trouver, sur le nerf (1 , fig. 59) de y Hélix pomatia, deux ou trois cellules de taille inégale et disposées de la manière suivante : une ou deux petites sur l'extrémité inférieure, à une faible distance du ganglion viscéral, et une très grosse, visible à la loupe, placée sur l'extrémité supérieure, dans le voisinage du ganglion céré- broïde. J'ai signalé aussi de semblables cellules sur les nerfs issus des ganglions cérébroïdes et qui innervent l'aorte anté- rieure ; mais ces dernières sont très petites et seulement visibles au microscope. On les rencontre également sur le bulbe où il n'est pas à ma connaissance qu'elles aient été signalées. (1) Leydig, Lehrb. d. Histologie, etc., p. J86. (2) H. Schultze, Die flbrillàre structw' der Nervenelemente der Wirbellosen {Arch. fur mikr. Anat., 1879, Bd XVI). (3) Walter, Mihroslîopisehe Studien iïber das Centralnervensysfem wirbelloser Thiere (Bonn, 1863, p. 39, Taf. lll, fig. 9, und XIV a). (4) Nalepa, Beitrâge zur Anat. der Stylommatophoren [Aus demhXXXYii, Bande der Sitzb. der k. Akad. der Wissensch., 1883, p. 15). ANN. se. NAT. ZOOL. VII^ 9 130 A. AMAUDUUT. Dans V Hélix pomatia^ elles sont situées sur le nerf qui prend naissance dans la partie antérieure du ganglion buc- cal et du côté interne. Ce nerf se dirige en avant, de l'exté- rieur à l'intérieur, il passe sur le canal excréteur des glandes salivaires et se ramifie dans le voisinage de la glande supplé- mentaire signalée par Nalepa (1) à l'entrée du canal excré- teur de la glande salivaire normale. Après avoir enlevé les tissus superficiels qui recouvrent cette région, on aperçoit, à la loupe, un petit corps blanc adhérent au nerf; si on enlève ce dernier avec précaution et qu'on l'examine au microscope, on constate qu'il s'agit d'une très grosse cellule nerveuse de forme sphérique, à noyaif volumineux. En avant de cette cellule, le nerf présente de très nombreuses ramifications, sur lesquelles on observe encore des cellules nerveuses, mais de dimensions beaucoup plus faibles. Dans Limax cinereus, le même nerf présente, dans la ré- gion qui correspond à la grosse cellule de Y Hélix, un véri- table ganglion formé de sept à huit cellules. En avant, le nerf se ramifie comme dans Hélix. Je n'ai pas trouvé de cellules ganglionnaires sur les autres nerfs qui partent du ganglion buccal et innervent les parois latérales et inférieures du bulbe. Quant à la signification de ces cellules, il est probable qu'elles sont les homologues des ganglions « gastro-œsopha- giens » signalés par Vaissière et Pelseneer chez beaucoup d'Opistobranches ( T?'itonia , Pleurobranchea , Tylodinia Elysiens en général). Le ganglion gastro-œsophagien et les cellules des Pulmonés se rencontrent, en effet, sur le même nerf. H. Mécanisme de la radule. — L'anatomie comparée nous a montré que le bulbe des xMollusques, chaque fois qu'il est bien constitué, présente dans le groupe entier les mêmes parties fondamentales. Les principales différences portent sur le nombre et la forme des cartilages, la présence (1) Nalepa, loc. cit., p. 18. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 131 OU Fabsence des mâchoires, la forme, l'arrangement et le nombre des denls de la radule. On doit donc s'attendre à trouver dans le fonctionnement de l'ensemble quelque chose de commun pour tous les types et des différences secon- daires spéciales pour chaque groupe, en rapport avec les différences anatomiques citées plus haut. En tenant compte de ces variations secondaires dans la structure du bulbe, on peut établir dans le groupe entier les subdivisions suivantes qui présentent évidemment entre elles de nombreuses formes de passage : V Mollusques pourvus de deux mâchoires puissantes, dents nombreuses, les latérales très grêles (Diotocardes). 2° Mollusques dépourvus de mâchoires latérales, ou les possédant à l'état rudimentaire, dents très fortes, mais en nombre restreint (Carnassiers : Buccin, Pourpre, etc.). 3° Mollusques à mâchoire simple, médiane, nombreuses dents peu différenciées (Pulmonés). Je commencerai par examiner ce dernier groupe, d'abord parce qu'il a été l'objet d'observations assez nombreuses, et ensuite parce qu'il est facile de se procurer des sujets d'étude, a. Pulmonés. — Chez les Pulmonés, il existe en général une mâchoire impaire médiane, placée en avant de la cavité buccale et présentant un bord libre coupant. Dans la Lym- née, de chaque côté de la mâchoire médiane^ on en observe une autre plus petite. Les dents sont nombreuses, à peu près toutes semblables et pourvues de pointes acérées. Sur la face supérieure de la langue et jusqu'à son sommet, les pointes des dents sont dirigées vers l'arrière, du côté de l'orifice œsophagien; sur la face inférieure, au contraire, les dents sont tournées en avant du côté de l'orifice buccal. Si l'on examine une Lymnée ou un Hélix prenant sa nour- riture, on remarque que les mouvements de la langue sont isochrones. Quelles que soient les dimensions du bol alimen- taire, l'intervalle de temps qui sépare deux positions iden- tiques de l'organe est le même, et de plus, si on sacrifie 132 A. AMAUORUT. l'animal, on ne trouve jamais de débris d'aliments dans la cavité buccale, ce qui nous indique que les mouvements de trituration, de brassage, de déchiquetage signalés par la plu- part des auteurs comme devant se produire au niveau de la cavité buccale, n'existent pas. Du reste, si nous examinons l'acte de la mastication chez les Vertébrés, nous remarquons qu'il ne se produit que chez les animaux qui ont des dents différenciées. Chez les Vertébrés inférieurs pourvus de dents semblables, pointues, les aliments ne font que traverser la cavité buccale. Or, chez les Mollusques en général, si les dents présentent des différences de structure d'un groupe à l'autre, si dans un même individu les dents d'une môme série transversale ne se ressemblent pas, par contre, toutes les séries sont semblables et il n'existe nulle part sur la langue une région destinée à couper les aliments et une autre ayant pour rôle spécial de les triturer. En un mot, chez aucun Mollusque on ne rencontre des dents présentant une surface triturante, et, par suite, comparable aux molaires des Mammifères; mais au contraire, toutes les dents actives de la radule se terminent par des pointes très acérées, à l'excep- tion, toutefois, de celles qui ont dépassé le sommet de la langue, et que l'on doit considérer comme ayant achevé leur rôle. De ce qui précède, on peut conclure que le rôle de la langue consiste à prendre les aliments à l'entrée ou en avant de la bouche et à les porter brusquement, sans leur faire subir de modifications, à l'orifice œsophagien. Ceci suppose évidemment que ia pointe de la langue est susceptible d'exécuter des mouvements très étendus. Il suffît de se reporter à la forme de cet organe chez les Pulmonés pour comprendre la possibilité de ces mouvements. Mais nous pouvons nous rendre compte de leur existence et de leur étendue en observant divers Pulmonés tués lentement par immersion dans l'eau ou brusquement par des réactifs toxiques; la langue se présente alors dans des positions va- riables qui ne sont chacune qu'un arrêt dans les mouvements TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 133 d'ensemble. Par exemple, chezV Arion tué lentement par im- mersion, le bulbe est en général dévaginé et la pointe de la langue fait saillie assez loin en avant de la mâchoire. Cet état a été observé par Lacaze-Duthiers (1) sur une Testacelle qui prenait sa nourriture. Sur un Helix^ tué dans les mêmes conditions, l'extrémité de la langue se trouve immédiatement en arrière de la mâchoire et appliquée contre elle. Si on plonge l'animal vivant dans l'alcool, à la dissection on trouve l'extrémité de la langue appliquée sur l'orifice de l'œsophage (fig. 41,P1. V). Cette grande mobihté de la langue nous indique déjà qu'elle doit jouer le principal rôle dans la préhension des ali- ments, et en effet : plaçons un Hélix affamé sur une feuille verte, bientôt l'animal la perfore; si on l'examine attentive- ment au moment oii il continue à agrandir l'orifice, on voit qu'à chaque mouvement de préhension les bords de celui-ci sont soulevés. Si la feuille était placée sur une lame transpa- rente, on verrait, en examinant celle-ci par la face opposée à celle sur laquelle repose l'animal, qu'à chaque mouvement l'exlrémitéde la langue s'engage sous la feuille, entre celle-ci et la lame de verre. Ce n'est donc pas, comme le dit Yung(2), <( la mâchoire qui coupe les aliments en lanières, qui sont bientôt reprises par la radule, qui les rabote en menus co- peaux ». Nous nous rendons encore bien compte des rôles respec- tifs de la radule et de la mâchoire en examinant uneLymnée entrain de prendre sa nourriture. La bouche d'abord fermée se présente sous l'aspect d'une fente verticale; bientôt les bords s'écartent, la mâchoire apparaît la première, et, après avoir exécuté un mouvement de rotation qui lui fait prendre une direction oblique d'arrière en avant, elle se place sur l'ahment. Pendant ce mouvement, la pointe de la langue est venue se placer sous la feuille qui se trouve alors saisie entre (1) De Lacaze-DuthierS; Histoire de la Testacelle {Arch. de zool. expéi\, 2« série, t. V, 4887, p. 483). (2) Yung, loc. cit., p. 24. 134 A. AllAUDRUT. la face interne concave de la mâchoire et le sommet con- vexe de la langue. Les deux organes rentrent ensuite dans la cavité buccale : la mâchoire en exécutant un mouvement de rotation de sens inverse au précédent, la pointe delà langue un mouvement d'avant en arrière et de bas en haut. Dans ce mouvement de retrait, la feuille se trouve comprimée entre la mâchoire et la radule ; grâce à cette pression^ les dénis s'enfoncent dans la substance alimentaire, et comme la langue dans son mouvement de retrait va plus loin en arrière que la mâchoire, chaque dent arrache et emporte avec elle un petit lambeau de feuille. La mâchoire ne joue donc pas le rôle principal dans la préhension des aliments, mais un rôle passif; elle fournit l'appui contre lequel la langue presse l'aliment pour le ré- duire en lanières ; mais celte résistance est importante, car sans la mâchoire le déchiquetage serait impossible ; en effet : r Les Testacelles qui n'ont pas de mâchoire se nourrissent de proies vivantes, ordinairement de vers, qu'elles avalent en entier sans les découper en menus morceaux ; 2° Après avoir laissé jeûner un Hélix pendant plusieurs semaines, je lui ai servi un Lombric; le Mollusque s'est mis aussitôt en devoir de satisfaire son appétit, mais, malgré sa voracité, il ne réussissait qu'à arracher des lambeaux au corps de sa victime. Les radules de la Testacelle et de Y Hélix étant construites sur le même plan, nous pouvons dire que la différence de régime qu'on constate chez ces Pulmonés est la conséquence de la présence ou de l'absence de la mâchoire. La mâchoire des Pulmonés n'est pas hmitée à l'espèce de demi-lune que l'on connaît. Elle se continue en arrière par une substance cuticulaire de même nature, qui tapisse le pla- fond de la partie antérieure de la cavité buccale et qui pro- tège les tissus sur lesquels elle repose contre l'action deslruc- tive des dents de la radule. Cette substance cuticulaire présente toujours, en effet, des empreintes dues à l'action des dents. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 135 Nous pouvons nous demander maintenant ce que devient l'aliment lorsqu'il a été saisi en avant entre la radule et la mâchoire. On peut résoudre cette question parl'observalion directe sans avoir recours à l'hypothèse. Prenons un Hélix de petite taille, et en particulier V Hélix à coquille d'un jaune uniforme, qu'on rencontré un peu par- tout dans les haies ; laissons-le jeûner quelque temps et plaçons-le sur une feuille, l'animal ne tarde pas à prendre sa nourriture. Les téguments céphaliques et les parois supérieures du bulbe et de l'œsophage sont si minces chez cet animal, que nous apercevons par transparence le bol alimentaire dans toutes ses positions, non seulement dans le bulbe, mais encore dans une bonne partie de l'œso- phage. On peut décomposer les mouvements d'ensemble du bol alimentaire de la manière suivante : r Transport brusque, mais uniforme, de l'extrémité anté- rieure jusqu'au niveau des tentacules postérieurs; 2° Arrêt très court ; 3° Transport du bol alimentaire en sens inverse, c'est- à-dire d'arrière en avant. Ce déplacement est de peu d'étendue et représente environ le cinquième du premier; 4° Transport lent du premier bol alimentaire d'avant en arrière et arrivée rapide d'un deuxième bol alimentaire qui vient s'ajouter au précédent. Après ce mouvement, le dernier bol occupe la place du premier au niveau des ten- tacules. Après quelques secondes d'observation, la colonne verte formée par les bols alimentaires s'est accrue ; à chaque révolution elle exécute un double mouvement d'oscillation d'avant en arrière et d'arrière en avant. Si on tranche la tête de l'animal au moment où la colonne verte se déplace en avant, et qu'on ouvre le bulbe, on ne trouve aucune matière ahmentaire dans la cavité buccale, tous les bols sont déjà engagés dans l'œsophage. Donc, les mouvements d'oscillation de l'aliment ne se produisent pas 136 A. AMAUDRUT. au niveau de la radule, mais exclusivement au niveau de l'œsophage. La colonne verte occupant toujours le même niveau en avant, il faut nécessairement que les bols alimentaires se déplacent d'avant en arrière pour faire place aux nouveaux, et alors, ou bien les déplacements se font sous l'effort d'une poussée exercée par les nouveaux sur les anciens, ou bien ils se produisent par un mécanisme propre de l'œsophage. Il est facile de se fixer sur cette alternative : si on retire douce- ment la feuille que mangeait l'animal, on voit l'exlrémité antérieure de la colonne verte se déplacer lentement^ d'avant en arrière, et d'un mouvement uniforme. Donc la marche des aliments est due à des mouvements propres de l'œsophage, probablement analogues à ceux qui font pro- gresser le bol alimentaire dans l'œsophage des Vertébrés. De plus, pendant ce retrait de l'aliment en arrière, l'œso- phage ne présente pas de mouvements d'oscillation ; donc, ceux-ci n'ont rien à voir avec la marche du bol alimentaire. Quelle est alors la cause de ces mouvements? Ces mouvements cessant au moment où l'animal cesse de preudre sa nourriture, on peut prévoir tout de suite qu'ils ont leur cause dans des phénomènes qui se passent en avant de l'œsophage, c'est-à-dire dans le bulbe. Si nous examinons de nouveau l'animal pendant son re- pas, nous voyons le bulbe exécuter des mouvements de va- et-vient dans l'intérieur de la cavité céphalique, sans que les parois de celle-ci se déplacent. Les mouvements de piston du bulbe concordent exactement avec les mouvements d'os- cillation de l'œsophage, c'est-à-dire que, lorsque le bulbe est projeté en avant, il entraîne avec lui la partie antérieure de l'œsophage et inversement. Les mouvements alternatifs de protraction et de rétraction du bulbe se compliquent d'un mouvement d'oscillation de sa région postérieure. Pendant la protraction, cette région postérieure est soulevée; pendant la rétraction un mouve-^ ment inverse se produit. .11 est évident que la partie anté- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 137 rieure de l'œsophage participe à cette deuxième catégorie de mouvements. Il est important de savoir s'il existe une concordance constante entre les mouvements compliqués du bulbe et ceux de la pointe radulaire. La réponse nous est encore fournie par l'observation directe de notre animal. Lorsque le bulbe est projeté en avant, la pointe de la langue exécute un mouvement de rotation de haut en bas et d'arrière en avant, depuis l'orifice de l'œsophage jusqu'au niveau de la mâ- choire, et quand le bulbe se déplace d'avant en arrière le sommet de la langue exécute un mouvement de rotation inverse qui le ramène sur l'orifice œsophagien. L'extrémité libre de la langue est donc animée de deux mouvements : l'un de rotation qui lui est propre, l'autre de piston, qu'elle subit, comme faisant partie fondamentale du bulbe. Toute- théorie ayant pour but d'expliquer le mécanisme de la radule doit tenir compte des faits qui précèdent et des remarques qui suivent : La radule étant flexible et devant fonctionner comme une râpe, celle-ci, dans son état d'activité, devra toujours pré- senter un certain degré de tension. Or la râpe étant unie à la membrane élastique, ses mouvements deviennent subor- donnés à ceux de cette membrane, et comme les muscles et les cartilages sont seulement en rapport avec cette dernière, et non avec la râpe, c'est par la tension de la membrane élastique qu'est obtenue la tension de la râpe. Mais cette tension ne peut se produire que sur l'ensemble de la mem- brane et par la contraction simultanée des muscles qui agissent sur elle, car tout mouvement de traction s'exerçant sur un point seulement entraînerait un glissement de la membrane, glissement que l'examen anatomique nous a montré comme étant impossible {(\^. 45, PI. V) et que l'ob- servation directe n'a jamais constaté. De plus, une traction produite seulement sur un point de la membrane provoque- rait sur elle, non seulement un glissement, mais encore des 138 A. AMAUDRUT. plissements, et alors, ou bien que la radule flexible épouse les contours de la surface plissée ou qu'elle passe par-dessus, dans l'un et l'aulre cas elle se trouverait dans un état défec- tueux pour remplir son rôle de râpe. Mais nous avons la preuve directe de la tension perma- nente de la lame élastique. En effet, quelle que soit la posi- tion dans laquelle on observe la langue d'un Hélix mort, la forme de l'organe est toujours celle d'utie cuiller à conca- vité dirigée en haut, dont le bord libre est coupant; ce qui varie seulement, c'est ia profondeur de la concavité ou son rayon de courbure. Cette forme est due à la contraction plus ou moins énergique du muscle tenseur [tsm] qui se fixe en avant sur le fond du creux. Si on vient à couper ce muscle sur un Pulmoné tué depuis peu, la concavité dispa- raît en grande partie sous l'effort combiné des autres ten- seurs et de l'élasticité des cartilages. Maintenant que nous connaissons la nature des mouve- ments exécutés par le bulbe, la langue et la mâchoire, nous allons appliquer nos connaissances sur la struclure de ces organes pour expliquer leur mécanisme. Remarquons d'abord que la fonclion essentielle de l'ap- pareil radulaire consiste à prendre l'ahment au niveau de l'orifice buccal et à le porter à l'entrée de l'œsophage. Cette fonction étant générale, le mécanisme doit être expliqué par des muscles constants. Le mécanisme au niveau du bulbe n'est que le début d'un mouvement qui doit se produire progressivement d'avant en arrière sur toule la longueur de l'œsophage, et doit pouvoir s'expliquer par le fonctionnement alternatif des muscles lon- gitudinaux et circulaires. En nous basant sur la succession des mouvements des différentes parties (bulbe, radule, mâchoire, œsophage), nous pouvons établir la succession suivante dans la contraction et le relâchement des muscles qui provoquent les mouve- ments : r Les muscles longitudinaux du bulbe, aussi bien les TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 139 intrinsèques que les extrinsèques qui prennent leur point d'appui sur les parois céphaliques, se contractent et tirent le bulbe et l'œsopbage en avant. En même temps, le fléchis- seur des cartilages se contracte et fait exécuter à la langue son mouvement propre, indépendant de celui du bulbe, mouvement qui a pour but d'amener la pointe de la langue à l'endroit connu. 2° Les muscles longitudinaux se relâchent et les circu- laires entrent en systole progressivement d'avant en arrière, La contraction successive des fibres circulaires du sphincter a pour but, d'abord de maintenir solidement l'aliment entre la mâchoire et la radule, et ensuite, lorsque la contraction se déplace, de refouler la masse du bulbe dans le même sens, c'est-à-dire d'avant en arrière. La contraction gagne alors les différents tenseurs qui ne sont autre chose que des fibres circulaires modifiées dans leur direction. Les tenseurs su- périeurs médians et latéraux ayant une puissance énorme relativement à celle des tenseurs inférieurs, la pointe de la langue se rapproche de sa base, du côté de la face supé- rieure, et vient s'appliquer contre l'orifice œsophagien. Dans ce même temps, la face postérieure du bulbe exécute son mouvement de haut en bas, qu'on peut expliquer de la manière suivante. A un certain moment, le mouvement de piston d'avant en arrière du bulbe se trouve limité par la résistance des fibres longitudinales qui rattachent sa face postérieure au pourtour antérieur des téguments cépha- liques ; mais comme ces fibres sont rudimentaires en haut et puissantes en bas (mn, fig. 41 , PI. V), les résistances deviennent inégales et le bulbe s'incline du côté de la plus forte résis- tance, comme le ferait un corps flottant emporté par le cou- rant, et qu'on essayerait d'amarrer d'un côté seulement. 3° La déglutition ou le passage du bol alimentaire du sommet de la langue dans l'œsophage doit se faire de la ma- nière suivante : le tenseur supérieur [tsm, fig. 41, PI. V)ne s'insère pas seulement sur la portion étalée de la mem- brane élastique, mais encore sur la région de cette mem- 140 A. AMAUDRUT. brane qui fait encore partie de la papille. La contraction de ce -muscle a donc non seulement pour but de contribuer au mouvement de la pointe de la radule, mais encore d'agir sur sa base. Il est facile de voir par Tinspection seule de la figure 41 que, quand les fibres postérieures de ce muscle se contractent, la papille exécute un mouvement oblique de haut en bas et d'avant en arrière. La papille est admirablement conformée pour recevoir l'effort du muscle et le transmettre. En effet, les dents de la radule ont leurs pointes dirigées en arrière, ce qui exclut tout mouvement de glissement. Entre les dents et l'épittié- lium interne [epi, fig. 58, PL VII) existe une forte couche cuticulaire [cut.ï) dans laquelle s'engagent les pointes des dents. Cette cuticule sert en même temps à protéger Tépi- thélium et à transmettre uniformément aux cellules de ce dernier l'action des dents de la radule. L'axe de la papille est rempli d'un tissu spécial, que beaucoup d'auteurs ont comparé à du cartilage, à cause de sa résistance. On peut donc dire que la papille exécute les mouvements cités plus haut sans subir de déformation dans sa forme cylindrique. Mais la face supérieure de la papille est rattachée à la face inférieure de l'œsophage par les muscles constants [pas^ fig. 41, PI. V). Lorsque la papille se meut, elle entraîne ces muscles qui tirent de haut en bas la paroi œsopha- gienne ; il en résulte d'abord un agrandissement de l'orifice, et comme à ce moment la bouche est fermée, l'agrandisse- ment produit en même temps un vide, à la faveur duquel l'aliment passe brusquement dans l'œsophage. La progression du bol alimentaire jusqu'à l'estomac se continue comme chez les Vertébrés, par le jeu des muscles longitudinaux et circulaires. b. Prosobranches pourvus de deux mâchoires latérales. — Ce groupe comprend tous les Diotocardes et presque tous les Monotocardes Ténioglosses. Il est caractérisé par des mâchoires latérales symétriques, placées dans la partie an- térieure de la cavité buccale. Elles sont réunies entre elles TUBE DIGESTIF CHEZ. LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 141 sur la ligne médiane, dorsale, par un ligament élastique; leurs faces externes convexes reposent sur des muscles puissants ; leurs faces internes concaves limitent entre elles une cavité assez spacieuse dans laquelle se meut la pointe de la langue ; leurs bords antérieurs et inférieurs sont taillés en biseau. Dans leur ensemble, elles rappellent assez les valves d'un Lamellibranche, et les mouvements qu'elles exécutent s'écarlenl peu de ceux qu'on observe sur la co- quille des bivalves. Le bulbe est puissant, toujours beaucoup plus long que large, en général cylindrique ; l'œsophage l'aborde dans sa moitié antérieure au-dessus delà langue. Celle-ci est égale- ment bien développée, mais sa pointe est mal dégagée des parois latérales du bulbe, ce qui rend les mouvements de rotation très restreints. Les mouvements de piston de la langue doivent aussi être très limités, car je n'ai jamais trouvé son sommet en avant des mâcboires, mais toujours engagé dans la cavité qu'elles limitent entre elles ou à une faible distance en arrière de celle-ci. Le peu d'amplitude que présentent les mouvements du sommet de la langue est évidemment en rapport avec la faible distance qui sépare les mâchoires de l'orifice œsophagien. La langue n'est janàais complètement recouverte parla radule, comme c'est le cas chez les Pulmonés, mais on dislingue toujours trois régions dont les deux latérales symétriques sont dépourvues de dents. La région médiane est creusée en gouttière avec l'extrémité antérieure légèrement relevée. Les dents sont disposées en séries transversales et dans chaque rangée il existe en gé- néral une dent médiane impaire et de chaque côté des dents latérales symétriquement placées et semblables deux à deux. Celles qui sont les plus rapprochées de la ligne médiane sont courtes et fortes, tandis que celles qui sont placées sur les bords sont longues et grêles. Leur nombre est d'autant plus considérable que le groupe est moins spécialisé : chez les Rhipidoglosses, les dents latérales sont très nombreuses, tandis que chez les Ténioglosses on n'en trouve plus que 142 A. AifeACJDRUT. trois de chaque côté, mais alors ces dents latérales sont puissantes et courtes. Chez les formes primitives à mâchoires puissantes et à dents latérales nombreuses, longues et grêles, il est difficile d'attribuer à celles-ci le rôle principal dans l'acte de la préhension des aliments et de considérer les mâchoires comme remplissant un rôle passif. Il me semble au contraire qu'ici la division du travail est poussée plus loin que chez les Pulmonés et que l'on peut diviser en deux temps bien distincts les phénomènes qui se passent au niveau du bulbe. 1° Les mâchoires saisissent l'aliment et le découpent en minces lanières comme le feraient des ciseaux. 2° Les longues dents de la radule s'emparent ensuite de ces débris et les portent à l'entrée de l'œsophage. Le mécanisme par lequel l'aliment déjà préparé par les mâchoires est saisi par les dents et porté à l'orifice de l'œsophage est un peu différent de celui qui se passe chez les Pulmonés. Lorsque les fléchisseurs des cartilages se contractent, ils tirent sur les bords de la gouttière radulaire et tendent par suite à étaler celle-ci. Les dents latérales suivent ce mouvement, leurs sommets s'écartent de la ligne médiane et viennent se placer de chaque côté de la fente ménagée entre les deux mâchoires. Lorsque les tenseurs supérieurs médians se contractent, la gouttière se creuse davantage, ses bords se rapprochent et les sommets des dents exécutent un mouvement de sens inverse, c'est-à-dire se rapprochent de la hgne médiane. Ces dents, très nom- breuses et serrées les unes contre les autres, fonctionnent alors comme deux brosses qui ramassent les menus mor- ceaux débiles par les mâchoires. Pour le reste du méca- nisme, les choses doivent se passer comme chez les Pul- monés. c. Prosohranches dépourvus de mâchoires latérales. — En passant des Diotocardes aux Ténioglosses, les dents et les mâchoires éprouvent les modifications suivantes : r Les dents latérales deviennent de moins en moins TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 143 nombreuses el on passe graduellement à la formule 2.1.1.1.2, qui est celle des Ténioglosscs typiques. Dans la plupart des cas, les dents extrêmes ou uncini (2.2) sont encore diffé- renciées des dents latérales (1.1) et rappellent celles des Diotocardes ; 2° Les mâchoires deviennent de plus en plus rudimentaires et manquent même chez certaines formes (Cyclostome). En passant des Ténioglosscs aux Rhachiglosses, on observe encore une réduction dans le nombre des dents ; il n'existe plus qu'une dent latérale de chaque côté de la médiane (Buccin, Pourpre, Fasciolaire). Quant aux mâchoires, elles ont complètement disparu. Le bulbe est plus allongé que chez les Ténioglosses ; ses rapports avec l'œsophage sont encore les mêmes. L'extré- mité de la langue se divise encore en trois parties dont la médiane est creusée en gouttière et porte les dents qui ne ressemblent jamais aux dents latérales des Diotocardes et des Ténioglosses. Dans le Buccin, par exemple, les dents latérales plus fortes que la dent médiane présentent sur leur bord libre six pointes de taille inégale qui vont en aug- mentant de l'intérieur à l'extérieur. La pointe externe est incurvée du côté de la ligne médiane : elle est large, aplatie, et son bord interne concave est coupant et la fait ressembler à une serpe. La direction des pointes est variable avec la position que les dents occupent sur la radule. A la face supérieure de celle-ci, elles sont dirigées en arrière ; au sommet et à la face inférieure, elles sont dirigées en avant. Les positions occupées par le sommet de la langue sont beaucoup plus variables que chez les Diotocardes, et il n'est pas rare de trouver ce sommet fortement engagé dans l'ori- fice buccal. L'absence des mâchoires chez les Rhachiglosses nous paraît donc favoriser les mouvements de la radule en avant. C'est déjà ce que nous avons constaté chez les Testacelles, dans le groupe des Pulmonés. 144 A. AIIALIDUUT. , Lorsque le sommet de la langue occupe une position voisine de l'orifice buccal, la rangée transversale de dents qui recouvre le sommet se présente sous un aspect remar- quable. Les dents latérales sont placées horizontalement, leurs pointes dirigées en avant, et donnent Tillusion de deux mandibules d'insecte carnassier prêtes à saisir la proie. Si on exerce une traction d'avant en arrière sur la gaine radu- laire, qui, comme on sait, est protégée, par des muscles puis- sants, aussitôt les dents latérales du sommet exécutent chacune un mouvement de rotation de 90° qui ramène les pointes en regard les unes des autres et de chaque côté de la ligne médiane; mais en même temps le sommet de la langue est ramené en arrière, ce qui distingue le mécanisme des dents latérales de celui des mandibules des insectes. Les différences importantes qui existent dans le méca- nisme général entre les Pulmonés et les Rhachiglosses, c'est que, chez ces derniers, lorsque les fléchisseurs des cartilages se contractent, le sommet de la langue est non seulement tiré en avant, mais les deats latérales s'écartent, et lorsque les tenseurs se contractent à leur tour, les dents exécutent un mouvement de sens inverse, saisissent la proie et la por- tent à l'entrée de l'œsophage. Si nous comparons maintenant le mécanisme de la lan- gue et des dents dans les trois groupes, nous voyons que chez les Pulmonés la langue est susceptible de grands dépla- cements, tandis que les dents conservent toujours leur posi- tion relative les unes par rapport aux autres. Dans les deux autres groupes, c'est le contraire qui se présente : la pointe de la langue exécute des mouvements restreints, mais les dents suppléent à cette insuffisance par leur mobihté. Parla forme de leurs dents, par les mouvements de leur appareil lingual, par leur mâchoire simple, les Pulmonés présentent des caractères à part qui les éloignent des deux autres groupes. Par contre, ceux-ci ne diffèrent entre eux que par la réduction du nombre des dents et la disparition des mâchoires, différences de peu d'importance si on réflé- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 145 chit que les Ténioglosses nous présentent toutes les formes de passage entre les Diotocardes et les Rhachiglosses. A la rigueur, on aurait pu n'établir que deux divisions : les Pul- monés d'une part et les Prosobranches de l'autre. Dans chaque division les formes archaïques sont pourvues de mâchoires (simple ou double) et le régime est herbivore ; chez les formes plus jeunes, les mâchoires ont disparu et le régime est devenu nettement carnassier. Les Testacelles sont aux Pulmonés ce que les Rhachiglosses sont aux Pro- sobranches. Chez les Prosobranches aussi bien que chez les Pulmonés, les formes carnassières possèdent une langue susceptible de mouvements beaucoup plus étendus que chez les formes herbivores du même groupe, et il est à remarquer que la plus grande mobilité de la langue, chez les Prosobranches, est atteinte précisément dans les formes qui possèdent déjà l'appareil proboscidien le plus développé et chez les Pul- monés dans les formes qui ont le cou le plus long (1). Dans tous les cas, les formes carnassières possèdent les moyens de saisir leurs proies plus rapidement et de plus loin. Historique. — Les ditférentes théories qui ont été émises sur le mécanisme du bulbe et de la radule se rattachent inti- mement à la conception que leurs auteurs se sont faite de la structure du bulbe. C'est pourquoi j'ai reporté ici l'his- torique de la structure pour le traiter en même temps que celui du mécanisme. Cuvier (2), 1817. — C'est dans son mémoire sur la Limace et le Limaçon que Cuvier décrit le mécanisme de la mastica- tion et de la déglutition. Il distingue déjà les mouvements propres de la langue des mouvements d'ensemble du bulbe. Il admet aussi l'existence de fibres longitudinales extrin- sèques et de fibres circulaires, mais il attribue à ces deux catégories de muscles le même rôle dans la projection du (1) Dans la Testacelle, Lacaze-Duthiers désigne sous le nom de cou la région comprise entre la tête et le bord antérieur du manteau (p. o6o). (2) Cuvier, loc. cit., p. 17. ANN. se. NAT. ZOOL. YH, 10 146 A. AMAUDRUT. bulbe en avant. La masse buccale, dit-il, « est chassée au dehors par les contractions des fibres annulaires de l'enve- loppe générale, portée de côlé par plusieurs petils faisceaux qui s'unissent aux parois environnantes de la peau ». Quant au mouvement de retrait, il l'explique par la contraction des rétracieurs du bulbe. « La masse buccale est retirée en dedans par deux grands muscles attachés à la columelle de la coquille et marchant parallèlement sur deux grands mus- cles du pied; ils s'insèrent sur la masse charnue qu'ils reti- rent, et pour s'y rendre passent avec l'œsophage au travers du collier nerveux que le cerveau forme avec le ganglion in- férieur. » Presque tous les auteurs qui se sont occupés du bulbe après Cuvier, admettent cette manière de voir. Je reviendrai plus loin sur ces muscles; je ferai seulement remarquer ici qu'ils ne sont pas constants, qu'ils manquent chez Lymnée et que, chez ce Pulmoné, les mouvements de retrait du bulbe s'observent aussi bien que chez Hélix et Limax. Cuvier attribue les mouvements de la langue au fonction nement de la papille, a C'est par le soulèvement alternatif de cette plaque (la langue), lequel résulte lui-même des mouvements du petit cône (papille) qui la termine en arrière, que les aliments coupés par la mâchoire sont introduits dans l'œsophage. Cette succession d'élévations et d'abaisse- ments fait exécuter à la plaque linguale une sorte de mouve- ment péristaltique ou une espèce de rotation dans laquelle les côtes saillantes et transversales de la surface saisissent les aliments comme pourrait le faire une roue dentée et les présentent à l'orifice de l'œsophage. » Les mouvements de la papille sont les conséquences des mouvements du bulbe au lieu d'en être la cause. Dans tous les cas, les muscles de la papille sont rudimentaires et im- puissants à déplacer une masse aussi volumineuse que la langue. Il est probable que si le grand naturahste avait porté son attention sur les muscles volumineux de l'ap- pareil lingual, il eût attribué à ceux-ci le rôle principal TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 147 dans le mécanisme; mais Cuvier n'en fait pas mention. Huxley (1), 1853. — Huxley le premier a éludié les muscles radulaires dans le Buccin; ayant remarqué que la radule possède des attaches musculaires dorsales et ventrales, il en conclut que cet organe se meut sur l'extrémité des cartilages exactement comme une courroie sur une poulie. Il suffit d'examiner, sur la figure 45, les positions rela- tives des tenseurs supérieurs et inférieurs et des fléchisseurs des cartilages, pour se convaincre que ces mouvements sont impossibles. De plus, comme je l'ai déjà fait remarquer, tout mouvement de glissement serait défavorable à la solidité des dénis et par suite à l'accomplissement de leur rôle. Semper (2), 1856, reconnaît que le bulbe est construit sur le même plan chez tous les Mollusques, aussi bien dans sa structure grossière que dans ses détails intimes. La couche musculaire du bulbe se présente comme une continuation directe de la peau externe, avec laquelle s'accorde également sa structure histologique. La langue est formée par une couche musculaire pro- fonde qui peut être divisée en trois muscles complètement isolés : deux symétriques (les cartilages) sont réunis entre eux en avant et séparés en arrière. Ils sont de plus réunis inférieurement par un muscle horizontal. On voit par ce qui précède que Semper ne paraît pas avoir eu connaissance du travail d'Huxley,. car il ne dit rien des muscles qui s'insèrent sur la membrane élastique. Passant ensuite à la papille, il la décrit comme formée à l'extérieur par une couche de fibres musculaires assez épaisse dans laquelle s'engage la continuation de la a Reibmen- bran » avec son épithélium et un noyau massif d'un aspect particulier dont la partie antérieure fait saillie dans le sillon antérieur de la langue, ce noyau étant formé de fibres (1) Huxley, PhiL Trans. On the Morphology of the Cephalous Mollusca. 1853. (2) Semper, Beitràge zur Anatomie und Phys. der Pulmonaten {Inaugural- dissertation, Leipsig, 1856, p. 17). 148 A. AMAUDRUT. étroites probablement, en rapport avec les gros muscles symé- triques. Pour le mécanisme, il n'accepte pas la manière devoir de Cuvier. La langue est poussée en avant par la contraction des muscles du bulbe, aussi bien sa base que sa pointe, et cela assez loin pour que son bord tranchant vienne se placer contre l'arête coupante de la mâchoire ; alors la langue se meut vers le haut en même temps que les deux muscles laté- raux (cartilages), dont les fibres verticales se contractent; le point fixe dans ce mouvement est l'endroit de la surface de la langue où celle-ci s'unit au pharynx. La langue revient au repos par suite d'un relâchement des muscles du bulbe. Dans ce mouvement, la papille se déplace d'avant en arrière et entraîne dans son mouvement la «Reibmenbrau » qui est placée librement sur ce support. Quant au mouvement delà papille, l'auteur l'attribue en partie aux muscles de la paroi du bulbe avec lequel elle est en rapport dans sa partie pos- térieure, mais encore et surtout au tissu fibreux propre qu'elle renferme dans son intérieur. La théorie de Semper est complètement opposée à celle de Cuvier. Pour ce dernier, les mouvements de la langue sont dus aux muscles papillaires, c'est-à-dire que la langue joue un rôle passif, tandis que pour Semper la papille est passive et le rôle actif est dévolu aux cartilages qu'il décrit sous le nom de muscles latéraux. Si les pièces de soutien des Pulmonés sont riches en libres musculaires, il n'en est plus de même chez les Prosobran- ches en général, où la partie dominante est constituée par des cellules vésiculeuses, et alors on s'expliquerait difficile- ment le rôle capital de ces cellules dans les mouvements de la langue ; même chez les Pulmonés, on ne comprend pas comment ces fibres normales à la surface peuvent agir pour produire un mouvement quelconque. Dans tous les cas, au contraire, les cartilages nous apparaissent comme des orga- nes d'appui indispensables à la tension de la membrane élas- tique. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 149 Pour Semper. la préhension des aliments se fait de la ma- nière suivante : « Le Mollusque pousse sa langue sur la feuille qu'il a choisie, la saisit avec les dents dont les pointes sont dirigées en avant, avance ensuite la mâchoire supérieure vers le bas et coupe ainsi le morceau de feuille entre la mâ- choire et le bord de la langue. » La succession indiquée par l'auteur doit être intervertie : il faut nécessairement que la mâchoire se soit déplacée de sa position verticale pour que la radule puisse passer. « Le morceau ainsi enlevé à la feuille est de nouveau découpé par les dents qui s'engrènent et finalement est con- duit au pharynx (œsophage) par une bandelette ciliée placée au fond de la cavité buccale. » L'expérience nous a montré que le passage du bol alimentaire de la région de la mâchoire à l'œsophage est direct, rapide, ce qui exclut toute action de brassage et, à plus forte raison, l'intervention des cils vibratiles, dont l'action est toujours très lente. Geddes (1), 1877, distingue les muscles intrinsèques du bulbe des muscles extrinsèques. Parmi ces derniers, il décrit dans Patelle deux paires de protracteurs, les uns ventraux, les autres latéraux [vpr q{ Ipr), s'insérant tous sur les carti- lages postérieurs et se fixant d'autre part, les premiers sur la lèvre inférieure, les autres sur les côtés de la tête. Leur rôle est de pousser en avant la masse buccale et de faire exécuter aux cartilages postérieurs un mouvement de balancement sur le cartilage antérieur au point oii se fait l'articulation. Au sujet de ce balancement, je ferai remarquer que les différents cartilages sont si intimement réunis entre eux que des mou- vements de cette nature sont impossibles ; les muscles dont parle l'auteur ont simplement pour rôle de tirer la masse entière du bulbe en avant. Les deux autres muscles correspondent à ceux que j'ai décrits sous les noms de tenseurs inférieur et supérieur. Les premiers (muscles ventraux), en se contractant, doivent tirer (1) Geddes, loc. cit. y p. 486. 150 A. AMAUDRUT. la paire antérieure de cartilages vers le bas les autres, puis- sants antagonistes des premiers, doivent courber en dessus les cartilages. Il admet en outre, comme Huxley, que dans ce mouvement la lame infra-radulaire peut parfaitement glis- ser un peu sur le sommet des cartilages et en! rainer la radule. L'action que l'auteur attribue aux muscles ventraux est due aux fléchisseurs des cartilages. Wegmann, 1884, distingue les parties passives des parties actives du bulbe. Les premières comprennent: les carti- lages, la membrane élastique et la radule ; les secondes sont constituées par les muscles, qu'il divise en intrinsèques et extrinsèques. Il subdivise les muscles intrinsèques de la manière sui- vante : r Deux masses symétriques, placées à la face ventrale de& cartilages, dont les fibres sont en général longitudinales et qui semblent être destinées plus spécialement à revêtir les supports cartilagineux. Ce sont elles qui donnent la forme carrée au bulbe ; 2° Deux muscles très forts appartenant à la face ventrale ; ils semblent faire corps avec les précédents, mais ils s'insè- rent sur la membrane élastique dont ils constituent une paire de protracteurs externes. Le qualificatif de très forts que l'auteur donne à ces mus- cles me fait supposer qu'il s'agit des muscles tenseurs infé- rieurs et d'une partie des tenseurs latéraux supérieurs; il ne distingue pas dans ces faisceaux musculaires ceux qui s'in- sèrent sur la membrane élastique au-dessus de l'insertion du fléchisseur des cartilages de ceux qui s'insèrent au-dessous. Du reste, il ne fait pas allusion à ce dernier muscle et, par suite, il décrit comme muscles exclusivement ventraux des muscles qui appartiennent en partie seulement à cette face ventrale ; 3° Un muscle impair transverse, déjà signalé par Semper chez les Pulmonés et qui réunit inférieurement les deux car- tilages antérieurs ; TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. J51 4° A la face dorsale du bulbe, la membrane élastique reçoit le long de ses deux côtés des fibres qui se fixent sur les deux mamelons inférieurs dorsaux du bulbe et dont la contraction doit rétracter la membrane; ils sont les antago- nistes des précédents. A l'extrémité inférieure du bulbe nais- sent des muscles de même ordre que les précédents et qui glissent en avant delà membrane élastique pour se fixer sur sa face antérieure. Ces muscles représentent évidemment les tenseurs supérieurs médians et une partie des tenseurs supé- rieurs latéraux; 5"* Les muscles du fourreau de la radule, dont la face supérieure présente des faisceaux longitudinaux qui se fixent, les uns sur l'œsophage et les autres sur la face dor- sale du bulbe; 6° Un large ligament transversal qui embrasse la face dor- sale de l'extrémité inférieure du bulbe et qui se fixe à droite et à gauche sur les angles arrondis de la masse buccale. De chaque côté, il descend quelques fibres grêles et très longues qui s'insèrent au fourreau de la radule. Comme muscles extrinsèques, l'auteur décrit: V Une seconde paire de protracteurs internes de la mem- brane élastique qui se fixent en arrière dans le voisinage delà masse pédio-asymétrique. Nous nous sommes occupé plus haut de ces muscles et nous n'y reviendrons pas ici; 2° Les muscles protracteurs du bulbe se trouvent à la face inférieure ; ils sont superficiels et forment en avant une bande dilatée en éventail qui s'insère sur la trompe et en arrière sur les saillies du bulbe ; 3° Un certain nombre de faisceaux longitudinaux qui se fixent, d'une part sur les faces supérieure et latérales du bulbe et, d'autre part, sur la trompe, et qui ont la même fonction que les précédents ; 4'' Un muscle impair antagoniste des précédents s'insère à l'extrémité inférieure du bulbe et se fixe, d'autre part, près de la base du muscle de la coquille. Les muscles 2 et 3 sont ceux que j'ai décrits comme 152 A. AIIAUOIIUT. s'étant détachés de la couche superficielle du bulbe; le rôle que leur atlribue Fauteur esl exact, mais il n'en est plus de même de celui que Fauteur attribue aux muscles 4. Ceux- ci sont des rétracteurs du bulbe et non des rétracteurs de la radule ; ils ne fonctionnent que quand l'animal rétracte en même temps sa tête et son bulbe. Wegmann admet la théorie d'Huxley : « La membrane élastique glisse par-dessus les cartilages, tirée qu'elle est par deux paires de muscles protracteurs et de nombreux fais- ceaux rétracteurs; en outre, les cartilages peuvent se rappro- cher ou s'éloigner, augmenter ou diminuer l'espace qui existe entre eux. » L'auteur est le premier qui cherche à montrer que les dis- positions de l'appareil lingual sont en rapport avec le régime. « L'appareil lingual dans sa totalité est une mâchoire infé- rieure très mobile dans divers sens... Le mécanisme de la mastication chez l'Haliotide ressemble donc beaucoup à ce qu'on connaît dans les animaux supérieurs. Les mouvements de latéralité dont le bulbe doit êlre doué font ressembler la mastication à celle des Ruminants; aussi l'Haliotide est-elle herbivore. » La comparaison ne me paraît pas heureuse; d'abord, chez les Ruminants, il existe deux mâchoires dont les structures se correspondent : leurs dents molaires sont puissantes et présentent une surface triturante; ici, on ne rencontre que la radule armée de dents très longues et grêles et, par suite, très mal conformées pour triturer l'herbe. Du reste, le court séjour des aliments dans la bouche exclut tout acte de tritu- ration. Nous avons expliqué plus haut la division du tra- vail entre les mâchoires et la radule chez les herbivores Pro- sobranches; nous n'y reviendrons pas ici. Rôsseler ( 1 ) , 1 885, revient à la théorie de Cuvier, c'est-à-dire qu'il attribue à la papille le principal rôle dans les mouve- ments de la radule. Il dit, en effet, au sujet deVBeiia: « qu'il (i) Rôsseler, Die Bildung der Radula hei den Cephalophoren Mollusken {Zeitschr. f. wiss Zoo/., Bd XLI, 1885). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 153 n'est pas douleux que la musculature du tissu de remplissage de la papille ne joue un rôle dans le mouvement en avant de la radule » et, pour arriver à définir ce rôle, il donne de la musculature de l'organe une anatomie plus complète que ses devanciers, mais encore inexacte. 11 signale trois mus- cles papillaires : l'un (???, fig. 1) « situé à l'intérieur du bou- chon et qui en se conlractant a pour but de tirer la papille en bas et en arrière pendant que les muscles actifs et éléva- teurs [me) peuvent soulever tout l'opercule » ; et plus loin il signale « un puissant muscle rélracleur [rm) qui, avec son extrémité en forme de crosse, s'insère à la base postérieure de lalangue.Ce muscle envoie sesfibres cuticularisées àl'extré- milé jusqu'aux parties de l'épithélium de base situées sur l'extrémité de la langue où elles s'attachent à la membrane limitante et la renforcent. Les deux muscles (m et me) que décrit l'auleur sont placés (eus deux à la face supérieure de la papille. On ne s'explique pas pourquoi l'un d'eux, en se contractant, abaisse la papille, tandis que l'autre l'élève, ou plutôt on ne s'explique ni l'un ni l'autre de ces mouvements, car dans les attaches de ces muscles on ne voit pas pourquoi l'une d'elles servirait de point fixe plutôt que l'autre. Le troisième muscle (rm) n'est pas un muscle papillaire, mais est une partie du muscle que j'ai décrit sous le nom de tenseur supérieur médian^. Boutan (1), 1886. — Danslebulbe de la Fissurelle,Boutan décrit quatre muscles principaux qu'il divise en intrinsèques et extrinsèques. Les premiers comprennent d'abord des fais- ceaux qui s'appliquent, d'une part sur la gaine, et d'autre part sur les cartilages; ils peuvent imprimer à la langue un mouvement de bas en haut. Les autres muscles intrinsèques réunissent inférieurement les cartilages et les maintiennent dans leur position relative. Il divise les extrinsèques en protracteurs inférieurs et pro- tracteurs latéraux. Les premiers s'insèrent, d'une part, sur (1) Boutan, loc. cit. 154 A. AlIitUDRUT. les cartilages et, de l'autre, sur les parois latérales du corps et peuvent « amener la rétraction du bulbe tout entier de bas en haut ». Les seconds s'insèrent latéralement sur les carti- lages et sur les parois du corps et doivent, par leur contrac- tion, « faire saillir le bulbe en dehors ». Le premier muscle décrit par Boulan est un muscle papil- laire auquel il attribue, comme Cuvier, du reste, un rôle capital dans les mouvements de la langue. Les autres, sauf les transverses qui réunissent inférieurement les cartilages, sont des muscles extrinsèques qui n'ont rien à voir dans les mouvements propres de la radule. L'auteur ne dit pas un mot des tenseurs, c'est-à-dire des muscles qui partent des cartilages et s'insèrent à différents niveaux sur la membrane élastique, ce qui ne l'empêche pas de dire qu'il est facile, d'après la description qu'il vient de faire, de comprendre le mécanisme de la radule. Quant aux mâchoires, la phrase suivante laisse supposer que, dans la pensée de l'auteur, elles ne servent à rien : (( Elles ne paraissent pas susceptibles de mouvements bien étendus et ne doivent se mouvoir que dans des déplacements d'ensemble. » Garnault (1), 1887, divise l'appareil musculaire du bulbe en muscles extrinsèques et muscles intrinsèques. Il signale deux paires de muscles extrinsèques, les uns fonctionnant comme protracleurs, les autres comme rétracteurs du bulbe. Deux coupes seulement, l'une horizontale (fig. 6), l'autre transversale (fig. 2), représentent les muscles intrinsèques. Les cartilages inférieurs BB' donnent, en dehors, inser- tion à des fibres (2, fig. 6) qui se portent sur les cartilages supérieurs AA' ; ces muscles servent à faire basculer les car- tilages AA' sur les cartilages BB' et en même temps à fixer les premiers aux seconds. D'autres faisceaux (3), qui peu- vent être considérés comme faisant partie de la paroi du bulbe, naissent encore de la partie externe des cartilages (1) Garnault, Recherches anat. et kistol. sur le Cyclostoma elegans {Act. Soc. linn. Bordeaux, 4887, p. 15-17). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 155 supérieurs et vont s'insérer aux parois de la membrane sou- tenant la lame élastique. D'autres encore se confondent avec les faisceaux longitudinaux du tube buccal. De la partie interne du cartilage B part un gros faisceau qui s'insère an fourreau de la radule et à la face interne du cartilage A. Passant au fonctionnement de ces muscles, l'auteur dit : (( Lorsque, par l'action des muscles extrinsèques protrac- teurs, le sac tout entier est soulevé en haut, les fibres placées dans la membrane du tube buccal et qui s'insèrent sur la paroi antérieure de la cavité radulaire projettent encore les dents hors de la bouche ; alors les muscles 2, 3, 4, se con- tractent simultanément, assurent d'abord l'immobilité de tout l'appareil et ensuite entraînent vivement en arrière l'appareil radulaire tout entier. ^> Ce passage est important : l'auteur laisse complètement de côté les idées de Cuvier et d'Huxley : le retrait de la radule n'est plus attribué aux rétracteurs du bulbe, mais aux muscles propres de la langue ; la contraction est simul- tanée et le retrait rapide. Dans les muscles 3 et 4, je recon- nais ceux que j'ai décrits sous les noms respectifs de ten- seurs supérieurs latéraux et de tenseurs supérieurs médians, mais il me paraît douteux que « les fibres placées dans la membrane du tube buccal et qui s'insèrent sur la paroi an- térieure de la cavité radulaire » correspondent au muscle constant que j'ai désigné sous le nom de fléchisseur des cartilages. La coupe transversale (2) fait voir d'autres muscles. L'un (a) « réunit inférieurement les cartilages et les fait basculer au dehors, ce qui a pour conséquence d'étaler la radule ». Je fais remarquer que ce muscle est nettement transversal, qu'il doit se contracter en même temps que les tenseurs, c'est-à-dire pendant le retrait de la langue. Or, à cette phase de mouvement, la radule n'est pas étalée; au contraire, la gouttière qu'elle forme est creusée davantage, ce qui rappro- che de la ligne médiane les sommets des dents latérales et permet à celles-ci de maintenir l'aliment jusqu'à l'entrée de 156 A. AMAUDRUT. l'œsophage. Ce muscle transversal agit comme antagoniste des tenseurs et particulièrement du tenseur supérieur mé- dian. La position occupée par les dents pendant le retrait nous indique que son action est non seulement neutralisée, mais encore vaincue par celle du tenseur. Il a bien pour rôle d'écarter les cartilages, mais seulement pour permettre à ceux-ci d'opposer une résistance plus forte à l'action du tenseur, et comme but final de permettre une tension plus forte de la membrane élastique. Quant à l'écartement des dents de la radule, il se fait pendant la protraction de la lan- gue en avant et sous l'effort des fléchisseurs. Les muscles suivants {bc) sont intercartilagineux; ils réu- nissent le cartilage c (latéral supérieur) au cartilage supé- rieur (antérieur) et correspondent aux muscles que j'ai décrits [malss, mlils, fig. 46, 81, etc.). Ce sont des muscles très grêles qui ne doivent avoir pour rôle que de maintenir fixés les deux cartilages A et C, et non d'imprimer à l'un d'eux des mouvements de rotation autour de l'autre comme le dit Wegmann. Je fais une autre remarque au sujet du muscle [b, fig. 2) ; l'auteur le dessine très gros et comme allant s'insérer à la base du cartilage A. En réalité, il s'agit de deux muscles : le vrai muscle intercartilagineux est formé de fibres transver- sales très courtes qui s'insèrent sur le cartilage A , du côté interne, mais très haut. Ce que l'auteur a pris pour la conti- nuation de ce muscle vers le bas appartient au tenseur supérieur médian, formé de fibres longitudinales qui vien- nent s'insérer en avant, en partie sur le cartilage (c), mais surtout sur la face inférieure de la membrane élastique. De plus, le deuxième point d'attache n'est pas sur le cartilage A, mais plus en arrière, sur le cartilage B. En d'autres termes, la partie inférieure du muscle marqué b dans la figure 2 est la section transversale du muscle représenté en long par 4 (fig. 6). Yung [\ ), 1 888, accepte complètement la théorie de Cuvier. (1) Yung, loc. cit., p. 23-24. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 157 Personne, dil-il, « n'a plus clairement et plus justement com- pris le rôle de la radule ». Il donne quelques détails sur les muscles papillaires. « Dans la cavité de la papille viennent s'insérer deux muscles, qui, indépendamment des contrac- tions de la masse entière du pharynx (bulbe), concourent avec les muscles qui lui sont sous-jacents à animer la radule. Ces derniers muscles insérés sur le bord antérieur de la radule ont pour effet, en se contractant, de la faire déplisser toutenluifaisantexécuter un mouvement oscillatoire d'arrière en avant, mouvement qui est amplifié encore par la poussée des muscles postérieurs, de telle sorte que tout le plancher buccal est mobile d'arrière en avant en même temps que de bas en haut. » Il y B tout à reprendre dans ce passage. D'abord l'auteur parle des muscles qui s'insèrent d'une part sur la papille, mais il ne dit rien de leur deuxième point d'insertion. Les mus- cles sous-jacents au pharynx (bulbe) ne peuvent être que les muscles du plancher buccal, qui, nés de la partie postérieure du carlilage, se portent sur le pourtour inférieur de la bou- che. Ils ne naissent pas de la radule comme le dit Yung; du reste, celle-ci ne donne jamais d'insertion musculaire. Ils ne sauraient non plus agir pour déplisser la radule, attendu que celle-ci n'est jamais plissée; quant aux muscles posté- rieurs qui impriment une poussée à la radule, il est difficile de discuter leur rôle, car on ne voit pas du tout de quels muscles l'auteur veut parler ; s'il a eu en vue les muscles pa- pillaires, il aurait dû indiquer leur deuxième point d'attache ; mais, quel que soit ce point, il est impossible de leur attri- buer un rôle important, même chez Hélix, où l'extrémité postérieure de la papille s'étend assez loin en arrière, et, à plus forte raison, chez les formes oii cet organe ne fait plus saillie à l'extérieur du bulbe, mais reste tout entier logé en- tre les deux masses cartilagineuses [Valvae^ Janthine, Tes- tacelle). Yung décrit ensuite les muscles extrinsèques protracteurs et rétracteurs du bulbe, déjà signalés par Cuvier. Parmi ces 158 A. AMAUDRUT. muscles, il en cite « cinq ténus qui s'insèrent par Tune de leurs extrémités contre la masse du pharynx et par l'autre contre la masse de tissu conjonclif qui entoure les ganglions et les connectifs de l'anneau œsophagien ». J'ai montré ail- leurs que ces tractus ne sont en partie que des nerfs entourés d'une épaisse couche de tissu conjonctif. L'auteur attribue k ces prétendus muscles les mouvements de propulsion et de retrait du bulbe pendant la mastication. Aux critiques formulées plus haut, j'en ajouterai d'autres relatives à la figure 4 du travail de Yung, figure qui est reproduite dans le Traité d'anatomie comparée de C. Vogt et Yung [^\^. 378). Elle représente une coupe sagittale de la masse buccale de VHelix avec deux points importants inexacts. Dans l'intérieur de la langue, on remarque des muscles marqués i, a muscles sur lesquels repose la radule » et qui ne forment qu'un seul faisceau avec les muscles situés sous la papille. En réalité, il existe deux muscles bien distincts; l'un est le tenseur supérieur médian [tsm^ fig. 41) qui s'insère, d'une part, sur la partie postérieure des cartilages et, d'autre part, sur la face inférieure de la membrane élastique; l'autre est le muscle papillaire inférieur [pai). Ce dernier entoure comme d'un doigt de gant l'extrémité de la papille, passe dans le triangle formé par l'écartement des deux tenseurs supérieurs médians (fig. 45, PL V), se divise ensuite en deux branches qui viennent se fixer chacune sur le bord interne de chaque carlilage au-dessus de l'insertion du tenseur [tsm). Le deuxième point que je veux signaler est relatif a au tissu conjonctivo-musculaire (/) ». En avant de la langue, entre celle-ci et la mâchoire, existe une cavité dont les parois latérales présentent un bourrelet de chaque côté, mais sur la ligne médiane il n'existe pas de saillie entre le frein de la langue et la lèvre inférieure : le plancher est continu ; par conséquent, sur une coupe médiane on ne doit pas trouver le bourrelet de « tissu conjonctivo-musculaire ». La coupe TUBli DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 159 que représente l'auteur passe bien par la ligne médiane en arrière, mais en avant elle intéresse les parois latérales du bulbe. Malard(l), 1889, décrit le bulbe des Cyprées et signale deux cartilages ayant chacun la forme d'une faux, ce qui est exact. Le talon de la faux présenterait une sorte « d'apo- physe spirale ». 11 est probable qu'il s'agit là d'une partie du cartilage latéral inférieur. L'auteur signale, en outre, comme partie dure, « un noyau fîbro-cartilagineux » placé à la pointe de la faux et qui existerait chez tous les Gastéro- podes. Malard passe ensuite à la description des muscles, qu'il divise en internes et externes. De ces derniers, il ne dit rien, « car ils sont communs à l'odontophore et au bulbe et ont été assez bien décrits; ce sont les paires de muscles anté- rieurs et moyens ou protracteurs, et postérieurs ou rétrac- teurs de l'odontophore ». Les muscles internes comprennent : 1° « Les muscles abaisseurs ou fléchisseurs externes des cartilages, prenant leur point d'insertion, d'une part sur l'apophyse spirale du cartilage, et d'autre part sur le côté et en bas du noyau fibro-cartilagineux. » On reconnaît dans ces muscles les faisceaux du muscle {pli) qui réunit les carti- lages postérieurs et latéraux inférieurs. Leur place serait mieux dans la description des muscles externes. 2° « Les muscles élévateurs ou fléchisseurs internes des cartilages, prenant leur point d'insertion sur le côté externe et vers l'extrémité distale du cartilage, passant sous lui et venant prendre leur deuxième point d'insertion en avant et en haut du noyau fibro-cartilagineux. » Il est probable que l'auteur a voulu décrire les tenseurs inférieurs. Si cette sup- position est exacte, je ferai remarquer que ces muscles ne s'insèrent pas en avant sur les cartilages, mais sur la mem- brane élastique ; j'ajouterai, en outre, que je ne comprends (1) Malard, Structure de l'appareil radulaire [odontophore) des Cypréidés [Soc. philom. de Paris, fév. 1889). 160 A. AlIAUDRUT. pas bien le rôle d'élévateurs qui leur est attribué; en se contractant, ils abaisseraient plutôt l'extrémité de la langue. 3*" n Un muscle très faible, en bandelette, réunissant les cartilages, prenant ses points d'insertion sur les côtés des car- tilages et fermant postérieurement le sillon antérieur du bulbe. » Ce sont les muscles [mlii) formant la première couche de fibres transversales ; quant à la seconde, qui est beaucoup plus importante, l'auteur n'jen dit rien. 4*" « Les muscles constricto-rétracteurs des cartilages [k). Ce muscle est le principal et le plus fort de tous ; il est formé de faisceaux nombreux qui prennent leur point d'in- sertion, d'une part sur le noyau fibro-cartilagineux, diver- gent en éventail vers le haut en formant les deux lèvres de la fente ou gouttière infra-radulaire, passent au-dessus et embrassent les cartilages, puis convergent dans le plan inférieur, de manière à se réunir en partie avec les faisceaux opposés en passant dans une sorte de poulie fixe antérieure au noyau fibro-cartilagineux. En ce point, une partie des fibres musculaires, au lieu de suivre dans la cuisse opposée de l'odontophore un trajet symétrique à celui qu'elle a décrit dans la première, se porte en arrière et en haut sur le côté du noyau fibro-cartilagineux. Ces faisceaux muscu- laires, sortant de l'odontophore sur les côtés de l'œsophage, se rephent en avant sur les parois du bulbe où ils forment les muscles abaisseurs des mâchoires. La poulie musculaire étant fixe, la contraction de ses fibres doit avoir pour consé- quences : r de comprimer les cartilages l'un contre l'autre; 2° d'élever le niveau supérieur de l'odontophore en dimi- nuant ses diamètres transverse et longitudinal.» Le travail de l'auteur n'étant pas accompagné de figures suffisantes, je ne puis me rendre un compte exact de la des- cription de ces muscles constricto-rétracteurs. Sans doute, pour ne pas multipher la nomenclature déjà compliquée de l'appareil musculaire, il a voulu décrire en bloc des faisceaux musculaires bien distincts, dont les uns appartiennent en propre aux parois du bulbe, tandis que d'autres réunissent TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 161 inférieurement les cartilages, ou bien encore se rendent des cartilages postérieurs à la membrane élastique. En tout cas, je n'ai rien trouvé qui puisse être assimilé à une poulie. 5° (( Les muscles tenseurs de la lame intra-radulaire s'in- sèrent d'une part sur le bord de la lame infra-radulaire et d'autre part sur le noyau fibro-cartilagineux. (( 11 n'est pas malaisé de comprendre, du jeu de ces divers muscles, le jeu de l'appareil tout entier. L'action combinée des muscles élévateurs ou flécbisseurs internes du constricto- rétracto-élévateur des cartilages et des muscles tenseurs de la lame infra-radulaire fait saillir la radule, et lui fait décrir un double mouvement de bas en haut et d'avant en arrière, agissant ainsi à la façon d'une râpe pour dépecer et tirer les lambeaux de la proie vers l'ouverture de l'œsophage. Ces muscles doivent agir avec une grande force et sont très puissants, tandis qu'au contraire leurs antagonistes, qui for- ment les autres muscles du système, n'ayant qu'un faible effort à faire pour ramener l'appareil en place, sont très faibles. » J'ai donné textuellement les passages qui précèdent, car je ne me fais pas une idée bien nette et de la structure et du mécanisme qui y sont indiqués. Je pense cependant qu'on peut résumer le tout de la manière suivante : du noyau fibro- cartilagineux, partent des muscles qui se portent en avant, au-dessus et au-dessous des cartilages, et s'insèrent sur ceux-ci. Quand les muscles qui passent au-dessus descarli- lages se contractent, l'odontophore se soulève, et lorsque la contraction intéresse les muscles du plan inférieur, l'odon- tophore s'abaisse. En un mot, les muscles déplaceraient les cartilages, qui entraîneraient la membrane élastique, tandis que c'est le contraire qui a lieu : les muscles s'insèrent sur la lame élastique, déplacent celle-ci et les cartilages ne font que suivre le mouvement. Bernard, 1890 (1), signale deux paires de muscles intrin- (1) Félix Bernard, Recherches sur Valvala piscinalis {Bulletin scîentif. de la France et de la Belgique. Ext. du t. XXll, p. 266). ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 11 162 A. AilAUDRUT. sèqiies, les uns fonctionnant comme adducteurs et les autres comme protracteurs. 11 fait remarquer que l'œsophage aborde le bulbe dans sa région postérieure et que la gaine radulaire n'est pas visible de l'extérieur. Il ne dit rien de la structure des parois du bulbe et passe tout de suite à l'étude de l'appareil lingual. Il signale d'abord, en avant, une forte masse transversale qui appartient aussi bien au plancher qu'à l'appareil lingual, dont les fibres se reportent en arrière, dans l'épaisseur de ce plancher, en formant un arc de cercle ; par leur conlraction elles doivent contribuer à re- dresser l'appareil pour porter laradule en avant. Les deux faces de l'appareil lingual sont recouvertes de fibres trans- versales sous lesquelles on aperçoit facilement une couche de fibres longitudinales qui se continuent en arrière dans le plancher buccal et dont l'effet est de retirer en arrière l'ap- pareil lingual. Dans l'intérieur de la langue on trouve une paire de muscles (3, fig. 6 et 7) qui s'insèrent à la face ven- trale de la gaine radulaire, près de son ouverture, s'étendant, sous la forme de larges rubans, jusqu'à l'extrémité posté- rieure de la gaine, mais sans se souder à celle-ci. Ils se réfléchissent alors en avant, en s'écartant de la ligne mé- diane, et embrassent chacun l'une des masses latérales creuses en s'épanouissant sur leur face externe. Un autre faisceau longitudinal se voit de chaque côté, dans le plan- cher, en avant de la masse linguale, atteint celle-ci au point où le muscle précédent se réfléchit en avant. Il résulte de là que, de chaque côté, il existe une masse musculaire à trois branches, ayant ses insertions sur le plancher buccal en avant, sur la partie antérieure du sac radulaire et sur la région externe des masses latérales. Toute la portion radulaire, s'appuyant sur la masse musculo-cartilagineuse sous-jacente, retire en arrière et en bas le sac radulaire et en même temps applique fortement les masses latérales contre ce sac. La portion antérieure extrinsèque, redresse toute la masse radulaire et porte la radule en avant. Le muscle antagoniste du muscle (2)? s'insère presque au même point TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 163 que celui-ci, il se dirige en avant et forme le sommet extrême du mamelon lingual; il se réfléchit en arrière sur la face externe des masses latérales ; son effet est de tirer en avant le sac radulaire. Ce muscle se continue sur la face dorsale, sous forme de muscle transversal; il supporte, dans sa pre- mière portion, la lame radulaire, au point où elle passe de sa gaine au dehors. Un dernier muscle est le rétracteur de la gaine ; il s'insère d'une part à la face postérieure de celle- ci et d'autre part sur le plancher buccal. La structure de l'appareil lingual de la Valvée me paraît spéciale et difficile à ramener au plan général, dans lequel rentrent, cependant, des animaux appartenant à des groupes si différents. Comme je n'ai pas eu de Valvœ à ma disposi- iion, je me contente de signaler cette anomalie sans insis- ter davantage. Loisel, 1892 (1), fait remarquer, au sujet de V Hélix pomatia, que les « mouvements de la radule ne peuvent s'expliquer par l'action de la papille conique qui termine la radule, d'autant plus que le muscle qui entoure cette papille est très faible et que ses attaches n'expHquenl nulle- ment de pareilles actions ». En contrôlant, par la méthode des coupes, les faits donnés par la simple dissection, il a trouvé que l'appareil radulaire était actionné par un muscle pair et par trois muscles impairs : un papillaire, un radulaire anté- rieur, deux radulaires moyens et un radulaire postérieur. Il décrit comme appartenant au muscle papillaire, non seulement ce que j'ai désigné sous le nom de papillaire infé- rieur, mais encore la membrane de tissu conjonctif qui entoure complètement la papille. <( En arrière, ce muscle s'unit intimement à la papille, mais il s'en sépare en avant pour aller se perdre sur les radulaires moyens. Sur la ligne médiane, il présente deux faisceaux plus importants dont le supérieur va se jeter sur une sangle musculaire formée par les radulaires moyens, l'inférieur se divise en deux bran- (1) Loisel, loc. cit., p. 570. 164 A. AMAUDRUT. ches qui courent le long des bords internes des deux pièces de soutien, w C'est seulement cette dernière partie qui repré- sente le muscle papillaire inférieur. Le muscle radulaire antérieur est formé par l'ensemble des fibres longitudinales qui s'étendent en dessous du bulbe, depuis l'extrémité des cartilages jusqu'à la bouche. Ce muscle étant formé de fibres longitudinales disposées symé- triquement de chaque côté de la ligne médiane, je ne vois pas pourquoi Loisel le considère comme un muscle impair. Au sujet de sa fonction, l'auteur s'exprime ainsi : « Lorsque l'animal a fixé ses lèvres, le muscle radulaire antérieur prend son point d'appui en avant et contribue ainsi à faire avancer la radule; cependant, si l'on considère l'angle aigu qu'il forme avec les pièces de soutien, on comprendra qu'il doit agir surtout pour faire basculer les pièces et ramener en haut et en arrière la pointe de la radule lorsque celle-ci aura été abaissée. » Il est facile de voir, par ce passage, que Loisel ne sépare pas les mouvements du bulbe des mouvements propres de la langue. Ce muscle n'est qu'une partie de la couche de fibres longitudinales superficielles qui entourent complètement le bulbe et qui, en se contractant, tirent le tout en avant. La ra- dule ne fait que suivre ce mouvement. Nous avons vu pré- cédemment que pendant ce mouvement de piston du bulbe en avant, les fléchisseurs des cartilages abaissent la pointe de la langue, ou encore qu'il y simultanéité entre les contractions de ce muscle et le mouvement de haut en bas delà radule: par conséquent ce muscle ne saurait agir pour relever la radule, puisque quand il se coniracte, la langue s'abaisse. Quant au mouvement de bascule, il me paraît aussi invraisemblable; on ne se représente pas bien la langue fonctionnant comme levier, on ne voit sur- tout pas bien où pourrait se Irouver le point d'appui. Le petit bras serait évidemment en rapport avec le muscle et l'extrémité du grand bras correspondrait à la pointe de la langue (extrémité exécutant le plus grand déplacement). Or, TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 165 si nous réfléchissons que le mouvement delà langue, d'avant en arrière, a pour but, d'abord, d'arracher, et de porter ensuite l'aliment à l'entrée de l'œsophage, c'est-à-dire d'ac- complir l'acte principal dans la préhension de l'aliment, acte qui nécessite le maximum d'effort, on comprendra diffi- cilement que le rôle en soit dévolu à ce muscle relativement grêle, surtout si l'on admet qu'il agit à l'extrémité de la petite branche du levier. Il est plus rationnel de chercher à expliquer le maxiaium de travail produit par le muscle de plus grande taille. Loisel décrit ensuite sous le nom de radulaires moyens « deux grosses masses charnues [m^m, tig. 1 et 2) qui en- globent pour ainsi dire l'extrémité des branches du fer à cheval (cartilages). Chacun d'eux s'insère en effet sur la moitié postérieure du bord supérieur des deux faces interne et externe, un peu sur le bord inférieur et enfin à l'extrémité même de chaque pièce de soutien, de là ses fibres se di- rigent, en embrassant ces pièces, les plus antérieures, d'a- vant en arrière et de dehors en dedans, les plus posté- rieures, de bas en haut et un peu d'avant en arrière, pour aller s'attacher sur la base de la papille ». Ce passage nous indique que l'auteur ne distingue pas plus les parois du bulbe de celles de la langue qu'il ne dis- tingue les mouvements propres de l'un et de l'autre. En effet, dans ces deux masses charnues il y a lieu de distin- guer les fibres de la surface, qui appartiennent en propre aux parois du bulbe, des fibres profondes qui constituent les tenseurs. Il décrit l'insertion de ces masses charnues sur les cartilages, mais il leur attribue une direction en partie fausse et un deuxième point d'attache en partie inexact, Toutes leurs fibres ne vont pas « s'attacher à la base de la papille ». Les plus antérieures et les plus profondes pré- sentent une direction variable, qui dépend de la position que la langue occupe dans la cavité buccale, mais toujours elles se fixent sur le pourtour étalé de la lame élastique (tenseurs supérieurs latéraux). 166 A. AlIAUDRUT. Le passage que j'ai cité pourrait faire supposer que ces masses charnues ne possèdent pas d'autres fibres que celles qui s'insèrent à la base de la papille, mais plus loin on trouve que « chaque muscle radulaire moyen est intime- ment uni avec deux fortes bandes musculaires qui forment les parois latérales de la cavité buccale et vont s'accoler eu avant pour contribuer à former les deux lèvres de la bou- che ». Ce sont là évidemment des faisceaux superficiels qui appartiennent à la paroi du bulbe et qui doivent être distin- gués des masses charnues. Passant au rôle de ces radulaires moyens, l'auteur re- connaît que, « par leur grosseur et leur situation, il est évi- dent que ce sont eux qui doivent avoir le rôle le plus aciif dans les mouvements de la radule. Lorsque la papille est immobilisée, ils peuvent prendre leur point d'appui en ar- rière, et agissant, soit ensemble, soit séparément, on com- prend qu'ils peuvent faire exécuter à la radule les mouve- ments les plus variés ». Il y a bien encore dans ce passage quelque chose de la théorie de Cuvier. Pour Cuvier, les muscles de la papille font mouvoir celle-ci et par contre-coup la radule qui fait corps avec elle. En d'autres termes, pour Cuvier, les mouve- ments de la radule se produisent en même temps que ceux de la papille. Pour Loisel,les muscles qui font mouvoir la radule sont de « grosses masses charnues » qui s'insèrent aussi à la base de la papille et qui, par conséquent, sont aussi des muscles papillaires. Au point de vue anatomique, la des- cription de Loisel ne diffère de celle de Cuvier qu'en ce que les a lanières charnues » sont remplacées par des masses charnues. Au point de vue mécanique, la différence qui existe c'est que, pour Cuvier, la papille se meut en même temps que la radule, tandis que pour Loisel la papille reste tixe quand la radule se meut. Si nous réfléchissons aux re- lations si intimes qui existent entre la langue et la papille, nous remarquerons qu'il n'est guère possible d'admettre une indépendance absolue dans leurs mouvements. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 167 Après la description des masses charnues, on devrait s'attendre à une conclusion contraire de la part de l'auteur. Ces gros muscles s'insèrent sur les cartilages et sur la pa- pille ; or la masse des cartilages étant supérieure à celle de la papille, c'est évidemment celle-ci qui devrait se mouvoir quand les muscles se contractent. La force d'inertie de la papille étant écartée par l'exiguïté de sa masse, il resterait encore, pour assurer sa fixité, le cas oh elle serait amarrée aux parois environnantes ; mais dans Neiix il n'existe aucun muscle extrinsèque venant se fixer sur elle. On ne voit donc pas comment cette papille, à un moment donné, pourrait servir de point fixe dans la con- traction des muscles. Le cinquième muscle décrit par Loisel est le radulaire posiérieur (?np, fig. 1 et 2). « Il se divise en avant en deux faisceaux larges de 5-6 millimètres chez Y Hélix pomatia, qui s'attachent à l'extrémité des pièces de soutien, au même endroit que le radulaire antérieur; ses deux moitiés forment une gouttière dans laquelle est logée la papille formatrice de la radule. Ce muscle forme bientôt un large faisceau im- pair qui traverse le collier œsophagien pour aller s'insérer à la columelle, par l'intermédiaire du grand muscle columel- laire. » Paravicini (1) s'étonne que Loisel ait substitué ce nom do radulaire postérieur à celui de réiracteur du bulbe attribué à ce muscle par Cuvier, Lacaze, Sicard, etc. Cette substi- tution de nom s'explique par le rôle que l'auteur attribue à ce muscle dans les mouvements propres de la radule. L'action du muscle radulaire postérieur, dit Loisel, « est évidemment de ramener en arrière toute la masse buccale; mais si celle-ci est immobilisée il peut agir en sens contraire du muscle radulaire antérieur, c'est-à-dire faire basculer les pièces de soutien de manière à abaisser la portion libre de la radule. Et ainsi s'explique naturellement, par l'action (1) Paravicini, loc. cit., p. 9. J68 A. AllAUORUT. combinée de ces deux muscles, les mouvements de râpe qu'exécute celle radule ». Je répète ce que j'ai déjà dit : ce muscle n'est pas cons- tant, il est souvent rudimenlaire et manque même complète- ment chez Lymnée, Planorbe, et, par conséquent, on ne saurait lui attribuer un rôle dans le mécanisme propre de la langue, mécanisme qui est le même chez Lymnée que chez Hélix. Relativement au mouvement de bascule indiqué ci-dessus, je ferai la même observation que celle que j'ai faite pour le radulaire antérieur, et j'ajouterai de plus qu'on ne voit pas comment le bulbe pourrait être immobihsé pour permettre à ce muscle d'agir en sens contraire du radulaire antérieur. Du reste cette immobilité du bulbe est démentie par l'expé- rience ; nous savons au contraire, par l'observation directe, que, pendant le mouvement de la langue en avant, le bulbe n'est pas immobile, il exécute lui-même un mouvement d'arrière en avant. Admettons encore ce mouvement de bascule : il est impossible de ne pas admettre que, sous l'effort du muscle, il ne se produise pas une augmentation de la distance qui sépare la base de la langue du niveau des mâchoires ; or, comme ce mouvement de bascule doit avoir pour but d'amener le sommet de la langue au niveau de la mâchoire, on voit qu'après son exécution le résultat ne serait pas atteint : le sommet de la langue se trouverait en arrière de la mâchoire. Plate (1) (1893) divise les muscles extrinsèques en pro- Iracteurs et rétracteurs delà radule. Il ne dit rien des parois du bulbe, si ce n'est que les fibres qu'il présente à sa surface ont des directions qui varient avec la région, et qu'en arrière il existe deux puissants bourrelets qui servent à supporter les pièces de soutien en même temps qu'ils servent de point de fixation solide à certains muscles qui font mouvoir la ra- dule. Ces muscles sont au nombre de deux : T les rétrac- (1) Plate, Studien ûber Opistopneumone Langenschneken. Die Oncidimen {Zoolog. Jahrb., Bd VII, 1893, p. 104). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 169 leurs de la radule, qui naissent de la paroi postérieure du plmrynx et qui se rendent dans la mince couche musculaire située au-dessous de la lamelle basale ; T les protracleurs de la radule, qui partent également du bourrelet et s'insèrent sur la face ventrale de la radule. L'auteur ne dit rien du mécanisme. Oswald (1) (1894) n'établit pas de division entre les muscles extrinsèques et intrinsèques. Ils sont tous protrac- teurs ou réfracteurs ; mais il distingue ceux qui agissent sur le bulbe de ceux qui agissent sur la radule. Comme prolracleur du bulbe, il décrit un muscle pair qui s'insère d'une part à l'extrémité des cartilages et d'autre part à l'extrémité antérieure des parois de la trompe. Les protracteurs de la radule et de la gaine radulaire sont représentés par une couche musculaire située tout autour de la cavité buccale et logée dans ses parois. Ils s'insèrent sur la radule et la gaine radulaire. Comme rétracteur des cartilages il cite un muscle [kg, fig. 6), qui prend son origine sur l'extrémité de la papille, se dirige en avant oii il se divise en deux branches qui s'in- sèrent sur les cartilages : en se contractant il rapproche les cartilages. Ce musclé est le papillaire supérieur; le rôle que l'auteur lui fait jouer fait penser à la théorie de Cuvier. En arrière, le muscle précédent passe au-dessus d'un autre, médian, dont l'origine est sur la face ventrale de la trompe et l'insertion antérieure sur l'extrémité de la papille. Quand ce muscle se contracte la radule est tirée en arrière, et par suite tout le pharynx. Les rétracteurs de la radule prennent naissance, ou bien à la partie postérieure des cartilages, ou sur la paroi de la trompe. Ceux qui prennent naissance sur les cartilages sont représentés par 3-4 faisceaux assez bien séparés et corres- pondent aux tenseurs supérieurs médians et latéraux. Ceux qui naissent sur la trompe sont au nombre de cinq, un im- (1) OsMald, Der Russelapparal der Prosobranchier {lenaische Zeitsch. f. Na- turwiss., 28. Bd, 1894, p. 143). 170 A. AllAUDRUT. pair qui se porte sur la face ventrale de la gaine radulaire et deux autres pairs qui s'anastomosent avec les faisceaux des tenseurs supérieurs. Voilà pour les rélracteurs dorsaux. Du côté ventral, il existe également des rétracteurs qui s'insèrent, les uns sur les cartilages, les autres sur la face ventrale des parois de la trompe. Sur la face externe de chaque cartilage, se détache un muscle plat qui se dirige en avant et s'insère latéralement sur la radule. Des parois de la trompe naissent deux autres muscles, les rétracteurs médians ventraux, qui se fixent en avant sur la jambe inférieure de la radule. Le grand nombre de muscles que nous rencontrons dans la description qui pi'écède tient à deux causes que nous connaissons déjà : 1° Par suite de l'allongement du bulbe, les fibres des ten- seurs, qui chez les animaux à bulbe court forment un tout compact, se sont dissociées dans le Buccin pour former des muscles distincts; 2° Les rétracteurs du bulbe et de la papille, que l'on trouve représentés par un ou deux faisceaux dans les formes primitives, se sont séparés dans le Buccin en plusieurs fais- ceaux également distincts, s'insérant les uns sur la papille, les a'utres sur les extrémités postérieures des cartilages. Passant au mécanisme, l'auteur dit que « les mouve- ments du pharynx et de la radule consistent en mouvements de protraction et de rétraction. La protraction se fait par la contraction de tous les protracteurs et la rétraclion par la contraction de tous les rétracteurs de la radule et du carti- lage lingual et le relâchement des premiers o. Nous voyons, par ce passage, que l'auteur considère les nombreux faisceaux rétracteurs du bulbe et de la papille comme jouant un rôle dans les mouvements propres de la radule ; c'est-à-dire que, à chaque mouvement de la langue en arrière, les muscles se contractent, puis qu'ils se relâchent TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 171 quand la langue exécute un mouvement de sens inverse. J'ai expliqué ailleurs le mouvement de piston du bulbe par ses muscles propres. Je rappellerai seulement ici que le développement de ces muscles rétracteurs est en rapport, d'une part, avec la puissance du bulbe et, d'autre part, avec les déplacements que celui-ci doit exécuter, quand la trompe passe de Fétat de rétraction à l'état de prolraction et inverse- ment. Chez le Buccin, par exemple, la trompe est plus longue que dans Cassis, Cassidaria^ Purinira, etc., aussi ces muscles sont-ils beaucoup plus développés dans le Buccin que dans les autres genres. Dans un Helïx les rétracteurs du bulbe sont toujours beaucoup plus puissants que dans un Avion de même taille, parce que le bulbe doit exécuter des déplacements beaucoup plus grands dans le premier que dans le second. C'est seulement quand l'animal rentre dans sa coquille que ces muscles entrent en fonction. Je ne veux pas dire cependant que ce sont eux qui président indirectement aux mouvements de retrait de la trompe, c'est-à-dire qu'en fai- sant rentrer le bulbe ils déterminent Finvagination de la trompe ; car s'il en était ainsi, toutes les trompes seraient invaginables à partir du sommet; mais lorsque les rétrac- teurs de la trompe se contractent, ces muscles se contrac- tent également pour diriger le bulbe, la papille, la portion de l'œsophage et l'artère proboscidienne, en un mot tous les organes compris dans la trompe, organes avec lesquels ils sont intimement unis au moyen de brides musculaires ou conjonctives. Il me paraît aussi iuvraisemblable d'attribuer à ces muscles un rôle dans les mouvements propres de la ra- dule que de faire intervenir les muscles rétracteurs du cou d'une tortue dans le mécanisme de la langue et des mâ- choires. Aux arguments que j'ai déjà fournis contre le rôle que l'on attribue aux rétracteurs du bulbe et de la papille, j'ajou- terai les considérations suivantes : si ces muscles avaient pour but d'actionner la radule pendant la préhension des 172 A. A1I4UDRUT. aliments, ou encore de maintenir le bulbe solidement amarré, ils ne seraient en état de remplir leur rôle que dans les cas où la trompe se trouverait complètement dévaginée, et alors l'animal ne pourrait faire fonctionner sa radule qu'aulant que la trompe occuperait une certaine position, toujours la même. Je pense qu'il n'en est pas ainsi, mais qu'au contraire l'animal peut volontairement, dans des limites restreintes il est vrai, proportionner la dévagination de sa trompe à la distance qui le sépare de sa proie. Comme mécanisme de la radule, Oswald admet une théo- rie mixte : « Les mouvements de la radule sont produits d'une part par la contraction des muscles propres et d'autre part par les mouvements des cartilages. Par la contraction des rétracteurs communs des cartilages les deux parties an- térieures des cartilages se rapprochent, la radule s'élève au- dessus d'eux, en même temps qu'elle est tirée en avant. » Quand la radule est tirée en avant, les cartilages ne se rap- prochent pas, c'est le contraire qui se produit; ils s'écartent ainsi que les dents latérales pour permettre à celles-ci de saisir sa proie. Les muscles qu'Oswald décrit sous le nom de rétracteurs communs des cartilages ne sont autre chose que les mus- cles papillaires supérieurs; parle rôle qu'il leur attribue, sa théorie se rapproche de celle de Cuvier. Il admet également la théorie d'Huxley, à savoir que, sous l'influence des contractions et des relâchements successifs des rétracteurs dorsaux et ventraux, la radule peut glisser sur les cartilages, à la manière d'une courroie sur une pou- lie. Nous avons dit ailleurs que ces déplacements sont im- possibles par suite de la position constante que le fléchisseur des cartilages occupe par rapport aux rélracteurs dorsaux et ventraux. Ces derniers muscles ne servant pas à rétracter, les noms qui leur sont attribués sont impropres, c'est pour- quoi je les ai remplacés par ceux de tenseurs, en tenant compte, en outre, de considérations qui ont été exposées plus haut. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 173 Paravicini (1) (1896) a décriL le bulbe de Y Hélix pomatia avec beaucoup de détails. Il signale de nombreux muscles nouveaux, surtout extrinsèques; mais, la description qu'il donne n'étant pas accompagnée de figures, il ne m'a pas toujours été facile de déterminer avec certitude la course et les attaches de tous ces muscles, surtout pour les intrin- sèques. Les muscles extrinsèques sont au nombre de neuf; les uns pairs; les autres impairs. Ce sont : le grand protracteur du bulbe, le rétracteur du bulbe, le grand transverse, le pe- tit iransverse, le petit protracteur, le muscle du mouvement latéral, le vestibulo-pharyngien, les faisceaux latéraux du bulbe, et enfin des muscles anormaux. L'auteur aurait pu pousser Ténumération encore plus loin, car je remarque que le grand protracteur du bulbe se divise en deux parties, que le petit protracteur est formé « d'un certain nombre de faisceaux musculaires dont les uns res- tent libres, tandis que les autres s'anastomosent entre eux, que le grand transverse se divise en deux autres, dont l'ex- terne à lui seul donne 2-3 petits muscles, etc. ». Je n'insiste pas sur la description de ces muscles, dont quelques-uns, de l'aveu de l'auteur, sont « difficilement visibles » et dont « le nombre, la grosseur et la forme sont variables d'un individu à l'autre ». Je ferai seulement deux remarques au sujet de ces muscles intrinsèques : 1° Paravicini reproduit l'erreur de Yung relative au ré- tracteur du bulbe, il fait naître de ce muscle des rameaux également musculaires qui se portent sur les colliers ner- veux et qu'il nomme « muscles rétract^urs des colliers nerveux ». 2° L'auteur attribue à chaque muscle extrinsèque un rôle parlicuher dans le mécanisme du bulbe. Les uns lirent le bulbe d'arrière en avant et de haut en bas, les aulres d'ar- rière en avant et de bas en haut, etc. ; mais tous tirent le (1) Paravicini, loc. cit., p, 18-41. 174 A. AMAUDRLFT. bulbe d'abord d'arrière en avant, et ensuite selon une direc- tion oblique. Il est facile de voir que la résultante de toutes ces forces présente une direction sensiblement horizontale et d'arrière en avant. Dans l'étude comparative que j'ai faite du bulbe, je n'ai pas cru devoir faire entrer la description détaillée de ces muscles ; elle m'aurait fourni de nombreuses pages, sans doute, mais d'une lecture fastidieuse et sans aucun intérêt morphologique, puisque, dans une même espèce, ces muscles sont variables d'un individu à l'autre. Je les ai signalés en bloc et d'une manière générale, comme provenant de la couche de fibres longitudinales superficielles du bulbe, par dédoublement, et j'ai montré, au début de ce chapitre, qu'au- dessous de ces fibres extrinsèques, la couche longitudinale de même sens, ou bien faisait défaut, ou bien était réduite de l'épaisseur du muscle extrinsèque. Si chacun de ces muscles, pris isolément, est d'une im- portance médiocre, il n'en est pas de même de leur ensem- ble. Ce sont eux qui, en se contractant simultanément, font exécuter au bulbe son mouvement de piston d'arrière en avant. Paravicini divise les muscles intrinsèques en deux groupes: ceux qui s'insèrent sur le cartilage, et ceux qui n'ont au- cune relation avec les pièces de soutien. Parmi ces derniers se trouvent : r Le muscle triangulaire qui s'étend de la partie supé- rieure de la mâchoire jusqu'à la partie médiane de la face postérieure du bulbe. Dans ce muscle, il distingue deux cou- ches : l'une superficielle, qui me paraît correspondre aux fibres longitudinales que j'ai représentées par fhs (fig. 94); l'autre, profonde, est formée de nombreux faisceaux aplatis longitudinaux et horizontaux. L'auteur a décrit sans doute, comme formant un seul muscle, des fibres appartenant aux deux plans musculaires du bulbe. Sa fonction « est de rap- procher l'extrémité antérieure du bulbe de son extrémité postérieure et d'imprimer ainsi à l'aliment un mouvement de TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 175 va-et-vient qui pousse le bol alimentaire à Fœsophage » ; 2° Le papillaire antérieur, que l'auteur décrit comme s'in- sérant sur le muscle radulaire médian et qui doit correspon- dre aux fibres de la surface du bulbe, qui passent sur la sur- face de la papille. 11 sert à « tenir la papille en place et, en se contractant, à la tirer en avant ». Les muscles qui s'insèrent sur le cartilage lingual sont : 1** La membrane papillaire, qu'il décrit avec raison comme étant de nature conjonctive et distincte des muscles sous- jacents; '2," Le muscle horizontal, qui réunit transversalement et inférieurement les deux cartilages; 3° Le papillaire postérieur. Il prend naissance sur la por- tion interne du bord inférieur du cartilage lingual et se porte presque verticalement sur les côtés de la radule. Il paraît cor- respondre aux fibres longitudinales postérieures du tenseur supérieur médian. Cependant, comme l'auteur dit que ce muscle est très grêle, je ne saurais l'affirmer; 4° Muscle radulaire médian. Il s'insère postérieurement sur le milieu du bord libre du cartilage et en avant sur le pédicule que forme la radule, au moment où elle s'enfonce dans sa gaine. Il correspond aux radulaires moyens de Loisel et comprend, outre les tenseurs latéraux, des muscles appar- tenant à la paroi latérale du bulbe. « La contraction de ce muscle fait avancer la radule sur son support, tandis que la contraction du radulaire antérieur et du constricteur pha- ryngien fait avancer tout le système radulaire. » Les fibres des tenseurs supérieurs étant dirigées d'arrière en avant, leur point iixe étant sur l'extrémité postérieure du cartilage, ces fibres, en se conlraclant, ne sauraient que tirer la radule d'avant en arrière et non d'arrière en avant; S"" Le constricteur pharyngien est un muscle puissant qui entoure toute la partie antérieure du bulbe en formant sa paroi ; des faisceaux partis de ce muscle sont inchnés de haut en bas et d'avant en arrière, et s'étendent jusqu'aux carti- lages. « L'action du constricteur pharyngien est, comme son 1 76 A. AMAUDRUT. nom l'indique, de contracter le pharynx et de présider aux mouvements de la radule. » L'auteur ne nous dit pas com- ment; 6° Le muscle radulaire antérieur correspond au muscle de même nom de Loisel, moins les deux faisceaux latéraux que Paravicini a détachés du radulaire pour en faire le grand transverse ; 7° Muscle protracteur de la radule. Ces deux muscles, larges et très ténus, correspondent aux tenseurs inférieurs. Ils ont pour rôle « d'imprimer à la partie antérieure de la radule un mouvement d'oscillation de haut en bas ». Dans les conclusions que l'auteur tire de son iravail, je trouve : r Que la mâchoire, sous l'effort du constricteur, peut exé- cuter des mouvements de haut en bas, à la manière d'un cou- teau, ce qui la rend capable de couper les aliments en lanières. J'ai examiné plus haut le rôle de la mâchoire, je n'y reviendrai pas ici ; 2° Que les mouvements du cartilage se font d'arrière eu avant sous l'influence du muscle radulaire médian fortement aidé par la contraction du constricteur pharyngien, et nous venons de dire que, sous l'influence du premier de ces mus- cles, la radule ne saurait se mouvoir qu'en sens inverse; 3° Que les mouvements en arrière sont dus à la contraction du constricteur de la masse buccale et, dans quelques cas, à la contraction du rétracteur du cartilage lingual. « La radule doit suivre les mouvements indiqués ci-dessus parce qu'elle est intimement maintenue aux cartilages sous-jacents » : ce qui signifie, si j'ai bien compris, que les muscles actionnent les cartilages, qui à leur tour entraînent la radule, ce qui est seulement exact pour le fléchisseur des cartilages dont l'au- teur ne parle pas ; 4*" Que, pendant le repas, la lame radulaire et la papille peuvent exécuter des mouvements propres ayant pour but de faire glisser la papille entre les deux cartilages, et que la contraction des parois du bulbe a pour rôle de pousser le TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 177 bol alimentaire sur la radiile et surtout de lui imprimer un mouvement de va-el-vient qui facilite l'insalivation. Nous nous sommes suffisamment occupés plus haut de ces mou- vements de la papille et des brassages du bol alimentaire pour nous dispenser d'y revenir ici. V. — Poches buccales et poches œsophagiennes. Dans les formes primitives, les parois du bulbe qui for- ment le plafond de la cavité buccale, telle que nous l'avons définie au début, présentent de chaque côté de la ligne mé- diane une dilatation formée par une évagination du plafond buccal. Ces deux saiUies constituent les poches buccales. La partie antérieure de Tocsophage, immédiatement en arrière du point où elle s'ouvre dans le bulbe, présente également deux évaginations latérales formant les poches œsopha- giennes. Je me propose d'étudier les modifications éprouvées par ces poches, d'abord dans les Mollusques à mufle et de suivre ensuite les transformations qu'elles ont subies dans les Mol- lusques à trompe sous l'influence des différents allonge- ments. Plusieurs auteurs, dont les noms seront cités à leur place^ ont déjà considéré comme homologues toutes les dilatations que présente la partie antérieure du tube digestif, les uns chez les Diotocardes, les autres chez les Mollusques à trompe, mais aucun n'a fourni d'arguments suffisants et n'a cherché à expliquer les causes des aspects si variés sous les- quels se présentent ces parties homologues. r Mollusques à mufle contractile et non rétractïle. — Pa- telle vulgaire. — Quand on ouvre une Patelle par la face dorsale et qu'on enlève la masse des glandes salivaires, on aperçoit le bulbe auquel fait suite le jabot (fig. 60, PL YIII). Sur le bulbe , un peu en arrière de la commissure céré- broïde, on remarque une partie proéminente, plus large en arrière qu'en avant. Cette saillie présente en son milieu une ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 12 178 A. AMAUDRUT. ligne sombre [Is] et de chaque côté une bande blanche qui correspond à un bourrelet puissant qui fait saillie dans l'in- térieur de l'œsophage ; quant à la ligne sombre^ elle corres- pond à la parlie non épaissie située entre les deux bourre- lets. Le tout se continue en arrière dans le jabot. De chaque côté de cette saiUie médiane, on distingue en avant un corps ovoïde [pb)^ blanc jaunâtre^ qui tranche nettement sur les parties environnantes de couleur grise. Sa surface est marquée de légères circonvolutions qui lui don- nent un aspect glandulaire. Les deux conduits salivaires de chaque côté pénètrent dans son intérieur, l'interne par la face postérieure, l'externe au tiers environ de sa partie ter- minale antérieure. A une certaine distance en arrière de ces saillies buc- cales, et de chaque côté de la proéminence médiane, on remarque une boursouflure [pod) arrondie en avant, élargie en arrière, sur la partie postérieure du bulbe ; elle représente la partie antérieure des poches œsophagiennes. Entre les poches et la proéminence médiane existe de chaque côté un sillon assez profond dans lequel s'engage le canal excréteur {ci) delà glande salivaire interne. Le canal est caché com- plètement par les bords rapprochés de la boursouQure du plafond et de la poche. Le jabot commence en arrière des poches par une partie rétrécie ; il se renfle ensuite, puis diminue de nouveau pour se continuer sans ligne de démarcation avec l'œsophage pro- prement dit. Il présente une partie concave faisant face à droite. En avant passe sur lui la branche sus-intestinale de la chiastoneurie [bsi). La bande sombre et les bourrelets blanchâtres cités plus haut se continuent sur le jabot en passant de droite à gauche. Il est très facile d'ouvrir le plafond œsophagien, il suffit d'introduire une aiguille dans la région sombre, entre les deux bourrelets et d'exercer une légère traction d'avant en arrière. On constate alors qu'en arrivant dans la région du jabot on est obligé de faire passer l'aiguille de droite à TUBE DÏGKSTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 179 gauche et de haut en bas, dans le sens indiqué en pointillé sur la figure. Si on saisit l'extrémité postérieure du jabot, et qu'on la ramène à gauche, en exécutant un mouvement de rotation de 180°, dans le sens du mouvement des aiguilles d'une montre, on obtient la figure 61, PI. VIII. Le bulbe et le jabot ainsi ouverts présentent assez de symétrie dans les parties qui les constituent. Gibson(l) dit, en parlant des saillies buccales : « La paroi du pharynx est épaissie par deux masses ovales, d'un blanc jaunâtre, une sur chaque division latérale. Dans ces masses s'ouvrent les quatre conduits salivaires, deux dans chaque masse. » En réahté, les canaux excréteurs traversent les masses ovales et vont s'ouvrir en avant, au fond d'une fente, que je considère comme l'homologue des poches buccales de l'Haliolide connues depuis longtemps. Cette fente longi- tudinale est située en avant des masses ovales, à la face infé- rieure du bourrelet supérieur [bsd) et se continue jusqu'à l'extrémité hbre de celui-ci. Les deux bords de la fente ont des aspects différents : l'interne est de couleur blanche, d'as- pect glandulaire, marqué de nombreux petits replis trans- versaux, l'externe a une couleur grise et est dépourvu de replis. En écartant les bords du sillon, on découvre une cavité longitudinale, ouverte en avant et divisée incomplè- tement en deux autres, par un repli transversal. Dans la cavité postérieure {pbp) s'ouvre le canal saHvaire de la glande interne, et dans la caviié antérieure [pba), plus accen- tuée que la précédente, s'ouvre le canal excréteur de la glande salivaire externe. Dans son travail sur l'organisation de la Patelle, Weg- m an n fait déboucheries conduits salivaires dans la partie antérieure plus profonde (( des poches latérales », c'est- à-dire des poches œsophagiennes. Le plafond œsophagien présente, comme on l'a déjà dit. (1) Gibson, ]oc. cit., p. 607. 180 A. AMAUDBUT. deux bourrelets puissants [bsd, bsg) qui laissent entre eux un sillon étroit dont le fond correspond à la ligne sombre [Is, fig. 60, PL VIII). Sur le plancher de cette même région, on observe une membrane de forme triangulaire [mt) à base épaissie dirigée en avant, et se rattachant aux parois du bulbe, dans la région située au-dessous de la partie posté- rieure des poches buccales. La lame triangulaire montre de chaque côté un bourrelet [bï) plus petit que le bourrelet supérieur du même côté. Après s'être rapprochés en arrière, les deux bourrelets inférieurs se continuent, comme les supérieurs, jusqu'à la partie postérieure du jabot. La surface du triangle est marquée de petits replis transversaux sen- siblement parallèles entre eux. Chez certains Rhipido- glosses, ces replis transversaux prennent un développement énorme et donnent les formations que l'on désigne sous les noms de languettes ou de luettes inférieures de l'œsophage. Entre les bourrelets supérieur et inférieur de chaque côté, existent les évaginations de l'œsophage qui forment les po- ches œsophagiennes. Chacune d'elles présente une partie principale, large, située en arrière du bulbe, une partie étroite située sur le bulbe et se continuant en avant jusque dans le voisinage des poches buccales, et enfin une troisième partie qui s'applique contre la face postérieure du bulbe et s'engage même un peu sous la face inférieure de celui-ci. Les deux poches œsophagiennes, situées latéralement, com- muniquent entre elles sur la ligne médiane, par les fentes ménagées entre les bourrelets supérieur et inférieur de cha- que côté. Leur intérieur contient de nombreux replis secon- daires, blanchâtres, distribués sans beaucoup de régularité, mais à mesure qu'on se rapproche du jabot cesrephs tendent à prendre une direction transversale et leurs dimensions augmentent. On désigne sous le nom de jabot, dans la Patelle, la région comprise entre le rétrécissement que présente l'œsophage en arrière du bulbe et la partie postérieure du renflement, où l'œsophage a pris une forme cylindrique. Cette distinc- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 181 tion, basée sur un caractère purement externe, n'est pas jus- tifiée par la structure interne, qui est la reproduction des parties situées plus avant. Aussi je considère ce jabot comme représentant la partie postérieure des poches œsopha- giennes ; on retrouve dans son intérieur les quatre bourrelets de larégion précédente, mais plus rapprochés deux à deux sur la ligne médiane. [Is exécutent, comme on l'a vu, un mouve- ment de torsion de 180°. Les replis secondaires sont mieux développés et ordonnés transversalement du bourrelet infé- rieur au bourrelet supérieur de chaque côté. Ceux du côté droit s'étendent plus loin en arrière que ceux du côté gau- che : on en compte trente à droite et vingt-cinq à gauche. La partie de l'œsophage qui fait suite au jabot présente dans son intérieur des replis d'une seule sorte, tous longi- tudinaux. Cuvier (1) adonné une description du jabot : « Le pha- rynx est dilaté, et ses parois, comme dans l'Haliotide, ont trois replis saillants et finement plissés en travers, de manière à pouvoir se dilater dans tous les sens. » Ray Lancaster (2) confirme la description de Cuvier et ajoute que les "replis du jabot le font ressembler à un estomac de Ruminant. Gibson(3) dit que le pharynx, cette partie antérieure de l'œsophage, est divisé en trois chambres par trois replis longitudinaux. Wegmann(4), estdetous les auteurs, celui qui donne la des- cription la plus exacte du jabot. « Des bandelettes dorsales et ventrales formées par des paires de lames saillantes constituent un raphé antérieur et postérieur; entre les deux raphés s'élèvent de chaque côté de nombreuses lamelles transversales qui donnent un aspect feuilleté à cette partie du tube digestif. » Il signale également la torsion de ces bandelettes de droite à gauche, mais, comme les auteurs pré- cédents, il a méconnu l'existence des poches buccales et a (1) Cuvier, Mémoire pour servir à V histoire naturelle des Mollusques. (2) Ray Laiicasler, On some undescribed points m the anatomy of the limpe {An. and Mag. ofnat. hist., vol. XX, i867). (3) Gibson, loc. cit., p. 611. (4) Wegmann, loc. cit., p. 277. 182 A. AlIAU»lfUT. décrit le jabot comme distinct des poches œsophagiennes^ qu'il nomme « poches latérales ». Bêla Haller(l) décrit chez les Prosobranches, sous le nom général de « Vorderdarmer- weiterung » toute dilatation de l'œsophage, « Vorderdarm », comprise entre le canal buccal, « Munddarm », et l'estomac, (( Magendarm », et il considère comme homologue au dou- ble point de vue morphologique et physiologique leVorder- darmerweiterungdesPatellesetdesRhipidoglossesen général, de la glande à sucre « Zuckerdriise » des Placophores Chez tous, ajoute l'auteur, l'épithéliun est caractérisé par sa propriété de transformer l'amidon en glucose. Chiton magellanicus. — Sur la parlie antérieure du bulbe qui correspond au plafond de la cavité buccale, on trouve deux paires d'organes sacciformes. La paire antérieure est plus petite que la postérieure. Cette dernière s'ouvre dans la cavité buccale par un orifice très large. Si on se reporte aux relations qui existent entre les canaux salivaires et le& poches buccales chez Patelle et surtout, comme nous le ver- rons dans la suite, chez les Rhipidoglosses, on peut homolo- guer la première paire d'organes sacciformes avec les glandes salivaires et la seconde avec les poches buccales. En arrière s'observent les poches œsophagiennes ou glandes à sucre de B. Haller; elles s'ouvrent dans la partie antérieure de l'œsophage, chacune par un orifice en forme de boutonnière longitudinale dont les bords supérieur et inférieur sont limités par un bourrelet blanc jaunâtre. L'œsophage est court et présente très nettement un indice de torsion à gauche. Il se termine dans une poche très vaste sur laquelle repose la longue gaine radulaire. La position de celle-ci, à droite de l'œsophage et au-dessus de l'estomac, est une autre preuve de la torsion à gauche de cette partie antérieure du tube digestif et par suite l'indication d'un com- mencement d'asymétrie. Haliotide. — A première vue Taspect de la partie anté- (1) Bêla Haller, loc. cit., p. 41. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 183 rieure du tube digestif paraît différente de ce que nous avons rencontré dans la Patelle. Cela tient à ce que les poches œsophagiennes prennent ici un développement énorme et cachent la région qui correspond aux bourrelets supérieurs de l'œsophage. La partie supérieure, grisâtre (/^, fig. 62, PI. VIII). qui fait saillie sur le bulbe, correspond à la ligne sombre (is) de la Patelle; elle surplombe les parties latérales et se poursuit en arrière en tournant à gauche. De chaque côté de sa partie antérieure se trouvent les poches buccales {pb), très grosses; elles commencent à une certaine distance de la partie anté- rieure du plafond et se continuent en arrière, jusqu'au point où la portion médiane se coude à gauche. Leurs bords anté- rieur et postérieur sont arrondis, leur face externe est paral- lèle à la ligne médiane, leur couleur est d'un blanc laiteux et leur surface est marquée de nombreuses circonvolutions qui leur donnent un aspect nettement glandulaire. Les glandes salivaires, de couleur jaunâtre, sont placées en avant des poches buccales, de chaque côté de la ligne médiane du corps. De chaque côté des poches buccales et en contact avec elles, se trouvent les prolongements antérieurs des poches œsophagiennes [pro^prc!), qui, en avant, viennent s'appliquer contre la face postérieure des glandes sahvaires. En arrière et intérieurement, elles s'appuient contre la ligne saillante sombre. Leur couleur est d'un gris sale, avec de nombreuses granulations blanchâtres, qui ne sont autre chose que les bases des papilles qui font saillie dans Fintérieur des poches. La poche droite est plus développée que la gauche, elle s'étend plus loin en avant que cette dernière. Dans sa partie antérieure, elle est placée à droite au-dessus du bulbe, dans sa partie moyenne, elle occupe la ligne médiane, el.dans sa région postérieure elle se trouve placée à gauche et dans un plan inférieur. Le mouvement de torsion est donc évident, déjà de l'extérieur. A une certaine distance du bulbe on voit passer transversalement sur les poches la branche sus-intes- 184 A. AllAUDRUT. iinale de la chiasloneurie {dsi). La poche droite ne se rat- tache pas à l'œsophage contre la ligne sombre; on peut en effet rejeter cette poche à droite et constater que l'évagina- tion s'est produite plus bas. La partie de l'œsophage ainsi mise à découvert est blanche, épaisse et correspond au bour- relet supérieur droit. Ce bourrelet se continue en avant jusqu'à la poche buccale. La figure 63, PL VIII, montre l'œsophage ouvert longitu- dinalement ; la section ayant été faite à travers la poche droite, et tout le plafond ainsi détaché ayant été rabattu à gauche. L'espace compris entre les deux poches buccales est con- sidérable relativement à ce que l'on observe dans la Patelle. Les poches buccales sont très fortes, profondes, à bords épais, blancs, plissés transversalement, les plis se conti- nuant dans l'intérieur des poches. En avant et à l'extérieur de la poche proprement dite existe une poche secondaire beaucoup plus petite, moins profonde, au fond de laquelle débouche le canal excréteur de la glande salivaire corres- pondante. La poche est donc double comme dans Patelle et ses rapports avec les canaux excréteurs des glandes sali- vaires sont les mêmes que chez ce Mollusque. Le plafond se continue en arrière par une languette de forme triangulaire (las) dont la base, placée en avant, s'étend jusqu'aux bords postérieurs des poches buccales. Au-dessus de la languette et dans le prolongement de chaque poche buccale, se détachent les bourrelets supérieurs [bsd^bsg). Le bourrelet droit est dirigé d'avant en arrière et de droite à gauche ; le gauche, plus court, se dirige de haut en bas et de gauche à droite. Nous retrouvons ainsi, à l'intérieur, la preuve du mouvement de torsion déjà visible de l'extérieur. Les gros bourrelets longitudinaux sont garnis de nombreux replis secondaires transversaux serrés les uns contre les autres et rappellent par leur arrangement, leur forme, leur couleur brune, les rephs secondaires du jabot de la Patelle. Entre ces deux bourrelets supérieurs on observe une dé- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 185 pression garnie également de replis secondaires de même nature, mais dirigés obliquement d'avant en arrière. Le plancher de l'œsophage est recouvert en partie par une autre languette triangulaire [lai) dont les extrémités de la base tournée en avant se rattachent aux parois latérales du bulbe qui sont situées au-dessous des poches buccales. Au- dessous de la partie postérieure libre de la languette infé- rieure, naît un gros bourrelet longitudinal [bi] dont les bords latéraux antérieurs viennent se perdre en arrière et au-dessous des poches buccales de chaque côté. Ce bour- relet se dirige d'avant en arrière et de droite à gauche, exécutant ainsi un mouvement de torsion de 180°. Il cor- respond aux deux bourrelets inférieurs de la Patelle. Comme indice de dualité il présente sur sa hgne médiane une région lisse, de laquelle se détachent à droite et à gauche des replis secondaires transversaux semblables à ceux que l'on observe dans la Patelle. Ceux de droite vont plus loin en arrière que ceux de gauche comme dans Patelle. Les poches commencent au même point que dans Patelle, c'est-à-dire en arrière des muscles qui rattachent la partie antérieure du plancher œsophagien aux parois du bulbe ; les quatre bourrelets se continuent en arrière jusqu'à la partie postérieure des poches. Celle de droite est plus développée que celle de gauche et s'étend plus loin en arrière et en avant. Dans leur partie antérieure, elles reposent sur la face supérieure du bulbe, s'étendent sur ses faces latérales et pé- nètrent même un peu au-dessous de sa face inférieure. En arrière, celle de droite devient en grande partie supérieure et celle de gauche devient inférieure. Quant à leur intérieur, il est garni de papilles auxquelles Wegmann et Haller attri- buent un rôle glandulaire. Wegmann (1) a décrit les poches buccales de l'Haliotide sous le nom de poches linguales ; il a décrit également les poches œsophagiennes (jabots latéraux). Il dit, en parlant de (1) Wegmann, loc. cit. 186 A. AMACJJDRUT. ces derniers, que « cette partie antérieure de l'œsophage est remarquable par une multitude de bourrelets transversaux où obliques », mais il ne remarque pas que ces bourrelets transversaux ou obliques sont placés sur des bourrelets lon- gitudinaux plus gros. Son attention n'a pas été fixée davan- tage sur le mouvement de torsion de cette région antérieure de l'œsophage, mouvement qu'on observe aussi dans Patelle. Parmophore. — En arrière de la commissure cérébroïde, on observe la saillie médiane œsophagienne. De chaque côté de sa partie antérieure se trouve la saiUie de la poche buc- cale, beaucoup plus petite ici que dans les genres précédents. Dans la partie antérieure de la poche débouche la glande sahvaire, très ramifiée. Les poches œsophagiennes occupent la position ordinaire ; elles s'étendent assez loin en arrière, et, en avant, elles en- voient des prolongements sur les faces latéro-postérieures du bulbe. Les deux languettes existent et présentent des di- mensions à peu près égales. Les quatre bourrelets naissent deux h deux derrière les languettes et sont beaucoup plus développés et plus indépendants les uns des autres que dans l'Haliotide. Ils ont chacun la forme d'un rectangle, fixé par l'un de ses grands côtés à la paroi œsophagienne, l'autre côté étant libre et flottant. L'ensemble des deux bourrelets inférieurs forme une gouttière à concavité supé- rieure et les deux bourrelets du haut forment une autre gouttière à concavité inférieure. Les bords internes de la gouttière supérieure s'appuient contre les bords externes de la gouttière inférieure. Il en résulte que cette partie du tube digestif est nettement divisée en deux parties : l'une devant servir à conduire l'aliment, l'autre devant fonctionner comme organe glandulaire. Les faces internes des gouttières sont garnies de replis transversaux, tandis que les faces ex- ternes sont recouvertes de papilles comme l'intérieur des poches. En arrière les gouttières occupent des positions in- verses par suite du mouvement de torsion de 180°. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 187 Fissurella concinna, — La saillie médiane ressemble à celle de l'IIaliolide ; sauf la laille qui est moindre, ses faces latérales étalées reposent sur les poches buccales et les cachent en partie. En avant de celles-ci débouchent, comme d'ordinaire, les canaux excréteurs des glandes salivaires. Chaque poche buccale comprend deux parties communi- quant entre elles par un sillon peu profond ; la partie posté- rieure a des parois épaisses, blanches, d'aspect glandulaire avec de nombreux replis internes ; l'antérieure présente au contraire des parois minces presque transparentes, sans re- plis internes. Au fond de celle-ci débouche le canal excré- teur de la glande salivaire. Les poches œsophagiennes s'étendent moins loin en ar- rière que dans l'Haliotide et le Parmophore. Les deux bour- relets supérieurs présentent la même position que dans les genres précédents, leur mouvement de torsion est aussi ma- nifeste, mais il n'existe qu'un seul bourrelet inférieur et sa surface est marquée de replis transversaux. Il est recouvert d'une languette plus longue, mais moins large que celle de l'Hahotide ; la languette supérieure est plus courte que l'in- férieure. La poche gauche est tapissée intérieurement de nombreuses papilles sur toute sa surface, tandis que la poche droite est différenciée en deux parties : l'une anté- rieure garnie de papilles, l'autre postérieure pourvue de re- phs dirigés un peu obliquement et allant d'un bourrelet à l'autre. Cette partie postérieure rappelle la structure du jabot de Patelle. Boutan (1) ne fait pas mention des poches buccales. Il si- gnale les poches œsophagiennes, mais les bourrelets ne pa- raissent pas avoir attiré son attention ; il n'établit pas de distinction entre les bourrelets qui appartiennent en propre à l'œsophage et les poches, qui sont des évaginations de la région située entre les bourrelets de chaque côté. L'intérieur des poches, dit-il, « est en grande partie obstrué par une mul- (i) Boutan, loc. cit. 188 A. AMAUORUT. litude d'arborescences qui forment de nombreux culs-de~sac et en augmentent beaucoup la surface totale ». Bêla Haller (1), dans le travail cité précédemment, ne fait mention nulle part des poches buccales. Au sujet des po- ches œsophagiennes, il dit a que le Vorderdarmerweiterung d'Haliotide et de Fissurelle est le même que celui de Ce- morîa » . Dans ce dernier genre l'auteur signale un repli vertical issu de la face ventrale de l'oesophage et qui sépare les deux sacs. D'après la position différente du « Vorder- darmerweiterung », les sacs peuvent être plus vers la droite ou vers la gauche, et la lumière de l'un est tantôt plus grande, tantôt plus petite que celle de l'autre. Relativement au nombre des bourrelets et à leur position, il y aurait une différence assez grande entre Haliotide et Fissurelle d'une part et Cemoria d'autre part; mais je pense que cette différence est plus apparente que réelle. Je re- marque d'abord que la coupe 138 de l'auteur passe assez loin en arrière, puisqu'elle comprend le cœur et les reins ; ensuite le repli vertical issu de la face ventrale se montre dès sa base composé de deux parties. Cette double remarque, jointe à celle que fait l'auteur relativement à la position et à la dimension des sacs, me fait supposer que dans Cemoria il existe aussi deux bourrelets supérieurs et distincts en avant, mais qui, en arrière, par suite du mouvement de torsion, sont venus se placer inférieurement et se fusionner en partie. Turbo coronatus. — La face supérieure du bulbe présente toujours les mêmes parties : la saillie médiane, courte mais assez large ; les saillies latérales des poches buccales, très fortes, réniformes, le tout situé immédiatement en arrière de la commissure cérébroïde. A l'extérieur des poches buc- cales se trouvent les glandes salivaires, représentées chacune par une touffe de tubes plus ou moins ramifiés, qui tous débouchent dans un canal commun très court dont la partie (i) Bêla Haller, loc. cit., p. 104. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 189 antérieure renflée s'ouvre dans la partie antérieure de chaque poche buccale. L'ensemble des poches œsophagiennes et de l'œsophage forme une masse allongée, plus large en avant qu'en arrière et assez régulièrement conique; on n'observe plus de prolon- gements ou de boursouflures des poches sur les faces laté- rales du bulbe et pas davantage sous la face postérieure de celui-ci. L'examen interne nous montre entre les deux poches buccales une région mince transparente, dans le prolonge- ment de laquelle se trouve en arrière une languette supé- rieure qui a la forme d'un demi-cercle. Les deux bourrelets supérieurs, situés dans le prolongement des poches buc- cales, sont bien développés, le droit un peu plus long que le gauche, et tous deux, tordus de 180°, sont garnis de rephs transversaux. A la face inférieure, au-dessous d'une courte languette, en forme de demi-lune, comme celle de la face supérieure, se détache le bourrelet inférieur, dont la face supérieure porte, comme signe de dualité, deux séries de replis, obliques dans deux directions. La série des replis de droite se poursuit, comme toujours, plus loin en arrière que la série des replis de gauche ; du reste les replis de gauche sont cachés en partie par suite de la torsion à gauche. La face externe des bourrelets, c'est-à-dire celle qui est tournée du côté des poches, est garnie de papilles, comme le reste des poches. Trochiis zyziphinus. — Je n'ai eu à ma disposition qu'un exemplaire de 1\ zyziphbms assez mal conservé. J'ai pu observer toutefois que les poches œsophagiennes sont aussi bien développées que dans les Turbos, mais elles présentent intérieurement une différence assez légère à laquelle j'attache une certaine importance. Les deux bourrelets supérieurs, toujours tordus de 180% sont plus puissants que dans Turbo; par contre le bourrelet inférieur est fort réduit. La face interne des bourrelets supé- rieurs est plissée et dépourvue de papilles, tandis que la 190 A. AlIAUDRUT. face externe en est garnie. Du reste cette différence, qu'on observe sur les deux faces, est g(^nérale ; la face interne, pouvant être considérée comme faisant partie du canal in- complet que doivent suivre les aliments, est toujours diffé- renciée de la face externe, que l'on peut considérer au con- traire comme faisant partie des poches et par suite comme ayant à remplir un rôle différent, probablement glandulaire. Dans la région antérieure du bourrelet inférieur, il n'y a pas non plus de papilles, mais en arrière, à Tendroitoii cesse ce bourrelet, les papilles existent et on peut dire que les deux poches sont réunies en une seule. A cet endroit, l'œso- phage est donc divisé en deux parties par les bourrelets supérieurs ; une de ces parties est pourvue de papilles, l'autre en est dépourvue et doit servir seule au passage de la nourriture. Grâce au mouvement de torsion de 180% la partie glandulaire qui appartient morphologiquement à la face inférieure de l'œsophage occupe en arrière la face su- périeure. Le développement exagéré des bourrelets supé- rieurs et la ligne spirale qu'ils forment permettent aux ali- ments de suivre la gouttière qu'ils limitent entre eux. Je reviendrai plus loin sur cette disposition pour expliquer le jabot de certains Prosobranches à trompe. Haller, au sujet du Vorderdarmerweiterung des Turbos et des Troques dit qu'il est en tout semblable à celui de Cemoria. C'est dire que son attention n'a pas été attirée par la constance des bourrelets, et par leur mouvement de tor- sion de 180°, caractères d'une importance capitale pour suivre les transformations des poches œsophagiennes dans les types plus élevés de la série des Prosobranches. Néiitidés, — Les poches buccales et œsophagiennes pré- sentent les mêmes caractères chez Nérite et Navicelle. Je décrirai seulement ces organes chez Nerita plexa. Le bulbe est très long par rapport à sa largeur (fîg. 53, PI. VI) ; la commissure cérébroïde passe sur sa partie anté- rieure. Immédiatement en arrière se trouvent les poches buc- cales hémisphériques (yfî/î'), dans leur intérieur débouchent les TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 191 longs canaux excréteurs de deux glandes salivaires (gh) situées fort loin en arrière, en contact avec l'estomac. Le plafond œsophagien est large surtout en avant, où il envoie une boursouflure médiane [bsm), de forme triangulaire, entre les deux poches buccales, et deux boursouflures laté- rales (/^è^/, bsl')^ qui viennent s'étaler derrière les poches buc- cales. Ces deux dernières boursouflures représentent les par- lies antérieures des poches œsophagiennes et rappellent ce que nous avons vu chez Patelle, avec une exagération sen- sible, puisque les boursouflures latérales de Nérite attei- gnent les poches buccales. Sur la ligne médiane, le plafond œsophagien présente trois sillons : un médian (/.s) et deux latéraux [sld, si g), qui divisent cette région en quatre bandes longitudinales symétriques deux à deux, par rapport au sil- lon médian [Is). Les bandes internes correspondent aux bourrelets supérieurs et les bandes externes, de couleur plus sombre, ne sont autre chose que les partie santérieures des poches œsophagiennes. Déjà, de l'extérieur, on remarque que les deux bandes externes se continuent en arrière dans deux grosses masses [pod, pog) qui représentent évidemment les régions postérieures des poches œsophagiennes. Celles-ci sont placées sur la face supéro-postérieure du bulbe, dé- passent à peine celui-ci en arrière ; cependant eUes se réflé- chissent vers le bas et entourent la gaine radulaire, au- dessous de laquelle elles entrent en contact. Le plafond œsophagien étant ouvert, on remarque que les poches buccales sont réduites et ne présentent plus chacune qu'une seule cavité dans l'intérieur de laquelle débouche le canal salivaire correspondant. On retrouve les quatre bour- relels longitudinaux; en avant ils prennent toujours nais- sance au même point en arrière des poches buccales ; ils limitent entre eux deux à deux, de chaque côté, l'entrée des poches œsophagiennes et se terminent tous les quatre immé- diatement en arrière des dilatations (pod, pog). La partie antérieure des poches œsophagiennes, celle qui est située sur le bulbe, présente des parois minces et lisses à l'inté- 192 A. AUAUDRUT. rieur ; en arrière les parois s'épaississent pour former les expansions {pod, pog) et leur intérieur est garni de nom- breux replis d'un blanc jaunâtre. Bergli (1) ]a déjà entrevu les poches œsophagiennes dans Neinta peloronta. Le pharynx, dit-il, « s'élargit dans sa partie postérieure en un sac assez court qui s'étend sur la gaine radulaire et Tentoure presque d'un anneau, tandis qu'il s'applique intérieurement sur le bord postérieur du bulbe ». Bêla Haller (2) parle aussi de ce sac, dont les parties laté- rales s'étendent derrière la masse buccale et se continuent ventralement sous la gaine radulaire. Il homologue ce « Yorderdarmerweiterung » très réduit à celui des autres Rhipidoglosses. L'auteur signale en outre comme se ratta- chant au «Vorderdarm » une glande qui lui paraît être une anomalie morphologique. Nous avons vuplus haut, en effet, que cette prétendue glande n'est autre chose que l'aorte antérieure. Je reviens à la figure 53, PI. Vî. En quittant le plafond buccal l'œsophage forme un coude très prononcé; il se dirige d'abord brusquement à gauche, puis de nouveau retourne à droite pour se poursuivre ensuite en hgne droite jusqu'à Testomac. Ce mouvement de torsion se pro- duit déjà dans la partie de l'œsophage située au-dessus de la région postérieure du bulbe, c'est-à-dire au niveau de la partie postérieure des poches œsophagiennes. En arrière et au-dessous de l'œsophage se trouve la partie antérieure de l'aorte ; elle décrit le même coude que l'œsophage et, plus en arrière, elle vient se placer à gauche de ce dernier. Dans le coude que décrit l'artère en avant elle passe ainsi sur l'œsophage, de gauche à droite et d'arrière en avant. Entre l'œsophage et l'artère, dans la région tordue que ces organes présentent en commun, passe la branche sus-intes- tinale de la chiastoneurie [bsi). Nerf, œsophage et ar- tère sont intimement réunis par un tissu conjonctif abon- (1) Bergh, Lie Tithcanien, loc. cit., p. 19. (2) B. Haller, loc. cit.,i[>. 131. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 193 dant, pigmenté de noir, qui rend leur séparation difficile. Il importe de faire remarquer dès maintenant la relation qui existe entre les poches œsophagiennes, la branche sus- intestinale de la chiastoneurie et l'aorte antérieure. Chez Patelle, Fissurelle, Haliotide, Turbo, Troque, la branche sus-intestinale passe obliquement en écharpe, sur les poches œsophagiennes, et atteint à gauche le point où le manteau se rattache aux parois du corps, c'est-à-dire que le nerf passe sur la partie antérieure des poches. On peut dire alors que celles-ci sont comprises entre l'aorte et la branche supé- rieure de la chiastoneurie. Dans ces mêmes formes primi- tives, nous avons trouvé, dans tous les cas, soit à la surface des poches, soit dans leur intérieur, une preuve incontes- table de leur mouvement de torsion de 180°. Nous avons vu aussi que les poches commencent toujours au même point en avant, et que, quand elles se raccourcissent, c'est seule- ment aux dépens de la partie postérieure. Dans cette marche régressive de la partie postérieure des poches, la branche sus-intestinale conserve sensiblement sa position primitive ; elle devient seulement moins oblique, tandis que l'artère s'avance de plus en plus. Chez lesDiotocardes, la région des poches étant toujours tordue, on peut dire que la distance qui sépare le nerf de l'aorte mesure la longueur de la torsion. Chez les formes primitives, la torsion s'est produite sur une assez grande lon- gueur, tandis que chez les Néritidés elle s'est produite presque tout entière dans un plan transversal situé immé- diatement en arrière du bulbe. Il est difficile de dire si cette régression des poches d'ar- rière en avant s'est produite après la torsion, mais il me paraît plus commode de déterminer la cause de cette réduc- tion. Si nous remarquons que chez les Néritidés les intestins ont conservé le grand développement qu'ils présentent chez les formes primitives, mais que d'autre part le tortillon très réduit est devenu insuffisant, pour loger la masse des vis- cères, nous pouvons admettre que les intestins se sont dépla- ANN. se. NAÏ. ZOOL. Vil, 13 194 A. AilAUDRUT. ces d'arrière en avant, qu'ils ont exercé une poussée sur les organes de la cavité antérieure et que celte poussée n'a pas été étrangère au déplacement de l'aorte et à la réduction des poches. Nous avons la preuve de cette marche en avant des inlestins par les nombreuses circonvolutions intestinales que l'on rencontre dans la cavité antérieure, appliquées contre la face postérieure du bulbe et par suite contre la face postérieure des poches œsophagiejines, circonvolutions qui recouvrent toute la partie antérieure de l'œsophage ainsi que tes glandes salivaires placées de chaque côté de ce dernier (i). T Monotocardes à mufle de Diotocarde . — On peut diviser les Monotocardes en deux sous-groupes ; ceux qui sont pourvus d'un mufle semblable à celui des Diotocardes, et ceux qui' sont armés d'un mufle plus ou moins rétractile ou d'une trompe. Parmi les premiers on rencontre deux types que les natu- ralistes s'accordent à ranger à la base du groupe tout en- tier ; le Cyclophore et l'Ampullaire. C'est donc par ces formes que je commencerai l'étude des Monotocardes. Cyclophorus volvulus. — La figure 64, PI. VIII, repré- sente la cavité antérieure ouverte avec les organes qu'elle contient. En arrière du bulbe, et de chaque côté de l'œso- phage, apparaît une saillie arrondie ipod) en contact avec la face postérieure du bulbe, et en grande partie recouverte parles glandes salivaires {gis). Ces sailHes représentent les poches œsophagiennes ou plutôt les parties postérieures de celles-ci. Les glandes salivaires sont énormes, blanchâtres et s'étendent fort loin en arrière. Elles sont contournées de telle sorte que la glande droite présente sa partie antérieure au-dessus de l'œsophage et sa pointe postérieure à gauche. L'inverse a lieu pour la glande gauche dont l'extrémité pos- térieure se voit à droite au-dessous de l'œsophage et de l'aorte antérieure. La partie de l'œsophage comprise entre (1) Je ne connais pas d'autre Prosobranche montrant cette relation des glandes salivaires avec les intestins. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 195 les glandes salivaires subit également ce mouvement de tor- sion à gauche. Dans la masse des glandes salivaires passe la branche sus-intestinale de la chiastoneurie (ô^z) et immédia- tement en arrière de celle-ci se trouve l'aorte antérieure, qui passe sur l'œsophage de gauche à droite et d'arrière en avant. Nous remarquons ici le même phénomène de torsion que chez les Diotocardes, avec les mêmes organes tordus ; nerf, artère, tube digestif et en plus les glandes salivaires. Il y a une différence toutefois; c'est que les poches sont en avant de la région tordue. On peut expliquer cette différence de deux manières. 1° La région de torsion s'est déplacée d'avant en arrière. Mais nous remarquons que la branche sus-intestinale et sur- tout le ganglion sus-intestinal occupent leur position cons- tante dans le voisinage du manteau, position qui est la même ici que chez les Diotocardes. %" Après la torsion, un allongement de la partie anté- rieure du corps, située immédiatement en arrière des tentacules, s'est produit, entraînant le bulbe qui, à son tour, a entraîné les poches et la partie antérieure de l'œsophage. Cette deuxième hypothèse est confirmée par la forme externe de l'animal. La distance qui sépare les tentacules du bord antérieur du manteau est relativement considérable chez le Cyclophore, tandis que chez les Diotocardes et sur- tout chez les Néritidés le bord du manteau est toujours très près des tentacules. Si on dégage la glande salivaire droite et qu'on la rejette de côté, on voit que son gros canal excréteur aborde l'œso- phage et paraît pénétrer dans son intérieur, mais il est facile de le séparer de ce dernier et de constater qu'il s'en- gage au-dessous d'un bourrelet latéral supérieur de l'œso- phage, sous lequel il reste jusqu'à la face supérieure du bulbe. La position de ce canal excréteur est identique à celle que nous avons constatée pour le canal excréteur de la glande interne de Patelle. Sous le bourrelet, le canal excré- 196 A. AMAUDRUT. teur est accompagné d'un rameau artériel se rendant éga- lement au bulbe, ce qui nous indique qu'ici comme chez Beiix le bulbe reçoit du sang par deux voies différentes. Le rameau artériel lui-même est une branche d'une artère plus grosse, issue de l'aorte, branche qui irrigue en même temps l'œsophage, les glandes salivaires et les poches. Les poches œsophagiennes (fig. 55, PI. VII) se détachent de l'œsophage, à 2 millimètres environ de la partie an- térieure de celui-ci, par une partie pédonculée longue d'en- viron 1 millimètre qui conduit dans une deuxième partie qui est dilatée. La dilatation de gauche est plus forte que celle de droite et sa forme est également différente. Celle de gauche est réniforme et le pédoncule s'unit à elle dans la région du bile, mais un peu en avant de son miheu. Celle de droite a la forme d'une massue dont le gros bout, dirigé en avant, est en rapport latéralement avec le pédoncule. Le bulbe étant ouvert (fig. 65, PI. VIIT) on voit les ori- fices et 0' des poches dans l'œsophage, mais on remarque en même temps, et ceci est important, que les poches ne se composent pas seulement des parties que nous venons de décrire et qui sont visibles de l'extérieur. On retrouve les quatre bourrelets avec tous les caractères qu'ils présentent chez les Diotocardes; les deux bourrelets d'un même côté sont réunis entre eux par une membrane mince et lisse for- mant une gouttière renversée qui conduit directement dans la partie externe visible des poches. Cette gouttière est évi- demment l'homologue des boursouflures que l'on rencontre sur le bulbe de Nérite, de Navicelle et doit être considérée comme représentant la partie antérieure des poches œso- phagiennes. Les parties postérieures sont garnies intérieu- rement de nombreux replis glandulaires qui rappellent ce que l'on observe dans les mêmes régions de ces organes chez Nérite. Entre les deux bourrelets inférieurs existe une membrane plissée transversalement qui rappelle la lan- guette inférieure des Diotocardes. Dans la partie tout à fait antérieure du bourrelet supé- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 197 rieur, on remarque une petite excavation dans le fond de laquelle s'ouvre le canal excréteur de la glande salivaire correspondante. Par sa position cette dépression peut être homologuée à la poche buccale des Diotocardes. Je ne connais pas de travail faisant mention des différentes poches du Cyclophore. Ampullaridès . — J'ai étudié dans cette famille un genre dextre, VAmpuUaria insularium^ et un genre sénestre, le Lanistes bolteniana. Amjmllaria insularium. — Derrière le bulbe, très fort, globuleux, existent deux masses rectangulaires blanches, séparées en avant, superposées en arrière, celle de droite reposant sur celle de gauche. Ce sont les glandes salivaires [gis, fig. 68, PL IX). Leur bord antérieur est épais, leurs angles arrondis , leur bord postérieur aminci, fortement déchiqueté. Sous la partie antérieure des glandes salivaires mais sur leurs canaux excréteurs, passe la branche sus- intestinale de la chiastoneurie [bsï). Elle occupe ici la même position que chez les Diotocardes, c'est-à-dire qu'elle est très rapprochée du bulbe. En arrière des glandes salivaires nous trouvons ensuite une région cylindrique très forte, le jabot (J), à la surface duquel on observe l'aorte antérieure [ao) qui s'étend obliquement d'avant en arrière et de gauche à droite. L'œsophage se rétrécit ensuite et se dirige vers la droite. Sous le bord externe de la glande salivaire droite, on re- marque une saillie [pod) qui paraît faire partie de la glande, mais qui s'en distingue déjà par sa couleur jaunâtre, tandis que la glande est de couleur blanche. Cette saillie appar- tient à la poche œsophagienne droite. En détachant avec précaution la glande salivaire des parties sous-jacenles, et en rejetant cette glande de côté, on a les positions relatives du jabot, de la glande et de la poche œsophagienne (fig. 66, PI. VIII). Cette dissection est assez délicate parce que la face inférieure de la glande est pourvue de nombreux lobules qui s'engagent dans les inter- 198 A. AMAUORUT. valles laissés entre les autres parties, et que ces intervalles sont comblés à leur tour par un tissu conjonctif abondant qui relie les organes aux ramifications glandulaires. L'œsophage prend naissance en arrière du bulbe, sur sa face supérieure. On n'observe pas ici, comme chez les Dio- tocardes, un prolongement de l'œsophage surle bulbe ; aussi les ganglions buccaux (Gb) sont-ils placés sur ]a face posté- rieure du bulbe. Après un trajet de 5-6 millimètres avec une forme cylindrique régulière, l'œsophage se renfle brus- quement pour former l'énorme jabot, qui présente sur sa face supérieure une bande blanche, à parois résistantes, contournée de droite à gauche d'avant en arrière et qui fait suite à la partie supérieure de l'œsophage. On voit par là que toutes les faces de l'œsophage n'ont pas contribué éga- lement à la formation du jabot, et que l'on peut considérer celui-ci comme une dilatation produite sur sa face inférieure. Sa partie antérieure dilatée donne une évagination qui s'en- gage sous l'œsophage et qui se poursuit jusqu'à la parlie postérieure du bulbe. Les poches œsophagiennes se détachent de l'œsophage, en arrière des ganglions buccaux, à une très faible distance de ceux-ci. Elles sont couchées sur le prolongement anté- rieur du jabot et recouvertes par les glandes salivaires, ce qui fait qu'elles ne sont pas visibles de l'extérieur sans disso- ciation, quelle que soit la face œsophagienne que l'on ob- serve. Elles ont la forme .d'une massue, assez longuement pédonculée, de couleur jaune, à bords festonnés. Au point où le pédoncule aborde l'œsophage il existe, comme dans le Cyclophore, un bourrelet longitudinal, qui non seulement fait sailhc à l'intérieur de l'œ^sophage, mais encore à l'exté- rieur ; la saillie externe de ce bourrelet forme avec la paroi œsophagienne située immédiatement au-dessous une sorte de sillon dans lequel s'engagent le canal excréteur salivaire, le nerf œsophagien qui, issu du ganghon buccal corres- pondant, envoie des rameaux à la poche, à la glande sali- vaire, à l'œsophage et au jabot. Dans ce sillon s'engage éga- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 199 lement une ramification artérielle qui se rend à la face supérieure du bulbe. Le canal excréteur des glandes salivaires peut se suivre assez facilement jusqu'au niveau des ganglions buccaux; il est superficiel, placé sur le bord externe de l'œsophage, dans le sillon précité, et maintenu dans ce dernier par des fibres transversales très grêles, mais, au delà des ganglions buccaux, il s'enfonce dans les tissus du bulbe en même temps qu'il s'écarle de la ligne médiane. L'œsophage élant ouvert, on n'observe plus la disproportion signalée chez les Diotocardes entre la cavité buccale et la partie antérieure de l'œsophage qui repose sur le bulbe : la première s'est accrue, la seconde a diminué. Néanmoins, on retrouve dans cette dernière les parties qu'on rencontre chez un Diotocarde. Le plancher, plus large que long, montre latéralement les deux bourrelets inférieurs [hid^ hïg^ fig. 67, PI. VIII) réunis en avant aux bourrelets supérieurs [hsd^ bsg) et fixés ensemble sur la face interne de la partie pos- térieure de la puissante mâchoire [m). Le bourrelet supé- rieur, très fort, présente, dans sa partie antérieure, un sillon longitudinal dont les bords plissés lui donnent l'aspect d'une poche buccale ; dans son intérieur s'ouvre le canal excréteur de la glande salivaire. Bien que la position de ce sillon soit un peu différente de celle que présente la poche buccale des Diotocardes, je n'hésite pas à l'homologuer avec cet or- gane, car la position reculée qu'il occupe est la conséquence du grand développement de la mâchoire. Entre les deux bourrelets [bsd^ bid)^ de chaque côté existe une dépression allongée, à parois lisses, qui correspond à la partie antérieure de la poche œsophagienne et qui en arrière conduit dans l'intérieur de la massue. Les quatre bourrelets se terminent deux à deux, en apparence, à l'orifice de cha- que massue dans l'œsophage, mais si on ouvre celle-ci, il est facile de constater qu'ils se continuent jusqu'au fond de la partie dilatée, en restant écartés l'un de l'autre, le supérieur présentant toujours un développement plus fort que l'autre. 200 A. AIIAUDUUT. Entre ces bourrelets et dans l'inlérieur de la poche existent de nombreux replis transversaux qui les réunissent entre eux, mais d'un côté seulement, l'autre côlé de la poche étant lisse. Dans le Lanistes holtenïana (Ampullaire sénestre) la partie antérieure de l'œsophage présente les mêmes caractères que dans l'espèce précédente. Les poches œsophagiennes occu- pent la même position ; elles sont relativement plus fortes et plus faiblement pédonculées. La partie renflée s'étend le long de l'œsophage, aussi bien en avant qu'en arrière, leur plus grande dimension est parallèle à l'œsophage, tandis que dans VAmpuUaria insularium le grand axe de la poche lui est perpendiculaire. Par ce caractère les poches de Lanistes ressemblent plutôt à celles de Cyclophore qu'à celles d'Am- puUaire. Elles ne se dégagent pas de l'œsophage au même niveau, celle de gauche s'en dégage plus en avant que celle de droite, par contre celle-ci s'étend un peu plus loin en arrière que l'autre. Dans les travaux anciens et récents, il n'est pas fait men- tion de ces dilatations œsophagiennes. J'ai dit plus haut qu'en arrière des poches œsophagiennes existait un vaste jabot. Celui-ci ne correspond ni aux poches œsophagiennes ni à l'estomac des Diolocardes, l'estomac des Ampullaires existant dans sa position normale. Il s'a- git d'une formation nouvelle qu'on pourrait homologuer avec le soi -disant estomac des Pulmonés et qui vrai- semblablement est en relation avec le genre de vie de l'a- nimal. Dans les animaux qu'il me reste à étudier, on ne trouve plus trace de poches buccales. Avant d'aller plus loin, c'est donc le moment de revenir sur ces formations. Dans les Chitons que l'on considère comme plus archaïques que les Diotocardes, les poches buccales et les glandes sahvaires ont sensiblement la même forme et s'ouvrent séparément dans le plancher buccal. Chez les Diotocardes, la glande salivaire est différenciée de la poche et son canal excréteur se rappro- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 201 che de celle-ci au point de déboucher dans son intérieur; mais ce rapprochement s'est produit par degrés. Chez Haho- tide, Fissurelle, Turbo, la partie terminale du canal excré- teur s'ouvre en avant de la poche et forme la petite cavité à paroi lisse qui précède la grande à parois plissées. Chez Nérite, Navicelle, Cyclophore, Ampullaire, le canal excré- teur s'ouvre dans la partie postérieure de la poche qui alors est simple. Ces différences de relations qui existent entre le canal excréteur et la poche buccale tiennent sans doute au déplacement d'avant en arrière de la partie fondamentale de la glande salivaire. Quant à la disparition de la poche chez les Mollusques à trompe, on peut la considérer comme une con- séquence de la réduction de la largeur du bulbe et par suite comme une conséquence indirecte de l'allongement. J'ai dit que la trace de ces poches ne se rencontrait pas plus haut dans la série des Mollusques; cependant on ren- contre assez souvent chez les Prosobranches à trompe une petite dilatation à l'extrémité du canal excréteur salivaire et chez les Pulmonés, en général, on trouve au même endroit une infinité de petites glandes unicellulaires. On pourrait encore considérer ces dilatations et ces amas de cellules glandulaires comme des restes de la poche buccale des Dio- tocardes. 3° Mollusques à mufle rétractïle. — Chez les AmpuUaires et les Cyclophores les poches œsophagiennes se présentent avec les mêmes caractères que chez les Diotocardes supérieurs ; la seule différence que nous ayons eu à signaler consistait dans les positions relatives des poches, de Tarière et du nerf de la chiastoneurie et nous avons expliqué ces différences par un allongement produit chez ces Monotocardes en arrière des tentacules. Mais les Mollusques ne sont pas tous placés sur une série unique. Si les AmpuUaires descendent des Diolocardes supé- rieurs, les autres Monotocardes ne dérivent pas tous des AmpuUaires. Certains se sont détachés des Diotocardes plus tôt que les AmpuUaires, ou, en d'autres termes, ont leurs 202 A. AMAUDRUT. ancêtres dans des formes plus primitives. Si les différents al- longements que nous avons définis plus haut se produisent sur des animaux ayant des poches de Patelle, de Turbo ou de Troque, par exemple, l'animal ainsi modifié par l'allonge- ment nous présentera des poches œsophagiennes évidemment différentes de celles de TAmpullaire. Paludine vivipare. — Le mufle est relativement long et large et contient le bulbe. En arrière de celui-ci se trouvent les glandes sa- livaires, fusionnées sur la ligne mé- diane, recouvrant les centres céré- broïdes et la partie antérieure de l'œsophage ; leur masse est nettement rejetée à gauche, ce qui est déjà un indice de torsion. L'œsophage prend naissance en arrière du bulbe et non au-dessus ; il se dirige d'abord de droite à gauche, puis, plus en arrière, il revient vers la droite. L'aorte [ao, fig. 45, /) passe sur lui au point où se produit le coude postérieur. En avant de l'aorte passe la branche supra-in- testinale [bsï). Sur l'œsophage et à partir du bulbe, on observe deux lignes blanches (bsd, bsg), situées de cha.que côté delà ligne médiane. En arrière, ces lignes se dirigent de plus en plus vers la gauche et passent sous l'œsophage, un peu en avant de l'aorte. Une coupe transver- sale nous indique que ces lignes blanches ne sont autre chose que les bourrelets supérieurs. A droite et à gauche de ceux-ci, on observe des boursouflures blanchâtres, d'aspect glandu- laire, plus fortes en avant qu'en arrière, et qui, comme les bourrelets, se terminent àl'endroit oii l'aorle passe de gauche à droite. A ce niveau la série des boursouflures de droite occupe la face supérieure de l'œsophage, tandis que la série Fig. 45. — Partie anté- rieure du tube digestif de la Paludine vivipare. — B, bulbe; hh' , boursou- flures représentant les poches œsophagiennes; hsd, 6s^, bourrelets supé- rieurs droit et gauche; Gc, ganglion cérébroïde ; Gp, ganglion pleural ; GSw, sus-intestinal; hsi, connectif de la chiasto- neurie ; ao, aorte. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 203 de gauche occupe la face inférieure. Il est à remarquer que dans la partie antérieure de l'œsophage, les boursouflures sont situées au-dessous des bourrelets et que par suite elles appartiennent à la face inférieure de l'œsophage; on peut donc les considérer comme les homologues des poches œso- phagiennes des Diotocardes et expliquer la déformation [de celles-ci de la manière suivante : dans l'allongement du mufle, le bulbe a suivi ce mouvement et exercé une traction sur la partie antérieure de l'œsophage ; dès lors celui-ci per- dait en largeur ce qu'il gagnait en longueur. Dans cet allon- gement, l'aorte et le système nerveux sont restés en place, ce qui explique la position de la commissure cérébroïde en arrière du bulbe, position que nous rencontrons ici pour la première fois. Dans les poches de la Paludine on ne rencontre plus que les deux bourrelets supérieurs, les inférieurs ont disparu. Ceci ne doit pas nous surprendre, car nous avons déjà fait remarquer que les bourrelets inférieurs chez les Diotocardes s'étendaient en général moins loin en arrière que les bourre- lets supérieurs et que chez Trochiis zyziphiniis on ne les rencontrait plus qu'au niveau du bulbe. Le jabot de la Palu- dine peut donc être encore considéré comme dérivant de poches œsophagiennes à bourrelets inférieurs disparus et nous pouvons par suite considérer la Paludine elle-même comme voisine des Troques. Cette parenté a été déjà indi- quée par Bouvier (1) dans le passage suivant : « Par leuï* saillie labiale, leurs cordons pédieux et leurs commissures pédieuses, leur commissure labiale et un système nerveux encore très éloigné du type zygoneure, les Paludines sont de tous les Ténioglosses les plus voisins des Turbonidés et des Trochidés. » Xénophore. — Dans les genres précédemment étudiés, le bord libre du manteau passe toujours à une distance assez faible en arrière des tentacules. Il n'en est plus de même ici, (1) Bouvier, loc. cit., p. 72. 204 A. itMAUDRUT. la distance [aid^ fîg. 69, PL IX) est environ deux fois plus grande que la longueur du mufle. On peut désigner cette région sous le nom de cou et la considérer comme un allon- gement des parois de la cavité antérieure du corps (allon- gement intercalaire post-tentaculaire). Dans les Diotocardes et les Monotocardes primitifs, la cavité antérieure est élargie en arrière du bulbe pour loger les poches œsophagiennes et les glandes sahvaires. Dans Xénophore, la cavité est sensiblement cylindrique, aussi bien dans la région du cou que sous le plancher de la cavité res- piratoire. Chez les premiers, les poches œsophagiennes et les glandes salivaires remplissent complètement la cavilé antérieure, chez le Xénophore, ces organes sont situés en grande partie dans le cou, ce qui nous indique qu'ils ont participé à l'allongement. En arrière du bulbe situé dans le mufle, l'œsophage com- prend une partie cylindrique large qui s'étend jusqu'au point cil l'aorte antérieure passe sur lui. En arrière de ce point le diamètre de l'œsophage est réduit de moitié. Dans la partie élargie on observe les deux bourrelets supérieurs avec leur mouvement de torsion de 180°. Les ganglions cérébroïdesont suivi le bulbe et se trouvent placés immédiatement en arrière de celui-ci. Le ganglion sus-intestinal [sui] a con- servé sa position dans le voisinage de la branchie. La bran- che supra-intestinale [bsi) issue du ganglion palléal, se dirige immédiatement à gauche et passe presque transver- salement sur l'œsophage ; arrivée sur le côté gauche de ce dernier, elle prend une direction rectiligne jusqu'à la base du cou, puis se porte plus à gauche dans le ganglion sus- intestinal. La branche sous-intestinale se dirige immédiate- ment à droite en passant sous l'œsophage ; elle présente également une portion rectiligne placée à droite de ce dernier et une troisième portion oblique vers la droite se rendant au ganglion sous-intestinal (^o?). A son entrée dans la cavité antérieure, l'aorte est située à gauche de Fœsophage, elle passe ensuite à droite et présente, TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 205 (le ce côlé, une portion rectiligne, puis, un peu en arrière des colliers nerveux, elle s'engage sous l'œsophage, pour traverser avec lui les colliers nerveux. Les deux glandes salivaires sont situées à gauche de l'œso- phage, celle de droite recouvrant celle de gauche, qui s'étend un peu plus loin en arrière, jusqu'au niveau du ganglion sus-intestinal. Le canal excréteur de la glande droite suit le même trajet que la partie antérieure de la branche sus- intestinale. Les parties rectilignes des canaux salivaires, des branches de la chiastoneurie et de l'aorte sont une preuve que les organes internes ont subi l'allongement et d'autre part ces parties rectilignes peuvent, dans une certaine mesure, ser- vir à déterminer l'étendue de cet allongement. La torsion de 180° nous est indiquée parles mêmes organes et par les deux bourrelets tordus que présente la partie antérieure de l'œsophage. La dilatation de la partie anté- rieure, par sa position en arrière de la branche sus-intesti- nale et en avant de l'aorte, par la présence des bourrelets tordus dans son intérieur, peut être homologuée aux poches œsophagiennes des Diotocardes. 4° Mollusques à trompe. — Dans le Xénophore l'allonge- ment intercalaire a été postérieur à la torsion et, comme il s'est produit dans la région primitivement tordue, tous les organes de la cavité antérieure ont conservé nettement leur torsion primitive. Dans les Mollusques à trompe, celle-ci étant due à un allongement terminal ou intercalaire postérieur à la torsion, on ne trouve aucune trace de torsion des organes situés dans son intérieur: l'œsophage, les canaux des glandes saHvaires, l'aorte antérieure sont toujours rectilignes. En arrière de la trompe (sauf quelques rares exceptions, Cônes Terebra), les organes ont conservé leur position rela- tive due à la torsion. La partie œsophagienne comprise entre la branche supra-intestinale et l'aorte représente la région postérieure des poches œsophagiennes, tandis que la portion 206 A. AIIAUOHUT. œsophagienne comprise dans la trompe en représente la partie antérieure. La partie postérieure a conservé certains de ses caractères primitifs, en particulier sa forme renflée, qui lui a fait donner le nom général de jabot, tandis que la partie antérieure, par suite de l'étirement qu'elle a subi, a pris une forme sensiblement cylindrique. Dans les deux régions, la lumière du tube est toujours divisée en deux parties inégales par les bourrelets supé,rieurs, une inférieure glandulaire, une supérieure conductrice de la nourriture. Les modifications que nous venons d'indiquer sont géné- rales et peuvent s'appliquera un animal pourvu d'une trompe quelconque. Mais la trompe peut se développer de diverses manières que je crois utile de rappeler ici. r Elle peut se former par allongement terminal seul, chez des formes présentant encore les caractères primitifs des Diotocardes (Cyprées). 2° Les trompes normales obtenues par le mécanisme pré- cédent ont pu être modifiées par un allongement intercalaire intéressant la région située immédiatement en arrière des tentacules. Cet allongement intercalaire postérieur au précé- dent a donné le trocart des Cônes. 3" Enfin, l'allongement terminal a pu se produire sur des formes déjà élevées dans la série, voisines du Xénophore, c'est-à-dire déjà pourvues d'un long cou. Pour ces trois cas, et chaque fois que les modes d'allon- gement sont bien caractérisés, correspondent des formes spéciales des poches œsophagiennes. a. Allongements terminal et intercalaire dorsal réunis. Strombe et Rostellaïre. — Les Strombes et les Rostellaires occupent dans le groupe des Mollusques à trompe une place spéciale. En effet, on observe ici deux modes d'allongement de la partie antérieure du corps : l'un s'est produit en arrière des tentacules pour donner un cou très long, comme chez Xénophore, l'autre s'est produit en avant des tentacules pour former une trompe proprement dite. Les ressemblances qui existent entre les Strombes et les TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 207 Roslellaires sont si grandes que je décrirai seulement Ros- tellarïa curvirostris. Le cou (fig. 70, PI. IX) mesure 14 millimètres, la cavité respiratoire, très grande, = 40 millimètres, la trompe, relativement petite, = 15 millimètres. Le pied, très réduil, se rattache au corps par un col de 14 millimètres. Par contre, les largeurs de ces différentes parties sont relativement faibles, celle du cou mesure 8 millimètres et, en arrière, cette largeur diminue encore graduellement jusqu'au fond de la cavité respiratoire. Les différences qui existent entre les longueurs de ces parties et leurs largeurs, différences que nous ne rencontrons pas chez les autres Mollusques, nous indiquent déjà que l'allongement, ou mieux l'étirement, s'est produit aux dépens de la largeur du corps. La forme des organes est en rapport avec la forme externe du corps ; la partie antérieure du tube digestif est très étroite et les glandes salivaires allongées présentent un diamètre fort restreint. Les parois de la trompe et du cou sont épaisses; par contre, le plancher de la cavité respiratoire est mince, surtout en arrière, où l'on observe, par transparence, l'œsophage et l'aorte. Le bulbe occupe l'extrémité de la trompe. L'œsophage (fig. 71, PI. IX) présente, en arrière du bulbe, un diamètre d'environ 3 millimètres qu'il conserve jusqu'au niveau des colliers nerveux; là, il se rétrécit pour prendre un diamètre d'environ 2 millimètres. En arrière, il se renfle de nouveau, présente un maximum de largeur d'environ 4 millimètres, au niveau delà région moyenne delà cavité antérieure, puis à par- tir de là, il se rétrécit pour reprendre son diamètre de 2 milli- mètres, au point où il est recouvert par l'aorte antérieure. Les ganglions cérébroïdes sont placés comme d'ordinaire en arrière des tentacules, le ganglion sus-intestinal est resté en place, au voisinage du point où le manteau se rattache au cou, aussi la branche supra-intestinale est très longue et très oblique. L'aorte, en pénétrant dans la cavité antérieure, est placée 208 A. AlIAUDRUT. à gauche de l'œsophage, elle conserve cette position sur une longueur de 2 centimètres, puis passe sur l'œsophage de gauche à droite, en arrière de la partie dilatée; on l'aperçoit à droite de cette région jusqu'au voisinage des centres céré- broïdes, mais là, elle passe sous l'œsophage pour traverser avec lui les colliers nerveux. Si on injecte la partie antérieure du tube digestif, on observe mieux ses contours et en mçme temps, ce qui est plus important, on remarque que ses parois ne présentent pas partout la même épaisseur. En avant, depuis le bulbe jusqu'aux colliers nerveux, on aperçoit la matière injectée occupant la ligne médiane et, à droite et à gauche, une bande blanche qui correspond au bourrelet supérieur. En arrière des coUiers nerveux, jusqu'au point oii l'aorte passe sur l'œsophage, on n'aperçoit pas la matière injectée ; plus loin, elle apparaît de nouveau, toujours par transparence. Si on observe la face inférieure, c'est l'inverse qu'on remarque; en avant des colliers nerveux, les parois sont épaisses et ne laissent pas voir la masse injectée ; en arrière, les parois sont minces jusqu'à l'aorte. Cet examen de la surface serait déjà suffisant pour nous renseigner sur la structure interne de cette partie antérieure du tube digestif. Si nous ouvrons ceUe-ci, nous nous assu- rons que les bourrelets supérieurs sont rectilignes eu avant des centres nerveux, qu'ils sont réunis entre eux supérieure- ment par des parois minces et inférieurement par des parois épaisses, tapissées par de nombreux replis longitudinaux et probablement glandulaires. Au niveau des centres nerveux, la torsion commence pour se terminer en arrière, au niveau de l'aorte ; la paroi épaisse, qui était inférieure en avant des colliers, occupe maintenant la face supérieure et récipro- quement. Le jabot nous apparaît donc comme formé par une dilatation de la face inférieure de l'œsophage, ramenée à occuper la face supérieure, par suite de la torsion à gauche de 180°. Les deux bourrelets supérieurs s'étendent depuis le bulbe TUBE DIGESTIF CHEZ. LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 209 jusqu'au point où l'aorle passe sur Tœsophage, mais ils ne vont pas au delà. La position extrême des bourrelets en arrière et aussi la position de l'aorte marquent donc la limite de la diiïérenciation de l'œsophage en deux régions bien distinctes, comme chez les Diotocardes, ce qui nous per- met de considérer la région antérieure tout entière comme l'homologue des poches œsophagiennes de ces derniers Quant aux transformations que ces poches ont subies chez les Strombes, elles s'expliquent par les allongemenls ter- minal et intercalaire réunis. B. Haller (1) a signalé les deux bourrelets longitudinaux du jabot des Strombes, mais il ne les a pas suivis jusqu'au bulbe; aussi leur mouvement de torsion lui a-t-il échappé, ce qui explique qu'il ait décrit le jabot comme appartenant à la face supérieure de Tœsophage, lorsqu'en réalité il appar- tient à la face inférieure ramenée en haut par la torsion de 180°. Il décrit la partie antérieure du tube digestif, située immédiatement en arrière du bulbe, sous le nom d'à Oso- phagus )) et il donne le nom de « Vorderdarmerweiterung » à la partie postérieure dilatée, ce qui indique bien que l'au- teur homologue seulement celte portion de l'œsophage aux poches des Diotocardes, qu'il désigne sous le même nom. b. Allongement terminal. — Par leur trompe courte et in- vaginable à partir du sommet, les Cyprées se placent natu- rellement à la base des Mollusques à trompe normale. Leurs longs cordons pédieux ganglionnaires, qui rappellent ceux de l'Haliotide, les grandes dimensions des colliers nerveux, les caractères fournis par le bulbe, nous indiquent d'autre part que les Cyprées se sont détachées de formes primitives à caractères de Rhipidoglosses. Nous devons donc nous attendre à trouver dans les parties. homologues des poches œsophagiennes des caractères plus primitifs que ceux qui nous ont été fournis par les Strombidés, que l'on doit consi- dérer comme dérivant de formes plus récentes. . v (1) B. Haller, Bie morphologie der Prosobranchier [Séparât- Abdruck cnis Jiforp/io%. Ja/tr6wc/i.,BdXIX, Heft 4, d893,p. 581). ,/] ANN. se. NAT. ZOOL. VU, 14 âlO A. AMAUDltlJT. Cyprœa, — J'ai étudié les deux espèces : C. arabica et C turdus. Dans tous les individus, j'ai toujours trouvé la trompe rétractée et les organes de la partie antérieure du tube digestif disposés de la manière suivante : En avant, la trompe (T, fîg. 7, PL 1) complètement inva- ginée et ayant la forme d'une coupe à concavité dirigée en avant. En arrière, et dans le prolongement de la trompe, se trouve le bulbe, sur la partie antérieure duquel passent les colliers nerveux. Il est bien probable que cette position n'est pas normale et que les colliers étant très larges, le bulbe se déplace dans leur intérieur pendant la protraction pour occuper ensuite une position antérieure. A la suite du bulbe vient l'œsophage, relativement gros et court; il forme un coude en avant et à gauche, puis s'engage sous le jabol. Celui-ci est placé à gauche de la ligne médiane du corps, sa forme est celle d'un cône dont le sommet est dirigé en avant, l'axe oblique étant incliné de l'extérieur à l'intérieur et d'avant en arrière. Le sommet du cône se continue avec la région postérieure de l'œsophage, qui, dans le voisinage du jabot, forme un coude brusque d'avant en arrière. A gauche du coude se trouve le cœur, duquel se détache l'aorte anté- rieure [ao) qui passe transversalement sur la branche récur- rente de l'œsophage, immédiatement en arrière du sommet du cône. L'aorte occupe donc sa position normale par rapport au jabot. Les dimensions relatives, de ces diverses parties du tube digestif sont les suivantes : trompe 10 millimètres, bulbe 10 millimètres, longueur de l'œsophage en avant du jabot 8 millimètres, longueur du jabot 15 millimètres, largeur de Tœsophage en avant du jabot 5 millimètres, et en arrière de celui-ci 2-3 millimètres. La base du jabot est appliquée contre le bulbe et cache, à la fois, la partie antérieure de Tœsophage et les glandes sali- vaires. Ce n'est point là la position normale des glandes sa- livaires, qui reposent ordinairement sur la face supérieure de l'œsophage; mais, comme je le démontrerai plus loin, par TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 211 suite du mouvement de torsion du jabot, la face inférieure de celui-ci représente morphologiquement sa face supérieure. La masse principale des glandes salivaires, s'étant trouvée dans la région de torsion, a suivi le mouvement. En dégageant le jabot des glandes salivaires et de l'œso- phage, on voit passer sur celui-ci et dans le voisinage de la base du cône, la branche sus-inteslinale delà chiastoneurie. Le jabot est donc encore compris entre le nerf et l'artère. En examinant cette partie antérieure du tube digestif par la face inférieure on aperçoit une première dilatation (D, fig. 72, PL IX), très forte dans C. arabica, où elle atteint en dimension le cinquième du jabot, mais qui est beaucoup plus petite dans C. turdus. Dans tous les cas cette poche était vide, dépourvue de lamelles et présentait les mêmes ca- ractères que le reste de la paroi inférieure de l'œsophage, comprise entre le bulbe et le jabot. A une faible distance en arrière de cette poche, se trouve le jabot. Au point où il se rattache à l'œsophage ses parois sont transparentes et laissent voir les deux bourrelets supé- rieurs ; celui de droite [bsd) passe à gauche, et celui de gauche passe à droite. L'œsophage n'aborde pas le cône par sa base, mais tangentiellement, selon une génératrice. La base, irrégulière, détache d'un point opposé à l'œsophage un prolongement qui se dirige en avant et à gauche et dont l'ex- trémité est divisée en deux lobes [ss') que je considère comme un indice certain de la dualité primitive du jabot. Dans C. turdus ces saillies existent également mais elles sont moins apparentes que dans C. arabica. L'examen interne nous montre en avant, sur le plancher de l'œsophage, une petite languette, semblable à celle que l'on rencontre d'ordinaire chez les Diotocardes et comprise entre les deux bourrelets inférieurs, mais ceux-ci sont peu développés et ne dépassent pas en arrière le niveau posté- rieur du bulbe. Par contre les bourrelets supérieurs sont puissants ; ils naissent en avant, du même point que chez les Diotocardes, et présentent avec les bourrelets inférieurs 212 A. AMAUDRCJT. les mêmes relations. D'abord écartés au niveau du bulbe, ils se rapprochent en arrière où le droit, plus puissant que le gauche, recouvre celui-ci, disposition qui a pour conséquence de diviser l'œsophage en deux canaux. Ils conservent leur direction rectiligne jusqu'à l'entrée du jabot, mais là le bourrelet droit se dirige vers la gauche et le gauche s'incline vers la droite. Tous deux se terminent au sommet du cône. 11 en résulte que l'intérieur du jabot est aussi divisé en deux canaux parles bourrelets, mais ici ces deux compartiments sont profondément différenciés l'un de l'autre. L'un, très grand, est garni intérieurement de nombreuses lamelles qui s'étendent transversalement d'un bourrelet à l'autre, le se- cond au contraire est très réduit et dépourvu de lamelles. En suivant ce dernier d'arrière en avant on constate sans difficulté qu'il conduit dans le canal supérieur œsophagien, tandis que l'autre, garni de lamelles, se continue avec le canal inférieur œsophagien. Le canal inférieur tout entier, aussi bien la partie com- prise au niveau de l'œsophage qu'au niveau du jabot, est l'ho- mologue des poches œsophagiennes des Diotocardes, fu- sionnées ici en une poche unique par suite de la disparition des bourrelets inférieurs. Le jabot est la partie de ces poches qui est restée en place avec ses caractères primitifs (torsion, lamelles) et ses limites ordinaires (nerf de la chiastoneurie, aorte). La région antérieure, non tordue, est de formation récente. C'est le résultat d'un allongement terminal recti- ligne. Le jabot des Cyprées et des animaux voisins est connu depuis longtemps. Cuvier, délia Chiaje, Souleyet, etc., parlent plus ou moins des lamelles contenues dans son inté- rieur. Malard (1) en parlant de cet organe dit : « L'œsophage se renfle graduellement chez Cyprée et porte, appendus à ses parois supérieures et inférieures, une série de feuillets trans- (1) Malard, Sur le système glandulaire œsophagien des Tœnioglosses carnas- siers {Soc. philomat. de Paris, janv. 1887). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 213 versaux alternant les uns avec les aulres, ceux du bas plus courts que ceux du haut. » Il le considère avec raison comme Fhomologue du jabot des Natice, Cassidaire, Dolium, etc., et de la glande de Leiblein des Rachiglosses, Murex, Buc- cin, etc., mais il ne lui vient pas à l'idée de chercher son origine dans les formes plus primitives. Pour lui, c'est une formation nouvelle qui aurait commencé aux Cyprées pour s'étendre plus ou moins loin et qui ne se rencontrerait que « chez les espèces perçant les coquilles d'autres Mollusques pour en faire leur nourriture » ; elle ferait défaut chez les Mollusques herbivores, et, à l'appui de son hypothèse, il cite le cas des Strombes et des espèces voisines, qui se nour- rissent de « proies à moitié décomposées », chez lesquelles le jabot manque. Je ferai seulement remarquer que le jabot existe aussi chez les Strombes et les genres voisins; seule- ment il est moins développé et présente une autre forme. Ici comme ailleurs, Haller parle des bourrelets qui divisent le jabot en deux moitiés inégales, mais comme il n'a pas vu la torsion de ceux-ci au niveau du jabot, il considère les la- melles comme appartenant à la face supérieure dorsale de l'œsophage et par suite le jabot tout entier comme étant une dilatation de cette même face, mais, pas plus qu'ailleurs du reste, il ne parle des relations constantes qui existent entre le jabot, le nerf de la chiastoneurie et l'aorte, et ne cherche à montrer commentle jabot dérive des poches œsophagiennes des Diotocardes et à plus forte raison que le canal inférieur de l'œsophage a la même origine. Natka monilifera. — La disposition générale est sensi- blement la même que dans Cyprée, L'œsophage est un peu plus long et plus étroit, sa partie antérieure est élargie et présente dans son intérieur les deux bourrelets supérieurs disposés comme dans Cyprée ; mais ces bourrelets s'atté- nuent rapidement en arrière du bulbe pour augmenter de nouveau, à l'approche du jabot, où ils présentent des dimen- sions inégales. Celui de droite est plus fort que celui de gauche et augmente graduellement jusqu'au jabot. Dans 214 A. AMAUDRVT. toute celte partie antérieure, aussi bien au-dessus qu'au- dessous des bourrelets, il existe un épithélium formé de cellules semblables, peu hautes et fixant fortement les réac- tifs colorants. Dans le jabot, le bourrelet droit présente son maximum de développement, il repose sur le bourrelet gauche et forme à lui seul le plancher du canal supérieur. Il porte sur sa face inférieure un épithéhum glandulaire particuher formé de cellules cyhndriques très hautes, dans lesquelles le noyau seul fixe la matière colorante. Cet épithélium inco- lore se continue par des cellules de transition avec celui de la face supérieure du bourrelet, qui présente les mêmes ca- ractères que dans l'œsophage. Le bourrelet gauche est beau- coup plus petit que le précédent et est dépourvu sur sa face inférieure des grandes cellules qu'on rencontre sous ]e bourrelet droit. La face inférieure du jabot est fortement renflée et garnie de repHs qui remphssent en grande partie le canal inférieur. Ces replis s'insèrent d'une part sur la face concave de la gouttière et d'autre part, en partie du moins, sur la face ia- férieure du bourrelet gauche. En parlant des Natices, Haller (1) dit que la paroi supé- rieure et les deux côtés latéraux du jabot sont différenciés glandulairement, la face ventrale étant privée de différencia- tion glandulaire. Je ferai ici la même remarque qu'au sujet des Cyprées : la différenciation glandulaire du jabot appar- tient morphologiquement à la face inférieure ramenée en haut parla torsion. Haller signale dans Sigaretus et Natica lïneata une diffé- renciation importante de la partie antérieure du jabot, dé- tachée de l'œsophage. Cette bosse [Uocker] aurait une cou- leur blanc jaunâtre, tandis que le reste du jabot présenterait une couleur brune. Des coupes ne lui auraient pas toujours montré une ditîérenciation histologique en rapport avec la (i) Haller, \oc. cit., p. 467. TUBE DIGEST[F CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 21^ diiïérencialion externe ; dans certains cas cependant il aurait remarqué que le tissu de la moitié du côté droit se colorait plus fortement par l'hématoxyline que celui de la moitié de la bosse du côté gauche. Le côté droit de la bosse se serait différencié en une glande indépendante qui s'ouvrirait par un court canal dans la lumière du tube, cependant elle se- rait entourée par une couche^ musculaire commune aux deux glandes et au jabot. L'auteur fait en outre remarquer que cette glande s'ouvre à l'endroit où l'œsophage lui-même débouche dans le jabot, et il ajoute qu'elle est l'homologue de la petite glande que l'on trouve en avant de la grosse glande impaire dans le Murex radïx. L'importance que l'auteur attache à cette glande et les conséquences phylogéniques qu'il en tire me font revenir sur le jabot. L'œsophage aborde le jabot par sa face inférieure, environ à son premier tiers antérieur, et le suit sur le reste de sa longueur. La partie antérieure détachée de l'œsophage est la bosse en question. Le jabot étant ouvert dans le sens de sa longueur, on remarque 13 replis transversaux allant d'un bourrelet à l'autre, dans la partie qui est rattachée à l'œsophage, et 9 dans la bosse. Les 9 replis de celle-ci ayant la forme d'un fer à cheval, il en résulte alors, qu'entre la surface libre des 9 replis et la paroi opposée de la bosse, il existe une sorte de réservoir qui communique avec la cavité très réduite formée parles 13 autres replis et les bourrelets. Dans le fond de la bosse, existe une région peu développée, où les replis sont plus petits et disposés sans ordre. La cou- leur des replis transversaux est brune et partout où ces re- plis sont fixés à la paroi du jabot, la couleur de celui-ci est la même. En avant de la bosse, où les replis sont irrégu- liers et très petits, de même qu'à l'endroit où cessent les 9 replis transversaux^ la couleur est bien d'un blanc jaunâtre, mais on peut l'attribuer à la réduction des replis ou à leur absence. Des coupes faites dans la partie antérieure de la bosse de 216 A. AlBAUDRUT. Natica monilifera ne m'ont pas monlré la différenciation histologique signalée par Haller; mais je dois dire que je n'ai eu à ma disposition que des animaux conservés depuis longtemps dans l'alcool. La coupe que B. Haller donne de cette partie antérieure de la bosse est intéressante à un aulre point de vue. Je la vois divisée en deux parties, à peu près d'égales dimensions, par une cloison [e, fig. 14 de l'auteur) qui, partie de l'une des faces de la bosse, traverse sa cavité de haut en bas et atteint la face opposée. L'intérieur des deux moitiés pré- sente sensiblement le même aspect, seulement les replis du côté b sont plus petits et laissent entre eux des intervalles, tandis que du côté a les replis sont plus forts, plus serrés et laissent entre eux des méats très restreints. Dans les parties antérieures des poches des Diotocardes nous avons constaté et signalé de ces différences. J'homologue les deux moitiés [a et b) de la bosse aux deux saillies [ss') de Cyprée. Elles occupent du reste la même position et je pense qu'on ne doit pas chercher dans Tune de ces parties l'origine de la glande impaire des Murex, mais dans les grosses cellules incolores qui tapissent la face inférieure du bourrelet supérieur droit, cellules que B. Haller n'a pas signalées et qui sont semblables à celles que l'on rencontre dans la petite glande du Murex. Je re- viendrai plus loin sur ce point. Ranella giganteum (fig.. 15, PI. II). — Trompe très forte : 60 millimètres de long, 10 de large en avant au niveau du bulbe, 7 en arrière. La partie antérieure de la cavité géné- rale est étroite, mais allongée. En arrière du bulbe, l'œso- phage est large, musculeux, il se rétrécit vers le milieu de la trompe et conserve son diamètre jusqu'au jabot. Celui-ci se présente comme une dilatation du côté droit de l'œsophage, sa longueur est de 20 miUimètres, sa plus grande largeur en avant ne dépasse pas 5 millimètres; en arrière il se con- tinue avec l'œsophage sans ligne de démarcation bien nette; SsL forme est sensiblement celle d'un cône à base antérieure ; TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 217 la face supérieure de l'œsophage se continue sur le cône selon une génératrice, mais, par suite de la torsion à gauche, celte face supérieure devient de moins en moins visible d'en haut, de sorte que, pour l'apercevoir en arrière au ni- veau du jabot, il faut examiner celui-ci par sa face in- férieure. Dans la région de la trompe, depuis le bulbe jusqu'au jabot, la face inférieure de l'œsophage présente une cen- taine de petites boursouflures (/;c) d'un blanc grisâtre, tandis que la face supérieure est d'un blanc jaunâtre. Jusqu'au ni- veau des colliers nerveux ces pochettes appartiennent nette- ment à la face inférieure et ne sont visibles que quand on soulève l'œsophage. Mais en arrière des coUiers nerveux, on les aperçoit de plus en plus à droite à mesure qu'on se rapproche du jabot. Les dernières prennent un développe- ment plus grand, leurs extrémités libres se rapprochent de plus en plus et finalement se fusionnent pour former le jabot. A la surface de ce dernier on remarque encore des stries obliques alternativement claires et sombres qui té- moignent de la soudure des pochettes. De ces faits, fournis par la morphologie externe, nous pou- vons déjà conclure : r L'identité de formation des deux régions. Dans la trompe, l'écartement des pochettes et leur réduction sont les conséquences de l'allongement de cette partie antérieure. . 2° L'origine morphologique du jabot. Celui-ci n'appar- tient pas, comme le dit encore Haller(l),àla face supérieure de l'œsophage, mais bien à la face inférieure ramenée en haut par la torsion. Cette torsion s'est manifestée jusqu'à la partie postérieure du jabot, comme l'indique la hgne blan- che (face supérieure de l'œsophage) et la position supérieure de la région postérieure du jabot. La branche supra-intestinale bsi passe comme d'ordinaire sur l'œsophage en avant du jabot; elle passe également (1) Haller, /oc. ci7., p. 561. 218 A. AMAUORUT. sur les deux canaux excréteurs des glandes salivaires. En arrière du jabot, la cavité antérieure est fort rélrécie et ne contient plus que l'aorte et la deuxième portion de l'œsophage. Dans cette région, l'aorte est placée à gauche^ mais, au niveau de la partie postérieure du jabot, elle se dirige à droite en passant sur l'œsophage. La figure 73, PI. JX, représente l'œsophage ouvert en avant, selon une section longitudinale et médiane, les bords de la section ayant été rejetés à droite et à gauche. En ar- rière des fortes mâchoires (ma), prennent naissance de chaque côté les deux bourrelets mus- culaires déjà connus. Les bour- relets supérieurs (Z'^f/), de beau- coup tes plus puissants, s'éten- dent en ligne droite jusqu'au niveau des colliers nerveux ; au delà ils commencent leur mou- vement de torsion à gauche et le terminent au sommet du ja- bot, c'est-à-dire au point où l'aorte passe sur l'œsophage- Les bourrelets inférieurs [bid)^ beaucoup moins épais que les précédents, se terminent à l'endroit oii commencent les pochettes, c'est-à-dire à un ni- veau qui ne dépasse pas la région postérieure du bulbe. Entre les bourrelets supérieur et inférieur de chaque côté existe, au niveau du bulbe, une dépression [pod) plus pro- fonde en avant qu'en arrière. Il suffit de se reporter aux figures que j'ai données des Diotocardes pour se con- vaincre que ces dépressions représentent les parties anté- rieures des poches œsophagiennes de ces Mollusques. En arrière des bourrelets inférieurs, la lumière du canal œsophagien est divisée en deux parties par les bourrelets supérieurs superposés, celui de droite recouvrant celui de gauche [^\g, 46, t). Le canal inférieur peut être considéré Fig. 46. — Coupe transversale de l'œsophage de Ranella gigan- teum. — bsd, bsg, bourrelets supérieurs droit et gauche di- visant l'intérieur en deux ca- naux, l'un supérieur es, l'autre inférieur ci ; eps, épithélium du canal supérieur; epi, épithélium du canal inférieur; ex, c'x', con- duits salivaires. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 219 comme formé par la fusion des deux poches [pocL pog), la fusion élant elle-même la conséquence de la disparition des bourrelets inférieurs. Le plancher de ce canal inférieur pré- sente les orifices, en forme de fentes transversales, des po- chettes signalées plus haut. Les deux parties du canal œsophagien sont aussi différen- ciées histologiquement. Le canal supérieur, à parois épaisses, est tapissé par des cellules cylindriques, de hauteur moyenne, qui se colorent fortement par le picrocarmin, tandis que le canal inférieur, sauf dans la région des bourre- lets, est tapissé par de très hautes cellules cylindriques à protoplasma granuleux , d'aspect spumeux , qui ne se colorent pas par le picro- carmin et qui rappellent les cellules qui tapissent le bourrelet inférieur droit de Natice. Dans Ranelle la face inférieure des bourrelets porte des cellules plus cour- tes à protoplasma riche en granulations d'un jaune brun. Dans la partie antérieure du jabot (fig. 47, t) le canal supérieur, rejeté à gauche, présente la même structure que dans l'œsophage : parois épaisses à épilhélium absorbant fortement les réactifs colorants. A la face inférieure des bourrelets on observe également les cellules à granulations jaune brun. Quant au canal inférieur, il est rempli en grande partie de replis nombreux s'anastomosant en tous sens. Aucun de ces replis ne prend naissance sur les bourrelets, mais lous se détachent de la face opposée à ceux-ci, c'est- à-dire de la face qui correspond morphologiquement à la paroi inférieure de l'œsophage. De plus, tous ces replis sont tapissés par de grandes cellules, rebelles aux réactifs colorants et Fig. 47. — Coupe transversale de la région antérieure dujabot de Ranelle. 6sd, hsg, bourrelets supérieurs droit et gauche. Le canal inférieur ci est garni de nombreux replis r, recou- verts de grandes cellules cylindriques rebelles aux réactifs colorants. 220 A. AMAUDRUT. semblables à celles que nous avons rencontrées en avant du jabot. La seule différence à signaler consiste dans les rami- fications qui remplissent en partie le jabot. Dans la région postérieure du jabot la structure est encore la même, avec cette différence que les replis sont tapissés par des cellules cubiques. Les canaux excréteurs des glandes salivaires (c^',fig. 46, t) sont situés de chaque côté de l'œsophage et réunis à ce der- nier par une mince membrane qui enveloppe le tout. Leur position par rapport aux bourrelets supérieurs est la même que chez Nérile, Cyclophore. Ampullaire. Dans le IViton cmicellatimi^EBller {\) décrit le jabot comme divisé en deux parties par les bourrelets longitudinaux; il signale également la différence des deux épithéliums de l'avant et de l'arrière, mais comme d'ordinaire il considère le jabot comme une dilatation delà face supérieure. Cassis Saburon. — Un allongement intercalaire, en arrière des tentacules, aproduit une saillie en forme de tronc de cône au-dessus du pied (fig. 3, PL I). La petite base, dirigée en avant, livre passage à la trompe. Dans les différents indivi- dus que j'ai examinés je n'ai rencontré celle-ci qu'à demi rétractée : la partie postérieure ne dépassant pas la base du tronc de cône. La cavité antérieure, marquée en pointillé sur la figure, est large et courte; elle n'est pas effilée en arrière comme dansRanelle. En général il existe une certaine relation entre la forme de la cavité antérieure et celle de la cavité respira- toire. Ici cette dernière est également large et courte, tandis que dans Ranelle elle est allongée comme la cavité antérieure. La branchie et la fausse branchie contenues dans le plafond respiratoire sont également en rapport avec les dimensions de la cavité respiratoire ; ainsi tandis que chez Ranelle ces organes sont allongés, effilés en arrière, chez Cassis ils sont aussi larges en arrière (1) Haller, loc. ci^,p.560. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 221 qu'en avant. Chez ce dernier, bien que la taille soit à peine le quart de celle du premier, la largeur moyenne de sa bran- chie dépasse la plus grande largeur de celle de Ranelle d'environ un tiers. Cette relation se retrouve dans la forme des organes de la cavité antérieure. Le jabot de Cassis [^^. 48,^) a bien encore la forme d'une poire, mais la base est en arrière au lieu d'être en avant, sa partie antérieure est recouverte par les rès grosses glandes salivaires, et, dans l'état de demi- rélraction sous lequel se présente la trompe, la partie pos- térieure de celle-ci vient buter contre les glandes et les com- prime fortement, de sorte qu'il paraît difficile d'admettre une rétraction complète de l'organe proboscidien. Du reste cette remarque peut s'appliquer à toutes les trompes pour- vues d'un trocart. En arrière du bulbe l'œsophage est large, mais son dia- mètre diminue graduellement jusqu'à la moitié de la trompe; à partir de là il conserve une forme cylindrique jusqu'aux centres nerveux. Un peu en avant de ceux-ci il se coude légèrement à gauche, conséquence de l'état de rétraction de la trompe. Dans la région située en arrière du bulbe, la face infé- rieure de l'œsophage est garnie de boursouflures semblables à celles de Ranelle, tandis que dans sa portion cylindrique et étroite les pochettes font défaut. Le jabot commence immédiatement en arrière des colliers nerveux et s'étend jusqu'au fond de la cavité antérieure. Du côté gauche, il présente comme dans Ranelle une ligne blanche épaisse, placée selon une génératrice. En avant cette ligne se continue avec la face supérieure de l'œso- phage, mais, par suite de la torsion au niveau du jabot, elle occupe en arrière la face inférieure. A droite de cette région uniformément blanche on voit encore, comme dans Ranelle, des bandes transversales alternativement claires et som- bres : les claires correspondant aux bases d'insertion des rephs qui tapissent la face interne dn jabot, les sombres 222 A. AAIAUDRUT. aux espaces laissés enlre les replis. Toutefois la couleur de l'ensemble n'est pas uniforme ; en avant la teinte générale est jaune clair, et en arrière jaune brunâtre. En avant du jabot passe en écharpe, presque transver- salement, la branche supra-intestinale de la chiastoneurie; en arrière, nous retrouvons Faorte dans sa position ordinaire avec cette différence que sa torsion se produit dès son entrée dans la cavité antérieure. Si on engage une aiguille dans la paroi supérieure de l'œsophage, un peu en avant du jabot, la pointe passe entre les deux bourrelets supérieurs, et si l'on exerce une traction d'avant en arrière, en exécutant le mouvement de torsion de 180° à gauche, on divise facilement le jabot en deux parties symétriques. La figure 74, PI. IX, représente celui- ci ouvert avec ses bords rabattus. Les deux bourrelets supé- rieurs (bsd, bsg) se continuent en s'atténuant graduellement jusqu'en arrière et divisent le jabot en deux canaux, l'un supérieur décliiré par l'aiguille et présentant les mêmes dimensions et le même aspect que dans l'œsophage, l'autre inférieur situé au-dessous des bourrelets, et fortement dilaté et glandulaire. On peut donc répéter encore ici que le jabot est formé exclusivement par une dilatation de la face inférieure de l'œsophage. La portion glandulaire, ou jabot proprement dit, présente trois régions bien distinctes et importantes ; l'une médiane, de couleur blanche [bl), se continuant dans l'œsophage en conservant son aspect, et deux latérales brunes [br]^ propres au jabot, situées symétriquement à droite et à gauche de la première et s'étendant jusqu'aux bourrelets. Ces dernières régions sont formées de replis transversaux bruns, très dis- tincts même à l'œil nu. La région blanche médiane fait for- tement saillie sur le plan des deux autres et pourrait être prise au premier abord pour un produit de sécrétion géla- tineux remplissant en partie le jabot et se continuant en avant, dans le canal inférieur œsophagien. Mais si l'on examine un fragment de cette matière blanche au micro- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 223 scope, on conslale qu'elle est formée par de grandes cellules cylindriques, rebelles aux réactifs colorants et présentant les mêmes caractères que celles qui ont été signalées plus haut dans le jabot de l'œsophage de Ranelle. Ces grandes cellules adhèrent fortement entre elles et fai- blement aux tissus sous-jacents, ce qui permet d'en débar- rasser le jabot facilement. Cette opération faite, on remarque que ces cellules étaient supportées par les prolongements des rephs bruns transversaux des régions latérales, et, ce qui est plus important, on constate que ces replis transver- saux viennent se fixer à droite et à gauche d'un bourrelet longitudinal médian {bï). Ce dernier est incontestablement V homologue des bourrelets inférieurs des poches œsophagiennes des Dlotocardes. Dès lors le jabot de Cassis nous pré- sente toutes les parties constitutives qu'on rencontre d'ordi- naire dans les poches des Diotocardes, avec cette différence toutefois que l'épithélium glandulaire des rephs transver- saux est nettement différencié. En avant du jabot, dans toute la région cylindrique de l'œsophage, ce bourrelet fait défaut, mais on le retrouve plus en avant, dans la région élargie qui confine au bulbe. Sa disparition dans la région moyenne rétrécie nous appa- raît donc comme la conséquence du rétrécissement, et ici, comme dans Ranelle, nous pouvons considérer le jabot comme l'homologue de la partie postérieure des poches des Diotocardes et la portion inférieure de l'œsophage, située en avant de ce jabot, comme la partie antérieure de ces mêmes poches œsophagiennes modifiées par l'allongement. Cassidaria. — Le genre Cassidaria présente des carac- tères intermédiaires entre Cassis et Ranelle. La tête res- semble à celle de Cassis; mais, par sa cavité respiratoire pro- fonde, sa branchie acuminée en arrière^ sa cavité antérieure allongée et peu large, Cassidaria s'éloigne de Cassis et se rapproche de Ranelle. Il se rapproche encore plus de ce dernier par la forme du jabot, qui présente son maximum de largeur en avant, comme dans Ranelle, tandis que dans Cas- 224 A. AMAUDRUT. sis la partie antérieure de l'organe se continue graduelle- ment avec l'œsophage. Un point important distingue Ranelle ôeCassidaria, c'est que dans ce dernier, la partie antérieure du jabot se sépare de l'œsophage. La partie isolée est encore faible dans C. echynophora (fig. 49, t) mais elle atteint 3 millimètres dans C. thyrrena (fig. 50, t). Chez les deux espèces la partie antérieure présente une couleur blan- Fig. 48, 49, 50. — Jabots, J. — Fig. 48, de Qa^ûs sahuron; fig. 49, de Cas- sidaria echinophora ; fig. 50, de Cassidaria thyrrena. — Gc, ganglion cérébroïde ; Gp, ganglion pleural; ^ui, ganglion sus-intestinal; 6st, branche supra-intestinale de la chiastoneurie; ao, aorte; 1, lobe salivaire acineux; 2,3, lobes salivaires sacciforines. che, tandis que le reste est jaune brun, Dans son entier, le jabot est toujours marqué de stries transversales alternative- ment claires et sombres. En avant passe comme d'ordinaire la branche supra-intestinale et, en arrière, l'aorle anté- rieure. L'œsophage présente toujours son maximum de largeur en avant, son diamètre diminue graduellement sur une lon- gueur de 5 millimètres dans C. thyrrena et de 10 millimètres dans C. echinophora. A partir de là le calibre est constant jusqu'au jabot. Les deux faces sont toujours différenciées TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 225 extérieurement; la face supérieure est blanche, consistante, presque plane, tandis que la face inférieure est grise, mince et fortement bombée. Cette dernière, dans la région élargie qui confine au bulbe, présente 4-5 boursouflures(C. thyrrena) et 10-12 [C. echinophora) . Dans les deux espèces, les bourrelets supérieurs bien déve- loppés s'étendent depuis le bulbe jusqu'à la partie posté- rieure dujabol, les deux inférieurs [bid^ big, fig. 51, t) sont encore visibles sur une coupe transversale passant à quel- ques millimètres de l'entrée de l'œsophage dans le bulbe. Fig. 51. — Coupe transversale de la région antérieure de l'œso- phage chez Cassidaria thyrrena. — bsd, bsg, bid, big, bourrelets supérieurs et inférieurs droits et gauches. Fig. 52. — Coupe transversale du jabot de Cassidaria thyrrena. — bsd, bsg, bourrelets supérieurs droit et gauche. Les deux conduits œsophagiens formés par la superposi- tion des deux bourrelets supérieurs sont toujours tapissés par des cellules épithéliales caractéristiques pour chacun. Dans la portion antérieure du jabot, portion détachée de l'œsophage, les bourrelets supérieurs font défaut; mais ils persistent dans la région de l'organe qui est encore fixée à l'œsophage, région oii ils prennent un développement maximum; là leurs bords se replient [^\^. 52, /) de manière à recueillir les produits de sécrétion et à les conduire soit en avant, soit en arrière, de telle sorte que le jabot, tout en étant encore une glande intrinsèque, fonctionne déjà comme glande extrinsèque. ANN. se. NAT. ZOOL. VU, 15 226 A. AMAUDRUT. La structure de la partie libre du jabot est la même dans les deux espèces; la paroi interne est garnie de replis trans- versaux, tapissés d'une seule sorte de cellules semblables à celles que l'on trouve sur toule la longueur du canal infé- rieur œsophagien. Dans la partie encore attachée à l'œsophage existent deux sortes de cellules, mais les positions respectives de celles-ci dans les deux espèces de Cassidaria , doivent être décrites séparément. DansCa^67V/^nâ^^cAmc»/7Aor«,rarrangementestle même que dans Cassis Saburon (fi g. 74, PL IX). La face ventrale présente intérieurement un bourrelet longitudinal médian, duquel se détachent des replis transversaux dirigés à droite et à gau- che et fiixés aux parois latérales du jabot. Dans le voisinage du bourrelet médian, ces replis transversaux, ramifiés à leur tour, sont garnis de grandes cellules semblables à celles de la face inférieure de l'œsophage, tandis que latéralement, ils sont recouverts de petites cellules cubiques à contenu granuleux brunâtre. La figure 52, /, représente une coupe de la région moyenne du jabot de l'aulre espèce [C. thyrrena)\ la face supérieure est rejetée à gauche et la face inférieure à droite par suite de la torsion. La coupe est un peu obhque de manière à intéresser plusieurs replis transversaux. Ceux-ci s'étendent de droite à gauche et ne sont plus interrompus par le bourrelet médian qui fait défaut. Ils ont sensiblement la forme d'un demi-cercle et leur insertion sur les parois du jabot produisent ces bandes alternativement claires et som- bres qu'on observe de l'extérieur. Ils ne sont pas rigoureu- sement plans, mais leur surface présente de nombreuses sinuosités, qui dans la région médiane s'anastomosent avec celles des replis adjacents. Au point de vue histologique_, chacun d'eux compreud trois régions : une médiane et deux latérales symétriques. Dans la région médiane, qui corres- pond au bourrelet inférieur, les replis sont garnis de grandes cellules incolores déjà connues, tandis que dans les régions TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 227 latérales ils sont recouverts de petites cellules brunes. Laté- ralement, les sinuosités sont beaucoup plus accusées qu'au milieu, ce qui tient sans doute à ce que les cellules blan- ches, d'aspect muqueux, se sont gonflées sous l'influence de l'eau et ont comprimé les parties latérales. Quoi qu'il en soit, le jabot nous apparaît encore ici difTérencié en trois régions : une médiane de même nature que le canal inférieur œsophagien, dont elle n'est que le prolongement, et deux laté- rales symétriques qui ont conservé l'aspect primitif des poches œsophagiennes des Diotocardes; mais il est à noter que la partie antérieure libre du jabot présente une structure uni- forme, qui est celle du canal inférieur de l'œsophage. Malard (1) a étudié le jabot d'un certain nombre de Ténio- glosses carnassiers. Je cilele passage relatif aux deux der- niers genres que je viens de décrire : a Chez la Cassïdarïa ihyrrena et les types voisins, Cassis saburon, G. textulus^ la dilatation (jabot) montre une sorte de tendance à se séparer de l'œsophage, qui semble ainsi ramper sous l'organe en le côtoyant, mais une fente fermée par une sorte de valvule en bourrelet fait communiquer la poche glandulaire avec l'œso- phage. Les feuillets, toujours transversaux, se trouvent dès lors ici appendus presque uniquement à la paroi supérieure. » La tendance du jabot à se séparer de l'œsophage en avant est bien exacte pour Cassidaria^ mais fausse pour Cassis sahuron où on remarquerait plutôt une tendance à la sépa- ration d'arrière en avant. Il existe deux bourrelets et non un seul fonctionnant comme valvule; enfin, les feuillets appartiennent à la face ventrale ramenée en haut par la torsion et non à la face dorsale de l'œsophage. Ici comme ailleurs, le jabot est une dilatation de la face ventrale. Pas- sant à l'histologie de l'organe, l'auleur dit avec raison que « chaque feuillet est recouvert de cellules de deux sortes, les unes semblables à des cellules muqueuses, les autres granu- leuses semblables à des cellules à ferment », mais il ne dit (i) Malard, loc. cit. 228 A. AMAUDRUT. rien relativement à la place qu'occupent les cellules sur le feuillet et, comme il n'a pas étudié l'œsophage, il n'a pas vu les rapports étroits qui unissent le jabot au canal inférieur de celui-ci. Avant d'aller plus loin, il imporle de faire quelques re- marques sur les animaux à trompe que nous venons de passer en revue. Tous appartiennent aux Proboscidifères siplîonostomes avec radule normale deTénioglosse2. 1.1.1.2 et sont encore pourvus de mâchoires. Chez tous, l'organe proboscidien est encore relativement court par rapporta sa largeur : la Ranelle, malgré sa longue trompe, ne doit pas être considérée comme faisant exception, si on réfléchit à la largeur de la trompe et à la taille énorme de l'animal. Les dimensions de l'œsophage sont en rapport avec celles de la trompe, c'est-à-dire qu'il est court, mais large. En général, les deux canaux œsophagiens, séparés par les bourrelets, sont tapissés de cellules très différentes et l'épithélium glan- dulaire du conduit inférieur se prolonge jusque dans le jabot, où il existe, en outre, des cellules d'une autre nature. Lors- que la trompe est rétractée, l'œsophage forme un léger coude sous la gaine et à gauche de la ligne médiane du corps. Le jabot présente des rapports variables avec l'œsophage : tantôt il est rattaché à ce dernier sur toute sa longueur ; tan- tôt sa partie antérieure, tantôt sa partie postérieure sem- blent se détacher de l'œsophage . Parmi ces Proboscidifères, nous avons trouvé des trompes un peu différentes. Chez Cyprée, Natice, Cassidaire, Ra- nelle, l'allongement terminal seul a produit la trompe, tan- dis que chez Cassis^ et surtout Doliian, il s'est formé, en outrC;, un autre allongement qui a donné le Irocart. Ces Proboscidifères ont donné naissance à deux groupes bien distincts : les Rachiglosses et les Toxiglosses, chez les- quels nous devons examiner les poches œsophagiennes sépa- rément. Je me propose donc de suivre les transformations du jabot et du canal œsophagien dans ces deux groupes, et TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 229 de montrer que les Iransformations qu'on observe sont en rapport avec l'absence ou la présence du Irocart, c'est-à-dire avec la forme définitive de la trompe. Rachiglosses, — Ils dérivent des Proboscidifères précé- dents par Ja continuation de l'allongement terminal de ceux-ci. Cet allongement a donné une trompe de plus en plus longue, mais de moins en moins large; le bulbe s'est étiré davantage et, comme conséquence, les mâchoire sont disparu, les dents latérales également, et la formule dentaire est devenue 1.1. 1. La partie postérieure des pocbes étant restée en place, toujours limitée par le nerf de la chiasto- neurie et l'aorte, l'œsophage s'est allongé en même temps qu'il s'est rétréci. Aux deux états de protraction et de rétrac- tion de la trompe, le bulbe conservant toujours la même position à l'extrémité de celle-ci, l'œsophage, de rectiligne qu'il est pendant la protraction, se coude fortement pen- dant la rétraction. Dans ce mouvement de retrait, une par- tie de la trompe devient la gaine (partie libre de la gaine) qui se loge dans la cavité antérieure du corps, comprimant et refoulant les organes qui s'y trouvent. On peut déjà prévoir que l'allongement terminal exagéré n'a pas élé sans action sur l'état des pocbes œsophagiennes des Proboscidifères. Rapana bezoar. — La figure 13, PL II, représente un Purpuridé, le Rapana bezoar ouvert, l'appareil probos- cidien rélracté ayant été relevé. Il est facile de se rendre compte de la position des organes, si on suppose ramenées dans leur position normale les parties qui ont été relevées. La gaine de la trompe est encore courte (Ga) et, de sa partie postérieure, fait saillie le bulbe (B). Ces deux organes occu- pent, en grande partie, la cavité antérieure; ils reposent sur les ganglions cérébroïdes et la portion œsophagienne qui s'étend en arrière de ceux-ci. De chaque côté delà gaine, sur le plancher de la cavité antérieure, se trouvent les glandes salivaires annexes [gla^ g'Ta!). En avant des gan- glions cérébroïdes, leurs canaux excréteurs se réunissent en un canal unique qui se dirige d'avant en arrière, sous la face 230 A. AllAUDRUT. inférieure de la gaine et du bulbe ; arrivé au niveau de la région postérieure de ce dernier, le canal rebrousse chemin d'arrière en avant, s'engage entre la gaine et le bulbe et vient s'ouvrir à la partie antérieure de ce dernier. Au-dessus des glandes salivaires annexes se trouvent les glandes sali- vaires normales [gln^ g^l'n!) ; leurs canaux excréteurs, après s'être mis en rapport avec l'œsophage, se dirigent avec lui d'abord d'avant en arrière, puis d'arrière en avant pour passer sur la face supérieure du bulbe, dans lequel ils débou- chent à l'endroit connu. L'œsophage se dirige d'abord d'avant en arrière, puis, au niveau de la partie postérieure du bulbe, il se coude de haut en bas, s'engage d'arrière en avant sous le bulbe et la gaine qu'il suit jusqu'en avant des colliers nerveux. Là, il forme un nouveau coude, traverse les colliers nerveux et se dirige d'avant en arrière sur le plancher de la cavité antérieure. Cette dernière partie réfléchie reçoit, à une certaine dis- tance des colliers nerveux, le court canal excréteur d'une glande connue sous le nom de glande de Leiblein (G/). En avant de celle-ci passe la branche sus-intestinale de la chias- toneurie (to). L'aorte antérieure, située d'abord à gauche de l'œsophage, passe sur celui-ci et sur la glande, atteint ainsi le côté droit de celle-ci, puis se coude de droite à gauche et de haut en bas, pour venir se placer de nouveau dans le voi- sinage de l'œsophage, mais sur son côté droit. Elle traverse ensuite les colliers nerveux, puis longe la face inférieure de la gaine tout en restant comprise entre l'œsophage à gauche et le canal excréteur commun des glandes annexes adroite. Elle s'engage ensuite sous le bulbe, tandis que l'œsophage passe au-dessus. Depuis le bulbe jusqu'à la glande de Leiblein, l'œsophage présente des caractères sur lesquels il faut revenir. Sur l'anse qui s'étend sous la gaine^ de la face postérieure du bulbe jusqu'aux ganglions cérébroïdes, on observe une dilatation connue sous le nom de pharynx de Leiblein (PA). Elle est beaucoup plus rapprochée des ganglions cérébroïdes que de TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 231 la partie postérieure du bulbe ; sa forme est celle d'une poire ou d'un cône, dont l'axe est situé dans le prolongement de l'œsophage, le petit bout dirigé du côté des ganglions et le gros bout du côté du bulbe. Par sa forme, elle rappelle assez le jabot de cerlains Ténioglosses, en particulier de Kanelle ; l'œsophage ne l'aborde pas tangentiellement selon une génératrice, mais il se met en rapport avec elle parle milieu de sa base. En avant de la poire, c'est-à-dire dans la région qui s'étend depuis le bulbe jusqu'à elle, l'œsophage est relativement grêle; de la poire aux ganglions cérébroïdes, Fi g. 53, 34, oo. — Rapana bezoar. — Fig. 53. Coupe de l'œsophage en ar- rière du bulbe; fig. 54, un peu en avant du pharynx de Leiblein ; fig. 55, intéressant la partie antérieure du pharynx; fe.sd, bsg, bourrelets supé- rieurs droit et gauche; ex, canal excréteur des glandes salivaires nor- males. le diamètre n'a pas changé, mais immédiatement en arrière de ceux-ci, il augmente graduellement jusqu'à la glande de Leiblein. Cette région dilatée est importante à étudier. Déjà de l'extérieur on distingue, même à l'œil nu, deux ré- gions (es et ci) séparées par une ligne sinueuse ; l'une [es) est d'un blanc jaunâtre, l'autre d'un blanc grisâtre. Si on observe l'autre face de cette portion œsophagienne, celle qui repose sur le plancher de la cavité antérieure, on remar- que la même division longitudinale en deux parties. Une coupe transversale passant un peu en arrière du bulbe nous montre la face interne de l'œsophage garnie d'un 232 A. AMAUDRUT. grand nombre de peliis replis longitudinaux (fig, 53 t) recouverts d'un épitliélium continu, formé de cellules sem- blables et de dimensions moyennes. On ne rencontre ni les deux bourrelets supérieurs, ni les grandes cellules incolores du canal inférieur. Dans l'épaisseur des parois s'observent les canaux excréteurs des glandes salivaires (ex). Cette struc- ture simplifiée se rencontre jusque dans le voisinage du pharynx de Leiblein, c'est-à-dire sur toute la partie rélrécie de l'œsophage, mais elle change à quelques milhmètres en avant de cet organe : les bourrelets supérieurs font leur apparition, le droit étant un peu plus gros que l'autre (fig. 54 1). L'épithélium est différencié à partir du sommet des bourre- lets ; du côté supérieur, les cellules sont petites et semblables à celles qu'on rencontre plus en avant sur toute la surface interne; du côté inférieur, les cellules sontgrandes, incolores et rebelles aux réactifs colorants. En résumé, à part les di- mensions des bourrelets, la structure est la même que celle de l'œsophage de Cassidaria. La figure 55 / représente une coupe transversale du pha- rynx de Leiblein passant à une petite distance de sa base. On y retrouve les deux bourrelets [bsd^ bsg), mais tandis que le gauche a conservé les dimensions qu'il présentait dans la coupe précédente, le droit a pris un développement énorme. Trop large pour pouvoir s'étendre horizontalement dans la cavité du pharynx, il s'est replié en une sorte de gouttière à concavité supérieure. Les deux bourrelets sont tapissés de petites cellules, ainsi que la paroi œsophagienne qui les réunit supérieurement, mais inférieurement on ren- contre de très grandes cellules cylindriques qui, au niveau des bourrelets, passent insensiblement à la forme des cel- lules de la face supérieure. Bien que ces cellules présentent la même forme que celles qu'on rencontre d'ordinaire sur la face inférieure de l'œsophage, elles m'ont toujours paru présenter une plus grande affinité pour les réactifs colorants, mais cette propriété est peu importante et insuffisante pour les distinguer de celles-ci, car plus en arrière, mais toujours TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 233 dans le pharynx, on retrouve ces grandes cellules incolores, rebelles aux réaclifs colorants. Le bourrelet supérieur droit ne s'insère pas sur la paroi du pharynx selon une génératrice, mais selon une ligne con- tournée de droite à gauche et d'avant en arrière, en passant par la face supérieure; en d'autres termes, il est contourné dans l'intérieur du pharynx do la même manière que dans les jabots de Natice, Cyprée, etc. Cette ligne sinueuse apparaît en blanc à l'extérieur du pharynx, grâce au renforcement qu'elle procure à la paroi. Le bourrelet n'est pas fixé à la paroi sur toute sa longueur ; il présente une partie libre éga- lement en forme de gouttière tordue qui fait librement sailHe dans rintérieur du pharynx. Cette partie libre n'atteint pas le sommet de la poire, car si on pratique une coupe trans- versale au niveau des deux tiers postérieurs de l'organe, on ne trouve plus qu'un cercle continu, sans bourrelets, ni à droite, ni à gauche ; toute la surface interne est alors tapis- sée d'un épithélium continu à grandes cellules incolores. . Entre le pharynx et les colliers nerveux, l'œsophage est de nouveau très étroit; une coupe transversale faite à ce niveau ne montre plus les deux bourrelets supérieurs ni les grandes cellules incolores qui caractérisent d'ordinaire la face inférieure du tube œsophagien. En arrière des colliers, l'œsophage se dilate progressive- ment jusqu'à la glande de Leiblein, en même temps qu'il pré- sente une différenciation extérieure. A une faible distance en arrière des ganglions cérébroïdes, l 'épithélium qui le tapisse intérieurement est encore simple, non différencié, et formé de petites cellules cubiques ; mais du milieu de la face infé- rieure s'élève un bourrelet [bi, fîg. 56 t) que les coupes sui- vantes vont me permettre d'homologuer au bourrelet infé- rieur des poches œsophagiennes des Diotocardes et du jabot de Cassis. En efl'et, la coupe suivante (fig. 57 /), passant à peu près à égale distance des ganghons cérébroïdes et de la glande de Leiblein, nous montre les deux bourrelets [bsd^ bsg) et, entre 234 A. AMAUHRUT. les deux, le bourrelet [bi], fort réduil, mais encore très carac- téristique. L'épilhélium inférieur est de nouveau formé par les grosses cellules incolores, tandis que l'épilhélium situé au-dessus des bourrelets supérieurs est formé de cellules cubiques. Nous avons maintenant la signification de la dif- férence d'aspect que présente cette région quand on l'observe de l'extérieur : elle est due précisément à la différenciation des épithéliums qui tapissent l'intérieut*. La figure précédente nous montre que, dans cette région, l'œsophage est encore divisé en deux canaux différenciés, comme dans Cassidaire, etc., mais avec cette différence Fig. 56, 57, 58. — Rapana bezoar. — Trois coupes transversales de la portion œsophagienne située en arrière des colliers nerveux, la dernière passant très près de la glande de Leiblein. — bi, bourrelet inférieur; bsd, bsg, bourrelets supérieurs droit et gauche. qu'ils communiquent largement entre eux par l'espace libre qui existe entre les sommets des bourrelets supérieurs. A mesure qu'on se rapproche de la glande de Leiblein, le canal inférieur, tout en conservant ses caractères anatomiques, se rétrécit de plus en plus (fig. 58 /), de manière à former une gouttière dans le fond de laquelle s'ouvre le court canal excréteur de la glande de Leiblein. Les bourrelets s'arrêtent à ce niveau, c'est-à-dire qu'ils ne pénètrent pas dans la glande et qu'ils ne se continuent pas dans la portion œsopha- gienne qui suit. L'épithélium à grandes cellules incolores ne se continue pas davantage dans la région postérieure de l'œsophage, mais il se prolonge sans modifications dans le court canal excréteur et dans la partie antérieure de la glande où il est porté par des lamelles ramifiées. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 235 Nous conslalons ici que les relations de la glande de Lei- blein avec l'œsophage sont les mêmes que celles du jabot des Proboscidifères. La structure esl aussi la même; la seule dif- férence qui existe réside dans la forme. Nous nous propo- sons d'expliquer plus loin cette différence de forme. Dans le genre Ravana, le tube œsophagien diffère de celui des Proboscidifères : Cassis, Cassida?ia, etc., par les diffé- renciations dans le sens de sa longueur, de deux régions dépourvues de grandes cellules incolores alternant avec deux régions qui en sont pourvues. Si nous remarquons que les grandes cellules incolores, ainsi que les bourrelets supérieurs, manquent précisément dans les régions où l'œsophage pré- sente son minimum de diamètre, et qu'au contraire nous retrouvons ces formations bien caractérisées dans les régions dilatées, nous pouvons conclure qu'il existe entre le rétré- cissement et la disparition de ces parties une relation do cause à effet, et nous devons chercher à expliquer la dispari- lion des cellules incolores par les causes qui ont amené le rétrécissement. Les parties rétrécies de l'œsophage sont au nombre de deux : l'une en avant du pharynx de Leiblein, l'autre en arrière, au niveau des colliers nerveux. Quand on ouvre un Rachiglosse conservé dans l'alcool, la trompe est en général rétractée, mais il n'est pas rare aussi de la trouver évaginée. Dans chacun de ces cas, le pharynx de Leiblein occupe des positions très différentes. Dans une trompe invaginée, la pointe de la poire s'engage dans les col- liers nerveux ; la portion œsophagienne située en avant de sa base forme une anse plus ou moins longue logée sous la gaine de la trompe (fig. 13, PI. II). Si la trompe se dévagine, l'anse œsophagienne rentre dans la gaine et la base de la poire vient s'appliquer contre la face postérieure de la gaine dévaginée. Celle-ci ayant la forme d'un entonnoir, on s'ex- plique la forme arrondie de la poire dans sa partie anté- rieure, forme qui est celle d'une calotte sphérique au som- met de laquelle pénètre l'œsophage. Dans ce mouvement de va-et-vient de la trompe et de la gaine, l'œsophage qui est 236 A. AMAUDRUT. dans leur intérieur esta chaque instant soumis àTétirement et-à des pressions latérales. Ces deux causes, étirement et pressions latérales, me paraissent suffisantes pour expliquer la réduction du calibre du tube. Quant au pharynx de Leiblein, il correspond à une portion très restreinte de l'œsophage, qui, dans les mouvements d'in- vagination et d'évagination de la trompe, ne rentre jamais dans la gaine en avant et ne franchit pas les colliers nerveux en arrière. On peut donc concevoir cet organe comme le reste d'une glande, ayant occupé primitivement, chez les formes à œsophage relativement court et large, toute la lon- gueur de ce dernier et qui, par suite de l'allongement ter- minal de la trompe et des mouvements alternatifs de celle- ci, n'aurait pu subsister qu'à l'endroit oii l'œsophage n'était pas comprimé par ces mouvements. On peut expliquer mécaniquement aussi la forme en spi- rale du bourrelet droit dans l'intérieur de la poire. En effet, lorsque la trompe est dévaginée, l'œsophage présente depuis le bulbe jusqu'au jabot une direction rectihgne; mais quand la trompe se rétracte, l'anse œsophagienne se place sous la gaine et toujours à gauche de l'axe de la trompe (probable- ment à cause des organes génitaux développés à droite) ; il en résulte que si l'œsophage reprend sa direction recliligne primitive, il doit exécuter un mouvement de torsion ; celui-ci ne peut pas se produire dans la partie de l'œsophage qui rentre en ligne droite dans la trompe, mais seulement dans la partie postérieure de l'anse, c'est-à-dire au niveau du pha- rynx; ainsi pourraient s'expliquer le développement exagéré du bourrelet droit et sa torsion à gauche dans cette région très restreinte de l'œsophage. Du reste, cette supériorité du bourrelet droit sur le gauche et sa torsion se rencontrent aussi dans tous les jabots de Cyprée, Cassis, eic. qui sont également tordus. Le deuxième rétrécissement de l'œsophage, celui qui est situé au niveau des colliers nerveux, est dû à une autre cause. Cliez les Proboscidifères, les colliers nerveux sont très TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 237 larges et l'œsophage peut se déplacer quelque peu dans leur intérieur sans subir de compression. Chez les Rachiglosses, au contraire, les colliers sont très étroits et l'œsophage qui les traverse ne peut plus se mouvoir librement et présente en ce point une sorte d'étranglement. Si nous comparons maintenant le pharynx de Leiblein dans les principales familles de Rachiglosses, nous remarquons qu'il va en diminuant de volume des Purpuridés aux Muri- cidés et aux Biiccidinés, et qu'il manque en général chez les Fusidés. Cette réduction nous apparaît encore ici être en rai- son directe de la réduction du calibre général du tube œso- phagien et en raison directe de l'allongement de la trompe. A part les différences de taille, le pharynx présente les mêmes caractères chez les Purpuridés et les Muricidés; le bourrelet supérieur droit est toujours puissant et contourné en spirale, comme il a été dit plus haut; mais chez les Buc- cinidés il est beaucoup plus faible et chez Bullia mauritiana il est à peine plus gros que le gauche et s'étend peu dans l'intérieur du pharynx. L'anatomie de l'organe de Leiblein a été faite par Haller(l) dans le ConcJtolepas. 11 le décrit comme ayant la forme d'une poire dont la base est dirigée en avant, la pointe en arrière; il est placé en avant du collier nerveux et présente dans son intérieur une forte saillie annulaire, prolongement de la face inférieure de l'œsophage, saillie qui agirait à la manière d'une soupape pour régler la marche des aliments. Par ce passage, on voit que Fauteur n'établit aucune rela- tion entre cette saillie, qu'il dit annulaire, et le bourrelet droit, relation d'autant plus facile à voir chez Concholepas que, d'après la description de l'auteur, les bourrelets exis- tent en avant de la poire. Quant au rôle de régulateur de la nourriture qu'il attribue au bourrelet, il me paraît d'autant plus problématique que je n'ai jamais trouvé de nourriture dans l'intérieur de la poire. [\) Haller, Die Morphologie der Prosobranchier {Morph. Jahrbuch., XIV, 1888, p. 92. 238 A. AUAUDUUT. Plus loin, l'auleur ajoute qu'il existe une certaine relation entre le « développement de cette glande elle régime carnas- sier ». Ce qui reviendrait à dire que le pharynx est une for- mation nouvelle, commençant aux Buccinidés pour atteindre son maximum aux Purpuridés, ou, en d'autres termes, que les Buccinidés sont des formes moins carnassières et plus ar- chaïques que les Purpuridés. Mais si nous examinons la puis- sance de la trompe chez ces animaux, ;nous remarquons que la glande décroît à mesure que la trompe s'allonge. Si cette glande était en rapport avec le degré de voracité de l'animal, il faudrait admettre alors que la longueur de la trompe n'est plus un indice du degré de voracité de l'animal. Je sais que cette succession indiquée par Haller est admise dans la plupart des ouvrages classiques et qu'en sa faveur viennent témoigner certains caractères anatomiques, entre autres le développement progressif des glandes salivaires annexes et le développement également progressif de la glande de Leiblein. Je comprends qu'il est difficile d'ad- mettre que les glandes annexes ont apparu brusquement chez les Purpuridés avec leur maximum de développement; mais si on remarque que ces glandes se rencontrent à l'état rudi- mentaire chez certains Terebra^ il semblera plus difficile encore de considérer les Toxigiosses comme formes plus an- ciennes que les Purpuridés. Quant au développement pro- gressif de la glande de Leiblein des Fusidés aux Purpuridés, il ne me paraît pas admissible : la glande de Concholepas ressemble beaucoup plus au jabot des Proboscidifères que celle des Buccinidés, et l'œsophage des Purpuridés et des Muricidés nous montre encore en certaines places ces glandes- cellules incolores si caractéristiques qu'on rencontre sur toute la longueur de l'œsophage des Proboscidifères. Haller signale en outre, dans le pharynx de Leiblein de Concholepas^ une autre glande qui est située en arrière, du côté du sommet et vers le bas. Il la représente, dans sa figure 71, comme formée par 7-8 petits tubes qui s'ouvrent dans l'intérieur de la poire, mais qui ne font pas saiUie se- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 239 parement au dehors; l'épilhélium qui les tapisse est toujours formé de grandes cellules incolores, qui ne prennent aucun réactif colorant connu. Remarquons que la coupe est longi- tudinale et qu'au lieu de tubes nous devons avoir autant de petites fossettes, et comme celles-ci sont placées sur la face inférieure de la poire el, de plus, qu'elles sont tapissées par les grandes cellules incolores, on voit sans peine qu'elles correspondent aux pochettes de Ranelle, Cassis^ Cassi- daria, etc. Dans le Concholepas, il existe encore, entre les colliers nerveux et la grosse glande impaire, une formation glandu- laire que B. Haller désigne sous le nom de « mittlere Vorder- darmdruse ». Examinée par la face inférieure, dit l'auteur, elle présente deux moitiés séparées par un sillon longitu- dinal ; chaque moitié est divisée de nouveau par des sillons transversaux en un certain nombre de lobes placés les uns derrière les autres. Elle fait à peine saiUie sur la face infé- rieure; la coupe transversale montre que les deux moitiés latérales s'ouvrent ensemble dans la lumière du canal; l'épi- thélium est semblable à celui de l'élargissement piriforme et il est difficile de dire si cette glande est paire ou impaire. Pour résoudre cette difficulté, l'auteur a recours à une com- paraison avec les autres Rachiglosses, particulièrement les Murex^ chez lesquels on trouve en avant de la grosse glande impaire une petite glande d'aspect framboise. Sa conclusion est que la « mittlere Vorderdarmdrtise » est impaire. Pas plus que le pharynx deLeiblein, cette glande n'est une formation nouvelle, mais bien encore un reste du tube infé- rieur glandulaire, qui dérive lui-même, comme je l'ai dit plus haut, de la partie antérieure des poches œsophagiennes des Diotocardes, et ici le cas est d'autant plus remarquable que la structure de cette glande médiane se rapproche plus du jabot que de l'œsophage de Cassidaire. La figure 75 du mé- moire d'Haller représente une coupe transversale de la « mit- tlere Vorderdarmdriise ». Je remarque que les bourrelets supérieurs sont puissants, plus puissants que ôans>Rapana, et 240 A. AllAUDRUT. qu'ils divisent la lumière de l'œsophage en deux parties communiquant ensemble sur la ligne médiane, entre les bourrelets. Le canal supérieur est tapissé par un épithélium à cellules moyennement hautes, tandis que le canal inférieur est recouvert d'un épithélium fortement phssé et à grandes cellules cylindriques. Je remarque eu outre, sur le milieu de la paroi qui réunit inférieurement les deux bourrelets supé- rieurs, que la muqueuse est soulevée par un troisième bour- relet médian. En résumé, la figure 75 qu'Haller donne du Conchoiepas, ressemble à la figure 57 t de Rapana^ avec cette Fig. 59, 60. — Murex brandarib. — Fig. 59. Coupe transversale de l'œso- phage passant un peu en avant du canal excréteur de la glande framboi- sée. — Fig. 60. La coupe intéresse le canal excréteur de cette glande supplémentaire gis ; bsd, bsg, bourrelets supérieurs. différence que l'épithélium à grandes cellules du canal infé- rieur est fortement phssé, caractère qui rappelle celui des pochettes de Ranelle. J'ai étudié chez Murex brandaris la glande qu'Haller a si- gnalée chez bon nombre de Muricidés. Elle est placée au- dessus de l'œsophage [gis, fig. 9, PI. I), dans lequel elle débouche par un très court canal excréteur ; son aspect est framboise, comme le dit Haller. Une coupe transversale, pas- sant un peu en avant du canal excréteur et intéressant à la fois l'œsophage et la partie antérieure de la glande, nous donne la figure 59 /. Dans l'œsophage [œ), nous voyons saillir les deux bourrelets [bsd, bsg). L'épithélium est différencié entre les bourrelets, mais les grandes cellules incolores sont TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. ^41 en haut et les petites en bas. Cette disposition, inverse de celle qu'on rencontre d'ordinaire, ne doit pas nous sur- prendre ; en elîet, la glande f'ramboisée étant comprise entre le nerf de la chiastoneurie et l'aorte, c'est-à-dire dans la région tordue de l'œsophage; la face inférieure de celui-ci a été ramenée en haut et la face supérieure en bas. Au-dessus de l'œsophage, nous remarquons la partie anté- rieure de la glande dont l'intérieur est garni de replis, sur lesquels reposent les grandes cellules incolores semblables à celles qu'on rencontre dans la portion d'œsophage qui fait face à la glande. La coupe suivante passe par le canal excréteur; les deux bourrelets [bsd^ dsg, fig. 60 t) sont plus développés qu'en avant, l'intérieur de l'œsophage est tapissé de petites cellules cubiques et la glande est recouverte intérieurement de grandes cellules incolores. Cette glande se présente donc comme une évagination de la région comprise entre les bour- relets, et comme cette région appartient à la face inférieure de Fœ.sophage, ramenée en haut par la torsion, nous pou- vons dire que la glande elle-même est une dilatation de la face inférieure de l'œsophage, et non de la face supérieure, comme le dit Haller. Le canal excréteur de la glande de Leiblein débouche dans l'œsophage, en arrière de la petite glande framboisée et sur la même génératrice de l'œsophage. On peut donc dire aussi que la glande de Leiblein appartient à la face inférieure de l'œsophage, ramenée en haut par la torsion. Le canal excré- teur, assez long, présente dans le voisinage de son embour chure dans l'œsophage un certain nombre de boursou-, flures {bo^ lîg. 8, PI. I), dont l'intérieur est encore tapissé: de grandes cellules incolores. Dans le corps de la glande, mais seulement dans le voisinage du canal excréteur, on trouve encore des cellules cylindriques moins hautes que les précé- dentes et se colorant à peine parles réactifs colorants, tafldis! qu'en arrière les cellules épithéliales sont cubiques et rentrl plies de granulations brunes. La glande de Leiblein présente; ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 16 242 A. AilAUDRlJT. donc, comme le jabot de Cassis, Cassidaire, etc., deux sortes de cellules. J'ai retrouvé la glande framboisée dans iopas s e?'tum. L'œso- pbage, très étroit au niveau des colliers nerveux, s'élargit progressivement en arrière et présente à sa surface une dila- tation piriforme (gis, fîg. 76, PI. X), dont le grand axe, long de 2 millimètres, est dirigé transversalement, le sommet de la poire tourné à gauche et la basé à droite, celle-ci se rattachant largement à l'œsophage. A sa surface, on ob- serve quatre bandes blanches transversales alternant avec des bandes sombres sinueuses. En arrière de gis, l'œso- phage encore très large présente le même aspect jusqu'au canal excréteur de la glande de Leiblein. Des coupes nous indiquent que la glande a la même structure que celle du Murex et qu'elle appartient égalenient à la face inférieure de l'œsophage. La portion œsophagienne comprise entre la dilatation [gis) et le canal excréteur de ]a grosse glande de Leiblein contient encore les bourrelets supérieurs et les grandes cellules incolores, mais cette différenciation œso- phagienne ne va pas plus loin en arrière : les bourrelets s'arrêtent à l'embouchure du canal excréteur de la grosse glande, tandis que les grandes cellules se continuent dans son intérieur. Par sa position entre le nerf de la chiastoneurieet l'aorte, par ses rapports avec la face inférieure de l'œsophage, la grosse glande «de Leiblein des Rachiglosses présente les mêmes caractères que le jabot de Ranelle^ Cassis, eic. Sa structure histologique est encore la même, au moins chez les formes les plus anciennes oii l'épilhélium est encore diffé- rencié en grandes cellules incolores et en petites cellules cubiques. Une différence est à signaler toutefois : chez les Prôboscidifères siphonostomes, les celhiles sont portées par des replis transversaux assez réguhèrement répartis dans l'intérieur de la glande, tandis que chez les Rachiglosses les replis internes, beaucoup moins développés, ne présen- tent plus de régularité. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 243 Par leur forme, le jabot des Proboscidifères siphonos- lomes et la glande impaire des Rachiglosses sont très différents. La glande, placée à droite de l'œsophage, ressemble à un €Ône 1res irrégulier, la base dirigée en avant, la pointe effi- lée en arrière, l'axe parallèle à l'œsophage. La surface pré- sente en général un sillon profond contourné en spirale qui s'étend de l'extrémilé antérieure de la glande jusqu'à sa moitié environ et dans l'intérieur duquel passe l'aorte, dans son mouvement de torsion d'arrière en avant et de gauche à droite. D'un point du cône situé toujours à une certaine distance de la base, se détache le canal excréteur qui se rend à l'œsophage. Comment expliquer cette différence de forme? Dans €yprée, Nalice, Cassidaria thyrrena, etc., le jabot présente deux parties bien distinctes: l'une antérieure, détachée de l'œsophage et dans laquelle ne se continuent jamais les bourrelets; l'autre postérieure, dans laquelle le jabot propre- ment dit (partie glandulaire) est séparé du canal supérieur de l'œsophage par les bourrelets. Supposons que la partie libre du jabot s'accroisse de plus en plus, au détriment de la partie fixée, il arrivera un moment où le jabot lui-même ne sera plus rattaché à l'œsophage que par un point, auquel aboutiront et se termineront les deux bourrelets. La glande ainsi obtenue serait bien extrinsèque, mais elle serait orien- tée en sens inverse de la glande de Leiblein ; il faut donc admettre que la cause qui provoquait la séparation détermi- nait en même temps le rejet de la glande en arrière. Revenons aux Diotocardes à poches œsophagiennes bien développées (\e'è Tiirbos e{ les Troques, par exemple). Lors- que le mufle s'allonge et devient rétractile, la partie posté- rieure des poches reste en place, entre le nerf et l'aorte, mais la partie antérieure s'allonge et se rétrécit pour former à ses dépens la partie antérieure de l'œsophage. Lorsque le mufle se rétracte, l'œsophage se coude et la face posté- rieure du bulbe vient buter contre la portion postérieure 244 A. AMAUDUCJT. des poches qui est restée en place. On comprend que, sous les efforts répétés du bulbe, la région antérieure dilatée de cette portion postérieure des poches œsophagiennes se sépare de l'œsophage. Ainsi peu! s'expliquer la formation du jabot de Cyprée (figure 7, PI. I), dans laquelle nous voyons à l'état de rétraction la face postérieure du bulbe fortement appliquée contre la face antérieure du jabot. Lorsque le mufle s'allonge pour donner une trompe, celle-ci, à un certain moment, se replie à sa base pour former la gaine. A cet état ce n'est plus le bulbe qui, pendant la rétraction, vient buter contre le jabot, mais la face posté- rieure de la gaine (fig. 8, PI. I). L'effet de celle-ci est évi- demment le même que celui du bulbe. Plus la h^ompe s'al- longe, plus la longueur de la gaine est considérable et plus loin aussi s'étend cette gaine en arrière pendant la rétrac- tion. L'effort produit d'abord par le bulbe et ensuite par la gaine sur la partie antérieure du jabot étant continu, la séparation indiquée plus haut a dû être aussi continue. Mais que devenait la partie ainsi détachée ? Il est évident qu'elle ne pouvait pas exécuter un mouvement de rotation de 180" à droite pour venir se placer en arrière ; elle en aurait été empêchée par l'exiguïté de la cavité antérieure, et, si les choses s'étaient passées ainsi, nous devrions trouver des jabots présentant des formes en rapport avec ce mouvement ; de plus, si la glande de Leiblein était purement et simple- ment un jabot détaché de l'œsophage et retourné d'avant en arrière, sa structure devrait présenter d'abord les lamelles transversales qu'on rencontre si réguhèrement réparties dans le jabot et ses deux extrémités devraient présenter la même structure. Il n'en est rien, comme on sait : il existe toujours deux régions bien distinctes dans la glande de Leiblein; l'une antérieure, toujours garnie de replis irrégur liers, anastomosés, mais toujours aussi richement glandu- laire et se rapprochant beaucoup delà structure du jabot; l'autre postérieure, effilée, dont les parois sont pauvres en éléments glandulaires quand elles n'en sont pas dépourvues^ TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 245 Pour ces raisons, je considère celle partie postérieure comme étant une formation secondaire et je l'explique de la manière suivante. La gaine de la trompe venant buter contre l'extrémité du jabot avant que celui-ci ait accompli son développement complet, et le jabot ne trouvant qu'une région libre en arrière pour se développer, il s'est formé dans sa partie pos- térieure une nouvelle région de croissance qui a donné tout d'abord l'illusion d'un jabot détaché de l'œsophage par ses deux extrémités. C'est évidemment cet état que Malard (1) a observé chez certaines Natices quand il dit que « la dilata- tion fusiforme chez les types précédents [Cassis^ Cassidana) semble se ramasser sur elle-même en se détachant de l'œso- ph'age à ses deux extrémités antérieure et postérieure ». Si la trompe s'accroît de plus en plus, la partie antérieure se sépare de plus en plus, mais comme l'espace nécessaire à son développement est insuffisant, cette partie détachée se trouve comprimée, les lamelles qui sont dans son intérieur perdent leur arrangement régulier et s'anastomosent pour former le feutrage qu'on rencontre dans cette partie anté- rieure de la glande de Leiblein. Mais pendant que ces modi- fications se produisent en avant, la région postérieure s'al- longe de plus en plus et donne un tube pauvre en éléments glandulaires, tube qui s'étend plus ou moins loin en arrière, le long de l'œsophage. La figure 13, PI. Il, de Rapana bezoar nous montre la glande sous cette forme encore assez pri- mitive; le canal excréteur est à peine indiqué et les deux régions de la glande sont assez distinctes et situées à peu près dans le prolongement l'une de l'autre. Si la trompe s'accroît encore davantage (Pourpre, Murex)^ la gaine à l'état de rétraction refoule en arrière la glande tout entière, et alors se forme le canal excréteur (fig. 9, PI. I) dontTembouchure, en rapport avec l'extrémité des bourre- lets, correspond à la partie terminale des poches œsopha- (1) Malard, loc. cit. 246 A. AlIAUDRUT. giennes. La portion antérieure de la glande (A, fîg. 77, PI. X) de Purpura lapillu^, ne trouvant plus suffisamment de place eh avant, se réfléchit sur l'œsophage et se moule sur lui. La région postérieure (P), engagée entre l'aorte et l'œsophage^ s'agrandit et produit des boursouflures autour de l'œso- phage et surtout autour de l'aorte ; de là la forme lobée que prend la glande et les impressions S et S' qu'elle présente à sa surface. c. Allongement terminal et intercalaire post-tentaculaire réunis^ ou formes à trocart. — Les Ténioglosses Proboscidi- fères siphonostomes comprennent des familles pourvues d'une trompe formée par allongement terminal seul et d'autres chez lesquelles l'allongement intercalaire s'est déjà manifesté pour donner un trocart rudimentaire. Nous avons montré comment le jabot des premières conduisait à la glande de Leiblein des Rachiglosses; nous allons mainte- nant essayer de faire voir que le jabot des secondes nous mène à la glande à venin des Toxiglosses. Parmi les Ténioglosses pourvus d'un trocart, nous avons déjà signalé certains Cassidaires Pyrules et Cassis, en parli- cuher le Cassis saburon [^g. 3, PL I). Le jabot de ce der- nier a été décrit avec celui de Cassidaire et nous l'avons représenté (fig. 48 t). Je ferai seulement remarquer ici que sa partie antérieure est rétrécie et se continue graduelle- ment avec le canal inférieur de l'œsophage qui présente la même structure que lui, tandis que sa partie postérieure fortement dilatée semble déjà se détacher de l'œsophage. Doliitm olearium. — Les figures 1 et 2, PI. I, montrent les relations du trocart et de la trompe. Celle-ci, élargie à sa base, n'est pas repliée pour former une gaine, et je pense que ses mouvements de protraction et de rétraction doivent être très limités, d'abord parce que je ne vois pas les mus- cles ordinaires rétracteurs de la trompe, ensuite parce que les glandes sahvaires énormes rempHssent toute la cavité an- térieure du corps et s'opposent à l'invagination; enfin ce mouvement serait inutile, puisque la trompe est protégée par TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 247 le Irocart. J'ajouterai encore que, dans les Ténioglosses pour- vus d*un trocart, j'ai toujours trouvé la trompe dans les posi- tions indiquées par les figures 1 , 2 et 12 de Dolium. La disposition de ces parties entraîne des conséquences multiples. La cavité antérieure conserve ses dimensions pri- mitives, au lieu de les réduire en avant, d'abord d'une façon intermittente par l'invagination de la gaine libre, et ensuite d'une manière permanente par la formation de la gaine fixée. Les colliers nerveux ne sont pas recouverts par l'appa- reil proboscidien. L'œsophage ne se replie pas pour former l'anse caractéristique des Rachiglosses, qui porte le pha- rynx de Leiblein. La figure 12^ PL II, représente les organes contenus dans la trompe et dans la cavité antérieure, moins les glandes sali- vaires, qui ont été enlevées. Leur arrangement est spécial. Les ganghons cérébroïdes sont rejetés à gauche et les pé- dieux fort loin à droite; le ganglion sus-inlestinal occupe sa position normale à gauche, la branche sus-intestinale de la chiastoneurie ne passe pas sur l'œsophage, mais est tout en- tière située à gauche. A la base de la trompe et en arrière des colliers nerveux, l'aorte [ao] forme un coude très prononcé de gauche à droite, avant de traverser ceux-ci au-dessus des ganghons pédieux. Ces dispositions s'expliquent si l'on ad- met que la torsion a intéressé la région des colliers nerveux. Dans la trompe, le bulbe et l'œsophage présentent toujours leur face supérieure tournée en haut, sauf à la base de la trompe, où l'œsophage est un peu tordu. Dans la figure, j'ai exagéré la torsion des organes de cette région pour montrer les appendices qui se détachent de la face inférieure de l'œsophage. Le bulbe, très fort, 12 millimètres de long, remplit à peu près la moitié antérieure de la trompe ; de sa face posté- rieure se détache l'œsophage, qui s'étend sensiblement en ligne droite jusqu'à la cavité viscérale. Sa partie antérieure, comprise dans la trompe et longue de 14 millimètres, est plus large que la suivante et présente sur sa faCe inférieure M8 A. AUAUDRUT. de grosses boursouflures dont les dimensions croissent de l'avant à l'arrière. Les dernières, situées au niveau des col- liers nerveux, se continuent dans un appendice cylindrique ijn peu renflé à son extrémité, long de 15 millimètres et qui s'étend transversalement de gauche à droite immédiate- ment au-dessus des connectifs cérébro-pédieux et cérébro- viscéral droits. La partie postérieure de l'œsophage, comprise dans la cavité antérieure, en arrière de l'appendice, présente une forme régulièrement cylindrique. La figure 78, PI. X, montre le bulbe ouvert ainsi que la partie antérieure de l'œsophage. Nous reconnaissons to^t de suile les deux bourrelets (bsd.bsg) limitant entre eux et les parois inférieures de l'œsophage un canal rempli d'une matière blanche d'aspect gélatineux ; mais si nous porlons un fragment de cette matière sous le microscope, nous re- marquons tout de suite que nous avons affaire à de grandes cellules incolores, rebelles aux réactifs colorants. On peut enlever facilement l'ensemble de ces cellules, car elles pré- sentent beaucoup d'adhérence entre elles et très peu avec les parois qui les supportent. Cela fait, on observe au fond de la gouttière un troisième bourrelet très sinueux et ramifié qui, en avant, se divise pour aller rejoindre les parois laté- rales du bulbe. Cette partie antérieure de l'œsophage pré- sente donc les mêmes caractères que chez Kanelle, Cassi- daire, etc., et avec quelque chose de plus : l'existence du bourrelet médian. Les trois bourrelets se continuent dans l'appendice (fig. 75, PI. IX), oii ils sont visibles jusqu'à l'extrémité de ce dernier. Entre {bi et bsg)^ de même qu'entre [bsd et bsg)^ se développent de nombreux replis irréguliers (r et r'), sur lesquels on retrouve les grandes cellules incolores; mais entre [bsd et bï) les replis n'existent qu'en arrière; il en résulte ainsi un espace [e) qui communique avec le canal infé- rieur. L'appendice nous apparaît donc comme l'homologue du jabot de Cassis^ Ranelle, etc., et par suile comme l'homo- TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 249 logue de la partie postérieure des poches œsophagiennes. Une différence importante est à signaler ici ; tandis que chez les animaux précédents le jabot, ou partie postérieure des poches, est encore en place, chez DoUimi^ son homologue s'est détaché de l'œsophage, d'arrière en avant, et la longueur de l'appendice mesure la longueur de la partie détachée. En effet, nous savons qu'en général la position transversale de l'aorte sur Tœsophage limite postérieurement les poches ; dans Dolium, il est vrai que le point où l'aorte passe sur l'œsophage est très éloigné de l'appendice; mais si nous ra- menons celui-ci d'avant en arrière sur l'œsophage, nous re- marquons que son extrémité libre occupe sa position nor- male par rapport à l'aorte (fig. 12, PI. II). Une autre remarque est encore à faire. Lorsque le jabot se sépare de l'œsophage d'avant en arrière, pour donner la glande de Leiblein, les bourrelets restent en place et conti- nuent à faire partie de l'œsophage. Dans Dolium^ c'est l'in- verse. La présence et l'absence des bourrelets dans les parties détachées sont évidemment en rapport avec le sens de la séparation, et peuvent s'expHquer par l'absence des bourrelets en arrière du jabot et leur continuité en avant avec ceux de l'œsophage. Dans la séparation d'avant en ai'rière, les bourrelets auraient dû se rompre quelque part, pour faire partie de la glande extrinsèque; on peut donc considérer leur résistance comme cause de la séparation du jabot au-dessous d'eux. Chez Nerite, Cyclophore et surtout Ampullaire, oii la séparation se fait également d'arrière en avant, mais de chaque côté, les bourrelets se continuent aussi dans les parties détachées. La gouttière et son diverticule étaient déjà connus de délia Chiaje, Quoy et Gaymard, et considérés par ces au- teurs comme une évagination du tube digestif terminée en cul-de-sac. Keferstein (1) fait remarquer qu'il ne s'agit pas d'un simple diverticule œsophagien, car l'intérieur contient (1) Keferstein, /oc. Ci7., p. 954. 250 A. AMAUDRUT. une matière gélatineuse qui est le produit de sécrétion de la glande. Haller (1) considère également le contenu du lube comme formé par une matière gélatineuse. Nous avons vu plus haut que cette soi-disant matière gélatineuse est formée par les cellules incolores portées en grande partie par le bourrelet inférieur très ramifié. Haller homologue l'appendice à la « mittlere Vorderdarmdrtise » du Concho- lepas et à la glande framboisée du Murex, qui se trouve au même endroit. Pour lui, l'homologue' de la glande impaire serait une dilatation glandulaire située en arrière de la glande précédente. Cette formation peut exister dans le Dolium galea, que l'auteur a étudié, mais dans le Dolium oleanum, je n'ai rien trouvé de semblable. Cônes. — Les Cônes présentent beaucoup de caractères communs avec les 2>ofe/72. Les colliers nerveux occupent la même position à la base de la trompe rétractée, les gan- glions cérébroïdes à gauche de l'œsophage, les pédieux à droite. La torsion à ce niveau du corps est encore indiquée par la position des otocystes, qui sont toutes deux placées à droite, et la position du bulbe que l'on considérait naguère encore comme la gaine de la radule. Les trois dents latérales du Dolium sont allongées et ressemblent assez aux dards des Cônes. Le tube digestif est sensiblement rectiligne de l'extrémité libre de la trompe jusqu'à la cavité viscérale, aussi bien pendant la protraction de la trompe que pen- dant la rétraction, grâce au plissement (/;/, fig. 18, PL III) de la gaine libre et au plissement en accordéon du tube buccal [tb). A la base de la trompe existent deux dilatations dont l'antérieure appartient au bulbe et la postérieure à l'œso- phage. C'est dans celle-ci, et par conséquent dans l'œsophage et non dans le bulbe, comme le dit Bergh (2), que débouche le canal excréteur de la glande à venin. L'embouchure de ce cariai étant située adroite, immédiatement en arrière du (4) HaUer, loc. cit., p. 572. (2) Bergh, loc. cit., p. 87. TUBE DIGESTIF CHEZ jLES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 251 bulbe, et la face inférieure de l'œsophage ayant été ramenée à droite par la torsion qui s'est produite à ce niveau, on voit que Textrémilé du canal excréteur de la glande à venin occupe la même position par rapport à l'œsophage et au bulbe que l'extrémité de la gouttière inférieure de Dolium, et par suite on peut homologuer le canal à la gouttière et la partie dilatée de la glande à venin à l'appendice glandulaire du Dolium. La glande à venin des Cônes peut donc être considérée comme une glande sous-œsophagienne de Do- lium qui se serait séparée de l'œsophage d'arrière en avant jusqu'à son extrémité antérieure. La glande à venin des Toxiglosses étant l'homologue de la glande sous-œsophagienne des Dolium^ et cette dernière étant l'homologue de la glande de Leiblein des Rachiglosses, on peut considérer, comme il a été dit plus haut, toutes ces formations comme dérivant du jabot des Ténioglosses, qui lui-même est l'homologue des poches œsophagiennes des Diotocardes. L'homologie de la glande à venin et de la glande de Lei- blein a déjà été signalée par Bouvier, mais l'auteur n'a pas cherché l'origine de cette glande dans les formes plus an- ciennes : « Elle n'existe pas dans les Ténioglosses et apparaît pour la première fois chez les Sténoglosses (1). » d. Opistobr anches, — Dans tous les groupes bien caracté- risés de Prosobranches, nous avons trouvé les homologues des poches œsophagiennes. On peut se demander si les Opis- tobranches présentent des formations semblables. Pour ré- soudre cette question, nous allons examiner quelques types considérés comme les plus anciens parmi ces derniers. Biilla ampuUa. — La figure 79, PL X, montre en place la partie antérieure du tube digestif, les principaux centres nerveux et l'aorte antérieure. En arrière du bulbe, l'œsophage présente une région (1) Bouvier, Observations anatom. et systém. sur quelques familles de MolL Prosob. Sténoglosses {Extrait du Bull. Soc. malac. France, V, mars 1888. p. 268). 252 ''A. AMAUDRUT. • cylindrique de longueur à peu près égale à celle du bulbe, puis vient une formation puissante connue sous le nom de gésier. On peut diviser celui-ci en deux parties : l'une anté- rieure, formée de trois lobes à parois minces (1,1', 2). Entre les lobes (1,2), on observe la partie terminale de la glande salivaire droite [gin). Celle-ci étant placée au-dessus de la ligne médiane du gésier, on peut déjà prévoir que la face supérieure de celui-ci correspond à la face morphologique- ment droite. La région poslérieure du gésier (4) est simple et à parois très épaisses. En arrière, l'œsophage se continue pour atteindre l'estomac après un court trajet. Le ganglion sous-intestinal (G,6'o) occupe la même position que chez les Prosobranches à longue chaîne viscérale. Le ganglion sus-intestinal (G,^i^) est placé à droite au lieu d'être à gauche, comme chez les Prosobranches, mais, tandis que le premier est placé sur le plancher delà cavité antérieure, le second est situé dans le voisinage du plafond, au niveau de la région poslérieure du gésier. L'aorte, dans sa région postérieure, occupe la même position que cliez les Proso- branches, c'est-à-dire qu'elle passe transversalement sur l'œsophage en arrière du gésier et de gauche à droite ; mais après avoir atteint le côté droit, elle reste adhérente aux parois de la cavité antérieure, au lieu de venir se placer sous le tube digestif. Ces positions anormales de l'aorte et du ganglion sus-intestinal sont évidemment dues à la même cause, et cette cause me paraît devoir être cherchée ailleurs que dans un phénomène de détorsion du corps, attendu que la branche sous-intestinale, le gésier et les glandes sahvaires ne sont pas détordus. Quoi qu'il en soit, si nous supposons le ganglion sus-intestinal, ramené à gauche, dans la position normale qu'il occupe chez les Prosobranches, nous remar- quons que le gésier présente les mêmes relations que le jabot de ces derniers. La preuve de la torsion du gésier ne nous est pas seule- ment offerte par la position de la glande salivaire droite. En effet, si l'on vient à faire tourner le gésier de 90° dans le TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 253 sens des aiguilles d'une montre, on obtient la figure 80, qui nous montre une symétrie parfaite par rapport à un plan médian vertical. Les deux glandes salivaires occupent leur position normale à droite et à gauche. Un sillon très net {s) indique le milieu de la région postérieure du gésier. Les deux glandes salivaires sont réunies entre elles par une branche (b), également glandulaire, qui déprime les parties sous-jacentes et les fait saillir en avant et en arrière, ce qui nous indique que les lobes (1 et 1') de la figure 79 appar- tiennent à un lobe unique, étranglé transversalement par h miM Fig. 61, 62. — Fig. 61. Coupe transversale de l'œsophage de Bulla ampulla. — Fig. 62. Coupe transversale du gésier de Scaphander. — bi, bourrelet inférieur; bsd, bsg, bourrelets supérieurs ; p, plaque chitineuse supé- rieure ; P2Pi, plaques latérales symétriques. les glandes sahvaires, et qui appartient à la face morpholo- giquement supérieure du gésier. Si l'on examine la face opposée (fig. 81), on remarque un troisième lobe (3j, de chaque côté duquel se trouvent des parties absolument symétriques. Le gésier ouvert laisse voir trois grosses plaques chiti- neuses [p^.p^^p^, fig. 82), dans le prolongement desquelles se trouvent les lobes (1,2,3), et trois paires de plaques plus petites (p'i,p'2^p\) situées sur les bourrelets charnus qui sé- parent les grosses plaques. Une coupe transversale pratiquée dans l'œsophage à une faible distance du bulbe (fig. 61 /), nous montre son intjé- 254 A. AMAl/DRUT. rieur divisé en deux parties par les bourrelets [bsd.bsg). Le canal inférieur est tapissé par des cellules cylindriques, hautes, qui rappellent les cellules incolores des Prosobran- ches ; cependant elles en diffèrent par leur taille plus faible et la faculté qu'elles ont de fixer les matières colorantes. Le canal supérieur est tapissé par des cellules beaucoup plus petites. Les parois sont d'inégale épaisseur : au-dessus des bourrelets, la couche musculo-conjonctive de l'œsophage est environ trois fois plus épaisse qu'au-dessous, caractère qu'on rencontre souvent chez les Prosobranches. Dans le gésier, le canal inférieur est divisé en deux moi- tiés symétriques par un troisième bourrelet, que Ton peut homologuer au bourrelet inférieur des Diotocardes. Les plaques chitineuses {p^iPs)^ sont situées dans les deux moitiés du canal inférieur, et la plaque p^ dans le canal supérieur. Dans Scaphander, les dispositions relatives des organes qui nous intéressent sont les mêmes que dans Bulla. Une différence est à signaler pour le gésier : tandis que dans Bulla les trois plaques sont semblables, dans Scaphander la plaque supérieure est beaucoup plus petite que les pla- ques latérales (fîg. 62 /). En résumé, dans ces deux Tectibranches, le gésier oc- cupe la même position que le jabot des Prosobranches. Il est également tordu et présente intérieurement les trois bourrelets qu'on rencontre dans la partie antérieure de l'œsophage des Mollusques primitifs. Il existe une différence toutefois entre le jabot des Prosobranches et le gésier de ces Tectibranches : chez ces derniers, l'organe, au lieu d'être glandulaire, est pourvu de plaques triturantes puissantes, bien conformées pour briser les coquilles de Bivalves et de Gastéropodes qu'on rencontre toujours dans cette dilatation œsophagienne. Dans rA/j/y5iajownc/«^a (fig. 83) et chez les Aplysidés en général, le gésier est différencié en deux parties : l'une anté- rieure, à parois minces; l'autre postérieure, à parois épais- ses, garnies intérieurement de pièces cornées. La première TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 255 est évidemment l'homologue des lobes (1,2,3) de Buiia et la seconde correspond au lobe (4) du gésier du même animal. Le cœur n'est plus si lue en arrière du gésier, mais sensi- blement au-dessus du sillon qui divise transversalement le gésier en deux parties. L'aorte antérieure passe transversa- lement de gauche à droite au-dessous du péricarde et au- dessus du gésier, atteint les parois de la cavité antérieure, avec lesquelles elle présente une adhérence assez intime, jusque dans le voisinage du bulbe. Les glandes salivaires en forme de massue sont tordues autour du gésier ; la droite (gln)^ après être passée au-des- sus de cet organe, vient se terminer au-dessous de sa région postérieure, tandis que celle de gauche (g'I'n') passe au-des- souâ de la partie antérieure du gésier et se termine au-des- sus de sa région postérieure. Le ganglion sous-intestinal occupe la même position que chez les Prosobranches, mais le sus-intestinal, au lieu d'occuper le côté gauche, est venu se souder au sous-intestinal, pour former avec lui un gan- glion bilobé situé en avant de l'aorte antérieure. Dans la partie antérieure de l'œsophage qui fait immé- diatement suite au bulbe, on reconnaît encore, sur une coupe transversale, les deux bourrelets supérieurs (bsd^ bsg). Gomme je l'ai indiqué depuis plusieurs années (1), le gésier des Aplysidés présente intérieurement de nombreuses pièces cornées, disposées selon quatre séries longitudinales, et extérieurement quatre gros troncs nerveux alternant avec les séries de plaques. On peut rapprocher ces différenciations de celles qu'on observe chez les Bullidés et voir dans le gésier des Tectibranches l'homologue des poches œso- phagiennes des Prosobranches. Une différence de position est à signaler entre le gésier des Aplysidés et le jabot des Prosobranches. Le gésier n'est plus nettement compris entre la branche sus-intestinale de la chiastoneurie et l'aorte. Plus loin je reviendrai sur ce (1) A. Amaudrut, Sur le système nerveux de la Dolabella Rumphii [Bull, de la Soc. philom. de Paris, 13 février 1886). 256 A. AMAUORUT. point et donnerai la cause probable de ce déplacement. Lorsque j'ai entrepris mon travail, je pensais le limiter au groupe des Prosobranches. Dans les derniers temps seule- ment, j'ai pensé qu'il pouvait y avoir quelque intérêt à com- parer les formations œsophagiennes de ce groupe à celles des Opistobranches. Je crois avoir démontré que le gésier des Tectibranches est l'homologue des- formations connues sous les noms de poches œsophagiennes, jabot, glande de Leiblein et glande à venin ; mais une lacune reste à combler: c'est la recherche de ces formations dans l'autre groupe d'Opistobranches. La difficulté de me procurer des sujets d'étude en nombre suffisant ne m'a pas permis de suivre pas à pas les modifications du gésier dans tout le groupe des Tectibranches, et moins encore de prévoir si son homologue existe chez les Nudibranches. La torsion constante des organes contenus dans la cavité antérieure du corps, les relations à peu près constantes des poches œsophagiennes ou de leurs homologues avec la branche supérieure de la chiastoneurie et l'aorte, m'ont conduit à chercher si ces faits pouvaient être expliqués par les hypothèses émises jusqu'ici sur la torsion en général et sur l'origine des Opistobranches en particulier. VI. — Remarques sur la torsion. Il importe tout d'abord de définir les termes employés. 1° Prenons une tige cylindrique flexible AB, fixons l'ex- trémité A, et ramenons l'extrémité postérieure B en avant, de manière à faire prendre à l'ensemble la forme d'un U. Toutes les génératrices du cylindre auront conservé la forme de l'ensemble. Nous ne dirons pas dans ce cas qu'il y a torsion, mais simplement /teion. Les expressions telles que : flexion latérale droite d'arrière en avant, flexion ven- trale ou inférieure d'arrière en avant, se comprennent suffi- samment pour me dispenser de les définir. . TUBli: DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 257 2° Revenons au cylindre AB, fixons son exirémilé anté- rieure A et faisons exécuter à son exlrémilé postérieure B un mouvement de rotation, par exemple de droite à gauche, en sens inverse des aiguilles d'une monlre. Le cylindre con- serve sa forme primitive, mais ses génératrices ne sont plus rectilignes ; elles forment maintenant, chacune une ligne spirale dont la forme est en rapport avec l'angle de rotation de l'extrémité B. Pour fixer les idées, supposons que la rota- tion de l'extrémité postérieure ait été de 180°, chaque géné- ratrice sera représentée sur le cylindre par une demi-spire. Pour ce cas seulement nous réserverons le mot torsion. Si nous considérons une série de poinis placés sur la généra- trice supérieure et médiane du cylindre non lordu, nous voyons qu'après la torsion, les points situés au milieu de la génératrice sont placés à gauche, tandis que ceux qui occu- pent la région postérieure se trouvent maintenant à la face inférieure du cylindre. La plupart des auteurs qui ont cherché à expliquer l'asy- métrie des Mollusques partent d'une forme ancestrale voisine des Chitons, mais qui aurait deux branchies péri-anales et une commissure orthoneure sous-intestinale. Pour Spengel(l), l'asymétrie se forme de la manière sui- vante : Fanus de la forme ancestrale est ramené d'arrière en avant, dans le plan médian du corps, et les organes pairs voisins, les branchies surtout, exécutent une rotation de 180' autour du rectum. Bûtschli (2) admet un déplacement tout autre de l'anus : à un certain stade du développement, le corps de l'animal est divisé en deux régions de croissance inégale. Le côté droit est frappé d'un arrêt de développement depuis la bouche jusqu'à la branchie gauche, tandis que le côté gauche accé- lère son développement. Comme résultats, le complexe anal (1) Spengel, Dte GcrucJisorganen und dus Nervensystem der Mollusken {Zeitschr. wiss. zooL, t. XXV, 1881, p. 350 et 367). (2) Dùlschli, Bemerkiingen iibcr die Wafirscheiniiche Ilerleitung der Asym- mctric der Gastropoden, spec. der Asymmetrie im Nervensystem der Prosobru7i- chialen {Morpholog. Jahrb., t. Xll, 1887). ANN. se. NAT. /.OOL. Vl[, 17 258 A. AlIAUimUT. est raaiené en avant et sur le côté droit du corps, les organes gauches de la forme ancestrale(branchie, rein) disparaissent et le stade Tectibrancbe est atteint. Si le complexe anal conserve ses organes et si la croissance du côté gauche se poursuit plus longtemps, Fanus atteint la ligne médiane dorsale, la brancbie ancestrale gauche se trouve maintenant à droite et la brancbie droite à gauche du rectum, si bien que la commissure viscérale est croisée. Ce stade ne corres- pond à aucune forme connue ; mais si la chambre palléale se creuse davantage, l'anus et les branchies rentrent dans la cavité respiratoire, ce qui donne le slade représenlé par les Haliotides. Pour passer aux Prosobranches Monobranches, il suffit d'admettre l'atrophie de la branchie ancestrale gauche et un agrandissement de la cavité palléale à gauche du rec- tum, agrandissement qui rejette à droite l'anus et la partie postérieure du tube digestif. Lang (1) cherche à expliquer les causes de la torsion. La forme hypothétique qui lui sert de point de départ possède une chambre palléale contenant déjà l'anus et les deux branchies. La coquille, de patelliforme qu'elle est au début, devient conique afin de mieux protéger l'animal rampant; mais cette forme entraîne un équilibre inslable et à un cer- tain moment elle s'incline à droite ou à gauche, générale- ment à gauche. Les organes gauches du complexe anal se trouvant, par suite, comprimés par la coquille, tout le com- plexe se déplace vers la droite, de manière à occuper la partie antérieure et dorsale du corps. De même queBtitschli, l'auteur admet que le type Opistobranche est obtenu par un déplacement faible du complexe anal vers la droite. Pelseneer (2) fait remarquer, avec raison, qu'il n'y a pas concordance complète entre les processus que Spengel et Bùtschli font intervenir et les faits du développement. La il) Arnold Lang, VersucJt clncv Erkldrung dcr Asijmmetrie des Gasteropo- den. Zurich, 1892. (2) Pelseneer, Recherches sur les Opistobranches (Ext. du t. LUI des Mé- moires couronnés. Acad. roij. de Belgique, 1894, p. 127). TUBE DIGESTIF CHEZ LES iSroLLUSQUES CASTÉIIOPODES. 250 cavité palléale et ranus, originairement poslérieurs, sont d'abord ramenés en avant ventralemenl, puis à un certain stade de développement, l'allongement du pied en arrière faisant obstacle au rapprocUement de la bouche, le rappro- chement doit se faire par le côté. De là deux phases bien distinctes dans le phénomène. r Torsion ventrale dans un plan antéro-postérieur, tor- sion manifeste chez les Céphalopodes, Scaphopodes et La- mellibranches ; 2° Torsion latérale dans un plan à peu près perpendicu- laire à celui de la première torsion et qui a pour résultat un Iransport de l'anus en avant et au dos. Dans un travail récent, L. Plate accepte la théorie de Blitschli et l'explique par un développement prédominant et progressif du lobe gauche du foie sur le lobe droit. Dans les différentes théories queje viens de passer en revue, les auteurs n'ont envisagé que le complexe anal et la com- missure viscérale, et n'ont tenu aucun compte des organes contenus dans la cavité antérieure du corps et des parois mêmes de cette cavité. Nous avons vu, dans les différents chapitres de ce travail, que la partie antérieure du tube digestif présente toujours une torsion de 180°, qu'il en est de même des glandes salivaires, dans tous les cas où ces orga- nes sont restés en arrière des centres nerveux, et que l'aorte antérieure passe obliquement de gauche à droite sur l'œsophage, en arrière des poches œsophagiennes ou de leurs homologues. Tous ces faits constituent un facteur impor- tant dont on doit tenir compte pour expliquer l'asymétrie des Mollusques, et on peut se demander dès maintenant si le déplacement du complexe anal est la cause de la tor- sion des organes de la cavité antérieure, ou si, au contraire, il n'en est que la conséquence. La théorie de Spengel, « torsion dorsale », c'est-à-dire flexion dorsale, est non seulement en opposition avec les faits embryologiques, mais elle ne nous permet pas de com- prendre la torsion des organes de la cavité antérieure. 2(J0 A. >%1IAIJDIIUT. La torsion dans un plan horizontal, ou, mieux, la flexion latérale droile du corps (Butsclili), explique déjà diffîcilement comment des organes qui se trouvaient primitivement au- dessous du lube digestif se trouvent ensuite au-dessus, et elle nous permet encore moius de comprendre le phénomène important qui s'est produit daus la région antérieure du corps. La théorie qui se rapproche le plus de la réalité des faits est celle de Pelseneer. L'auleur fait intervenir deux torsions : l'une ventrale, dans un plan anléro-poslérieur, et l'autre (( latérale dans un plan perpendiculaire à celui de la pre- mière ». La « torsion ventrale » est une flexion ventrale du corps, puisqu'elle n'entraîne la torsion d'aucun organe ; quant à la seconde, je ne pense pas qu'elle mérite davantage le nom de torsion, mais mieux celui de rolalion du complexe anal dans un plan vertical transversal. En résumé, si j'ai bien compris le passage de Pelseneer, la torsion latérale a pour point de départ la région du complexe anal, et la rotation de ce dernier a entraîné des modilications dans la disposi- tion des organes. Du reste, le passage suivant me paraît l'indiquer suffisamment. « Différentes particularités bien connues de l'organisation des Gastéropodes sont la consé- quence de celte torsion : (( a. Transport de l'anus en avant et au dos ; « b. Déplacement (cliassé-croisé) des organes circum- anaux ; a c. Torsion de la commissure viscérale; a d. Enroulement endogastrique du sac viscéral avec la coquille qui le renferme. » Il est bien probable que si Fauteur avait observé la torsion des organes de la région antérieure, il aurait ajouté aux conséquences ci-dessus : la torsion de l'œsophage, des glandes salivaires, de l'aorte et des parois de la cavité antérieure du corps. J'admets, comme Pelseneer, que le corps du Mollusque pri- mitif a été le siège de deux mouvements bien distincts, avant TUBE Dir.ESTIF CIII-Z LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 261 d'atteindre le slado Prosobranclie, mais avec une interpréla- lion dilVérente de la torsion latérale. Le type Prosobranclie aurait été réalisé : V Par une flexion ventrale d'arrière en avant ayant pour conséquence de faire prendre au corps et au tube digestif la forme d'un U dont les deux branches seraient dans un même plan vertical (stade Céphalopode) ; 2° Par une torsion de la branche supérieure de l'U, c'est- à-dire de la région qui correspond actuellement à la cavité antérieure du corps. La cause de cette torsion ne devant être cherchée que dans l'effort que fait l'animal pour déga- ger son anus et ses branchies delà position défavorable dans laquelle les a placés le développement de la région posté- rieure du pied, elle ne saurait être attribuée à un accident fortuit, mais, comme le fait remarquer M. Perrier (1), au be- soin de respirer, besoin qui a fait naître l'effort, et par suite fait intervenir la volonté de l'animal. La région antérieure du corps étant innervée par des nerfs volontaires, les pre- mières manifestations de la volonté, et par suite de la tor- sion, ont dû porter sur elle. Voyons si l'arrangement des organes concorde avec cette manière de voir. Le ganglion sus-intestinal innerve non seulement la bran- chie, mais la région gauche du corps qui est située dans son voisinage, tandis que le ganglion sous-intestinal innerve le côté droit. Dans la forme ancestrale, le sus-intestinal étant placé à droite, et le sous-intestinal à gauche, on doit ad- mettre, d'après le principe des connexions, que les parois du corps situées dans le voisinage du ganglion sus-intestinal appartiennent au côté droit de la forme ancestrale et réci- (i) Ed. Perrier, Traité de zoologie, 1897, p. 2072. <( Tout se passe comme si l'animal, stimulé par le besoin de respirer, contractait dissymétrique- ment ses muscles, en prenant sa sole pédieuse et sa région céphalique comme points d'appui, pour amener l'ouverture de sa chambre brachiale à la position la plus favorable. On remarquera avec quelle netteté la doc- trine de Lamarck explique les phénomènes de torsion si singuliers au pre- mier abord et la dissymélrie si accusée que présentent les Gastéro- podes. » 262 A. AMAUDUCT. proqiiemoni, cl que, par suile, la torsion a non seulement intéressé la cliaîue viscérale, mais encore les parois du corps. En consultant les planches de la thèse de Bouvier, je re- marque que dans les genres suivants : Melania^ Cerithium^ Natica, Xenophore, Triton, Strombe, Yolute, Cancellaire, Stnithiolaire, Cône et Terebra, le ganglion sus-intestinal est situé plus en arrière que le ganglion .sous-inteslinal. Si le cas n'est pas d'une constance absolue dans le groupe des Prosobranches, on peut cependant conclure, de sa présence dans des genres apparlenant à des groupes si différents, qu'il est d'une grande généralité, et qu'il constitue un fait impor- tant que la théorie doit pouvoir expliquer. Si, d'après Biitschli, l'allongement du côté gauclie du corps est la cause de la torsion, le ganglion gauche de la forme ancestrale a dû, dès le début, être entraîné plus loin en ar- rière que celui du côlé droit, et cette différence de niveau devrait encore se rencontrer après la torsion définitive, c'est- à-dire après le chassé-croisé des ganghons viscéraux. C'est précisément le contraire qu'on observe. L'embryologie nous apprend que ces phénomènes de tor- sion se produisent de bonne heure, bien avant que l'animal ait achevé sa croissance, ce qui nous permet de dire qu'à mesure que le ganglion droit passe à gauche, il arrive dans une région de plus en plus convexe, où la croissance est plus active que dans la région concave où se trouve ramené le ganglion sous-intestinal. Le rejet en arrière du ganglion sus- intestinal est donc la conséquence d'une croissance plus active du côté droit du corps déjà ramené à gauche par la torsion. Il nous est facile maintenant de comprendre l'erreur de Butschli. Les deux phases du phénomène (flexion ventrale et lorsion latérale) empiètent l'une sur l'autre — phéno- mènes d'accélération embryogénique ; — l'auteur est parti d'un terme moyen, correspondant à un slade avancé du développement, où les parois du corps qui comprennent le TUBE DIGESTIb^ CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 263 ganglion primitivement droit occupent déjà le côté défini- tivement gauche. En résumé, Taccélération de croissance du côté gauche du corps est la conséquence de la torsion au lieu d'en être la cause, et le côté gauche du Prosobranche représente le côté droit de la forme ancestrale et réciproque- ment, mais seulement à partir d'une région assez éloignée de la tête, car la torsion, telle que nous Tavons définie au début de ce chapitre, n'a pas intéressé complètement la branche supérieure del'U. En eiïet, l'extrémité de celle-ci, représentée par la tête de l'animal, restait ûxée au pied et ne prenait pas part à la torsion. Si, partant des ganglions vis- céraux, on se rapproche de la tête, les effets de la torsion seront de moins en moins apparents, et telle région du côté primitivement droit occupera la face supérieure du corps. Dans la tète, oii les effets de la torsion ne se sont pas fait sentir, nous retrouvons la symétrie parfaite des organes : symétrie des tentacules, des yeux, du bulbe et des colliers nerveux, c'est-à-dire symétrie du contenant et du contenu. Chez les Gastéropodes, où la position du bulbe n'a pas été modifiée par les allongements postérieurs à la torsion (Dio- tocardes et Monotocardes à mufle contraclile et non rétrac- tile), les colliers nerveux entourent la région antérieure du bulbe, et comme la torsion ne commence à se manifester qu'en arrière de celui-ci, l'étendue de la région de symétrie est en rapport avec la longueur du bulbe. Les parois latérales de la tête, situées en arrière des colliers nerveux, sont in- nervées par des nerfs symétriques issus des ganglions palléaux correspondants. L'un des nerfs issus du ganglion paliéai droit s'anastomose avec un nerf issu du ganglion sous-intestinal, Cetle anastomose se raccourcit de plus en plus et le nerf issu du ganghon palléal finit par traverser le ganglion sous- intestinal. Bouvier (1) a montré que cette zygoneurie droite s'établit par degrés insensibles. Des fails identiques peuvent se produire du côté gauche, mais très rarement, et l'auteur (1) UoLivier. lue. cit. Tlicse, [). -U^O. 264 A. AllAUDRUT. atlribiie leur rareté à « rindépendancedes nerfs palléaux du côté gauclie, en ce sens que les postérieurs sont destinés presque exclusivement à la branchie, tandis que le nerf an- térieur se localise presque tout entier dans le manteau ». Si l'on remarque que dans la généralité des cas, où la zygo- neurie droite existe seule, le ganglion sous-intestinal est placé en avant du ganglion sus-intestinal, assez près du gan- glion palléal droit, et que parmi les quelques genres chez les- quels la zygoneurie gauche se rencontre, les Lamellaires et les Cyprées présentent un ganglion sus-intestinal situé en avant du sous-inteslinal, on peut attribuer « Findépendarice des nerfs palléaux », et par suite cette rareté de la zygoneurie gauche, àla dilTérence de niveau des deuxganghons. Le sus- intestinal étant rejeté en arrière, le champ d'innervation du nerf palléal gauche se trouvait augmenté d'autant et les ha- sards d'une anastomose devenaient par suite plus rares. Dans les formes pourvues d'une trompe normale, cet or- gane s'étant formé par un allongement terminal situé en avant des colliers nerveux, les positions relatives de ceux-ci et des parlies du corps qui leur sont postérieures n'ont pas été modifiées par l'apparition de l'appareil prohoscidien. La (rompe étant de formation récente, postérieure à la tor- sion, et la croissance qui lui a donné naissance n'ayant en général intéressé que la région située en avant de la partie tordue, on s'explique que l'appareil prohoscidien tout entier, contenant et contenu, ne présente pas trace de torsion. Les parois de la région antérieure du corps, les ganglions sus et sous-intestinaux, les connectifs de la chiastoneurie et les nerfs palléaux peuvent être considérés comme faisant partie d'un tout : le contenant, et il n'y a pas lieu d'être sur- pris de voir les ganglions viscéraux suivre le mouvement des parois de la cavité antérieure, puisque, d'après Erlanger (1), tous les ganglions se forment séparément aux dépens de l'ec- to derme. (1) Erlanger, Zur Entwicklang von Paludina vivipara {Morphol. Jahrb., t. XVM, 1891.. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 265 Le conlenii esl représenté par la partie aniérieure de l'œsophage, les glandes salivaires et l'aorle antérieure. En avant, contenant et conlenu présenlent une région fixe ; en arrière, ils sont réunis par les ramifications arlérielles qui se rendent aux parois du corps, à l'œsophage, aux glandes sa- livaires, et une épaisse couche de (issu conjonclif comble les vides qui peuvent exister entre ces diiïérentes parties. Des relations étroites qui existent entre les parois du corps et les organes qu'elles contiennent, nous pouvons prévoir la simul- tanéité des phénomènes de torsion dans toutes ces parties. Les glandes salivaires, en effet, chaque fois que leur masse tout entière n'est pas située en avant des colliers nerveux, présentent leur région postérieure plus ou moins tordue. Dans les genres où ces glandes s'étendent fort loin en arrière, chacune d'elles présente un véritable enroulement autour de l'œsophage (i\g. 64, PI. VIII). Chez les Diolocardes à longues poches œsophagiennes, celles-ci ne sont jamais symétriques. La poche droite, dont l'extrémité postérieure est ramenée à gauche, s'étend tou- jours plus loin en arrière que l'autre. Cette particularité est h rapprocher de la différence de niveau qui existe entre les ganglions viscéraux et doit être attribuée à la même cause. Chez les Prosobranches pourvus d'un jabot ou d'une glande extrinsèque, nous avons montré que, dans tous les cas, cette glande, qui appartient à la face topographiquement supérieure, appartient à la face morphologiquement infé- rieure de l'œsophage. Dans tous les groupes de Prosobranches, nous avons vu aussi que l'artère antérieure, considérée d'avant en arrière, passe de la face inférieure de l'œsophage à la face supérieure gauche en contournant le côté droit du tube œsophagien. En résumé, toutes les parties du contenu ont subi la torsion à gauche. Les organes de la région postérieure du corps n'ont pas été tordus — dans le sens que nous attachons au mot tor- 266 A. AMAUDRtJT. siou. — La flexion ventrale les a d'abord amenés à occuper un plan inférieur, et la torsion antérieure leur a fait exécuter un mouvement de rotation d'environ 180° vers la gauche, de manière à les ramener dans tm plan supérieur à celui de la portion antérieure du corps. Ce mouvement de rotation est la conséquence de la torsion au lieu d'en êtrela cause. La flexion ventrale n'a modifié en rien la symétrie des or- ganes pairs, mais dès que la torsion s'est manifestée dans la branche supérieure du corps, la coquille en forme de cône ou d'écueile — forme qu'elle présente chez les Gastéropodes anciens el au début de son développement chez les Proso- branches récents -— a été rejelée à gauche et l'action de son poids est venue en aide à la torsion pour faire exécuter à la branche inférieure du corps le mouvement de rotation de droite à gauche. La chute de la coquille nous apparaît encore comme la conséquence de la torsion au lieu d'en être la cause (hypothèse de Lang). C'est pendant ce mouvement que les organes gauches du complexe anal, comprimés entre la coquille et les parties environnantes, se sontalrophiés, tandis que ceux du côté droit passaient peu à peu à la face supé- rieure. Si la région postérieure du corps avait suivi exactement l'impulsion qu'elle recevait de la région antérieure, la tor- sion de 180° aurait ramené le rectum dans un plan médian, au-dessus de l'œsophage; mais à mesure que le complexe anal se déplaçait vers la droite, sa masse offrait une résis- tance à la torsion, résistance qui devait présenter son maxi- mum lorsque l'U approchait de l'horizontalité et qui ne devait pas être contre-balancée par la coquille, dont le poids était plus faible. Pour nous rendre compte des conséquences de celte résistance des organes postérieurs sur les organes qu'il nous reste à passer en revue, je signale une expérience qu'il est facile de répéter. Nous prenons unejeune tigedebois flexible, nous la plions de manière à lui faire prendre la forme d'un U et nous main- tenons cette forme àTaide d'un 111 qui réunit les deux extré- TUBK DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 267 mités. Après avoir orienlé la tige dans un plan verlical, nous fixons l'extrémilé B de la branche supérieure. Saisissant ensuite la lige avec des tenailles, en un point de cette branche supérieure, nous faisons exécuter aux tenailles un mouvement de rotation de 180", en sens inverse du mou- vement des aiguilles d'une monlre ; nous tordons ainsi la branche CB de 180° et nous remarquons que la branche in- férieure CA exécute un mouvement de rotation de 180°, et vient se placer dans le même plan vertical, mais au-dessus de CB. Bépétons l'expé- rience en plaçant un poids convenable en un point P de la branche CA : nous pj^ ^3 _ schéma du tube digestif constaterons qu'après avoir d un Prosobranche. tourné les tenailles de 180°, la branche CA n'est pas revenue dans le plan vertical. Elle a pris une direction irrégulièrement oblique d'arrière en avant, de bas en haut et de gauche à droite, la région voisine du point P s'élant rapprochée de CB. Celte dispo- sition BCPA est précisément celle que présente le tube digestif de la majorité des Prosobranches (fig. 63, t). Le point C marque la hmite extrême de la torsion ; il correspond à la partie postérieure des poches œsophagiennes ou de leurs homologues, et comme l'examen de ces organes nous a moniré que leur lorsion a été de 180°, nous en con- cluons que tout point situé en avant deC a subi une torsion de moins de 180°, que ce point appartienne au contenant ou au contenu. Les ganglions sus et sous-intestinaux étant situés bien en avant de la portion terminale des poches œsophagiennes, nous en concluons que, contrairement à l'opinion admise, ces ganglions n'ont pas effectué un chassé-croisé de 180°, et nous tirons de ce fait une conclusion imporlanle au point de vue de la forme ancestrale hypothétique des Mollusques. Pour Spengel, Lang, Biilschli, etc., tous les Mollusques 268 A. AlIAUOltUT. Ciasléropocles dérivent d'une forme ancestrale voisine des Chilons, mais qui aurait une commissure oriboneure sous- intestinale. Admettons cette hypothèse pour un moment, et supposons qu'une torsion de 180" ait intéressé les ganglions sous-œso- phagiens de la forme ancestrale. Le droit [gel fig. 64, t) serait venu se placer en G,Sz^ et le gauche en G,So. Ces posi- lions sont loin de correspondre à celles qu'occupent réellement les ganglions de la chaîne viscérale. En effet, chez les formes primitives à longue chaîne viscérale, chez Fig. 64, < 5. — Fig. 04. Schéma. Section transversale passant par les gan" glions viscéraux. — P/), paroi primitive avec les ganglions gd, grj; Pd, paroi définitive ; GSu, GSo, positions que devraient occuper les ganglions viscéraux si la torsion à leur niveau avait été de 180° ; Oe, œsophage. — Fig. 65. Indique la position réelle des ganglions viscéraux après la tor- lesquelies la concentration, des centres ne s'est pas encore produite, le ganglion sus-intestinal se rencontre toujours au point où le manteau se rattache aux parois du corps, c'est- à-dire beaucoup plus à gauche du tube digestif que ne l'in- dique la figure schématique (64, t). Quant au ganglion sous- inlestinal, on le rencontre souvent au-dessous de l'œsophage [Mélamidés, Cérithidés, Struthiolaria, Turritella^ Nerita^ Cancellaria^ VoliUa) ou à droite, mais à une faible distance de l'œ.sopbage, le plus souvent sur le plancher de la cavité antérieure, mais jamais au niveau de la face dorsale de l'œsophage. En prenant une posilion moyenne pour ces TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 2(i9 deux ganglions (G, S/y, G,So), nous pouvonsrepr6senter leurs relations avec le tube digestif par la figure 65, /. Si l'on s'astreint à considérer les ganglions de la forme anceslrale comme occupant une position ventrale, on se trouve en présence de cette alternative pour expliquer leur position chez les Prosobrancbes : 1 Le ganglion droit [gd) a exécuté un mouvement de tor- sion de plus de 180" et le gauche un mouvement de moins de 180% ce qui est contraire aux phénomènes de torsion : des points situés sur des génératrices différentes, mais appartenant à un même niveau, doivent tourner d'un même angle. V Dans la forme ancestrale, les ganglions n'occupaient pas le même niveau ; le gauche, placé plus avant, a tourné d'un angle plus petit que le droit. Mais dans ce cas la forme ancestrale ne serait plus un animal symétrique. Du reste, nous avons dit plus haut que la position postérieure du gan- glion sus-intestinal n'est pas primitive, mais qu'elle est une conséquence de la torsion. En résumé, les ganglions de la forme ancestrale devaient se trouver dans un même plan vertical transverse, et les angles dont ils ont dû tourner doivent être égaux. Ceci admis, si nous parlons de la situation actuelle des ganglions (G,S(> et G,Si^ fig. 66, ^), il nous est facile de déterminer leur situation primitive. Le problème est ramené à déterminer sur les deux arcs de spire (1) indiqués par les llèches /'et/' deux longueurs égales, mais telles que leurs extrémités gd et gg soient symétriques par rapport au plan vertical xy qui passe par l'axe du corps. Les points gd et g g ainsi déter- minés correspondent exactement à la position des coi'dons palléaux des Chitons, et nous pouvons déjà homologuer la partie antérieure des cordons palléaux des Amphineures à la région antérieure de la chaîne viscérale des Prosobrancbes. (1) Le corps grossissant pendant que la torsion se produit, les trajectoires des ganglions gd, gg, appartiennent à des lignes spirales et non à des cercles. ±10 A. AMAUlâUUT. Mais une objection sérieuse se présente pour les régions postérieures : chez les Chilons, les cordons palléaux sont réunis par une commissure qui passe au-dessus du tube di- gestif, tandis que chez les Prosobranches les ganglions sus et sous-intestinaux sont réunis par une commissure qui passe au-dessous. Biitschli considère la commissure viscérale des Chitons comme constituée par des nerfs palléaux ganglionnaires, qui se réuniraient en arrière comme ceux de l'Haliolide et 93 Fig. 66. — Schéma montrant comment, en partant de la position GSm,GSo, des ganglions viscéraux de la forme actuelle, on peut en déduire la posi- tion gd, gg, de ces mêmes ganglions dans la forme ancestrale. qui émettraient en outre des nerfs viscéiaux. Pour obtenir la forme ancestrale nécessaire à son explication de l'asymé- trie des Mollusques, il admet que certains nerfs viscéraux ont dû se réunir au-dessous du tube digestif et constituer ainsi une commissure viscérale proprement dite, analogue à celle des autres Mollusques. Cette hypothèse, que j'admets, exphque difficilement les faits d'après la théorie de l'auteur sur la torsion ; car si le complexe anal occupait toujours un plan supérieur au tube digestif, on ne comprendrait pas bien comment la commissure dorsale pourrait disparaître pour TUBR DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 271 faire place h une commissure venirale. Mais si nous ad- mettons les deux phases successives de flexion et de torsion, nous voyons qu'après le premier de ces mouvements, les or- ganes du complexe, qui, primitivement, étaient au-dessus du tube digestif, se trouvent ensuite au-dessous, et alors l'atro- phie de la commissure supérieure et la naissance d'une commissure inférieure paraissent plus vraisemblables. Nous admettrons que ce ganglion viscéral postérieur s'est formé pendant ou après la flexion ventrale, mais avant la torsion antérieure, car chez le Prosobranche nous le trou- vons au-dessus du tube digestif ou un peu à droite, dans le voisinage du rein ou du péricarde, et les portions de la com- missure viscérale comprises entre ce ganglion et ceux qui le précèdent nous indiquent que toute cette région a pris part à la torsion. A peu près dans le même plan transversal qui passe par le ganglion viscéral postérieur se trouvent la partie termi- nale de la région tordue du tube digestif, le fond de la ca- vité respiratoire, la partie postérieure de la branchie et le cœur. Ce plan marquant en arrière la limite extrême de la tor- sion, les organes qui s'y trouvent ont dû exécuter un mouve- ment de rotation d'environ 180° pour se rendre dans leur position définitive. En faisant exécuter à chacun d'eux un mouvement de rotation de sens inverse, nous déterminons la position qu'ils présentaient avant la torsion. Le fond de la cavité palléale et la partie postérieure de la branchie sont nettement situés au-dessus de l'œsophage, à gauche de la ligne médiane et du rectum. Un mouvement inverse les ramène au-dessous de l'œsophage et à droite du rectum, ce qui nous indique bien, comme on le sait déjà par l'innervation, que la branchie des Monobranches correspond à la branchie droite de la forme ancestrale. Le fond de la cavité respiratoire étant situé à gaucbe de la hgne médiane et l'ouverture étant sensiblement symé- trique par rapport au plan médian, nous voyons que l'axe 272 A. ABIAUUUUT. de la cavilé respiratoire esL oblique d'arrière en avant et de gauche à droite, comme le rectum. C'est également l'orien- tàlion que présente l'axe de la branchie. Le cœur est également situé au-dessus de l'œsophage et à gauche de la ligne médiane, et par suite il correspond au cœur droit de la l'orme hypothétique. Dans tous les Prosobranches que j'ai éludiés, l'aorte an- térieure présente une lelalion conslanle avec le tube digestif. Partie du ventricule, elle longe plus ou moins le côté gauche de l'œsophage, puis, au niveau postérieur des poches œso- phagiennes, elle passe transversalement sur le canal digestif, gagne le côté droit et, après un court trajet d'arrière en avant, elle vient se placer sous l'œsophage pour traverser avec lui les colliers nerveux. Dans aucun cas elle ne passe au-dessus du rectum, mais reste toujours située à gauche de ce dernier. La forme ancestrale, pourvue de deux cœurs, devait aussi avoir deux aortes, une droite et une gauche. On peut alors se demander à laquelle de ces deux artères correspond l'aorte unique des Prosobranches. Après la flexion ventrale, qui n'a rien changé à la symétrie, les cœurs devaient occuper la face ventrale, en arrière et au-dessous du rectum; les deux vaisseaux artériels devaient passer, l'un à droite, l'autre à gauche de ce dernier, pour venir se placer au-dessous de l'œsophage. Si Ton admet cette disposition primitive, on voit facilement que la rotation de 180° a dû amener l'artère droite dans la position de l'aorte antérieure unique des Pro-sobranches. Celle du côté gauche devrait, non seulement passer au-dessus de l'œsophage, mais encore au-dessus du rectum. Cette hypothèse sur l'origine de l'aorte des Prosobranches n'est pas sans soulever quelques objections. En effet, com- ment expliquer sa situation ventrale, par rapport à l'œso- phage, au niveau des colliers nerveux, et sa division en deux parties symétriques, en avant de ces colliers ? En étudiant l'aorte antérieure des Nérites, que Bergh et Haller ont prise pour une glande impaire, j'ai eu l'occasion TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 273 d'observerun faitqui n'apas encore élé signalé dans le groupe des Mollusques: le passage du rectum à travers Taorte anté- rieure (fig. 53, PI. VI). La boucle artérielle est située à quel- ques millimètres du ventricule et ses deux branches sont 1res inégales : celle de droite est de beaucoup supérieure à l'autre, mais cette dernière peut encore livrer passage au sang, comme on peut le constater par les injections. Cette observation nous permet de répondre aux objections posées plus haut et en même temps de modifier l'hypothèse de l'origine de l'aorte aniérieure. Après la flexion, les deux aorles ont dû se rapprocher de la ligne médiane, au-dessous de l'œsophage, et se fusionner en une seule, d'avant en arrière, à partir des colliers ner- veux. Dans les formes comme Nérite, chez lesquelles le cœur devait se trouver rejeté un peu plus en arrière, le rec- tum s'est trouvé saisi entre les deux aorles, tandis que chez les autres Diotocardes, où le cœur occupait une position un peu plus antérieure, le contact s'est produit au niveau des ventricules. Cette relation qui existe entre le rectum et les ventricules est liée, chez les Diotocardes, à la persistance de l'oreilleite et delà branchie gauches. On peut donc admettre qu'à mesure que cette branchie s'atrophiait, Toreilletle, le ventricule et ce qui pouvait rester de l'artère gauche à l'état libre recevaient des quantités de sang de moins en moins grandes, devenaient de plus en plus inutiles et, par suite, se résorbaient. L'aorte antérieure des Prosobranches Mono- branches nous apparaît donc maintenant comme susceptible, au point de vue de son origine, d'être divisée en deux parties : une première, postérieure, se rattachant au ventricule et représentant l'aorte droite seule, celle de gauche s'élant résorbée à ce niveau; une deuxième, antérieure à la pre- mière et formée par les deux aortes fusionnées en une seule jusqu'au niveau des colliers nerveux, et libres au delà. La disparition de l'aorte gauche en arrière, sa fusion avec celle de droite dans sa région moyenne et son indépendance en avant^ constituent des faits de même ordre que ceux ANN. se. NaT. ZOOL. VII, iH 274 A. itlIAUDUUT. qu'on observe dans la transformation des crosses aorliques des Mammifères. L'existence d'une aorte unique venirale, constituée pen- dant la torsion de la région antérieure du corps, me fait revenir sur Thypothèse émise au sujet de la chaîne viscérale. Si celle-ci était primitivement ventrale, comme on l'admet, sa branche droite et l'aorte pourraient être considérées comme deux génératrices reclilignes )rès rapprochées l'une de l'autre. Pendant la torsion, elles devraient toujours pré- senter le môme écartement et, par suite, passer sur l'œso- phage, très rapprochées l'une de l'autre. Ce n'est pas ce qui se présente : le nerf de la chiastoneurie passe toujours sur l'œsophage assez loin en avant de l'artère, ce qui ne peut s'expliquer que par une position latéro-dorsale de la chaîne viscérale primitive. Vil. — Remarques sur la détorsion. Pour Spengel, les Opistobranches dériveraient de la même forme ancestrale que les Prosobranches, mais par torsion dorsale seulement et disparition des organes situés à gauche. Il n'y aurait pas eu de rotation de 180° des organes circum- anaux. Biitschli admet également une origine commune aux Prosobranches et aux Opistobranches ; mais dans la torsion qu'ils ont subie les uns et les autres, les Opistobranches se distingueraient des Prosobranches par un moindre déplace- ment delà branchie,qui se serait arrêtée sur le côté droit, le système nerveux restant eulhyneure. Bouvier (i) accepte d'abord l'hypothèse de Butschli, mais, l'année suivante, son étude approfondie de ÏActœon (2) le (1) P. Fischer et E.-L. Bouvier, Recherches et considérations sur Vasymétrie des Mollusques univalves (Extrait du Journ. de Conchy, i. XXXII, 1892). (2) Bouvier, Observations sur les Gastéropodes Opistobranches de la famille des Actseonidés (Extrait du Bulletin de la Soc. philom. de Paris, 8^ série, t. V, n" 1, p. 8). TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 275 conduit à des résultais tout différenls. Après avoir inonti'é que ce Mollusque présente des caractères mixtes entre les deux groupes, il dit : « L'Aclœcm nous montre que les Eu- thyneures ont été d'abord Streptoneures comme les Proso- branches et que reuthyneurie qui les caractérise est le résultat d'un déplacement secondaire de gauche à droite. Etant Prosobranches, les ancêtres des Euthyneures ont été caractérisés par un déplacement de 1 80Me l'appareil branchio- anal ; chez leurs descendants, un mouvement s'est produit en sens inverse, ramenant la branchie et l'anus à droite et détruisant en même temps la torsion en 8 de chifTre du sys- tème nerveux. » L'auteur remarque en outre que ce dépla- cement rétrograde a été lié à une réduction progressive de la coquille chez les Opistobranches, et il termine en disant « qu'il ne voit pas encore quelle est la raison du déplacement rétrograde de l'appareil branchio-anal chez les Euthyneures, mais qu'il est fort possible qu'il ait été occasionné par l'hermaphroditisme de ranimai ». L'opinion de Bouvier est admise par le plus grand nombre desmalacologistes, mais il n'est pas à ma connaissance qu'une tentative ait été faite pour expliquer la cause de cette détor- sion. C'est le but que je me propose dans ce qui suit. Chez les Opistobranches à système nerveux incomplète- ment détordu, à anus etbranchie situés latéralement à droite, il reste encore des organes qui ont conservé la place qu'ils ont acquise par la torsion. Le gésier, les glandes salivaires, l'aorte sont encore aussi nettement tordus chez Bulla, Sca- phander et Aplysia (fig. 79 à 83) que chez les Prosobranches typiques. Cette division des organes en deux groupes me servira de point de départ pour expliquer les causes proba- bles de la détorsion. Quelle que soit la théorie admise pour la torsion, on com- prendra difficilement qu'ayant réussi, après une longue évolution, à placer ses organes dans d'excellenles conditions pour l'accomplissement de leurs fonctions, Tanimal se soit repris brusquement à les ramener dans les conditions primi- 276 A. AIIAUURLIT. tivement défavorables. La cause nous apparaît donc comme accidentelle, en tous cas indépendante de la volonté de l'animal. Du reste, la position des organes détordus des Tectibran- clies ne nous permet pas de les considérer, avec Pelseneer (1), comme les conséquences «d'un mouvement de sens contraire à la torsion » . En etîet, dans Biilla, Scaphandei\; Aplysia, le ganglion sous-inlestinal occupe toujours, à droite de l'œsophage, la position normale qu'il présente chez les Prosobranches, le ganglion sus-intestinal seul s'est déplacé pour venir occuper le côté droit, ce qui nous permet de dire aussi que, seule, la branche sus-intestinale de la chiastoneurie est détor- due (fig. 79-83). Admettons, pour un moment, la Ihéorie de Biitschli sur la torsion : la branchie, après s'être déplacée d'arrière en avant, exécute un mouvement de sens inverse. Dans tous les cas, cet organe est innervé par les nerfs issus du ganglion sus-intestinal; si la cause que nous cherchons n'avait pas entraîné des perturbations profondes dans l'arrangement des autres organes, si la branchie s'était simplement portée de l'avant à l'arrière, le ganglion sus-intestinal devrait se trouver plus en arrière chez les Tectibranches que chez les Prosobranches. C'est tout le contraire qu'on observe : ce gan- glion ne conserve même pas le niveau qu'il présente chez les Prosobranches. Il s est déplacé en avant (fig. 79-83). Si l'on admet la torsion de la première moitié du corps, et la rotation de l'autre moitié autour de l'axe de la première, il est impossible d'expliquer, par l'effet d'une détorsion en sens inverse, d'abord pourquoi le ganglion sous-intestinal est resié à droite tandis que le sus-intestinal passait de gauche à droite, et ensuite pourquoi les autres organes de cette ré- gion antérieure ne sont pas détordus. La cause nous appa- raît donc comme indépendante de la torsion primitive, (I) Pelseneer, loc cit., p. 132. TUBE DIGESTIF CHEZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 277 quelle qu'elle soit, et dans la suite nous remplacerons le mot détorsion par celui de déplacement qui ne préjuge rien sur la cause qui l'a produit. Si, au lieu de nous en tenir aux quelques organes cités plus haut, nous envisageons la masse entière de ceux-ci, nous remarquons que tous — à l'exception de la plupart de ceux delà cavité antérieure — occupent des posilions rela- tives difîérentes de celles qu'ils présentent chez les Proso- brancbes, et que les dérangements et les atrophies sont d'au- tant plus considérables que la coquille est plus réduite. Dans un Prosobranche, on peut diviser la coquille en deux parties qui contiennent chacune des organes assez dis- lincts : 1° La base ou dernier tour, qui protège des organes con- tenus dans deux plans superposés, l'un supérieur, contenant le cœur, la branchie et le rectum ; l'autre inférieur, dans lequel sont compris l'œsophage, les glandes salivaires, l'aorte antérieure et la chaîne viscérale ; ces deux étages d'organes étant séparés parle dos de l'animal qui sert en même temps de plancher à la cavité respiratoire ; 2° Le sommet de la coquille, comprenant tous les autres tours qui servent à pro léger l'estomac, le foie et la partie principale de l'appareil génital. Chez les Teclibranches, le sommet s'atrophie de plus en plus, tandis que le dernier tour s'étale de manière à prendre la forme d'une écuelle renversée presque plate. Cette régres- sion s'observe très bien dans la série des animaux suivants : Actœon, Bulle, Scaphandei^ Aplysie, Umbrelle. Mais l'atrophie du sommet de la coquille n'a pas entraîné l'airophie des organes qu'il contenait, et ceux-ci, n'étant plus maintenus écartés par les différents tours de spire de la co- quille, se sont tassés les uns sur les autres et ont exercé une poussée^ d'arrière en avant, sur les organes du premier plan, c'est-à-dire sur la cavité palléale et son contenu : cœur, branchie, rectum. Les organes du tortillon se sont intro- duits ainsi peu à peu sous le dernier tour de la coquille, 278 A. AllAUORUT. refoulant devant eux les organes qui s'y trouvaient primitive- ment. En effet : Le cœur, qui, chez les Prosobrancbes, occupe la région tout à fait postérieure du dernier tour de la coquille, présente encore à peu près celte position chez Actseon. Chez Bulla (fig. 84) et Scaphaiider^ il est placé au tiers postérieur; dans Aplysie on le renconlre au tiers antérieur (fîg. 83), et chez Umbrelle il est placé en avant de la coquille. Ce déplacement du cœur ne s'est pas produit, d'arrière en avant, selon une ligne parallèle à l'axe de la région anté- rieure du corps, mais selon une ligne oblique de gaucbe h droite. En effet, cbez les Prosobrancbes et VActœon, le cœur est nettement placé à gauche ; cbez Bulla, l'oreillette atteint déjà la ligne médiane dorsale; dans l'Aplysie et l'Umbrelle, elle est tout entière à droite, et cbez le Pleurobrancbe le ventricule est passé lui-même de ce côté. Ces déplacements simultanés d'arrière en avant et de gauche à droite s'expliquent assez bien, si on réfléchit que l'axe de la cavité respiratoire est également oblique dans les mêmes directions. Le grand axe auriculo-ventriculaire du cœur a éprouvé en outre un mouvement de rotation, dans le sens des aiguilles d'une montre, et qui a eu pour résultat d'amener le ventri- cule en avant. En effet, cbez les Prosobrancbes, le ventricule est en arrière de l'oreillette; chez Bulla, Scœphander, l'axe est transversal avec ventricule à gaucbe ; dans l'Aplysie, il est un peu oblique, mais dé droite à gaucbe, avec le ventri- cule déjà en avant, et cbez le Pleurobranche, le cœur tout entier à droite termine cette rotation de 180°. On ne saurait expliquer ce mouvement de rotation du cœur par l'effet seul de la poussée des organes du tortillon, mais comme une conséquence du déplacement de la brancbie, qui est lui-même une conséquence de la déformation de la cavité respiratoire. La cause de la déformation de la cavité respiratoire doit être cbercbée dans la marcbe en avant des organes du tor- TUBE DIGESTIF ClItZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 279 lillon et dans raplalissemenl du dernier tour de la coquille, dont l'ouverture de plus en plus grande lend à occuper toute sa longueur. Dans les Prosobrancbes et VAciœon, le fond de la cavité respiratoire étant placé à gauche de la ligne médiane du corps, c'est d'abord cette partie qui est envahie par les or- ganes du tortillon, et, l'invasion étant progressive d'arrière en avant, le côté gauche de la cavité respiratoire tend de plus en plus à disparaîlre. Celte marche des organes dutorlillon et ses conséquences s'observent très bien dans le Scaphander (fig. 84, PL X). Chez ce Teclibranche, le plafond de la cavité respiratoire est représenté par une bandelette B et par un organe spiral S/^. La bandelelte, plus large en arrière qu'en avant, est fixée au dos de l'animal selon une ligne ba, qui représente le fond de la cavité respiratoire. Au point [b), le bord antérieur du manteau passe, comme d'ordinaire, sous la face inférieure du corps, au-dessus du pied, et revient à droite dans le voi- sinage du point («), mais le bourrelet qu'il forme ne se soude pas au point [a], il se détache du flanc droit et se continue en arrière jusqu'au point (<:/), qui apparlient aubord libre delà bandelette; il en résulte ainsi, entre la face supérieure de celte bandelette et le bord inférieur du manteau, un orifice (o), qui conduit dans l'organe spiral. Celui-ci présente dans son in- térieur deux bourrelets qui ne sont autre chose que les pro- longements supérieur et inférieur du manteau. Cet organe représente donc bien une évagination de la cavité respira- toire, et témoigne une tendance de cette cavité à se déve- lopper à droite à mesure qu'elle s'atrophie en avant et à gauche. Si l'on passe des Bulléens aux Aplysiens et aux Pleuro- branchéens, l'invasion des organes du tortillon se manifeste de plus en plus, et la cavité respiratoire tend vers une fente longitudinale tout entière placée du côté droit et qui tend à son tour à disparaître d'avant en arrière. La déformation et l'atrophie de la chambre respiratoire 280 A. AlIAUUItUT. onl nécessairement un retentissement sur la brauchie. Cliez les Bulléens, celle-ci est siluée à droite, au niveau du milieu du dernier tour de la coquille, et son axe est transversal. Chez les autres, elle est au niveau postérieur delà coquille, son axe est oblique et son extrémité libre est tournée vers l'arrière. Il nous est facile maintenant d'expliquer le mouvement de rotation de l'axe auriculo-ventriculaire. La branchie élant rattachée à Toreillette par les veines branchiales, nous voyons qu'à mesure que le ventricule est poussé en avant par les organes du tortillon, l'oreillette est tirée en arrière par les vaisseaux qui l'unissent à la branchie et de telle sorte que l'axe de celle-ci se confonde toujours sensiblement avec l'axe du cœur. La déformation de la cavilé respiratoire a entraîné, dans le même sens que la branchie, le déplacement des autres organes du complexe (fig. 84). La branchie des Tectibranches ne me paraît pas repré- senter la branchie tout entière des Prosobranches, mais seulement une portion plus ou moins grande de son extré- mité antérieure, car à mesure que la cavité respiratoire s'a- trophie, la partie postérieure de l'organe doit subir le même sort. Ceci expliquerait la forme globuleuse de la branchie des Tectibranches, cet organe devant gagner en largeur ce qu'il perdait en longueur. Mais nous avons d'aulres raisons de croire à cette atrophie de la région poslérieure de l'or- gane respiratoire. En effet; chez les Prosobranches (fig. 69, PI. IX), le ganglion sus-intestinal est situé au niveau de la région antérieure de la branchie, et le ganglion viscéral im- pair au niveau de la région poslérieure, et on conslate en général une certaine relation entre la longueur de la bran- chie et la longueur de la boucle nerveuse qui réunit le gan- glion viscéral aux ganglions sus et sous-intestinaux. Chez Bulla, Scap/iander, la boucle est très réduite (fig. 79) et la branchie est située tout entière au niveau du ganglion sus- intestinal (tig. 84). Chez l'Aplysie, la boucle n'existe plus, TUBK DIGESTIF CHKZ LES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 281 mais la branchie se trouve toujours au niveau du ganglion sus-inleslinal. Le déplacement des organes précilés n'a eu aucun relen- lissement sur le gésier et les glandes salivaires, qui ont conservé leur position primilive due à la torsion (fig. 79-83), et cette fixité va nous permettre d'expliquer les différences de relations que présentent le gésier des Tectibranches elle jabot des Prosobranches. Chez les Prosobranches, le cœur est toujours placé à un niveau postérieur assez éloigné du jabot, et l'aorte antérieure, à sa sortie du ventricule, présente toujours, à gauche de Tœso- phage, une partie rectiligne avant de passer de gauche à droite. Chez les Tectibranches, le cœur se rapproche de plus en plus du niveau postérieur du gésier et finit par le dépas- ser. Chez Scaphandei\ il est encore situé en arrière et raorte passe derrière le gésier (fig. 79), comme chez les Prosobranches, mais transversalement, et la partie rectiligne n'existe plus. Dans l'Aplysie (fig. 83), le cœur est nettement placé au-dessus du gésier et l'aorte, dirigée d'abord de gau- che à droite, parallèlement au péricarde, gagne les parois droites du corps qu'elle n'abandonne qu'un peu en arrière des colliers nerveux, pour venir se placer sous Tœsophage. ChezlePleurobranche, le cœur est placé plus en avant encore, et complètement à droite; aussi l'aorte antérieure ne croise plus le tube digestif. En résumé, le gésier étant resté fixe et l'aorte ayant subi la poussée d'arrière en avant et de gau- che à droite, il est arrivé un moment où cette aorte s'est trouvée tout entière à droite du tube digestif. On comprendra facilement maintenant les déformations éprouvées par la chaîne viscérale chez les Tectibranches. Les organes innervés par les ganglions viscéral posté- rieur et sus-intestinal, s'étant portés en avant, le viscéral a suivi le même mouvement et s'est rapproché du sus-intesti- nal. La boucle nerveuse qui réunissait en arrière les trois ganglions s'est raccourcie de plus en plus ; mais dans leur marche en avant et de gauche à droite, les organes ayant 282 A. AllAUDRUT. dépassé le niveau du ganglion sus-inleslinal, celui-ci à son tour s'est mis en mouvemenL et dans le même sens, ce qui explique sa position à droite du gésier et en avant du gan- glion sous-intestinal. On peut résumer en quelques mots les phases successives par lesquelles le Prosobranche s'est transformé en Opisto- branche. Atrophie du sommet de la coquille, élargissement et aplatissement du dernier tour, tassement des organes du tortillon, leur tendance à envahir la base de la coquille et à refouler d'arrière en avant le cœur, la branchie, le rein. Déformation et atrophie de la cavité respiratoire, qui peu à peu a été remplie par les organes postérieurs. Le remplis- sage intéressant d'abord le fond et le côté gauche de la cavité palléale, la fente respiratoire s'est accrue vers la droite, où elle ne rencontrait pas d'obstacle, grâce à l'apla- tissement delà coquille. L'anus, l'orifice génital et la partie antérieure non alrophiée de la branchie se sont déplacés d'avant en arrière, en longeant le côté droit, attirés, d'une part, par le déplacement de la cavité respiratoire et refoulés, d'autre part, par les organes qui tendaient à prendre leur place. Sous la double influence de la poussée des orgaues du tortillon et du déplacement de la branchie, l'axe auriculo-ventriculaire du cœur a exécuté simultanément un mouvement de trans- lation d'arrière en avant vers la droite et un mouvement de rotation de 180° dans le sens des aiguilles d'une montre, ce dernier ayant pour conséquence la transformation du type Prosobranche en Opistobranche. Le ganglion sous-intestinal a conservé sa position primitive, mais, à mesure que les organes se rapprochaient de la région antérieure, la chaîne viscérale se raccourcissait et, à un certain moment, le ganghon sus-intestinal suivait le mouvement d'arrière en avant et de gauche à droite pour venir se placer dans le voisinage du sous-intestinal à droite de l'œsophage. Le cœur et le gan- glion sus-intestinal ayant été ramenés à droite de l'œsophage, la branche sus-intestinale de la chiastoneurie et l'aorte n'ont plus à passer sur le gésier pour se rendre dans la tête. Le TUBE DIGESTIF CHEZ f^ES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 283 gésier, les glandes salivaires et le sous-iiiteslinal sont les seuls organes tordus qui ont conservé leurs positions relatives — au moins chez les Tectibranches que j'ai étudiés. Dans l'étude comparative des différenls organes que j'ai examinés dans ce travail, il ne m'a pas été possible de com- prendre ceux des Nudibranches, des Pulmonés et des Cé- phalopodes. C'est une lacune que j'espère pouvoir combler plus tard. PLAN Pages Cavité antérieure des Prosobranches 5 I. Divers modes d'allongement de la partie antérieure du corps 7 1. Allongement terminal 9 a. Origine des muscles rétracteurs de la trompe 9 h. Origine de la trompe pleurembolique, gaine de la trompe. . . 11 c. Gaine libre et gaine fixée i4 2. Allongement terminal et intercalaire postentaculaire 16 II. Mécanisme de l'invagination et de l'évagination de la trompe. ... 25 a. Évagination 25 h. Invagination 26 c. Quelques particularités dans le mécanisme de la trompe chez Pyrule, Cône, Terebra 2d m. Influence de l'allongement terminal sur la position, la forme et la structure des organes de la cavité antérieure 32 1 . Modifications éprouvées par le bulbe dans sa structure 45 A. Cartilages et muscles qui les réunissent entre eux 46 B. Muscles allant des cartilages à la membrane élastique des muscles tenseurs 73 a. Mollusques dépourvus de trompe 73 /). Mollusques à trompe 81 C. Muscle protracteur ou fléchisseur des cartilages 83 D. Parois du bulbe : . . . 85 a. Muscles longitudinaux de la face inférieure 86 h. Muscles longitudinaux des faces latérales 91 c. Fibres circulaires 93 E. Papille ou gaine radulaire, ses rapports avec l'aorte antérieure 98 F. Muscles rétracteurs du bulbe 111 a. détracteurs de la membrane élastique. 112 6. Rétracteur du bulbe et de la papille 113 G. Innervation des muscles rétracteurs 120 H. Cellules ganglionnaires du bulbe 129 1V^ Mécanisme de la radule 1 30 a. Pulmonés 131 28 i 4. AMIAUMUUT. Pages 6. Prosobranches pourvus de deux mâchoires latérales 140 c. Prosobranches dépourvus de mâchoires latérales 142 Historique de la structure du bulbe et du mécanisme de laradule.. 145 V-. Poches buccales et poches œsophagiennes, leurs transformations dans la série des Prosobranches 177 a. Mollusques à mufle contractile et non rétractile 177 6. Monotocardes à mufle de Diotocardes 194 c. Monotocardes à mufle rétractile 201 d. Mollusques à trompe 205 a. Allongements terminal et intercalaire dorsal réunis 206 p. Allongement terminal 209 y. Allongements terminal et intercalaire postentaculaire réunis ou formes à trocart 246 Ô. Gésier des Tectibranches 2.)! VI. Remarques sur la torsion 256 VIT. Remarques sur la détorsion 274 EXPLICATION DES FIGURES Plan cm: l. Fig. 1. — Partie antérieure du corps de Dolium olearium ; T', trocart; T, trompe; S, siphon ; t, tentacule; Pe, pénis; Bm, bord du manteau ; P, pied. Fig. 2. — Trocart de Dolium ouvert selon une ligne longitudinale dorsale, les bords rabattus en T' laissent voir la trompe T; ca, cavité anté- rieure. Fig. 3. — Tête de Cassis saburon. — T', trocart ; T, trompe. Fig. 4. — Tête de Cassidaria thyrrena. — T', trocart; T, trompe ; ga, gaine delà trompe; gin, glandes salivaires normales; J, jabot; ao, aorte anté- rieure. Fig. 5. — Appareil proboscidien de Conus quercinus ouvert. — T', trocart doublé intérieurement par la gaine ga ; pi, repli de la gaine libre se for- mant pendant Finvagination de la trompe T ; mr, muscles rétracteurs de la trompe; fb, fausse branchie. Fig. 6. — Trompe évaginée de Cypvdea contenant le bulbe B. Fig. 7. — Cyprœa turdus. — Cavité antérieure ouverte montrant : T, la trompe rétractée; B, le bulbe; grn, gaine radulaire; J, jabot; Co, cœur; ao, aorte antérieure; Gc, ganglion cérébroïde; Gp, ganglion pédieux ; mri, muscles rétracteurs inférieurs ; ?nrs, muscles rétracteurs supé- rieurs. Fig. 8. — Organes de la cavité antérieure de Murex brandaris. — ga, gaine de la trompe; T, trompe; gin, glandes salivaires normales; mr,m'r', muscles rétracteurs ; Gl, glande de Leiblein ; ao, aorte antérieure ; Oe, œsophage. Fig. 9. — Organes de la cavité antérieure de Murex brandaris, la gaine de la trompe ayant été soulevée. — ga, gaine de la trompe; gra, gaine ra- dulaire; mr, mr', muscles rétracteurs de la trompe; P/t, pharynx de Lei- blein ; ex, canal excréteur des glandes salivaires normales ; Gc, ganglion cérébroïde ; GSw., ganglion sus-intestinal ; bo, diverticulums glandu- laires du canal excréteur de la glande de Leiblein. Fig. 10. — Pyrula ficus. — T', trocart; ga, gaine de la trompe; T, trompe; J, jabot. Fig. 11. — Pyrula ficus. — T, trompe ouverte; B, bulbe; Gc, ganglion cé- rébroïde; Gp, ganglion pédieux; Ca?, canal excréteur des glandes sali- vaires. Planche II. Fig. 12. — Dolium olearium, cavité antérieure et trompe ouvertes. — T', trocart; T, trompe; br, bourrelet annulaire limitant en arrière les 286 A. Aii.tunuuT. parois de la trompe et du trocart ; B, bulbe; Oe, œsophage; bo, bour- souflures de la face inférieure deFoesophage; poe, portion détachée de .Fœsophage représentant la partie postérieure des poches œsophagiennes ; Gc, ganglions cérébroïdes; Gp, ganglions pédieux ; GSw, ganglion sus- intestinal; GSo, ganglion sous-intestinal; G6, ganglion buccal; 5si, bran- che supérieure de la chiastoneurie ; cz, connectif de la zygoneurie ; ao, aorte antérieure ; Hc, rétracteurs communs du bulbe. Fig. 13. — Rapana hezoar. — Ga, gaine de la trompe; B, bulbe; gra, gaine radulaire ; Oe, œsophage ; P/i, pharynx de Leiblein ; es et ci, por- tions différenciées de l'œsophage; G/, glande de Leiblein; gin, g'I'n', glandes salivaires normales; g'/a, (/Ta', glan(;les salivaires annexes; Gc, ganglions cérébroïdes ; GSu, ganglion sus-intestinal; 6si, branche sus- intestinale de la chiastoneurie; ao, aorte antérieure. Fig. 14. — Pyrula ficus, cavité antérieure ouverte. — ga, gaine de la trompe; J, jabot; mr, muscles rétracteurs; T', trocart; Br, branchie; fb, fausse branchie; S, siphon; P, pied. Fig. 15. — Knnella giganteum. — T, trompe ouverte; ga, gaîne de la trompe fixée aux parois céphaliques par des tractus musculaires; B, bulbe; Oe, œsophage; J, jabot; pc, pochettes ou boursouflures de la face inférieure de l'œsophage; ao, aorte antérieure; gin, glande salivaire droite; g'I'n', glande salivaire gauche; mr, muscles rétracteurs de la trompe; rie, rétracteurs du bulbe; Gc, ganglions cérébroïdes; Gp, gan- glions pédieux ; G^u, sus-intestinal ; bsi, branche sus-intestinale de la commissure viscérale. Fig. 16. — Tête de Terebra. — T', trocart dont la partie antérieure située en avant des tentacules est invaginée ; P, pied. Fig. 17. — Terebra (espèce B). — T', partie antérieure du trocart inva- giné ; T, trompe renversée d'avant en arrière ; tbu, tube buccal contenu dans la trompe; S, sommet du tube buccal. PLA^XHE m. Fig. 18. — Conus vicariiis. — T', trocart ouvert; T, trompe ouverte; ga, gaine de la trompe ; pi, repli formé par la gaine pendant l'invagination ; ib, tube buccal; B, bulbe; gra, gaine radulaire; Oe, œsophage; glv, glande à venin; gin, glandes salivaires normales. Fig. 19. — Terebra de l'espèce A. -^ T', partie antérieure du trocart inva- giné ; gaf, gaine fixée ; gai, gaine libre; T, trompe terminée par un dard acéré; glv, glande à veine; ex, tortillon formé par son canal excréteur; Gc, ganglions cérébroïdes ; gis, glandes salivaires. Fig. 20. — Terebra de l'espèce A. — T', trocart dévaginé ; gaf, gaine fixée ; gai, gaine libre; T, trompe; tb, tube buccal; R, renflement bulbo-œso- phagien ; B, bulbe; gin, glandes salivaires normales; gla, glandes sali- vaires annexes ; glv, glande à venin ; ex, son canal excréteur ; mr, mus- cles rétracteurs de la trompe. Fig. 21. — Terebra de l'espèce B. — T', trocart dévaginé; T, trompe; tb, tube buccal; B, bulbe; Gc, ganglions cérébroïdes; gin, glandes sali- vaires. Fig. 22. — Trompe de Conus arenatus. — ^5, tube buccal plissé et replié en zigzag. — b, renflement de la partie inférieure du tube buccal dans le- quel débouche le bulbe B; 6', renflement de la partie antérieure de l'œso- EXPLICATION DES FIGURES. 287 pliage dans lequel débouche le canal excréteur ex de la glande à venin. Pior. 23. — Appareil proboscidien de Velutine. — ga, gaine de la trompe; ï, trompe cylindro-conique; B, bulbe; m, mâchoires; v, vestibule. Fig. 24. — Appareil proboscidien de Cancellaria cancellata. — ga, gaine de la trompe; T, trompe cylindro-conique. Planche IV. Fig. 25. — Bulbe de Cancellaria cancellata. — m, mâchoires; tb, tube buc- cal; /, pointe de la langue; gra, gaine radulaire; Oe, l'œsophage; gis, glandes salivaires; G6, ganglions buccaux. Fig. 26. — Appareil musculo-cartilagineux du bulbe de Patelle. — a, p, is, cartilages antérieur, postérieur et latéral supérieur ; ma, muscles réu- nissant les cartilages antérieurs [a); tl, muscles tenseurs inférieurs; tsm, tenseurs supérieures; tsl, tenseurs supérieurs latéraux. Fig. 27. — Face inférieure du bulbe de Patelle montrant les cartilages {H, Isetp); le, membrane élastique; mlii, muscles réunissant intérieurement les cartilages H; pli, pis, muscles allant du cartilage postérieur aux car- tilages H et Is; H, tenseur inférieur; tsm, tenseur supérieur médian; fclt, muscle fléchisseur de l'appareil de soutien; p)ai, papillaire inférieur; gra, gaine radulaire. Fig. 28. — Face inférieure du bulbe de Patelle débarrassée de la plupart des muscles précédents et montrant le deuxième plan musculaire mlU qui réunit les cartilages//; mlih, muscles d'union des cartilages li et h. Fig. 29. — Face inférieure du bulbe de Patelle. Le plan musculaire mlis ayant été fendu longitudinalement et les bords rabattus, on aperçoit un troisième plan formé par les muscles ma et malsi; mpa, muscles qui réu- nissent les cartilages p aux cartilages a. Fig. 30. — Face inférieure du bulbe de Chiton. — p, cartilage postérieur laissant voir, par un orifice en forme de boutonnière, le cartilage a ; li, cartilage latéral inférieur ; /e, lame élastique; tsm, tenseurs supérieurs médians dont les fibres postérieures vont d'un cartilage à l'autre sans se mettre en rapport avec la gaine radulaire gra; ti, tenseur inférieur ; tsl, tenseurs supérieurs latéraux; pai, muscle papillaire inférieur. Fig. 31. — Langue de Nerita Tessellata. — li, Is, p, cartilages; pis, muscles allant du cartilage p au cartilage Is ; gra, gaine radulaire. Fig. 32. — Cartilages de Nerita tessellata. — ti, tenseur inférieur; ma, mus- cles d'union des cartilages a. Fig. 33. — Cartilages de Turbo coronatus. Fig. 34. — Face inférieure du bulbe de Fissurella concinna. Fig. 3o. —Appareil musculo-cartilagineux de Parmophore, la lame élas- tique ayant été fendue dans le sens longitudinal et les bords écartés dans tous les sens. Mêmes lettres que dans les figures précédentes. Planche V. Fig. 36. — Face inférieure du bulbe de Parmophore. — le, portion anté- rieure réfléchie de la lame élastique; ti, tenseur inférieur; tsm, tenseur supérieur ; rtb, rétracteur du bulbe ; pai, pai', papillaires inférieurs ; fcfi, fléchisseur des cartilages. 288 A. AlIAUDRUT. Fig. 37. — Cartilages de ITIaliotide avec les principaux tenseurs. Fig. 38. — Face inférieure du bulbe de l'Haliotide. — St, sillon marquant la limite en avant du cartilage postérieur. Fig. 39. — Face latérale du bulbe de VAmpullaria insularium montrant les muscles superliciels qui se détachent du cartilage li. En arrière, on aper- çoit au-dessous de mp les fibres du tenseur supérieur marquées en poin- tillé; Sph, sphincter buccal; gra, gaine radulaire; ao, aorte antérieure; c, crb, connectif cérébro-buccal. Fig. 40. — Bulbe dévaginé d'Arion rufus. — r, radule ; w, mâchoire; o, ori- fice de l'œsophage dans le bulbe. Fig. 41. — Coupe longitudinale du bulbe d'Hélix pomatia. — /, sommet de la langue ; c, cartilage; ism, tenseur supérieur; fi, tenseur inférieur; Oe, œsophage; B]9, bouchon papillaire; pas, papillaire supérieur; pui, papiliaire inférieur ; rtb, rétracteur du bulbe. Fig. 42. — Appareil cartilagineux d'Hélix p orna tia vu de la face inférieure ; li, saillie correspondant au cartilage li des Diotocardes. Fig. 43. — Cartilages de Buccin. Fig. 44. — Bulbe de Patelle. Fig. 45. — Bulbe ouvert d'Hélix pomatia. La membrane élastique a été fendue et les bords ont été rabattus, le sommet des cartilages a été coupé transversalement un peu en avant des fléchisseurs, pour montrer les re- lations des tenseurs avec la lame élastique et le fléchisseur f'ch ; ism, ten- seur supérieur ; tl, tenseurs latéraux ; ti, tenseur inférieur; pai, papillaire inférieur. Planche Vi. Fig. 40. — Cartilages de Murex brandaris. — tsm, tenseur supérieur; tl, tenseurs latéraux ; ti, tenseur inférieur ; rtel, rétracteur de la mem- brane élastique; rtb, rétracteur du bulbe. Fig. 47. — Appareil musculo-cartilagineux du Buccin. — c, cartilage; gra, extrémité postérieure de la gaine radulaire sur laquelle vient se fixer le muscle rétracteur de la papille rtp ; pas, papillaire supérieur; rtb, rétrac- teur des cartilages ; tsm, tsm', tenseur supérieur divisé en deux faisceaux ; tsl, tenseur supérieur latéral. Fig. 48. — Cartilages du Buccin vus de la face inférieure, montrant les trois paires de tenseurs inférieurs ti et les deux rétracteurs de la mem- brane élastique. Fig. 49. — Face inférieure du bulbe de THaliotide. — p, extrémité anté- rieure des cartilages postérieurs ; me, mo, ti, trois faisceaux de fibres longitudinales; mp, fibres superficielles en forme de fer à cheval recou- vrant le tenseur supérieur médian tsm; ma, fibres transversales réunis- sant les cartilages ; rtel, r't'e'l' , rétracteur de la membrane élastique ; pai, papillaire inférieure ; rtp, rétracteur de la papille ; Gr, papille ou gaine radulaire; le, membrane élastique faisant hernie entre les muscles ma et les fibres du sphincter buccal sph; Gc, ganglions cérébraux; C/, com- missure labiale ; G/, ganglions labiaux avec les nerfs qu'ils fournissent au bulbe. Fig. 50. — Bulbe d'Hélix pomatia vu de côté, montrant les différents fais- ceaux de fibres longitudinales et transversales; Oe, œsophage; gra, gaine radulaire; c, crb, connectif cérébro-buccal. 1:XI>L1CATI0N DES Fir.UHES. 289 Fig. 51. — Face inférieure du hulhd dWinpiillaria insulariu:)i, les muselés longitudinaux superlicieis ayant été enlevés. Fig. 52. — Face postérieure du bulbe de lArion rufas, la membrane pa- pillaire ayant été en partie enlevée. — Gr, papille; Oe, œsophage; pas, papillaire supérieur; pui, papillaire inférieur; tsm, tenseur supérieur; /■.i', faisceau de fibres de la face supérieure qui se continue jusqu'aux cartilages ; rf, repli de la membrane papillaire qui s'engage entre la par- lie postérieure des cartilages. Fig. 53. — Tube digestif de Nerila picxa. — pb, poches buccales ; pod, po(j, poches œsophagiennes droite et gauche; qt, gaine radulaire; Oc, œso- phage; V, ventricule du cœur; ao, aorte antérieure traversée par le rec- tum Pv ; E, estomac; gis, glandes salivaires recouvertes par les circonvo- kilions intestinales; hsi, branche sus-intestinale delà chiastoneurie. PfAxcin: VU. Fig. 54. —Partie antérieure du tube digestif de VAmpullaria insularium, vu de la face inférieure. — B, bulbe; gr, gaine radulaire ; li, cartilage latéral inférieur; mo, mp,7n'p' ,in"p'' , fibres longitudinales superlicielles; rtcl, rétracteurs de la membrane élastique; Oc, œsophage; J, jabot; pody pog, poches œsophagiennes ; gin, glandes salivaires ; ao, aorte antérieure et ses ramifications ; Gc, ganglions cérébroïdes; Gp, ganghons pédieux. Fig. 55. — Cyclophorus volvulus. — Oe, œsophage; pod, pog, poches œso- phagiennes; yln, g'I'n, glandes salivaires; ao, aorte; gr, gaine radulaire contenue dans l'aorte. Fig. 56. — Paludine vivipare. — B, bulbe ; Oc, œsophage ; gr, gaine radu- laire; G6, ganglions buccaux; ao, aorte antérieure; rtp, rétracteur de la papille; rtel, rétracteur de la membrane élastique; rtb, rétracteur du bulbe. Fig. 57. — Bulbe et gaine radulaire de l'Haliotide. — pas, papillaire supé- rieur. Fig. 58. — Coupe transversale de la gaine radulaire de VHcllx pomatia; mex, membrane papillaire externe; min, membrane interne; entre ces deux membranes se trouvent les muscles papillaires pas et pai, et des lacunes sanguines formant un cercle externe Ix et un cercle interne lin; epe, épithélium externe ; msb, membrane subradulaire sécrétée par l'épi- thélium externe ; mb, membrane élastique formée par les odontoblastes ; d, dents de la radule; cut.i, cuticule interne, homologue de msb; epi, épithélium interne qui se continue en haut avec l'épithélium externe; Bp, bouchon papillaire formé par prolifération de la couche conjonctive interne min. Fig. 59. — Muscles rétracteurs de VHelix pomatia et leur innervation. — rb, rétracteur du bulbe ; //, faisceau rétracteur commun du pied et des tentacules; rp, rétracteur du pied; rc, rétracteur commun des tenta- cules; rT, rétracteur du grand tentacule ; rt, rétracteur du petit tenta- cule; 1, nerf allant du ganglion pleural au ganglion cérébroïde ; 3, nerf du rétracteur du bulbe; 4, branche d'anastomose; o, nerf du rétracleur commun des tentacules; 2, nerf du petit tentacule; c.cr6, conncctif cérébro-buccal. AN.N. se. NAT. ZOOL. VII, 19 290 A. AIIAUDBLIT. Planche VlII. Fig. 00. — Palellc vulgaire. — B, bulbe; J, jaboL; pb, poches buccales; 2iod,pog, poches œsophagiennes; ex, canal excréteur des glandes sali- vaires ; bsi, branche supérieure de la chiastoneurie. Fig. 61o — Œsophage de Patelle ouvert. — pb, poches buccales divisées en deux parties pba,pbp; bsd, bfg, bid,big, bourrelets supérieurs et infé- rieurs ; mt, membrane plissée de forme triangulaire correspondant à la languette inférieure des Diotocardes. Fig. 02. — Haliotide. — pb, poches buccales; pro, pro\ prolongements an- térieurs des poches œsophagiennes ; gin, glandes salivaires ; bsi, branche supérieure de la chiastoneurie. Fig. 03. — Haliotide. — Œsophage et bulbe ouverts. — pb, poches buc- cales; pod,pog, poches œsophagiennes; las, languette ou luette supé- rieure; lui, languette inférieure; bsd, bourrelet supérieur droit; bsg, bourrelet supérieur gauche ; bi, bourrelet inférieur présentant de chaque côté de la ligne médiane de nombreux replis obliques. Fig. 04. — Cijclophonis volvulus. — Cavité antérieure ouverte; pod,pog, poches œsophagiennes; (7 /sd, glande salivaire droite; glsg, glande sali- vaire gauche; Oe, œsophage; bsi, branche supra-intestinale de la chias- toneurie ; ao, aorte. Fig. 05. — Bulbe de Cyclophore ouvert. — m, mâchoire; r, radule; pb, poches buccales; bsd, bsg, bourrelets supérieurs ; bid, blg, bourrelets in- férieurs; pod, partie antérieure de la poche œsophagienne droite; S, par- tic de cette poche détachée de l'œsophage ; 0, orifice faisant communi- quer les deux régions. Fig. 00. — Ampullaria insulariiim. — gis, glande salivaire droite soulevée pour montrer la poche droite pod et le ganglion buccal G6 ; Oe, œso- phage se continuant sur le jabot par une bande spirale ba ; pr, prolonge- ment sous-œsophagien du jabot. Fig. 07. — Bulbe à' Am\mllaria insularium ouvert. — m, mâchoire; )\Vii- dule ; bsd, bsg, bid, big, bourrelets; pod, partie antérieure de la poche œsophagienne droite; S, partie postérieure détachée de l'œsophage. Planche IX. Fig. 08. — Partie antérieure du tube digestif à' Ampullaria insidarium ; gis, glandes salivaires; pod, extrémité de la poche œsophagienne droite ; bsi, branche supra-intestinale de la commissure viscérale; J, jabot; ao, aorte antérieure. Fig. 09. — Xénophore. — B, bulbe; J, jabot; G?g, glandes salivaires droite et gauche ; aid, cou formé par allon- gement intercalaire dorsal. Fig. 70-71. — Stroinbus gibbcndn. — ï, trompe; B, bulbe; J, jabot; Gc, ganglion ccrébroïde; S'jj, ganglion sous-intestinal ; Gia, ganglion sus- intestinal ; ao, aorte ; Fi, rectum. Fig. 72. — Partie antérieure du tube digestif de Cyprxa arabica. — B, bulbe; I), dilatation de la face inférieure de l'œsophage; bsd, bsg, bourrelets; .1, jabot; ss', saillies antérieures du jabot. EXPLICATION DES FIGURES. 291 Fig. 73. — Bulbe ouvert de Uanclla (jiyantciiD). — bsd, bsg, bld, hig, bour- relets ; pod, pofj, parties antérieures des poches œsopliagiennes condui- sant dans le canal inférieur de l'œsophage; 0, orifices des pochettes que présente celte l'ace inférieure. Fig. 74. — Jabot de Cassis saburon ouvert. — bsd, bsg, bourrelets supé- rieurs; bi, bourrelet inférieur; bl, partie glandulaire de couleur blanche; br, partie glandulaire de couleur brune. Fig. 75. — Partie postérieure de la glande sous-œsophagienne impaire de Dolium olearium. — bsd, bsg, bi, bourrelet; rr', portions glandulaires; e, partie non glandulaire. Planche X. Fig. 76. — Partie antérieure du tube digestif de lopas sevîuni. — Oe, œso-r phage; Ph, pharynx de Leiblein ; (//s, glande supplémentaire; G/, glande de Leiblein; gin, glandes salivaires normales; gla, glandes salivaires annexes ; Gc, ganglions cérébroïdes. Fig. 77. — Glande de Leiblein de Purpura hipillus. — A, partie antérieure de la glande; P, partie postérieure; ss', impressions dues à l'œsophage et à l'aorte. Fig. 78. — Bulbe et œsophage de Dolium olearium ouverts. — bsd, bsg,bi, bourrelets; pod, pog, poches œsophagiennes; Poe, glande impaire sous- œsophagienne représentant la partie postérieure des poches œsopha- giennes. Fig. 79. — Partie antérieure du tube digestif de Bulla ampulla. — B, bulbe; Oe, œsophage; Ct, gésier dans sa position naturelle, présentant sa face droite en haut; 1, 1,2, 4, lobes du gésier; gin, glande salivaire droite; GSif, ganglion sus-intestinal; GSo, ganglion sous-intestinal; bsi, bran- che supra-intestinale de la chiastoneurie ; ao, aorte antérieure. Fig. 80. — Face supérieure du gésier de Bnlla ramenée en haut par une torsion de 90" dans le sens des aiguilles d'une montre ; gin, g'I'n, glandes saUvaires; 1 et 1', lobe supérieur du gésier divisé en deux parties par la branche d'anastomose le des glandes salivaires. Fig. 81. — Face inférieure du gésier de Bulla montrant les lobes symé- triques 2 et 3. Fig. 82. — Gésier de Bulla ouvert par la face inférieure. — pj p^Pz, les trois grandes plaques chitineuses ; p'iP\p\, les trois paires de petites plaques; 1,2, 3, les trois lobes correspondant aux trois grandes plaques. Fig. 83. — ApUjî^ia punctaia. — B, bulbe; JJ', parties antérieure et posté- rieure du gésier; gin, glande salivaire droite dont l'extrémité est située sous le gésier; g'in , glande salivaire gauche dont l'extrémité est rame- née au-dessus du gésier; C, bord antérieur de la coquille; or eti'e, oreil- lette et ventricule du cœur; ao, aorte antérieure; bsi, branche supra- intestinale de la chiastoneurie. Fig. 84. — Scaphander retiré de sa coquille. — Bc, bouclier céphalique ; G, gésier; p, péricarde; B, bandelette représentant le plafond de la cavité respiratoire; ab, ligne selon laquelle cette bandelette est ratta- chée au dos de l'animal ; Sp, organe spiral ; 0, orifice conduisant dans son intérieur; Br, branchie; Og, orifice génital ; A, anus. OBSERVATIONS ORGANES GÉNITAUX DES BRACONIDES Par M. L. G. SEURAT. L'abdomen des Braconides est formé de 9 segments bien distincts, les 7 premiers portant cbacun une paire de stig- mates, placés sur les flancs destergites, etàpeu près au mi- lieu de chacun d'eux. Les 8 premiers segments sont noirs, le O"" se chitinise très peu, et reste incolore. Nous avons étudié l'organisation des organes génitaux et leur développement dans le Doryctes galliciis Rheinbarxt. Ce Braconide éclôt dès les premiers jours de mai, en per- forant l'écorce du chêne avec ses puissantes mandibules bidentées; dans chaque groupe d'individus sortis d'une même larve de CaUidium sanguineum L., il y a toujours un mâle, et rien qu'un, et un nombre de femelles variant de un (nombre minimum, observé une fois) à quinze. — Les différences sexuelles, les organes génitaux mis à pari, sont les suivantes : le mfde est d'abord beaucoup plus petit que la femelle, sa taille est environ moitié de celle delà femelle; l'article terminal de l'antenne est plus long dans le mâle ; l'abdomen est complètement noir dans le mâle, tandis que la face ventrale est ferrugineuse dans la femelle ; l'aile anté- rieure de la femelle possède une tache nébuleuse sous le stigma, qui n'existe pas dans le mâle, quel que soit son âge. — L'accouplement a lieu peu de temps après l'éclosion; nous le 294 li.-ft. ^EUIIAT. décrirons plus loin^ quand nous aurons décrit les organes de la reproduction. I. — Appareil génital femelle et ses annexes. L'appareil génital femelle comprend les glandes génitales, leur canal vecleur, et l'organe de la ponte, ou tarière; il faut en outre distinguer une glande q. venin. Les 2 ovaires sont situés à droite et à gauctie du tube digestif, ils sont énormément développés, occupant presque toule la cavité de l'abdomen ; le tube digeslif est comprimé par les ovaires, et sa lumière dans celle partie est très faible ; dans la région postérieure de Fabdomen, le tube digestif s'élargit, donne insertion à 9 tubes de Malpigbi, se continue par la vésicule rectale, et le rectum qui va déboucher à l'extrémité du 9^ segment. Chaque ovaire renferme jusqu'à 18 œufs très gros, allon- gés, disposés côte à côte suivant la longueur de l'abdomen; tous ces œufs sont au même degré de développement et tous prêts à êlre pondus; les deux ovaires se réunissent en un oviducte qui va se jeter à la base de la tarière. Glande à venhi. — Cette glande très développée occupe nn 1 CjO/icfeâf^jim Fig. 1. — Glande à venin (la partie glandulaire située à droite n'est pas figurée) R, réservoir; .^D, glande gauche; gG, glande droite; «, canal excréteur. la région postérieure de l'abdomen, en arrière de Tovaire. 0UGANK3 GÉNITAUX DES HRÂCONIDES. 295 — La glande proprement dile est paire, formée de deux groupes d'acini dont les canaux, se réunissant de proche en proche, se continuent finalement par un canal excréteur qui se réunit avec le canal excréteur de la glande correspon- danle deTaulre côté du corps en un canal excréteur com- mun, lequel se dirige vers l'avant et va se jeter à la base du gorgeret, en arrière de Foviducte; vers Tarrière, le canal excréteur se conlinue par un énorme réservoir, à parois très épaisses, formées d'une couche de muscles longitudi- naux externes, et d'une couche de muscles circulaires inter- nes, ces deux assises donnant au réservoir un aspect strié ; ce réservoir est formé de trois parties séparées par deux étran- glemenls: la parlie antérieure court d'avant en arrière, la deuxième portion a une direclion Iransversale, et enfin la partie ullime, terminée en ampoule, est siluée dorsalement et d'arrière en avant, à droite du corps, airivant jusque sur l'ovaire. La disposition de cette glande, et surtout le grand déve- loppement de son réservoir, permettent de supposer pour cette glande un gi*and rôle au moment de la ponte. Le calibre extrêmement pelit du canal excréteur définitif mérite d'ôlre signalé. Armature génitale femelle. — Le 7' et le 8' segment de l'abdomen sonl invaginés dans leur parlie ventrale dans une poche limitée inférieurement par les sternites des 4% 5^ et 6*" segments. — Les différentes pièces de l'armature génitale qui appartiennent à ces deux segments sont par suite cachées en parlie. Si on examine l'abdomen de profil, on voit que le 7' ler- gite a son bord marginal antérieur invaginé sous le 6° seg- ment; le 8" tergile passe sous le 7° et vient s'avancer très en avant, jusque sous le 4' segment. Ce tergite est très développé sur les côtés et vient cacher les parties latérales du 8*^ sternite. Le 8' stcrnite comprend deux parties symé- triques chitinisées, réunies sur la ligne médiane par une lame creusée en gouttière et restée membraneuse; le ter- 29G li -G. fiiCUU AT. gile et le slcrnite sont articulés en avant et de chaque côté à une pièce chitineuse qui est peut-être l'épimérile. ' A l'intérieur de la gouttière sternale se trouve le gor- geret qui se prolonge très loin en arrière du corps ; en avant, il se renfle et s'attache à droite et à gauche à la partie antérieure et ventrale, forlement chitinisée du sternite, par une articulation très solide; de plus le gorgerel se prolonge par 2 arcs chitineux ventraux qui se dirigent de chaque côlé en suivant le bord antérieur du sternite et vont se terminer en faux sous le tergite 8. Des muscles s'atlachant à la partie en faux de ces arcs, d'une part, et à la face antérieure et latéro-dorsale du 8' tergite, ser- vent à relever le gorgeret, l'arti- culation avec la partie antérieure du sternite servant de pivot. A l'intérieur du gorgeret se trou- V\r.^Jjmjua^pJ:. Fig. 2. — Armature génitale fe- melle. — (Toutes les pièces sont figurées à droite de la figure, le ycnt IcS deux stvlets, terminés CU stylet a été relevé ; à droite toutes les parties recouvrant le SClC à 1 extrémité, et grâcC aUX- 8« sternite ont été enlevées.) - jg j^ BoTlJCtes pCUt pcrcCr l'é- 18, huitième tergite ; S^, hui- ^ J v \ tième sternite; E, épimérite; corCC du cllône pOUr déposer SCS u, valve ; s/, stylet: «Q-, branche o ^ i i m a, o- externe du gorgeret/ OSUIS daUS le COrpS de 1 hotc. bl on suit ces stylets vers l'avant, on voit qu'ils se bifurquent et ont comme le gorgeret deux bran- ches d'attache: la branche externe est un arc chitineux qui est accolé à la branche interne du gorgeret sur une grande j)artie de son parcours et va finalement se terminer en faux et s'articuler avec le bord antérieur de la pièce réunissant le 8" sternite et le 8' tergite. — Des muscles s'attachant à cette branche externe en faux vont d'autre part s'insérer sur le bord postérieur et marginal du 7' tergite, presque à la limite avec le 8' tergite ; les muscles releveurs des stylets ORGANES GÉNITAUX DES BRACONIDES. 207 sonl par suite parallèles aux muscles releveurs du gorgerel, les points d'insertion sont très voisins, et l'action est con- cordante, les stylets sont relevés ou abaissés en même temps que le gorgerel. — La branche interne du stylet se continue vers l'avant et va s'articuler à une pièce cbitineuse ventrale, qui n'est autre, comme nous le montrera le développemeni, que le 7' sternite très peu développé. Enfin, si on suit le 8*" sternite, on voit qu'il donne insertion en arrière à 2 valves, concaves sur la ligne interne, qui ser- vent de gaine à tout l'appareil. — Ces valves sont mues par des muscles qui s'attachent sur des parties en relief, plus fortement chitinisées, du 8^ sternite. — L'action de ces mus- cles est donc indépendante de Taclion des muscles du gor- gerel ; les valves ont donc leur mouvement propre. Développement des organes génitaux femelles. — Le sexe est indiqué de très bonne heure dans les Braconides ; si on considère une larve venant de sortir de Thôte, on peut sa- voir, à l'inspection des derniers segments abdominaux, si on a un mâle ou une femelle. 1° Considérons une coupe longitudinale d'une larve jeune;: cette larve est formée de 14 segments; à ce stade le tube digestif larvaire existe encore, la partie rectale présenlanl deux tubes de Malpighi énormes ; désignons les derniers segmenis par les chitTres 9, 8, 7..., 1, le segment 9 étant le segment anal. Si on examine le sternite du segment 7, on voit que vers le milieu la couche sous-culiculaire se sépare de la cuticule, formant de chaque côté une poche au fond de laquelle est un disque imaginai formé par un amas de cellules ; ces deux bourgeons représentent les ébauches des deux stylets. — Sur la face ventrale du 8' segment se trouveni, en avant et rap- prochées sur la ligne médiane, les ébauches paires du gor- gerel, et en arrière, assez écartées de la ligne médiane, les ébaucbes des deux valves. Un épaississement du 6' sternite représente le futur repli destiné à cacher l'appareil; à celte partie épaissie aboutis- 298 Ij.-ii. ^CUItAT. sent deux cordons cellulaires qui vonl aux deux ovaires, silués de chaque côté du lube digeslif; ces ovaires sonl formés par un massif de cellules entourées d'une enveloppe fibreuse; celte enveloppe fibreuse envoie dans l'ovaire un prolongement qui divise le massif cellulaire en deux moi- liés; ces deux moitiés représentent les deux futures gaines ovigèr^s; l"" Exaniinons les choses dans une larve plus avancée, caracté- risée par la présence des deux tubes de Malpighi larvaires, et un peu au-dessous, sur l'intes- tin postérieur, des 9 tubes de Malpighi de l'adulte. — A ce stade, de profondes modifica- tions ont eu lieu sur la face ventrale : le 6' sternite s'est replié, et dans la poche ainsi ngSî Lanryawc Fis. 3. Coupe longilucUnale de V extrémité posLerieiire (Pline jeune formée le 1^ ct le 8^ SCgmcnt /«rye /'e??2e/Ze.— 8*5, S", S», sixième, , , , ,. . .septième et huitième sternites; OUt COmmcncé a S JUVagmcr .7«,<7j, derniers ganglions nerveux ; p^^^. l^^j. partie Ventrale et Idté- .9', ébauche du gorgeret; V, ébauche ' ^ de la valve gauche; ov, ovaire raie. — LcS ganglioUS ncrVCUX gauche; D, tube digestif avec un lie ses tubes de Malpighi larvaires ; a, anus. ont SUIVI ce mouvement vers l'avant : le ganglion du 7' seg- ment se trouve au milieu du 6' segment, le 5' et le ô*" sont situés dans le 5^ segment. Les ébauches des pièces de l'armure génitale se sont accrues considérablement et s'étendent de leur point d'attache jus- qu'à l'extrémité du dernier segment : les deux stylets sont situés au fond du repli; en avant de leur point d'attache se trouvent les deux canaux génitaux. — Les ovaires se sont allongés et les deux gaines ovigères sont bien distinctes. Le gorgeret s'insère sur la ligne médiane, au niveau du 7' ganglion. — La partie du 8' sternite comprise entre l'ori- gine du gorgeret et celle des valves s'est accrue, de sorte que les valves sont rejetées en arrière. ORGANES GÉNITAUX DKS RRACONIDES. 299 3" Au fur et à mesure que la larve avance en Age, l'inva- gination se poursuil, les pièces de l'armature génitale re- montant de plus en plus vers Tavant, sous le 6% le 5' et le 4° sternite. JSymphe jeune. — Le tube digeslif définitif est constitué, avec, à Fintérieur de l'estomac, le tube digestif larvaire en voie de régression; les 2 ovaires sont appliqués à droile et à gauche de l'estomac définilif. — Les 7% 6' et 5" ganglions nerveux sont très rapprochés et situés au niveau du 4' seg- ment abdominal. — Les 2 canaux génitaux débouchent en avant des stylets; ils passent de chaque côté du système nerveux, à un niveau correspondant à la limite entre le G' et le 7' ganglion nerveux; dans la larve jeune, ils passaient également à ce niveau. La glande à venin, ébauchée dans les derniers stades lar- vaires, existe dans la nymphe ; on peut y reconnaître les deux glandes, le réservoir, et le conduit excréteur qui débouche à la base du gorgeret. Nymphe plus âgée. — Un changement important va se produire dans la nymphe plus âgée : les pièces génitales remontent encore vers l'avant et en même temps une inva- gination va se produire ventralement et latéralement, entre les parties ventrales des T et 8' sternites : la branche interne du gorgeret et la branche externe du stylet vont par suite de cette invagination s'enfoncer latéralement très profondé- ment, prenant ainsi des points d'attache très puissants. Ces deux parties se chitiniseront dans l'adulte, et formeront les deux arcs situés à droite et à gauche, que nous avons signalés. Les branches externes du gorgeret et les branches internes des stylets restent en place et servent d'articula- tions avec les 8^ et 7' sternites. L'invagination ventrale donne en avant du gorgeret une énorme poche, qui vient tout naturellement croiser les deux canaux génitaux qui n'ont pas changé de position, et sont toujours au niveau de la limite entre les 6' et 7' ganglions. Les deux canaux génitaux s'abouchent avec cette poche ven- 300 L. -G. i»EUUAT. traie et la communication définitive des ovaires avec le dehors est établie. - A ce stade, les 2 tubes ovigères remontent le long du tube digestif et sont agrandis et parfaitement distincts. Si on examine une nymphe à un état plus avancé, on voit que ces 2 tubes ovigères sont constitués comme ceux des autres insectes : une enveloppe fibreuse, ei, à l'intérieur, des cellules-œufs très volumineuses, séparées les unes des autres par des groupes de cellules plus petites, à gros noyau, qui vont être dévorées dans la suite par les cellules-œufs. — Dans le Doryctes^ les choses n'en restent pas là : les diffé- rents œufs de chaque gaine ovigère se développent tous éga- lement, chevauchent les uns sur les autres, et se placent côte à côte en distendant considérablement la gaine ovigère fibreuse. — Par suite de cette disposition, les deux ovaires prennent une place énorme dans l'abdomen, comprimant le tube digestif de chaque côté ; il y a là un type spécial d'ovaire, en rapport avec le mode de ponte des œ.ufs, qui doit s'effectuer d'une façon très rapide. En résumé, l'armature génitale femelle du Doryctes est formée aux dépens des parties ventrales des segments 7 et 8 de l'abdomen. il. — Appareil mâle et ses annexes. Glandes gé)ntales. — Le mâle possède deux testicules piriformes, accolés en avant, blancs, très volumineux, situés dorsalement, au-dessus du rectum, sous les 6' et 7° tergites; les deux testicules se séparent vers leur milieu et se conti- nuent par deux canaux déférents qui descendent à droile et à gauche du rectum, vont s'accoler sur la ligne mé- diane ventrale et se réunissent en un canal impair qui est la verge. Armature génitale. — La verge est entourée par un certain nombre de pièces chitineuses, destinées les unes à. la protéger, les autres à facihter la copulation : ces pièces ORGANES GÉNITAUX DES BRACONIDES. 30 I conslituent rarmature génitale, située à la partie ventrale du corps, entre le 9' sternite et le 8'. L'examen attentif montre que le 9' segment n'est pour rien dans la, formation de l'armature génitale, et que celle-ci dépend uniquement du 8' segment. — Le support de tout l'appareil est une forte plaque cliitineuse ventrale, articulée avec le 8' sternite et cachée en partie par lui, semi-circulaire, à bord plan posté- rieur, recourbée latéralement et venant rejoindre le 8' ler- gite; c'est la plaque basilaire des auteurs ; le 8' sternite qui la recouvre est le couvercle génital. A la plaque basilaire s'attachent deux énormes pinces, à face interne concave, qui se rejoignent pres- que sur la ligne médiane, munies de muscles puissants : ce sont les branches du forceps. Enfin le pénis est entouré par deux paires de pièces qui lui constituent une double enveloppe : la volsella ou gaine externe, et les 5 crochets, formant la gaine interne. Développement de rarmature génitale. — La larve contractée, même très jeune, possède l'ébauche des organes génitaux. r<9 du « Chal- lenger », 1882) ainsi que celles qui font l'objet du présent mémoire ne font que confirmer la manière de voir de ce savant zoologiste : des formes peuvent posséder une branchie très différente, alors que le reste de leur organisation les réunit manifestement dans un même groupe générique. En voici quelques exemples : Molgula ampuUoïdes, M. echinosiphonïca et M. socialis ont une branchie très différente (2). La branchie de Cienicella Lanceplaini ne ressemble pas du tout à celle de Ct. appendiculata (3). On observe des différences plus accusées encore entre (1) Arch. looL expérim., t. m, 4874, et t. VI, 1877. (2) Voiries figures qu'en a données M. Lacaze-Duthiers, Avch. Zool. exp.., t. VI, 4877. (3) Ibid. ÉTUDE DES iMOLGULlDÉES. 311 Y Asropera [jlcjanlea llerdm., dont les trémas sont recliligiics comme ceux des Cynlhiadées, et YAscopera pedanculaia llerdm., qui en a de courbes comme la plupart des autres Molgulidées, et cependant par l'ensemble de leurs autres caractères, en particulier par la conformation de leur tube digestif et de leurs glandes génitales, ces deux espèces doi- vent nécessairement faire partie d'un même genre (1 ). Une autre Molgule, M. Carpenteri llerdm., possède éga- lement des trémas rectilignes de Cynthia (2). Par contre, certaines espèces appartenant à des genres manifestement différents ont sensiblement lamêmebranchie : Molgiila horrïda Herdm. et Ctenicella rugosa n. sp. ; — Mol- gula gigantea Herdm. et Ctenicella Lebruni n. sp. ; — Sto- matropa villosa n. sp. et Ctenicella rugosa n. sp.; — Asco- pera gigantea Herdm. et Molgula ampulloïcles Kuppfer; — Eugyra et Gamaster Dakarensis n. sp. Mais l'exemple peut-être le plus net des variations que présente la branchie nous est fournipar la Ctenicella Lance- plaini^ pour laquelle M. Lacaze-Duthiers s'est vu dans l'obli- gation de créer trois variétés ne différant que par la forme et la disposition des trémas, et le savant professeur ajoute à ce sujet : (( Il est incontestable, d'après l'existence même de ces variétés, que la branchie, dans les différences qu'elle pré- sente, ne peut fournir les caractères de premier ordre pour l'établissement des genres dans la famille des Molgulidées; car, dans une même espèce on rencontre incontestablement des difTérerices qui, si elles étaient seules considérées, pren- draient une importance qu'elles n'ont pas quand on les rap- proche des autres dispositions organiques (3). » Si la branchie devait constituer un caractère générique, il est manifeste que la plupart des espèces de Molgulidées devraient être élevées à la dignité de genre. (1) Tuniciers du « Challenger », t. VI, 1882. (2) Report « Challem/er », vol. XI V, 188G. (3) Arch. Zool. expér'un., l. VI, 1877, p. G21. 312 AXTOi:vE Pizox. Les formes nouvelles décrites dans ce mémoire ne font qu'affirmer davantage la manière de voir de M. Lacaze- Duthiers, en diminuant encore la valeur à attribuer à la branchie, en particulier dans la diagnose du genre Eugi/ra; je suis amené également à proposer la suppression de deux genres assez récents, Bostrichohranchiis Traustedt et Paramolgula Traustedt, qui ne reposent que sur la confor- mation de la branchie, alors que l'ensemble de leurs autres organes montre qu'ils appartiennent à des genres voisins bien déterminés. (Voir plus loin, p. 315.) Chez les espèces décrites jusqu'ici, il n'y a qu'une disposition de trémas qu'on ait pu invoquer à elle seule pour la création d'un genre ; c'est celle que présente la Molgula tubulosa Forbes et Harley, et dont Hancock s'est ser^i avec raison pour créer son genre Eiigyra (1). Les infun- dibulums, de grande taille, sont répartis en files régulières avec leurs centres sous les petites côtes méridiennes, et cha- cun d'eux n'est constitué que par deux longs trémas spirales, enroulés en sens inverse l'un de l'autre (2). C'est là une disposition si caractéristique et tellement éloignée des petits infundibulums épars et à trémas généralement courts des autres Molguhdées, qu'il n'y avait pas à hésiter à lui attribuer une valeur générique ; d'autant plus que les Eugyres n'ont qu'une seule glande génitale située sur la face gauche du corps et qu'elles s'éloignaient encore par là de toutes les autres Molgulidées connues à l'époque 011 Hancock créait son genre, et qui toutes possédaient des glandes génitales paires. Aujourd'hui, la disposition si remarquable des trémas n'est plus suffisante pour caractériser, à elle seule, le genre Eiigyra. Je décris en effet plus loin (Voir p. 328) une nouvelle forme, Gamaster Dakarensis, qui a exactement la même bran- chie que les Eugyres, mais qui possède une glande géni- (1) Ann. and Mag. of nat. History, 1870, vol. VI. (2) Voir Arch. Zool. exp., t. VI, 1877, pi. XXVII, et les Tuniciers du « Chal- lenger^^, 1882, vol. VI. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 313 taie unique, situé sur la face droite et non sur la face gauche comme celle des Eugyres, avec des follicules spermatiques disposés d'une façon toute particulière. De telles différences anatomiques s'opposent évidemment à ce que cette espèce nouvelle soit versée dans le genre Eugyra et j'en ai fait le type d'un genre nouveau, le genre Gamaster^ terme qui rap- pelle la disposition étoilée des follicules spermatiques. C'est ainsi que l'étude de cette forme nouvelle vient défi- nitivement enlever toute importance à la branchie pour établir les grandes subdivisions de la famille. La forme et le nombre des filaments tentaculaires varient également d'une espèce à l'autre; il n'est pas possible non plus de considérer comme un caractère génétique la posi- tion de la glande hermaphrodite par rapport à l'anse intes- tinale, car on trouve aussi à ce sujet un grand nombre de variations chez les différentes espèces de Molgules. L'étude des espèces nouvelles des collections du Muséum et leur comparaison avec celles qui sont déjà décrites, mon- trent que les grandes coupures de la famille doivent êlre basées sur le nombre des glandes génitales, qui sont toujours faciles à observer, sans même qu'il soit toujours nécessaire d'enlever la tunique. On obtient ainsi trois grandes sections : L Molgulidées à glandes génitales paires. II. Molgulidées à glande génitale impaire située sur la face droite. III. Molgulidées à glande génitale impaire située sur la face gauche. Viennent ainsi un certain nombre de caractères externes fournis par les siphons et qui sont également d'observation facile. Le nombre des lobes siphonaux (six au siphon branchial et quatre au siphon cloacal) est un caractère de la famille; mais ces lobes présentent dans leur conformation des varia- tions qu'il est très commode d'utiliser pour les subdivisions. Le genre Ctenicella Lacaze-Duthiers est bien caractérisé par les dents qui garnissent les lobes des siphons et se dis- 314 A\TOI.\E l>IKO.\. lingue ainsi bien nettement du genre Jîoigtda qui a ses lobes entiers. * Parmi lesespècesque je décris plus loin il y en a une qui, avec tous les caractères généraux des Molgules, possède un siphon cloacal à lobes égaux, tandis que le siphon branchial se recourbe vers le bas en une anse dont Torifice est bordé de six lobes très inégaux; les deux supérieurs dépas- sent de beaucoup les autres et forment une sorte de grande lèvre bifide au-dessus de l'ouverture siphonale. De plus tous les lobes, branchiaux et cloacaux, sont dentés. Je fais de cette espèce le type d'un genre nouveau qui s'ap- pelle Stomalropa^ terme qui rappelle l'incurvation du siphon branchial. Voici enfin une dernière variation des siphons. Il s'agit d'une espèce rapportée par Quoy et Gaimard qui l'ont décrite sous le nom d'Ascidia mbulosa (1) et qui est totalement dépourvue de siphons ; les deux orifices se trouvent directement au contact du corps et sont bordés chacun d'une double rangée de lobes inégaux, étalés en forme de pétales. On ne saurait refuser non plus à cette particularité une valeur générique et je fais de l'espèce de Quoy et Gai- mard le type d'un nouveau genre [auquel je donne le nom diAstropeni, terme qui rappelle la double rangée de lobes qui entoure chaque orifice. En plus des trois genres nouveaux Gamaster, Stomatropm et Astropera, j'indique plus loin (p. 318) dans quel sens le sous-genre Eugyriopsis de Rouie (2) doit être modifié et élevé à la digniléde genre. EXAMEN CRITIQUE DE QUELQUES GENRES DE MOLGUUDÉES Il a été décrit jusqu'à présent onze genres différents dans la famille des Molgulidées : Molgula Forbes, Eiujyra Aider et Hancock, Ctenïcella (i) Voyage de V a Astrolabe y^ , 1829. (2) Ann. des Se. nat., 1886. ÉTUDE DES MOLOULIDÉKS. Ij 1 5 Lac -Dutliicrs, Anurella Lac.-Diith., Gijmnocijstk Oiard, Lilhonephrya Giard, Pera Molh^r, îi.scopera llordm., Pa- vamolgula TraiistedL, Boslrichobranchus llordm., enfin le sous-genre Eagijilopsis Roule. Les Glandida Stimpson, qu'lïerclman avait d'abord pla- cées dans les Molgulidées (Proc. Bofjal Soc. Ed'mbHrfjJi^ IS80-1881) ont été ensuile versées par le même auteur dans le- Styélinées. Les trois espèces d'Ascidies simples d'Australie pour lesquelles Macdonald avait créé le g. Cœsira en 1859 [Trans. Linn. Soc, vol. 22), sont des Eugyres ou des Molgules d'après lierdman. Sur les onze genres qui précèdent, il y en a cinq qui me paraissent ne reposer que sur des caraclères loul à fait superficiels : Paramolgula, Bostrichobranchus, Ggmnoci/slis, Lilhonephrya et Anurella', un sixième, le genre Pera, est douteux et enfin le sous-genre Eugyriopsis Roule me paraît devoir être modifié dans le sens que j'indique plus loin. Voici d'abord les critiques que j'ai à formuler sur les différents genres qui, d'après moi, sont insuffisamment carac- térisés : En premier lieu deux d'enlre eux me paraissent mal élablis à cause de la trop grande valeur attribuée à la bran- cliie : le genre Paramolgida Traustedt et le g. Boslricho- branchus du même auteur. I. — Genre Paramolgida. Son créateur, Traustedt, lui a assigné comme caractères : Deux organes génïlaux comme chez les Molgules et une brancMe voisine de celle des Eugyres. Or Texamen de la brancliie telle que l'a représentée Traustedt (1) montre que les infundibulums et les lames vasculaires qui les irriguent sont loin d'avoir la même taille, (1) Ascidic-e simpUces fra det stille Océan (Videnskabelige meddeJelser, 1884, pi. II, fig. 17). 316 AiVTOiîVE pizorv. la môme régularité et la môme structure que chez les Eugyres. Les infundibulums sont petits, d'iuégale grandeur •et en assez grand nombre dans l'intervalle qui sépare deux lames méridiennes; leurs trémas courts, ne font souvent que 1/3, 1/4 ou même 1/5 détour. Ils sont donc extrême- ment éloignés de ceux des Eugyres qui forment une file régulière au-dessous de chaque méridien et ne sont consti- tués chacun que par deux trémas très longs, enroulés en sens inverse selon une double spira!le. Il suffit d'ailleurs de comparer la figure de Traustedt avec celle que M. Lacaze-Dulhiers a donnée pour VEugyra arenosa (1) ou avec celle d'Herdman pour VEugyra Ker- ijuelenensïs (2) pour se rendre compte des différences consi- dérables qui séparent la branchie des Paramolgida de celle des Eugyres. Avec ses infundibulums de petite taille et répartis sans ordre, ses trémas courts, ses vaisseaux sanguins en forme de lames entre-croisées dans tous les sens, la branchie de Paramolgula est incontestablement une branchie de Molgule et on ne voit pas qu'elle puisse être invoquée comme suffi- samment caractéristique d'un genre spécial; si on le faisait, toutes les espèces du genre iMolgule, par exemple, devraient être regardées comme autant de genres distincts ; il en serait de même des deux espèces à'Ascopera Hedm,, dont l'une a des trémas courbes et l'autre des trémas rectihgnes de Cynthia, etc.. Par conséquent, le geîire Paramolgida ne pouvant être maintenu à cause de la valeur générique insuffisante de sa branchie, il faut rechercher à quel genre voisin il se rat- tache le plus étroitement par l'ensemble de ses caractères anatomiques. r Les Paramolgida ne peuvent être idenlifîées avec les Eugyres non seulement à cause de leur branchie, mais (i) Ascidies simples clts côtes de France (Arcli. Zool. expérim., t. VI, 1877, pi. 27). (2) Tuniciers du « Challenger », t. VI, 1882. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 317 encore parce qu'elles possèdent deux glandes génitales. T Par leur glande génitale double et leur brancliie, les Paramolgula se rapprochent infiniment plus des Molgules. Mais la Paramolgula Schulzi Trausiedt, qui a servi à la création du genre, a les lobes de ses orifices dentelés (1). Or, avec M. Lacaze-Diitbiers.je reconnais combien les laciniures des lobes constituent un caractère externe commode et d'observation facile pour pratiquer des coupures dans cette famille relativement homogène des Molgulidées. M. Lacaze- Dulhiers (2) les a utilisées pour caractériser son genre Ctenicella. Traustedt (3), au contraire, n'a pas admis ce genre et a maintenu la Molgida appendiculata Heller, dont M. Lacaze- Duthiers avait fait avec raison Ctenicella appendicalata. Il est infiniment probable que Trausiedt se fût aussi trouvé dans l'obligation d'accorder une importance géné- rique aux dents des lobes siphonaux s'il s'était trouvé, comme nous, en présence d'un certain nombre de formes nouvelles, dans lesquelles il était nécessaire de pratiquer des coupures. Mais ce genre Ctenicella a été aussi accepté par Drasche (4) qui a décrit également une C . appendiculata =-- Molgula appendiculata Heller, en faisant remarquer toutefois que son espèce n'est pas tout à fait la même que celle de la Méditerranée que M. Lacaze-Duthiers a identifiée avec M. appendiculata Heller. La ParcunolgulaSchulzi avec ses lobes laciniés, sabranchie percée de petits infundibulums irréguliers comme ceux des Molgules et sa double glande génitale, rentre donc exacte- ment dans le genre Ctenicella Lac.-Duth., et je propose de l'y incorporer sous le nom de Ctenicella Schulzi. (1) LoG. d^,pl. IV, fig. 39. (2) Arch. Zool. expérim., t. VI, 1877, p. 604. (3) Die einfachen Ascidieji Golfe iVea^^e/ (Mitlh. Station Neapel, 1883). {''i) Molgules de V Adriatique (Verhandlungen der Zoolog. . . in Wien, 1884). 318 AXToi.\E piaKo:v. II. — Genre Bostrkhobranchus. Création du genre Eugyriopsis. Trausledt a créé le g. Bo.strichobranchus (1) avec YAscidia Manhattensis Dekay = MoJgida Manhattensis Yerrill, en se basant seulement sur la conformation particulière de ]a brancliie. La vérité, c'est qu'avec tous ses petits infundibu- lums irréguliers et distribués sans ordre, cette brancbie est bien plutôt celle d'une Molgule et il n'est pas plus possible de lui attribuer une valeur générique qu'on ne le fait, par exemple, pour celle des espèces du ^qwvq Ascopera Herdm., ou pour celles du g. Ctenkella Lac.-Duth., etc. 11 faut par conséquent chercher encore auquel des genres voisins le g. Bostrîchobranchus se rapproche le plus par l'ensemble de ses caractères anatomiques. V Comme il ne porte qu'une seule glande génitale située du côté gauche, il ne peut être assimilé au genre Molgule. 2° On ne peut pas non plus le verser dans le genre Eugyra^ chez lequel, il est vrai, on ne trouve également qu'une seule glande génitale située du côté gauche, mais qui a pour second caractère fondamental la configuration si particulière de la brancbie, dont chaque infundibulum nest formé que de deux longs trémas spirales et enroulés en sens inverse (2). 3° Roule (3) a créé récemment le sous-genre Eugyriopsis pour une forme draguée- dans la Méditerranée et qui pos- sède comme le Bostrichobranchus une seule glande génitale à gauche et une brancbie à petits trémas courbes de Mol- gule. L'espèce de Roule et celle de Traustedt doivent donc être versées dans un même genre, qui sera essentiellement carac- térisé par sa glande génitale gauche et sa branchie à infun- (1) Videnskahelige meddelelser , 1884-1886, pi. I, fig. 12. (2) Voir Arch. ZooL expérim., t. VI, 1877, pi. XXVII, et le Challenger, vol. VI, 1882 (fig. de la branchie d'Eugyra Kerguelenensis). (3) Recherches sur les Ascidies simples (Anii. des Se. nat., 1886). ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 319 dibuliims plus ou moins réguliers, mais très diiïérents de ceux des Eugyres. Ce nouveau genre ne peut pas être dési- gné sous le nom de Bostrichobranchus parce que ce terme ]-appelle une disposition particulière des stigmates [bosti'ii- c/ios, frisure) qui ne constitue pas le caractère générique. Je propose celui à'Eugyjnopsis qu'a employé Roule pour son sous-genre, parce que celle dénomination a l'avantage de rappeler une parenté du nouveau genre avec les Eugyres sous le rapport de la glande génitale qui, dans les deux cas, est unique et située du côté gauche. D'ailleurs Roule (1) et Traustedt (2) ont créé respective- ment les termes d'Euggriopsis et de Bostrichobranchus à peu près à la même époque, de sorte qu'il n'y a pas de question de priorité qui s'oppose au choix du terme à'Eugyriopsis. Le nouveau ^enre Euggriopsis n. s. sera donc caractérisé par sa glande génitale gauche, qui rappelle celle des Eugy- res, et par sa branchie pourvue de trémas courbes, plus ou moins réguliers et plus ou moins allongés, mais ne formant jamais les grands infuiidibulums caractéristiques des Eu- gyres. Toutes les formes qui ne posséderont qu'une glande géni- tale située à gauche, soit en dedans, soit en dehors de l'anse intestinale (ce qui n'a pas d'importance pour les espèces actuellement connues) et qui n'auront pas strictement la branchie caractéristique des Eugyres, ne feront pas partie du genre Eugyra Aider et Hancock, mais du genre Eugy- riopsis n. s. Ce dernier comprendra, pour le moment, deux es- pèces : 1° Eugyriopsis Manhattensis , syn. Ascidin Manhattetisis Dekay, Molgula Manhattensis Verrill, Bostrichobranchus M an h attensis Traustedt; 2° Eugyriopsis Lacazii Roule, qui avait servi à l'établisse- ment de l'ancien sous-genre Eugyriopsis Roule. (1) Ann. des Se. nat., 1886. (2) VidemliabeliQe meddelelser..., fasc. de 1884-1886. 320 AI^TOII¥E PIZOÎV. III. — Genre Pera. Je laisserai de côté le genre Pera Stimpson, dont la va- leur est contestée à la fois par Herdman et par Traustedt, Wagner (1) l'a repris plus récemment et a décrit de nou- veau Pera cristallina Moller, qui possède une branchie à cinq méridiens, sous chacun desquels se trouvent cinq à huit grands infundibulums toul à fait semblables, par leur aspect général, à ceux des Eugyres ou des Gamasler. Seule- ment, au lieu d'un seul ou de deux trémas enroulés en spirale dans chaque infundibulum, il y en a un très grand nombre, dont la longueur varie de 1/2 à 1/4 de tour et qui sont dis- posés en assises concentriques. Or, Traustedt (2) n'a pas admis ce genre et a décrit sous le nom de Molgula cristallina une espèce qu'il a identifiée avec Pera cristallina^ mais dont la branchie diffère profon- dément de celle que Wagner a figurée de son côté pour Pera cristallina. De sorte qu'il est impossible de se livrer à une comparaison sérieuse et déjuger de la valeur du genre Pera par la seule lecture des mémoires de ces auteurs, qui me paraissent d'ailleurs avoir examiné des espèces très différentes, qu'il faut peut-être regarder tout simplement comme des Molgules. IV. — Genres Gyninocystis et Lithonephrya. Ces deux genres n'ont pas été conservés, parce qu'ils n'ont été établis aussi que sur des caractères tout à fait secondaires, à une époque où le petit nombre des formes connues dans la famille des Molgulidées ne permettait peut-être pas de juger la valeur relative des différents caractères d'une manière suffisamment précise. Ce sont : 1° Le geure Gymnocystis Giard (3), créé pour recevoir (1) Die Wirbellosen der Weisscn Meeres, 1885. (2) Videnskabelige meddelelser fra den nahert. f or ennig. ^ iSSi-iSS&j pL I, % 5. (3) Arch. Zool. expérim., 1. 1. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 321 Ascidia ampidloldes V. Ben., dont Hancock avait fa il avec plus de Tdiison Moi g u la ampidloïdes{\) ; 2° Le genre Lithonephrija Giard, créé pour recevoir Mol- gula complanala Aider et Hancock, et qui n'était que très insuffisamment caractérisé par la présence d'une concrétion unique dans le rein. MM. Lacaze-Duthiers (2) et Herdmann (3) ont successive- ment critiqué ces deux genres et les ont regardés comme des Molgules. V. — Genre Aniirella Lac.-Dulh. Ce genre, qu'Herdman a déjà regardé comme douteux [Tuniciersdu « Challenger » , vol . Yl , 1 882), ne meparaîl pas non plus devoir être conservé. Son créateur, M. Lacaze-DuUiiers, a bien eu soin de faire remarquer lui-même que ces formes ne différaïent gènérïquemeni des Molgules que parleurs larves anoures. Mais si l'on conçoit qu'il n'ait pas su résister au désir de faire un genre spécial de ces Molgulides, dont les larves diffèrent en effet si profondément d'aspect des larves ordinaires d'Ascidies, il s'ensuit aussi que M. Lacaze- Duthiers met dans un singulier embarras les ascidiologues spécifîcateurs qui n'ont pas en leur possession les larves des formes qu'ils étudient; aussi, tandis que depuis la publica- tion de ses beaux mémoires sur les Ascidies des côtes de France, les genres Molgula eiEugyra, par exemple, se sont enrichis de nombreuses espèces nouvelles, le genre Anurella^ depuis vingt ans qu'il est créé, est resté avec ses cinq espèces primitives ! Parmi les espèces nouvelles que je décris plus loin, je ne suis pas sûr qu'il n'y en ait pas ([uelqu'une qui ne soit une Anourelle. (1) Hancock, Description of several new species of simple Ascidiims (Ann. and Mag., 1870, t. VI). (2) Arch. Zool. expérim.,\o\, VI, 1877. (3) Le « Challenger », vol. VI, 1882, ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 21 Mais en deliors de celte difiîculté particulière à reconnaître les Anourelles, il y a des molifs d'ordre plus élevés qui s'opposent au maintien de ce genre. Les Molgulidées sont, comme je l'ai dit plus liaut, les Ascidies qui se sont le plus hautement différenciées par suile de leur longue fîxalion; et chez ces animaux, comme chez tous ceux qui sont d'abord libres avant d'être fixés, l'œuf tend à reproduire, avec une accélération embryogénique plus ou moins accusée, la forme adulte fixée sans passer par toutes les phases de la larve urodèle normale. La suppres- sion de la queue chez certaines Molgules n'est qu'un simple phénomène de tachygenèse. De plus, les recherches embryogéniques que je poursuis sur ces Molgulides me font penser qu'entre la larve urodèle et la larve anoure typiques, il en existe vraisemblablement d'autres qui ne possèdent qu'une ébauche plus ou moins im- portante de la queue, qu'elles perdent pendant leur séjour également plus ou moins long dans la chambre péribran- chiale; j'ai observé aussi de nombreuses différences dans la rapidité de la régression des organes larvaires chez les diffé- rentes espèces urodèles. On conçoit que ce n'est pas sur des variations semblables des processus embryogéniques qu'il est possible d'établir des coupures génériques. Autre remarque. On ne connaît pour le moment que des Molgules qui aient des larves anoures, mais il n'est pas impossible qu'on en trouve un jour chez des espèces appar- tenant à des genres voisins, chez desEugyres, des Gténicelles, des Gamasler, par exemple, puisque, même a priori^ nous ne devons pas croire à la limitation du phénomène de l'ac- célération embryogénique au seul genre Molgida. Et si l'on admet un genre Anurella pour recevoir les formes qui pos- sèdent les caractères génériques des Molgules, mais dont les larves sont anoures, serait-il possible de verser dans ce même genre Anurella les espèces anoures que pourraient nous fournir un jour les Gamaster, les Eugyres ou d'autres Molgu- ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 323 lides, que Tensemble de leurs caractères analomiques éloigne si considérablement du genre Molgulal Je conclus, par conséquent, que le genre Aniirella ne peut pas se justifier et que les cinq espèces qu'il renferme doivent être regardées tout simplement comme des espèces du genre Molgula\ elles sont d'ailleurs toutes parfaitement caractéri- sées comme telles. Seulement, la désignation de chaque espèce de Molgula pourra être accompagnée du qualificatif d'anoure lie ou d'urodèie, suivant la conformation de sa larve, de même que l'on devra dire des Eugyres anoures ou des Eugyres urodèles^ des Cténkelles anoures ou des Cténicelles urodèles, etc., le jour où ces genres nous auront fait connaître de leurs espèces présentant des larves sans queue. En retranchant les six genres Paramolgula, Bostricho- branchus^Pera^ Gymnocystis, Lithonephrya ^iAnurella^ et en modifiant, comme je l'ai indiqué, le sous-genre Eugyriopsis de Roule, il ne reste donc, à l'heure actuelle, que cinq genres qui soient parfaitement caractérisés dans la famille des Mol- gulidées. A ces cinq genres, il faut ajouter maintenant les trois nouveaux, Gamaster^ Stomatropa et Astropera, dont j'ai indiqué brièvement plus haut les diagnoses. Les subdivisions de la famille sont résumées dans le tableau suivant : I MolgUlidées à une seule glande génitale située sur le côté droit. Une rangée de {grands iiirundibulums sous chaque méri- dien. Infuadibulums formés chacan d'un ou deux tré- mas spirales Gamaster n. g. II Molgulidées à une seule glande génitale située sur le côté gauche. Une rangée de grands infundibulums sous chaque méri- dien. Chaque infundibulum formé seulement de deux longs trémas spirales Eugyra Hancock, Infundibulums it réguliers, de taille et dénombre va- riables, formés chacun de petits trémas courbes Eugyriopsis n. s. 324 AIVTOIME PIZO.\. m Molgulidées à glandes génitales paires. Trémas branchiaux généralement courts, courbes, quelquefois rectilignes; infundibulums de taille variable. 'Siphons nuls; chaque orifice bordé d'une double couronne de lobes , , inégaux Astropera n. g- L intestin est l siphons à lobes ± saillants, égaux et étendu transver- I toujours entiers Molgula Forbes. salement sur ia ) siphons terminés par des lobes den- ace gauche et ^ ^^s ; CtenicellaL.-DuL lorme une anse gip^^^^^ ^^^^^^^ >^ q^^^^^^ lobes égaux. courbe ± accen- / ^-^^^^^ branchial courbé en anse ^^^* I avec six lobes inégaux, les deux su- périeurs en forme de grande lèvre bifide Stomatropa n. g. Les deux branches de l'intestin sont verticales et non transversales ; elles sont parallèles à la glande géni- tale gauche Ascopera Herdm. Les espèces décrites dans le présent mémoire se répar- tissent de la façon suivante : Première section. Genre Gamaster, n. g, — Gam. Dakarensis n. sp. Deuxième section. 1° Genre Eugyra Hancock. — Non représenté dans les collections. 2° Genre Eugyriopsis n. sp. Id. Troisième section. 1° Genre Astropera n. g. | A.sabulosa n. sp. M. Filholi n. sp. M. glomerata n. sp. M. gregaria Herdm. 2° Genre Molgula Forbes. .. { M. socialis Aider. M. Boscovita, anourelle, Lac.-Duth. M. oculata, anourelle, Lac.-Duth. M. simplex, anourelle, Lac.-Duth. ( Ct. tumulus n. sp. 3° Genre Ctenicella L.-Duth. < Ct. Lebruni n. sp. ( Ct. rugosa n. sp. 4° Genre Stomatropa n. g. 1 Stom. villosa n. sp. 5° — Ascopera Herdm. | Non représenté dans les collections. ' En somme, sur les huit genres bien caractérisés que com- prend à l'heure actuelle la famille des Molgulidées, il n'y ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 325 en a que trois qui ne soient pas représentés dansles collections du Muséum ( Emjyra^ Eugyrlopsis et Ascopera), CAliACTÉHES DE LA FAMILLE. Les diagnoses de la famille doivent être aussi légèrement modifiées, à cause des particularités anatomiques nouvelles que présentent certaines des espèces décrites dans le présent mémoire. Le genre Astropera n'a pas de siphons et les lobes de ses orifices sont inégaux et disposés sur une double rangée; le genre Stomatropa possède des lobes iné- gaux à son siphon branchial, lequel est de plus franchement arqué, etc. Voici les diagnoses telles qu'elles ont été formulées par Herdman (1). J'indique en italiques les additions qu'il con- vient d'y faire à la suite de l'étude des espèces du Muséum. Corps habituellement fixé; quelquefois libre, rarement pédoncule. Test cartilagineux, coriace ou membraneux, générale- ment recouvert de petites villosités qui agglutinent le sable ou la vase. L ouverture branchiale et V ouverture cloacale sont toujours chacune à F extrémité cFim tube ou siphon pins ou moins allongé; les siphons sont quelquefois nuls [Astropera n.g.). Le siphon branchial porte toujours six lobes égaux ou iné- gaux^ entiers ou dentelés. Le siphon cloacal porte quatre lobes également entiers ou dentelés. Les lobes forment quelquefois deux rangées de chacune six ou quatre [Astropera n.g.). Sac branchial plissé longitudinalement par 6 à S bandes méridiennes, coupées perpendiculairement par d'autres (1) Les Tnnicier^ du « Challenger », vol. VF, 1882. 326 AIVTOIIVE PIZOIV. petites bandes rayonnantes. Pas de papilles sur les bandes de la branchie. Stigmates plus ou moins courbes, habituellement dispo- sés en spirale, quelquefois rectiligiies comme ceux des Cynthiadées. L'orifice de la branchie, au fond du siphon, bordé de tentacules en nombre variable^ habituellement ramifiés. L'intestin est situé sur le côté gauche, attaché à la face interne du manteau. Un rein toujours présent, situé au-dessous du cœur et toujours placé sur le côté droit. Glandes génitales situées sur la face interne du manteau, habituellement développées des deux côtés, ou seulement sur le côté droit [Gamaster n.g.) ou seulement sur le côté gauche {Eugyra , E ugyriops is) . DESCRIPTION DES MOLGULIDÉES DU MUSÉUM Première section. Molgulidées ne possédant quhine seule glande génitale située sur le côté droit. Genre Gamaster Pizon (1). Caractères génériques. I. — Les glandes sexuelles sont impaires et situées sur la face droite qu'elles recouvrent à peu près en entier. Les follicules testiculaires sont indépendants de la masse ovarienne; ils sont de forme pyramidale, digités et tous les sommets convergent au centre de la face droite, où ils s'ouvrent isolément dans la cavité péribranchiale. Cette disposition radiaire justifie la dénomination générique de Gamaster que je donne à cette forme nouvelle. L'ovaire forme un gros cordon qui part du centre de la face droite, entre deux follicules, et atteint directement la région dorsale pour aller s'ouvrir dans la cavité cloacale, au voisinage de l'anus. IL — L'intestin présente la même disposition générale que chez les Mol- gules; il occupe la face gauche et sa courbure remonte très haut vers l'ou- verture branchiale. III. — La branchie est très mince et constituée de rangées régulières de grands infundibulums qui rappellent ceux du genre Eugyra et qui ne sont formés chacun que d'un ou de deux grands trémas enroulés en spirale. Les méridiens sont très simples et formés chacun d'une petite lame étroite. Ils sont coupés à peu près à angle droit par des côtes radiaires aussi fines que les méridiens. IV. — Le cœur et l'organe de Bojanus sont rejetés vers la région dorsale au lieu d'êlre situés sur la face droite comme chez la plupart des Molguli- dées, cette face étant tout entière occupée par la glande génitale. De tous ces caractères, celui qui est fourni par les organes reproducteurs impairs, qui forment une étoile régulière à une douzaine de branches sur la face droite, permet de dis- tinguer le genre Gamaster de toutes les autres Molgulidées. [\) A. Pizon, Description d'un nouveau genre d'Ascidie simple {C. R. de l'Académie des sciences, 8 juin 1890). 328 AIVTOIWE PMOI\. Espèce unique : Gamaster Dakarensis Pizon (1). (PL XI, fig. 1 à 9), Caractères spécifiques. Corps globuleux, fixé à la base; les différents spécimens mesurent de 6 à 8 millimèlres de diamètre. Tunique très mince, transparente et très résistante, avec villosités agglu- tinantes, en particulier à la face inférieure et entre les deux lobes. Tentacules au nombre de trente-deux et de trois grandeurs différentes ; les huit plus grands seuls portent un petit nombre de ramifications simples. Les follicules spermatiques qui forment une étoile sur la face droite sont au nombre de douze. Cette espèce est la seule du genre qui soit représentée dans les collections du Muséum; les quelques exemplaires qui y existent ont été rapportés de Dakar, en 1889, par M. Parfait. Je ne possède aucune indication sur leur habitat ; il est probable qu'ils ont été recueillis à la grève. Ces Ascidies sont globulaires et de très faibles dimensions, 6 à 8 millimètres de diamètre. La tunique est extrêmement mince, mais néanmoins très résistante et ne s'affaisse pas quand on l'a ouverte pour en extraire l'animal. Cette opé- ration est même assez délicate et est impossible sans faire quelques déchirures, car le derme sous-jacent est intime- ment uni à la tunique, ainsi que le montrent les coupes. De plus cette enveloppe externe est très transparente et laisse apercevoir nettement le tube digestif et les organes génitaux. Cette Ascidie vit fixée ; les différents spécimens portent tous à leur face inférieure une grande quantité de grains de sable blancs et très fins, retenus par de fines villosités ; sur les parois latérales les grains sont rares, mais ils forment encore un petit amas entre les deux siphons. Ces siphons, bien que contractés par leur séjour dans (1) C. R. de V Académie des sciences^ 8 juin 1896. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 329 l'alcool, forment encore une saillie conique très accentuée, et j'ai pu constater que les lobes des deux orifices sont peu développés et arrondis. Les variations que présentent les tentacules chez les diffé- rentes autres Molgulidées et chez les espèces d'un même genre, montrent que les caractères qu'ils fournissent n'ont qu'une importance spécifique. Chez les G. Dakarens'is^ ils sont au nombre de 32 et de trois grandeurs différentes (fig. 9, Pi. XI) : r Huit grands, étroits, avec quelques courtes ramifi- cations qui restent simples ; ils supportent chacun une petite membrane aliforme, et ressemblent à ceux de VEugyra Kerguelenensis Herdm (1). 2° Huit autres tentacules simples, en forme de massue et plus courts que les précédents avec lesquels ils alternent. 3° Seize petits tentacules, encore plus courts que les autres et placés régulièrement à droite et à gauche de cha- cun des moyens et des grands. Tube digestif. — Il occupe la même position que chez la plupart des autres Molgulidées ; il est situé sur le côté gauche et l'anse intestinale remonte très haut du côté de l'orifice branchial. Au voisinage de l'œsophage, on trouve un certain nombre de ces petits caecums glandulaires que les ascidiologues regardent comme ime glande hépatique; toutefois ici ils sont assez peu. accusés ; ils s'ouvrent largement et séparé- ment dans le tube digestif; l'examen des coupes transvei- sales pratiquées dans cette région, montre une structure qui rappelle de très près celle de l'estomac cannelé de certaines Ascidies composées. Peut-être remplissent-ils une fonction hépatique, comme on Ta avancé jusqu'à présent, sans preuves bien probantes à mon avis ; mais leur étude microscopique ne montre nullement chez eux une différenciation qui puisse les faire regarder comme autre chose que des diverticules (1) Ascidies du « Challenger », t. VI, pi. VI. 330 AIVTOI^E PIKOIV. de l'estomac ayant pour effet d'augmenter la surface interne de cet organe. • Je me propose d'ailleurs de faire, sur les divers spécimens des Molgulidées du Muséum, une étude comparative des glandes intestinales; chez Stomatropa villosa^ par exemple, (voy. p. 384), il existe des glandules sur une grande longueur de l'intestin, même jusqu'au delà de l'anse, et il est néces- saire d'en rechercher la véritable nature. La membrane spirale que l'on trouve dans l'intestin de certaines Molgulidées, par exemple chez le^ 31oiguia socialis, n'existe pas chez Gamaster Dakareyisis, Cœur et organe de Bojanus. — La face droite du corps est à peu près entièrement recouverte parles organes génitaux, ainsi que nous le verrons plus loin; aussi le cœur et l'organe de Bojanus se sont-ils rapprochés de la face dorsale et l'extrémité antérieure- du cœur est adjacente d'une part à la glande digestive antérieure, d'autre part au cordon ovarien. C'est en somme le même déplacement, mais un peu plus accentué, que celui qui s'observe chez les Eugyres, tandis que chez toutes les autres Molgulidées, le cœur et l'organe de Bojanus occupent à peu près le centre de la face droite. Le rein est incolore dans tous les spécimens que j'ai étudiés et qui séjournent dans l'alcool depuis huit ans. Organes génitaux. — Ce sont les organes génitaux qui fournissent le caractère distinctif essentiel du genre Gamas- ter. D'abord ils sont situés sur la face droite qu'ils recou- vrent à peu près en entier et s'éloignent ainsi de ceux de toutes lesaulres Molgulidées. Les divers genres actuellement connus ont tous, en effet, soit deux glandes génitales paires (Molgula, Ascopera.,Paramolgula., Ctenicella)., soit une seule glande située à gauche, en dehors de l'anse intestinale ou comprise dans sa courbure (genres Eugyra, Eugyriopsis, Bostrichobranchus). C'est donc à leur glande impaire et située du côté droit qu'il sera possible de distinguer immédiate- ment les Gamaster. De plus, la disposition des parties constitutives de cette ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 331 glande diffère totalement de celle qu'on observe chez toutes les autres Molgulidées décrilcs jusqu'ici : la partie mâle et la parlie femelle, qui chez ces dernières sont toujours étroi- tement accolées, sont au contraire distinctes chez les G amas ter Qi la partie mâle présente un aspect tout parti- culier : r Les follicules spermaliques, au noml)re de douze chez tous les spécimens examinés, sont indépendants les uns des autres, ramifiés et de forme pyramidale; les douze sommets convergent au centre de la face droite et leur ensemble des- sine une étoile régulière couvrant à peu près toute cette face, (l'est à cause de celte disposition tout à fait caractéristique que j'ai donné à ce nouveau genre le nom de Gamasler. Chaque follicule s'ouvre séparément dans la cavité péri- brancliiale. Sur deux spécimens, cependant, j'ai vu quatre follicules voisins fusionner leurs conduits déférents deux à deux, tout à fait à leur extrémité centrale, et la glande ne présentait plus au total que dix orifices dans la cavité pé- ribranchiale au lieu de douze (fig. 4, PL Xt). Chaque canal déférent, avant de déboucher dans la cavité péribranchiale, se renfle en une petite ampoule qui est nn véritable réservoir spermatique. Enfin chaque follicule se dichotomise en s'éloignant de son orifice, et à sa périphérie il présente habituellement six et même huit branches serrées les unes contre les autres. T La glande femelle comprend un gros cordon qui prend naissance entre deux des follicules spermatiques latéraux, mais sans contracter la moindre adhérence avec eux; il va atteindre directement la face dorsale et par conséquent le tube digeslif, pour remonter ensuite vers la cavité cloacale dans laquelle il s'ouvre. A sa partie antérieure, qui est ad- jacente à l'œsophage, on trouve des ovules atout état de dé- veloppement, mais aucune larve dans la cavité péribran- chiale; le développement larvaire s'effectue vraisemblablement au dehors. Telle est la disposition de la glande chez Gammter Da~ 332 A^TOIIVE PIZOIV. karensis. Comme c'est encore l'unique espèce du genre qui soit connue, je ne saurais dire si le nombre douze, qui repré- sente les follicules spermatiques, est caractéristique du genre ou simplement de l'espèce de Dakar. Toutefois le fait que sur certains spécimens j'ai vu deux follicules se fusion- ner par leurs extrémités centrales pour s'ouvrir ensemble dans la cavité péribranchiale, indique qu'il peut y avoir des variations dans le nombre des follicules et de leurs canaux déférents. Le caractère générique fondamental qu'il est possible de préciser pour le moment consiste donc dans une glande gé- nitale droite^ renfermant un certain nombre de follicules sper- matiques rayonnants, qui débouchent chacun séparément au centre de la glande. Description de la branchie. — La brancbie a une disposi- tion tout à fait caractérislique et rappelle celle du genre Eugyre dans ses traits généraux. D'abord elle est extrême- ment mince, ses trémas forment de très grands infundibu- lums distribués en rangées régulières comme chez les Eu- gyres et qui ont leurs sommets sous les lames méridiennes; on en compte sept rangées dans chaque moitié de la bran- chie, c'est-à-dire autant que de méridiens. Chaque infundibulum est constitué 'èoii par un seul tréma, ^o\i par deux trémas en spirale; à la périphérie se trouvent quelques grands trémas distincts les uns des autres, généra- lement courbés à leurs extrémilés et qui remplissent les in- tervalles que les infundibulums laissent entre eux. Chacun de ceux-ci a une forme quadrilatère à sa base et ce n'est qu'en se rapprochant du sommet qu'il devient conique. Les méridiens sont au nombre de sept dans chaque moi- tié delà branchie. Ils sont coupés perpendiculairement par cinq côtes longitudinales. Toutefois méridiens et côtes sont réduits pour ainsi dire à leur plus simple expression; ce ne sont que des petites lames très minces, à peine saillantes et formées d'une double paroi épithéhale aplatie. Elles rappel- lent tout à fait celles que M. Lacaze-Dutbiers a décrites chez ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 333 VEugyra arenosa, où leur finesse est aussi telle qu'elles avaient échappé à Aider et à Hancock, les créateurs du genre Eugyre. La branchie des Gamaster présente cependant avec celle des Eugyres quelques diflerences qui, pour n'être que d'im- portance secondaire, n'en doivent pas moins êlre notées. Une première différence porte sur la disposition du sommet des infundibulums. Dans la description de la branchie de YEugyra arenosa Aider et Haucock, M. Lacaze-Duthiers dit que dans chaque infundibulum il y a toujours deux trémas distincts mar- chant en sens inverse l'un de l'autre, a On pourrait dire, écrit-il, qu'il n'y a que deux trémas marchant en sens in- verse, mais enroulant leur spirale d'une façon telle qu'on serait porté à croire qu'il n'y en a qu'un seul ; c'est au som- met seulement, qu'on reconnaît et la direction et la sépara- tion des deux trémas formant les infundibulums. » Cette disposition déjà décrite et dessinée par Aider et Hancock, les créateurs du genre Eugijre^ a été revue plus récemment chez diverses aulres espèces d' Eugyres et en particulier par Herdman chez 1'^. Kerguelenensïs . Or dans le genre Gamaster^ les infundibulums qui se sont trouvés le mieux étalés dans les préparations microscopi- ques ne se montrent pas tous constitués de la même ma- nière ; leurs sommets présentent trois dispositions différentes que Ton trouve dans une même branchie. r Certains infundibulums sont constitués par un seul stig- mate régulièrement enroulé en spirale et terminé en cul-de- sac au sommet (fîg. 6, PI. XI). Les parois épithéliales minces qui le limitent constituent une sorte de tube aplati, égale- ment en spirale, et rempli de sang qui lui arrive par les vaisseaux sanguins qui sont décrits plus loin. Cette disposi- tion ne s'observe pas chez les Eugyres. 2" Dans d'autres infundibulums, il y a manifestement deux longs trémas spirales, marchant en sens inverse et se ter- minant chacun en cul-de-sac au sommet; c'est la disposition 334 AÎVTOIME )t»IKOX. décrite chez les Eugyres par les différents auteurs qui s'en s.ont occupés. Le tube rubané sanguin qui les limite csL par suite ininterrompu au sommet (fig. 7, PL XI). 3° Enfin une dernière catégorie d'infundibulums présen- tent bien encore deux stigmates parfaitement distincts, mais l'un d'eux s'arrête à une certaine distance du centre, à un tour ou un tour et demi [Cig. 8, PL XI). Il n'y a qu'à supposer ce stigmate prolongé davantage vers lé sommet et pénétrant dans la concavité de l'autre pour réaliser la disposition qui s'observe dans le cas précédent. Il existe une aulre différence entre la brancliie des Eu- gyres et celle des Gamaster. Dans YEugyra arenosa^ M. La- caze-Duthiers a appelé l'attention sur deux rangées supplé- mentaires de tout petifs infundibulums situées entre la dernière côte et l'endostyle, l'une à droite, l'autre à gau- che de ce sillon (1). Trois de ces petits cônes correspondent à un seul des grands infundibulums. Or la branchie des Ga- master ne présente rien de semblable; elle est conslituée uniquement par ses rangées régulières de grands infundibu- lums, au nombre de sept, comme nous l'avons vu; chez les Eugyres il y en a huit (M. Lacaze-Duthiers). Mais les différences que je viens de signaler ne portent, comme on le voit, que sur des détails tout à fait secondaires et n'altèrent nullement l'identité générale de la branchie des Gamaster et de celle des Eugyres. Le caractère de cette dernière étant d'avoir de grands infun- dibulums à un ou deux longs stigmates enroulés en spirale, on peut dire que les Gamaster sont des Eugyres qui ont leur glande génitale à droite. Ceci montre que même dans le cas où la branchie présente une disposition aussi typique que chez ces deux derniers genres, il est impossible de la re- garder comme constituant à elle seule un caractère géné- rique suffisant, sans quoi on serait exposé à mettre dans le même genre des formes, telles que les Gamaster et les (1) Arch. lool. expérim., vol., VI, pi. XXVII. ÉTUDE DES MOLGUUDÉES. 335 Eugyres, que rensemble de leurs autres camcLeres éloigne au contraire considérablement. Vaisseaux sanguins. — Le réseau sanguin qui double la brancliie est très complexe et présente une disposition non moins régulière que les trémas. Du sommet de cliaque infundibulum parlent un certain nombre de vaisseaux, généralement dix ou douze, qui se di- rigent à la périphérie en rayonnant et coupent les trémas à peu près perpendiculairement ; ils se déversent dans les pe- tites lames qui limitent les infundibulums. Quoique leurs pa- rois soient très minces et formées d'une seule assise épitiié- liale aplatie, ils sont très visibles au microscopeà cause de la grande quantité de globules sanguins qu'ils renferment. De ces vaisseaux radiaires, il se détache de très fines rami- fications qu'on ne met en évidence qu'en colorant fortement par riiématoxyline, par exemple; elles s'étendent d'une branche radiaire à l'autre en longeant les intervalles inter- stigmatiques sanguins, dans lesquels elles envoient souvent elles-mêmes de petites anastomoses. Enfin de nombreux autres petits vaisseaux, aussi fins que les précédents, mais très courts, sont à cheval sur les trémas et relient directement l'une à l'autre deux portions voisines des petites lames sanguines spiralées qui délimitent les trémas. Il est facile de se rendre compte qu'un tel ensemble de vaisseaux sanguins assure non seulement une circulation très active dans la branchie, mais maintient aussi en place les parois des infundibulums qui, sans cela, n'auraient abso- lument aucun soutien. Quant aux lames méridiennes qui, comme on le sait, pas- sent parles centres des infundibulums, il ne m'a pas été pos- sible de déterminer d'une manière précise si elles restent in- dépendantes des sommets de ces derniers ou si elles leur sont reliées par des anastomoses vasculaires. Elles en sont sans doute indépendantes, car quelquefois la lame ne suit pas exactement le diamètre de l'infundibulum, et dans ce cas, 336 A]¥TOI]\E PIKOIV. on voit les vaisseaux radiaires déboucher très iietlement tout à fait au sommet de rinfundibulum, sans se relier à la lame. C'est aussi ce qu'a vu M. Lacaze-Duthiers sur la branchie des Eugyres (1). Muscles. — La musculature est très développée. Autour de chaque siphon il y a d'abord de gros faisceaux circulaires, généralement dix ou douze, larges et serrés les uns contre les autres; à peu de distance de la, base du siphon ils se divisent en faisceaux plus minces et s'étalent sur le pourtour du corps, comme chez les autres Molgulidées. D'autres muscles longitudinaux sont non moins larges et non moins serrés autour des siphons ; plus loin ils se divi- sent également et se croisent à peu près perpendiculairement avec les transversaux. Il existe également de nombreux petits faisceaux obliques. Affinités du genre Gamaster. — En premier lieu, par sa glande génitale impaire, située sur la face droite du corps ^ ce nouveau genre se distingue de toutes les Molgulidées à glandes génitales paires, c'est-à-dire des genres Mol- gula Forbes, Paramolgula Traustedt, Ascopera Herdm, Ctenicella Lac.-Duth., Astropera Pizon, Stomatropa Pizon, dont la branchie est également essentiellement différente de celle des Gamaster. En second heu, il faut comparer le genre Gamaster avec les Molgulidées qui n'ont qu'une seule glande génitale. Celles-ci sont représentées seulement par deux genres : Eugyra Aider et Hancock, Eugyriopsis Roule ; le genre Bostrichobranchus Traustedt, qui n'a également qu'une glande génitale me paraît sans valeur et je propose ailleurs (page 318) de verser dans le genre Eugyriopsis l'espèce de Molgule {Molgula Manhattensis Dekay), dont Traustedt s'est servi pour créer son genre Bostrichobranchus . Or, les Eugyres et les Eugyriopsis ont leur glande géni- tale située sur la face gauche du corps, à l'intérieur ou au- (1) Aî'c/i. lool expérim,, t. VI, 1817, pi. XXVII. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 337 dessus de l'anse intestinale, et par là ces formes se distin- guent 1res nettement du nouveau genre Gamaster; il convien- drait d'y ajouter quelques autres particularités, qui, il est vrai, ne sont que secondaires, telles que la structure de la branchic et celle de la glande génitale; mais la position de cette dernière sur la face droile suffit amplement pour ca- ractériser le genre Gamaster. ANN. se. NAT. ZOOL. VII, 22 Deuxième section. Molgulidées ne possédant qu'une seule glande génitale, située sur le côté gauche. 1° Une ranf^ée de grands infundibulums sous chaque méri- dien. Chaque infiindibulum formé, seulement de deux longs trémas spirales Eugyra Aider et Hancock. 2° Infundibulums plus ou moins réguliers, de taille et de nombre variables, formés chacun de petits trémas courbes Eugyriopsis n . sens. 1'' Genre : Eugyra Aider et Hancock (1). Il n'existe aucun représentant de ce genre dans les collec- tions du Muséum et je n'en dirai ici que quelques mots pour bien préciser ses rapports avec le nouveau genre Gamaster que j'ai décrit plus haut et la valeur qu'il convient d'atta- cher à sa branchie comme caractère générique. On sait que le genre Eugyra possède une branchie très caractéristique. Elle porte de très grands infundibulums, constitués chacun par deux longs trémas qui s'enroulent en spirale et en sens inverse l'un de l'autre, s'étendant sans interruption du sommet à la base de l'entonnoir. Les infundibulums ont leurs sommets sous les lames méridiennes, qui sont très fines et sont séparées les unes des autres par les côtes perpendiculaires, qui ont également la forme de très fins rubans remphs de sang. Des vaisseaux radiaires très fins partent des côtes per- pendiculaires et des méridiens pour aller converger au som- met de l'infundibulum. La glande génitale est unique et située sur la face gauche. Jusqu'à présent, la forme particulière de la branchie pouvait suffire pour caractériser génériquement les Eugyres. Mais le nouveau genre Gamaster^ que j'ai décrit plus (i) Ann. and. Mag. of Natur. History, vol. VI, 1870. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 339 haut (p. 328), présente une branchïe identique à celle des Eugyres, avec des vaisseaux sanguins disposés également de la même manière. Seulement sa glande génitale impaire, comme chez les Eugyres, occupe la face droite du corps. Par conséquent la structure particulière de la branchie n'est plus suffisante pour caractériser le genre Eugyra, il faut absolument y joindre la présence de la glande génitale gauche ; d'autant plus que certaines espèces d'Eugyres, en particulier E. arenosa^ ressemblent beaucoup extérieure- ment à Ganiaster Dakarensis, dont elles ont la taille et la tunique villeuse et agglutinante. J'ai retrouvé dans les collections du Muséum un certain nombre de spécimens étiquetés Molgula tubulosa Forbes et Hanley, et recueillis à Roscoffpar M. Lacaze-Dutliiers. Or, on sait que la Molgula tubulosa Forbes et Hanley est la même que M. arenosa Aider et Hancock, qui fut prise ensuite par Hancock comme type pour la création du genre Eugyra et qui devint ainsi E . arenosa Hancock. J'avais donc à me demander si les spécimens étiquetés J/. tubulosa répondaient bien aux caractères de VEugyra arenosa. Mais après examen j'ai pu me rendre compte qu'une telle identification n'était pas possible et que ces spécimens n'étaient pas autre chose que des Anurella jRosco- vita Lac.-Duth. Dans son premier mémoire sur les xMolgulidées (1), M. La- caze-Duthiers avait, en effet, décrit une forme qu'il avait cru devoir identifier avec M. tubulosa Forbes et Hanley [British Mollusca), et dont il fit ensuite, dans son second mémoire, Anurella Boscovita (2). Il n'y a donc pas d'Eugyres dans les collections du Muséum. Dans le même flacon que ces A. Boscovita se trouvait une petite Cynthiadéc qui me paraît des plus intéressantes et qui, par son aspect externe , ressemble tout à fait aux Anourelles au milieu desquelles elle était placée. (1) Arch, lool cxpcr., t. III, 1874. (2) idem, t. VI, 1877, p. 648. 340 Ai^TOiivE pizorv. Les dragages exécutés dans la baie de Sainl-Waast ne m'ont encore donné aucune espèce d'Eugyre. Cependant XEugyra arenosa doit être assez commune, puisque Forbes, Hancocli et Kuppfer l'ont trouvée sur les côtes anglaises de la Manche et dans la mer du Nord ; M. Lacaze-Dutliiers l'a recueillie à RoscotT. 11 existe également des Eugyres dans la Méditerranée et Drasclie, en 1884, a décrit E. ac/m/zc«, recueillie dans la baie de Trieste. L'aire de répartition de ce genre est d'ailleurs très étendue, ainsi qu'on en peut juger par les stations des différentes espèces qui ont été décrites jusqu'ici et qui sont d'ailleurs assez peu nombreuses. Ce sont, par ordre d'ancienneté depuis la création du genre : 1° Eugyra arenosa Hancock, côtes d'Angielerie [Anii. and Mag, natur. Hïstory, vol. YI, 1870). Kuppfer l'a trouvée dans la mer du Nord (Arch. Mih^osk, Anatomie, B. VIII, et Nordsee Expédition 1872); M. Lacaze-Duthiers l'a recueillie à Roscoff. 2° Eugyra globosa Hancock (mêmes indications que pour l'espèce précédente). Draguée en 1864 à Guernesey par Jef- freys et Norman ; 3° E. Kerguelenensïs Herdm. recueillie par le Challenger à l'île Kerguelen, au milieu du Pacifique (trois spécimens dragués de 60 à 100 brasses [Le « Challenger », vol. VI, 1882) ; 4° E. adriatica Drasche, recueillie dans la baie de Trieste {Verhandlungen der Zoologisch. in Wien^ 1884). La seule qui ait été trouvée jusqu'à présent dans la Méditerranée; 0° E. symetrica^ Drasche , provenant de Jan Mayen {Oster-Polarstat Jan Mayen, 1886). 6° E. pedimculata Traustedt. Expédition de la Djimphna dans la mer de Kara [Djimphna- Togtets Zoologisk-Botaniske^ 1887). 7° E. bilablata Sluiter, recueillie dans la baie de Batavia [Natuur Kundige Tijdschrift voor Nerderl. Indie-Batava). (4) Arch. Zool. expérim., t. VI, 1877, p. 459 et 499. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 341 A cette liste il faudrait ajouter les deux espèces ancienne- ment décrites sous les noms de Molgula pilvlaris Verrill [Amerkayi Journal of Sciences^ vol. I, 1871) et Cynthia glut'nians Moller (Verrill, American Journal of Sciences, vol. m, 1872), qui paraissent être aussi des Eugyres. Ceci porterait à neuf seulement le nombre d'espèces d'Eugyres actuellement connues. H est à remarquer qu'elles appartien- nent toutes à des régions différentes de l'hémisphère boréal et que V Eiig. Kerguelenensis est la seule qui ait été trouvée dans l'hémisphère austral. 2' Genre : Eugyriopsis n. s. J'ai exposé plus haut (p. 318), que Boule a créé un sous- genre Euggriopsis pour une espèce de la Méditerranée pos- sédant une glande génitale gauche comme les Eugyres, mais dont les trémas de la branchie sont petits et courbes comme ceux des Molgules. D'autre part, VAscidia manhattensis Dekay, dont Trau- stedt a fait le genre Bostrichobrcinchus, n'a aussi qu'une glande génitale située du côté gauche avec des infundibulums irré- guliers, distribués sans ordre et qui s'éloignent considérable- ment de ceux des Eugyres. Par conséquent, je propose la création d'un genre Eugyriopsis, qui aurait deux caractères essentiels : r Une glande génitale à gauche comme les Eugyres; 2" Une branchie à infundibulums plus ou moins grands et plus ou moins réguhers, mais qui ne sont jamais formés seulement de deux trémas spirales comme ceux des Eugyres. Ce nouveau genre ne comprendrait pour le moment que V Eugyriopsis Lacazii Roule, et l'ancien Bostrichohranchus mft?2//a/^^;2.s7'6Traustedt qui deviendrait V Eugyriopsis manhat- tensis (Voir p. 319). Aucun représentant de ce genre n'existe dans les collec- tions du Muséum. Troisième section. Molgulidées à glandes génitales paires. Siphons nuls ; chaque orifice ])ordé d'une double couronne de lobes inégaux Astropera n. g. Siphons à lobes plus ou moins sail- Intestiii étendu lants, égaux et toujours entiers. . . MolgulaForhes. transA^ersalement Siphons terminés par des lobes den- sur la face gauche y tés ou bien siphons non lobés et et formant une \ pourvus de dents plus ou moins anse courbe plus i développées Ctenicella Lac . - ou moins accen- I Duth. tuée. I Siphon cloacal à 4 lobes égaux; si- phon branchial courbé en anse avec six lobes inégaux, les deux supé- rieurs en forme de lèvre bifide. . . . Stomatropa n. g. Les deux branches de l'intestin sont verticales et non courbées en anse ; elles sont parallèles à la glande gé- nitale gauche Ascopera Herdm . De ces cinq genres, le genre Ascopera Herdm. est le seul qui ne soit pas représenté dans la colleclion du Muséum. 1'" Genre : Astropera n. g. Caractères génériques. — Les siphons sont nuls et les orifices placés im- médiatement à la surface du corps. Chaque ouverture est entourée d'une double couronne de lobes ayant l'aspect d'une corolle de fleur. Chacune des couronnes de l'orifice branchial possède les six lobes ca- ractéristiques des Molgulidées, mais ils sont inégaux, k bords arrondis et (rès finement dentelés (un grand, deux latéraux un peu plus petits et trois autres plus petits encore, au moins chez l'espèce A. villosa décrite plus loin). Les lobes de la rangée interne sont beaucoup plus petits que les externes et leur différence de taille est par cela même beaucoup moins accusée; ils alternent avec ceux de la première rangée. L'orifice cloacal est bordé d'une première rangée de quatre lobes dont deux grands et deux petits qui alternent et qui ont leurs bords finement dentelés; puis d'une autre rangée interne de quatre lobes beaucoup plus petits que les précédents, avec lesquels ils alternent. Les glandes génitales hermaphrodites sont paires. Le terme à' Astropera que j'applique à ce nouveau genre ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 343 rappelle l'existence de ce double cercle de lobes rayonnants autour de chaque orifice. Espèce unique : Astropera sabulosa n. sp. (Fig. 6 et 7, PI. XIII; fig. 7 et 8, PI. XIV; fig. 7, pi. XV.) Syn. Ascidia sabulosa Quoy et (jdiim^và [Voyage de /'« As- trolabe », Quoy et Gaimard, 1829, PL XIX et XXII). Cette espèce est la seule du genre qui soit représentée dans les collections du Muséum. Elle aélé rapportée de la Nouvelle-Hollande (Port Western) par Quoy et Gaimard qui Font décrite sous le nom à' Ascidia sabulosa. Je ne puis mieux faire, pour en exposer les caractères extérieurs que de reproduire la courte description qu'en ont donnée ces auteurs : « C'est une Ascidie entièrement sphérique, de la grosseur d'un petit œuf de poule, très rarement isolée, presque tou- jours agglomérée en petits paquets, dont le nombre varie de 3 à 0. Quelquefois le lieu de leur agrégation est une plante marine qui leur sert d'axe ; elles sont alors en grappe. Elles sont coriaces, quoiqu'elles aient la peau mince et toujours couverte d'une couche de sable fin dont elles empruntent la couleur jaune grisâtre. « Les deux ouvertures sont sessiles, rapprochées et entou- rées de folioles en rond sur deux rangées, ce qui les fait ressembler à la corolle d'une fleur. u Ces sortes de pétales ne sont point en nombre fixe : à une des ouvertures il y en a six grandes, avec environ un pareil nombre de plus petites intérieures, tandis qu'à l'ouverture opposée, on n'en compte que quatre, avec quatre ou cinq internes moins grandes. « Quoi qu'il en soit, celle disposition des ouvertures fera facilement reconnaître cette espèce, que nous trouvâmes d'abord desséchée et qui conserve parfaitement ses formes 344 AivTOiiVE Pizorv. et assez de sa couleur dans cet état. Elle est alors très fragile et se brise facilement. ' « La tunique interne est d'un rouge pourpre. Les ouver- tures ont à l'intérieur des laciniures qui correspondent aux découpures extérieures. (( Habite en très grand nombre le Port Western, à la Nouvelle-Hollande. « Nous en avons vu un seul individu dans la collection du Muséum, qui, probablement, avait été rapporté des mêmes lieux par Pérou. Il était étiqueté Ascidia sabulosa^ nom que nous avons conservé, et qui convient mieux qu'à tout autre, car lesable paraît faire partie de sa tunique, tantily adhère (1). » Il n'y a qu'un seul point à modifier dans cette description, celui qui a trait aux lobes des orifices. Il est exact que l'ori- fice branchial en porte deux rangées de six chacune, et l'orifice cloacal une double rangée de quatre; j'ai retrouvé ces chiffres chez tous les spécimens de la collection, au nombre d'une dizaine, examinés soit directement par la face externe de la tunique, soit après l'enlèvement de cette der- nière. Je n'en ai pas trouvé un seul dont l'orifice cloacal ait possédé une couronne interne de cinq dents, comme disent l'avoir vu Quoy et Gaimard. Ces auteurs n'ont rien dit non plus de la taille relative des lobes externes des orifices. Il est cependant manifeste qu'ils sont de taille très inégale, qu'on les examine soit sur l'animal entier soit sur l'animal dépouillé de sa tunique. Autour de l'orifice branchial, il y a d'abord un lobe beau- coup plus grand que les autres : c'est celui qui est situé le plus près du côté de l'orifice cloacal; puis deux latéraux de dimensions un peu plus faibles et enfin trois autres plus petits encore et qui sont placés du côté qui s'éloigne le plus de forifice cloacal [fi^. 6 et 7, PL XIII). Le cercle externe de l'orifice cloacal comprend de même deux grands lobes qui alternent avec deux autres beaucoup (1) L'Ascidie entière, revêlue de sa tunique, a été représentée par Quoy et Gaimard dans Voyage de V « Astrolabe » 1829, PI. XCI, fig. 19 à 22. ÉTUDE DES iMOLGULIDÉES. 345 plus petits. Ceux-ci se trouvent sur la ligne qui s'étendrait d'un orifice à l'autre en passant par le ganglion nerveux. De plus, les grands lobes sont très sensiblement rétrécis à leur base d'insertion et vont ensuite en s'évasant, avec une face interne assez fortement concave. Ceux de l'orifice cloacal sont même plus grands que ceux de l'orifice branchial; les uns et les autres sont couverts de fines dents. Les figures de Quoy et Gaimard sur la disposition des oscules sont plutôt des schémas que la représentation réelle des choses. BrancJiie (fig. 7, PI. XV). — La branchie comprend sept méridiens coupés par cinq grosses côtes perpendiculaires. Les trémas branchiaux sont courts, irréguliers, rarement disposés en cercles, comme cela s'observe chez beaucoup de Molgulidées ; encore ces cercles sont-ils très réduits et ne comprennent-ils que quatre ou cinq petits stigmates. Mais cette branchie n'en présente pas moins une extrême compli- cation, par suite de l'énorme quantité de vaisseaux sanguins qu'elle possède et qui forment un revêtement sur les deux faces de la membrane percée des stigmates branchiaux. D'abord chaque méridien est composé de trois lames paral- lèles, très rapprochées les unes des autres et qui se soudent en une seule au voisinage du sillon péricoronal. Celle du milieu est deux ou trois fois plus large que les autres. Les cinq côtes qui s'étendent perpendiculairement à la direction des méridiens, en coupant ces derniers, sont très nettement accentuées sur la face interne delà branchie, c'est- à-dire sur celle qui limite la cavité branchiale remplie d'eau. Sur la face opposée, ces côtes sont représentées par autant de vaisseaux sanguins très volumineux^ formant comme des nervures très saillantes, et qui sont anastomosés de dislance en distance avec d'autres troncs sanguins, également de fort calibre, qui viennent des parois du corps ou des viscères. Ce sont ces anastomoses que l'on coupe dans les dissections lorsqu'on veut isoler la branchie. 346 A^TOi:\K piKOiv. Des gros vaisseaux perpendiculaires qui forment les côtes à la face externe de la brancliio, il se détache un grand nombre de ramifications qui se disposent en ellipses.concen- triques. Il y a toujours deux systèmes de ces vaisseaux elliptiques dans Tintervalle compris entre deux côtes perpen- diculaires. Leurs dernières ramifications se résolvent en un riche réseau de capillaires qui s'ouvrent, par de nombreuses anastomoses, dans les espaces sanguins interstigma tiques de la brancliie. Sur sa face interne, la branchie présente également de nombreux vaisseaux sanguins venant des lames méridiennes ou des côtes perpendiculaires ; beaucoup sont dirigés per- pendiculairement aux méridiens et envoient des prolonge- ments transversaux qui forment un autre réseau sur cette face interne de la branchie ; comme de l'autre côté, il se détache de ce réseau des anastomoses qui conduisent le sang dans les espaces interstigmatiques. Autre particularité : Chaque méridien est composé, comme je l'ai dit plus haut, de trois lamelles placées très près les unes des autres et dont la médiane est deux ou trois fois plus large que les voisines. Or cette lame est elle-même per- cée d'un grand nombre de petites fentes branchiales un peu allongées, disposées assez régulièrement et parallèles à la lame elle-même. Elles sont plus longues et plus étroites que celles du reste de la branchie. Pour bien les distinguer et ne pas les confondre avec celles du reste de la branchie, avec lesquelles elles se superposent sur une préparation de bran- chie interne, il est nécessaire d'isoler les méridiens avec le ciseau. Les espaces interstigmatiques de cette lame sont irrigués par des petils vaisseaux qui les coupent perpendiculairement et envoient des capillaires à droite et à gauche, ainsi que le montre la figure. Tube digestif et glandes génitales (fig. 7 et 8, PI. XI V^). — Le tube digestif ne présente aucune particularité qui soil à noter. Les deux branches de l'anse sont rapprochées tTVBE DES MOLGULIDÉES. 347 Tune de l'aiiLre el, au-dessus d'elles, se trouve la glande hermaphrodite de gauche. Celle de droite est placée au-dessus du rein, comme chez la plupart des autres Molgulidécs. La partie mâle et la partie femelle sont à la suite l'une de l'autre. 2' Genre : Molgula Forhes. l""*^ Espèce. — Molgula Filholi n. sp. (Fig. 1 à 5, PL XII; fig. 4 et 5, PJ. XV]. Tunique épaisse, laiteuse, presque complètement opaque, couverte de très, nombreuses villosités très (ines qui ne sont agglutinantes qu'à la pai-- tie inférieure du corps et sur les siphons. Les deux siphons verlicaux. Les tentacules sont au nombre de trente-deux et se décomposent ainsi : huit grands, huit moyens et seize petits qui alternent avec les pié- cédents. La branchie possède sept méridiens coupés par six côtes perpendiculaires. Caractères extérieurs. — Les spécimens de cette espèce ont été rapportés, en 1875, de l'île Stewart, près la Nouvelle- Zélande, par M. Filhol, professeur au Muséum. Ce sont de petites Ascidies ovoïdes mesurant de 2 à 5 centimètres de longueur (fig. 4, PL XV). Les siphons sont courts et tous les deux dans la même direction verticale ; les lobes caractéristiques des Molgu- lidées sont très nets, même sur l'animal entier, revêtu de sa tunique. Celle-ci est très résistante et relativement épaisse, puis- qu'elle dépasse souvent un millimètre, surtout à la partie intérieure du corps ; elle a un aspect laiteux et laisse diffici^ lement apercevoir les organes internes. Elle est couverte de très fines villosités, mais qui ne sont pas partout aggluti- nantes ; c'estsurtout sur la moitié inférieure et, en particu- lier, à la base de fixation, que se montrent de la vase et du sable fin. Tous les spécimens, sans exception, présentent de la vase ou du sable sur les deux siphons. 348 a:\toii\e: pizox. Tentacules. — Les tentacules sont au nombre total de trente-deux, se décomposant delà manière suivante : T huit grands ou de premier ordre ; V huit plus courts ou de second ordre; 3° enfin, dans l'intervalle qui sépare chaque grand tentacule de chaque moyen, il s'en trouve un autre, de troi- sième ordre, beaucoup plus petit que les autres; ces tenta- cules de troisième ordre sont, par conséquent, au nombre de seize. Tous sont ramifiés, avec cette particularité que les rami- fications, assez peu nombreuses d'ailleurs, n'existent que sur la face interne des tentacules, c'est-à-dire sur celle qui regarde l'ouverture ; la face opposée en est dépourvue. Ces tentacules rappellent ceux d'une autre Molguhdée, Gamasier Dakarensis Pizon, qui sont aussi au nombre de trente-deux et de trois grandeurs différentes; seulement, chez cette dernière espèce, les tentacules de premier ordre seuls sont ramifiés. Derme. — Le derme est très mince, à peu près incolore et laisse apercevoir les organes internes avec la plus grande netteté. Il renferme de très nombreux faisceaux muscu- laires qui sont larges et rapprochés les uns des autres au- tour des siphons, beaucoup plus fins et entre-croisés sur le reste du corps. Intestin (fig. 5, PL XV). — Le tube digestif ne présente aucune particularité qui le distingue de celui des autres Molgules. 11 y a lieu de noter seulement que les deux moitiés sont adjacentes l'une à l'autre sur toute leur étendue; il forme deux anses assez rapprochées l'une de l'autre et ne laissant pas d'espace entre elles pour loger la glande géni- tale qui se trouve placée au-dessus de l'intestin, comme chez plusieurs autres espèces de Molgules. Le pli spiral de l'intestin des Molgula socialis ne se retrouve pas dans cette espèce et les substances excrémenti- tielles n'en sont pas moins sous la forme de petites cordelettes. Le foie est très volumineux, d'un jaune pâle et se distingue très nettement à travers le derme mince, que l'on regarde ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 349 ranimai soil par la face droite_, soit par la face gauche. Le rein est à peine teinlé en jaune; la glande génitale droite est logée dans sa concavité. Organes génitaux. — Les glandes génitales sont paires comme chez toutes les autres Molgules. Elles sont à peu près pyriformes et situées, comme nous l'avons vu, Tune dans la concavité de l'organe de Bojanus, l'autre au-dessus de l'anse intestinale (fîg. 5, PL XV). Chacune de ces glandes comprend une partie mâle et une partie femelle accolées l'une à l'autre. La partie ova- rienne occupe la face externe et déborde en avant sur la partie mâle. Celle-ci est composée d'un grand nombre de petits follicules pyriformes qui convergent tous vers la région centrale de la glande et qui^ sur les faces latérales, débordent sur la glande femelle. Leur conduit excréteur va déboucher dans la cavité cloacale. Description de la branchie. — La branchie est extrême- ment mince. Les méridiens sont au nombre de sept dechaque côté et coupés par cinq côtes longitudinales; méridiens et côtes présentent la même simplicité de structure que chez le Eugyra et les Gamaster et ne sont constitués que par un double épithélium formant une petite lamelle très fine. Les trémas affectent une disposition tout à fait spéciale, bien différente de celle que présentent les autres Molgules, mais très voisine, au contraire, de celle des Eugyra. Les infundibulums qu'ils forment sont de deux ordres et sont disposés avec une grande régularité (fig. 1, PL XIÏ) : 1° Il y a d'abord de grands infundibulums dont le dia- mètre est à peu près équivalent à Tintervalle compris entre deux côtes longitudinales et dont le centre est situé vers le milieu de cet intervalle et sous la lame méridienne. 2'^ Autour de chacun de ces grands infundibulums il en existe d'autres beaucoup plus petits, au nombre de douze à vingt ; ils forment généralement deux ou trois assises concen- triques et remplissent les intervalles que laissent entre eux les grands infundibulums. — Ils rappellent un peu ceux que 350 -t:iTOi\E pisKO^. l'on trouve dans les autres Molgules et particulièrement ceux des Bostrkhobranchus [Molgida Manhattetuis). 'Chaque infundibulum de premier ordre et les petits qui l'environnent forment un ensemble très régulier qui se détache avec la plus grande netteté sur les préparations microscopiques. La première rangée d'infundibulums ne commence pas au niveau de la première côte. Entre celle-ci et le sillon péricoronal il existe un large espace qui est lui-même cou- vert de trémas; ils y forment des infundibulums disposés en (îles régulières sous les méridiens ; on en compte géné- ralement quatre sous chaque lame méridienne, depuis le sillon péricoronal jusqu'à la première côte. Les grands qui viennent ensuite sont encore distribués régulièrement sous chaque lame méridienne en s'étendant, à droite et à gauche, jusque vers le milieu des deux espaces interméridiens voisins ; dans toute l'étendue de la bran- chie on retrouve celte même régularité qui rappelle la branchie des Gamaster ou à^^ Eugyra. Toutefois, il y a lieu de noter qu'à la partie inférieure de la branchie, là oii les côtes sont beaucoup plus divergentes, les infundibulums de premier ordre deviennent beaucoup plus grands, tandis que les petits, de leur côté, deviennent aussi plus nombreux et augmentent également de grandeur. Comparaison avec la branclm des Eugyres et des Gamas- ter. — La distribution régulière des infundibulums et la simplicité de la structure des côtes et des lames méri- diennes rapprochent cette espèce [Molgida FdJioU) des Eugyres et des Gamaster, et il y a lieu de comparer entre elles ces différentes formes. Chez ces deux derniers genres, chaque infundibulum est constitué par deux trémas distincts, régulièrement enroulés en spirale depuis la base jusqu'au sommet de l'entonnoir ; souvent même, les Gamaster n'ont qu'un tréma unique pour chaque infundibulum (p. 333). Or, dans les grands infundibulums de la branchie de ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 35! M. Fïlholi, il y a lieu de considérer deux parties : Toula fait à leur sommet ils présentent aussi soit un seul^ soit deux trémas enroulés en spirale, mais ces trémas, au lieu de se continuer sans interruption jusqu'à la base des infundibu- lums, se terminent en cul-de-sac après un trajet assez court (tig. 1, PI. XII) ; la spire qui se continue ensuite vers la base de l'entonnoir est formée de plusieurs grands trémas distincts^ courbés les uns à la suite des autres et formant une spirale à peu près régulière. La longueur de ces trémas est un peu variable; les uns atteignent un demi-tour de spire, d'autres n'en ont que le tiers ou le quart. Que l'on suppose tous ces trémas des grands infundibu- lums ouverts les uns dans les autres, et on obtiendra exacte- ment les infundibulums des Eugyres ou des Gamaster ; la ressemblance sera encore accrue, comme nous le verrons tout à l'beure, par la disposition identique du réseau sanguin. Les sommets des infundibulums de M. Fïlholï présentent trois variations qui, toutes trois, s'observent sur une même moitié de branchie : r Certains sommets ne sont formés que d'un stigmate unique ((ig. 1); nous en avons observé de semblables chez les Gamaster (PI. XI) ; 2° Ou bien il existe deux trémas allant en sens inverse l'un de l'autre, sans se fusionner au sommet; cette disposi- tion est celle des Eugyres et elle s'observe fréquemment chez les Gamaster (fig. 4) ; 3° Enfin certains infundibulums présentent à leur som- met deux petits cônes spirales, adjacents l'un à l'autre et entourés par un système commun de grands trémas qui s'étendent jusqu'à la base de l'infundibulum (fig. 3). Ces mêmes variations s'observent dans les petits infun- dibulums de second ordre qui occupent les intervalles entre les plus grands. Beaucoup, et c'est même le plus grand nombre, ne présentent à leur sommet qu'un seul tréma faisant de deux à trois tours, et qui se continue ensuite par plusieurs autres distincts et de longueur variable. — 352 Ai\'t^0I;^K PIKO.^. Dans la partie inférieure de la branchie, là où les espaces inlercoslaux sont beaucoup plus larges, les infundibulums de second ordre atteignent de plus grandes dimensions, comme nous l'avons déjà dit, et c'est dans cette région qu'on en trouve fréquemment avec deux trémas enroulés en sens inverse l'un de l'autre. Réseau vasculaire (fig. 2, PL XII). — Les vaisseaux sanguins de la branchie forment un réseau extrêmement riche, affec- tant une disposition très régulière comme celui des Gamaster. Du centre de chacun des grands infundibulums partent de gros vaisseaux qui se dirigent à la périphérie en rayon- nant et dont le nombre, variable, est de huit à dix. Chaque petit infundibulum possède un système semblable, dont les branches radiaires sont la continuation de celles des grands infundibulums. Toutefois, tous les vaisseaux radiaires ne se rencontrent pas au sommet même de l'infundibulum. Certains, et ce sont en général les plus volumineux, s'ouvrent bien tout à fait au centre, mais il en est d'autres qui se déversent à une certaine distance de ce centre, dans le second ou le troi- sième espace sanguin interstigmatique. Des anastomoses circulaires très fines courent le long des espaces sanguins interstigmatiques et rehent ensemble les branches radiaires. D'autres, plus fines encore et beaucoup plus courtes, sont, pour ainsi dire, à cheval sur un tréma et mettent en relation directe les deux rubans sanguins voisins qui limitent ce tréma. Tous ces vaisseaux sont très fins, capillaires, et ne peuvent être discernés qu'au microscope, après coloration intense au moyen de l'hématoxyline, par exemple; leurs parois sont formées d'une seule assise épithéliale aplatie. Ce réseau vascu- laire s'éloigne beaucoup, par sa simplicité et sa disposition régulière, de celui des Molgules ordinaires et en particuher de celui des Molgulidées de grande taille [Stomatropa, Cteni- cellarugosa), cbez lesquelles il forme des petites lames ou des petites côtes entrecoupées, que l'on discerne même à Fœil nu. ÉTUDE DES MOLGULIDÉËS, 353 11 n'y a absolument que les Gamaster qui possèdent un réseau vasculaire identique à celui de M. Fllholi : mêmes vaisseaux radiaircs, même anastomoses circulaires, mêmes communications entre deux espaces sanguins interstigma- tiques voisins; enfin, même finesse des vaisseaux et même simplicilé de struclure. Il est vraisemblable que c'est aussi la disposition du réseau sanguin des Eugyres, mais les auteurs qui se sont occupés de ces dernières n'ont jamais décrit que les grands vaisseaux radiaires. Affinités. — Par sa glande génilale double et ses petils infundibulums, l'espèce nouvelle que je viens de décrire est certainement une Molgule. Mais il est non moins incontes- table que la simplicilé de sa brancbie et la disposition régulière de ses grands trémas rappellent, d'autre part, les Gamaster et les Eugyres. Cependant, je n'ai pas cru devoir en faire un genre parti- culier. Les caractères tirés de la brancbie, dans l'ensemble de la famille des Molgulidées, ne peuvent être que d'ordre spécifique : ainsi en a déjà conclu M. Lacaze-Dutbiers, et l'étude des formes nouvelles du Challenger et celles du présent mémoire ne font que confirmer cette interprétation. La brancbie ne peut même plus être requise comme carac- tère générique dans le cas où elle présente les infundibulums spirales si réguliers des Eugyres, dont les deux stigmates qui s'enroulent en sens inverse pour former cbacun des enton- noirs, sont cependant des plus caractéristiques (Voir p. 312). Il y a bien aussi des Molgulidées qui ont des stigmates rectilignes comme ceux des Cyntbiadées et qui se distinguent ainsi très nettement des autres, de beaucoup les plus nom- breuses, qui ont des trémas courbes plus ou moins irrégu- bers. Et cependant, cette disposition n'a pas la valeur d'un caractère générique, puisqu'elle s'observe, en particulier, cbe/ des formes appartenant à trois genres dillerents et fort bien établis : Ascopera giganiea Herdm., Molgula Carpenteri llerdm., Clenicella appendkulata Lac.-Dutb, ANN. se. NAÏ. ZUOL. VTl, 23 354 AiVr€H!VE PIKOIV. Il n'est pas possible de s'adresser à la brancbie seule pour faire des coupes génériques, au moins avec les formes de Molgulidées actuellement connues. S'il en était autre- ment, chaque espèce de Molgule, par exemple, devrait être regardée comme un genre particulier, puisqu'elle possède une branchie bien distincte par la disposition de ses trémas courbes (Voir p. 310). J'ai donc fait de l'espèce nouvelle recueillie par M. Filliol, une espèce du genre Molgula, parce qu'elle possède deux glandes génitales, des lobes siphonaux entiers, et parce que sa branchie, à côté des grands infundibulums qui rappellent ceiîx des Eugyres, en possède de nombreux autres petits qui rappellent ceux des Molgules. D'ailleurs, sa branchie serait-elle exactement celle des Eugyres ou des Gamaster, que cette espèce ne pourrait être versée ni dans l'un ni dans l'autre de ces genres, puisqu'elle possède une double glande génitale, alors que les Eugyres n'en portent qu'une seule située à gauche, et les Gamaster une seule, située à droite. 2« Espèce. — Molgula glomerata n. sp. (Fig. 1 et 2, PI. XIV). Caractères spécifiques. — Elles vivent agglomérées les unes aux autres , soudées par la moitié inférieure du corps. La tunique est lisse sur la moitié antérieure du corps, résistante, par- cheminée et à peine transparente. L'autre moitié agglutine fortement le sable et la vase. La branchie possède sept lames méridiennes coupées par cinq côtes per- pendiculaires, avec des trémas courbes formant des petits infundibulums distribués sans ordre. Les deux siphons sont inégaux; le branchial est vertical, très large et trois ou quatre fois plus long que le siphon cloacaL II atteint presque 15 millimètres chez les plus grands spécimens, qui ont 6-7 centimètres de longueur. Les six lobes sont obtus et bien développés. Le siphon cloacal, beaucoup plus court et beaucoup plus étroit, est presque horizontal avec ses quatre lobes courts et pointus. Aspect extérieur. — Les spécimens de cette espèce ont été rapportés d'Oazy-Harbourg (Patagonie) par M. Lebrun, ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 355 préparateur au Muséum, qui pense qu'ils ont été rejetés sur le rivage à la suite d'une forte mer. Ces Molgulidées vivent soudées les unes aux autres par la moitié inférieure de leur corps, qui est très villeuse et agglutine un sable fin qui les réunit en grand nombre (lîg. 1). Sur la moitié antérieure du corps, la tunique est lisse, à demi transparente et résistante, tout en étant d'une très faible épaisseur. A première vue, on croit se trouver en présence d'un amas de Molgula socialis et c'est avec cette espèce en parti- culier qu'il y aura lieu de comparer les Molgula glomerata. Le corps est allongé^ les plus grands individus atteignent 6 à 7 centimètres de longueur sur 3 ou 4 de largeur. Le siphon branchial est vertical et trois ou quatre fois plus grand que l'autre, qui est à peu près horizontal. Ses lobes sont arrondis et égaux. Quant aux lobes de l'orifice cloacal^ ils sont bien au nombre de quatre comme chez toutes les Molgulidées, mais chez les petits individus qui ne dépas- sent pas 2 ou 3 centimètres, ces lobes sont peu accentués, légèrement pointus, et l'orifice rappelle exactement celui d'une Cgnthla] mais chez les individus plus grands, le lobe inférieur dépasse sensiblement les trois autres q{, constitue une sorte de languette cloacale. Toutefois, à cause des variations que m'a présentées ce lobe inférieur chez les divers spéci- mens que j'ai examinés, je ne crois pas devoir le retenir pour en tirer une valeur spécifique quelconque. Je pense qu'il est dû à une contraction inégale des diverses régions de l'oscule ; la musculature est en effet très développée entre les deux siphons et il est vraisemblable que cette région s'est plus fortement contractée que la partie infé- rieure du siphon, déterminant ainsi une légère inégalité des lobes de l'orifice. Caractères internes. — La branchie est celle d'une Molgule, avec petits infundibulums répartis sans ordre et formés de trémas généralement peu allongés. Les lames méridiennes sont au nombre de sept de chaque côté, coupées par cinq 356 A]*TOIi\E PIKOIV. côtes perpendiculaires. La disposition des trémas et des infundibulums rappelle en particulier celle que M. Lacaze- Duthiers a décrite dans sa. Molgula echinosiphonica (1). L'intestin forme une anse qui remonte assez haut vers le milieu de la face gauche et la glande génitale, de ce côté, est située au-dessus de cette anse ; chez la Molgulasocialis^ à laquelle notre M. glomerata ressemble par certains carac- tères, la glande génitale gauche est ,au contraire logée dans Fanse intestinale elle-même. La glande digestive que possèdent toutes les Molgules au commencement de leur tube digestif, est ici relativement très développée ; elle est d'abord très épaisse, puis ses glan- dules se continuent en s'amincissant sur toute la première moitié de l'intestin, jusqu'à peu de distance de la courbure; là, toutefois, ces glandules ne recouvrent pas toute la surface intestinale, mais seulement une moitié, celle qui est adja- cente à l'intestin terminal. Le derme est foncé et laisse à peine apercevoir les organes internes. Chaque glande génitale est pyri forme et comprend deux parties accolées l'une à l'autre, comme chez toutes les espèces du genre Molgule : les follicules testiculaires à la face interne et la masse ovarienne à la face externe; la glande droite se trouve dans la concavité du rein, la gauche au- dessus de l'anse intestinale. Différences avec Molgula socialis Aider. — Par les masses agrégées qu'elles forment et l'aspect de leur tunique les M. glomerata rappellent les M. socialis^ mais là se bornent les ressemblances entre ces deux espèces. On les distinguera par les caractères suivants parfaitement nets : Les deux siphons sont à peu près de même longueur et tous les deux dans la même direction verticale chez la M. socialis (2). Chez M. glomerata^ au contraire, le siphon branchial seul est vertical, l'autre est horizontal et trois ou quatre fois moins long que le premier. (1) Arc/i. ZooL expérim. et g en., t. V[, pi. XIX (2) Arch. ZooL expérim., t. VI, pi. XX et XXI. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 357 L'anse intestinale remonte très haut vers le milieu de la face gauche chez la M. glomemta et forme, en réalité, deux coudes successifs; elle est dépourvue de la lame spirale que possède les M. socialis ; la glande génilale gauche n'est pas, comme chez coite dernière, comprise dans la courbure de l'intestin, mais se trouve tout à fait en dehors. Enfin, la branchie de M. glomemta possède sept paires de méridiens, landis que celle de M. socialis n'en a que six. 3« Espèce. — Molgula gregaria Herdman. (Fig.6, PI. XV.) Cette espèce n'est représentée dans les collections du Muséum que par un seul spécimen, rapporté de la Patagonie par M. Ingouf, en 1885. Ses caractères concordent exactement avec la diagnose qu'Herdman a donnée de cette espèce dans ses Timiciers du (( Challenger » (1), ce qui me dispensera d'entrer ici dans les détails. Je me contenterai de rappeler brièvement ses caractères : Le corps est à peu près ovale et à peine comprimé laté- ralement. Le test est cartilagineux, solide, absolument lisse et à peu près opaque. Les tentacules sont au nombre de quatorze et de deux grandeurs différentes. La branchie présente sept plis méridiens coupés par cinq côtes perpendiculaires; les trémas sont courts et forment de nombreux petits infundibulums distribués irréguhèrement. Le réseau sanguin, également très irrégulier, comprend en quelque sorte deux ordres de vaisseaux : d'abord un pre- mier réseau de petils vaisseaux irréguliers, et, en dehors de ceux-ci, de larges lamelles qui se détachent des plis méri- diens et des côtes, et constituent un second réseau à mailles plus grandes que l'autre. (1) Le ^^ Challenger ^y, vol. Vï, 1882. 358 Al\TOI]¥E PIZO.^. L'organe de Bojanus est rempli de petites concrétions foncées, telles que les a représentées Herdman (1). Je renvoie au mémoire de ce dernier auleur, pour l'étude plus détaillée de cette espèce de Molgule. J'ajouterai seulement que j'ai trouvé dans la cavité péri- branchiale du spécimen que j'ai examiné une grande quan- tité de très jeunes embryons en voie de développement. Malheureusement, comme les animp,ux ont été simplement immergés dans l'alcool et non préparés en vue d'études microscopiques, je n'ai pas pu faire la moindre observation embryogénique. La figure 6, planche XV, représente cette espèce dépouillée de sa tunique et vue par sa face gauche. 4^ Espèce. — Molgula socialis Aider. Les spécimens de cette espèce proviennent des côtes méridionales du département de la Loire-Inférieure et de la baie de Saint-Waast-la-Hougue, où je les ai recueillis moi- même. Elle existe en abondance en différents points de la côte de la baie de Bourgneuf, en face de l'île de Noirmoutiers. Au lieu dit la Joselière, entre Pornic et la Bernerie, j'en ai vu (août 1894) de véritables tapis ayant, à marée basse, l'aspect de petites plages sableuses. C'est également sous cet aspect que M. Lacaze-Duthiers a observé cette espèce un peu plus au sud de la même côte-, aux Sables-d'Olonne. Du côté de la Bernerie, les murs des petits parcs qu'ont élevés les pêcheurs pour retenir le poisson, en sont, par endroits, littéralement couverts, ainsi que certaines de leurs anfractuosités. Les plus grands spécimens ne dépassaient guère 3 centi- mètres. Il est probable que des recherches attentives feraient découvrir quelques autres espèces de Molgules mêlées avec (1) Le « Challenger », vol. YI, 1882, pi. IV. ÉTUDE DES MOLGUUDÉES. 359 ces nombreuses M. socialis, mais je n'ai jamais eu la chance d'en rencontrer. Aux Sables-d'Olonne, M. Lacaze-Duthiers y a trouvé beaucoup de représentants de son Ânurella Bleizi, La même espèce, c'est-à-dire i^/. sociaiis, existe également au Croisic, où je l'ai trouvée à différenles reprises (1892- 1894), à droile de la grande jetée, mais elle y étail beaucoup moins abondante et vivait isolée ou par groupes de quelques individus seulement, sur les algues ou les cailloux. A Saint-Waast-la-Hougue, je n'ai trouvé de M. socialis que tout récemment (septembre 1896) et en assez grande abon- dance dans les parcs à huîtres, où elles m'ont paru être d'importation récente. Elles étaient toutes d'assez faible taille; les plus grandes atteignaient à peine 2 centimètres. Elles étaient fixées sur les cailloux ou les algues, isolément ou par petits paquets. J'en ai également trouvé quelques spé- cimens isolés dans des fonds de chalut dragués dans la baie. Cette espèce existe également à Arcachon; j'en ai reçu plusieurs individus mêlés avec d'autres Ascidies simples que m'avait envoyées le Laboratoire maritime de cette ville. Je renvoie au mémoire de M. Lacaze-Duthiers pour l'étude détaillée de cette espèce {Arch. Zooi. expérim., vol. VIT, 1877). 5« Espèce. — Molgula Roscovita. Syn. Anurella Roscovita : Lac.-Dulh. (1). J'ai exposé précédemment les raisons qui s'opposent au maintien du genre Anurella\ les cinq espèces d'Anourelles décrites par M. Lacaze-Duthiers doivent être versées dans le genre Molgula. Les collections du Muséum possèdent des spécimens qui sont étiquetés « Molgula tubulosa Forbes et Hanley, don de M. Lacaze-Duthiers, 1868, Saint-Quay ». / C'est en effet sous ce nom que M. Lacaze-Duthiers avait tout d'abord décrit l'espèce dont il devait faire plus tard le (1) Arch. Zool. cxpcrhn., vol. III, 1874, et vol. VI, 1877. • 360 AivTOirvE pizorv. type de son genre A ?22/re//^, après avoir reconnu, d'ailleurs, que c'était à tort qu'il Favait identifiée avec la M. tiibulosa de Forbes;de leur côté, Aider et Hancock prenaient la véri- table Molg. tubulosa de Forbes et Hanley pour en faire le type de leur genre Euyi/ra, La Molgula Roscovita doit être assez répandue sur les côtes de la Manche, si l'on en juge par les nombreuses sta- tions où M. Lacaze-Duthiers l'a recueillie dans les régions avoisinantes de Roscoff. En août 1896, j'ai eu la bonne fortune, en compagnie de M. Bouvier, professeur au Muséum, d'en recueillir un cer- tain nombre de très beaux spécimens, à Saint-Waast-la- Hougue, un peu en avant de la balise située à droite de la jetée, sur une petite plage de sable (in, au milieu des zostères. Ils étaient roulés et paraissaient avoir été transportés là accidentellement par la vague. Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c'est que les taches des oscules étaient d'un beau rouge carmin et que M. Lacaze-Duthiers n'a observé une telle coloration que sur les spécimens dragués à une certaine profondeur; ceux qu'il a recueillis seulement au niveau des basses eaux étaient jaunes ou orangés. Jusqu'ici les dragages effectués dans la baie de Saint-Waast parle bateau du Laboratoire maritime, n'ont jamais rapporté cette espèce, pas plus queV Anurella oculuta Lac.-Duth. qui lui ressemble beaucoup. Je renvoie encore aux mémoires de M. Lacaze-Duthiers pour l'étude anatomique de cette espèce [Arch. Zool expérïm.^ vol. m, 1874, et vol. VI, 1877). 6« Espèce — Molgula oculata Forbes et Hanley (1). Syn. : Anurella oculata Lac.-Duth. (2). Les spécimens de cette espèce proviennent de Luc-sur- (1) British Mollusca, vol. I. (2) Arch. Zool. expérim., vol. VI, 1877, pi. XIV et XV. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 361 Mer (août 1896) où ils ont été dragués par M. Fauvel^ pré- parateur à la Faculté des sciences de Caen, qui me les avait obligeamment adressés pour les recherches auxquelles je me livrais alors sur les larves anoures des Molgules. Les plus grands mesurent de 4 à 5 centimètres de longueur. La tunique est complètement recouverte de sable fin, de débris de coquilles et même de petits cailloux, dont certains ne mesurent pas moins d'un centimètre; ce qui fait supposer que cette espèce vit fixée aux sédiments du fond de la mer, sédiments qui doivent présenter peu de consistance et se déplacer facilement sous l'action de la vague, qui roule ainsi les Molgules. Cette espèce est parfaitement reconnaissable, comme l'a dit M. Lacaze-Duthiers, à sa zone interosculaire qui est entièrement lisse et dépourvue de villosités, aux taches d'un rouge vineux que portent ses siphons, à ses tentacules touffus et rameux qui obsl ruent presque complètement l'ori- fice quand l'animal est bien étalé. La plupart des spécimens étaient en pleine maturité sexuelle au moment où ils ont été recueillis (août 1896), et les ovaires, avec leur belle teinte violette, tranchaient fortement sur le fond laiteux des follicules spermatiques. Je renvoie au mémoire de M. Lacaze-Duthiers pour l'étude anatomique détaillée de cette espèce. Il l'a recueillie en abondance en draguant dans la rivière de Saint-Pol et depuis, à ma connaissance, elle n'avait plus été signalée nulle part sur nos côtes. Il est vraisemblable qu'elle n'est pas rare sur les côtes de la Manche. Le spécimen décrit pour la première fois par Forbes, le créateur de l'espèce, a été dragué à Plymouth, en 1846. 362 AI\T01]VE PIZOIV. 7*^ Espèce. — Molgula simplex Hancock (1). Syn. : Anurella simplex Lac- Du th. (2), C'est l'espèce que les dragages dans la baie de Saint- Waast ont le plus fréquemment rapportée, avec quelques spécimens de Molgula socialïs. L'association de ces deux espèces a été déjà signalée par M. Xacaze-Duthiers aux Sables-d'Olonne. Le corps est globuleux et de la taille d'une noisette; les plus gros spécimens recueillis à Saint-Waast ne dépassaient pas un centimètre et demi; ceux que M. Lacaze-Duthiers a recueillis de son côté à Roscoff et aux Sables-d'Olonne n'é- taient pas plus gros. La teinte de la tunique est assez variable; certains échan- tillons étaient franchement laiteux, tandis que d'autres étaient grisâtres, avec quelques particules sableuses à leur base; cette différence d'aspect peut faire croire au premier abord que l'on se trouve en présence d'espèces nettement différentes, et il est nécessaire de se livrer à un examen minutieux de l'organisation interne. Les échantillons de Roscoff ont montré les mêmes variations de couleur à M. Lacaze-Duthiers; certaines avaient même une teinte rosée. La tunique est relativement très épaisse, sa surface est absolument lisse, la base seule porte quelques grosses villo- sités qui ne fixent jamais que d'assez rares particules sa- bleuses. Cette espèce paraît mal s'accommoder des aquariums. Je n'ai réussi à la garder vivante que trois ou quatre jours dans les bacs du laboratoire de Saint-Waast et à aucun moment les siphons ne s'épanouirent complètement; mais il est pos- sible que les individus n'aient pas toujours été en parfait état, car ils provenaient tous des dragages et ils avaient pu (1) Ann. and Mag., vol. VI, 1870. (2) Arch. Zoologie expérim., vol VI, 1877, page o42. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 363 êlre plus ou moins comprimes dans Topéralion de la pêche. Cette espèce n'a (Hé trouvée jusqu'à présent, à ma connais- sance, que dans la Manche et la mer du Nord (1). Je renvoie encore au mémoire de M. Lacaze-Duthiers pour l'élude anatomique de M, simplex. 3° Genre : Ctenicella Lac.-Duih. Ce genre est caractérisé par les fines dentelures que por- tent les lobes des deux orifices et M. Lacaze-Duthiers a eu raison de se servir de ce caractère d'observation si facile. Le reste de l'organisation ressemble à celle du genre Molgule. Savigny a décrit [Mémoires sur les animaux sans vertèbres) une Ascidie qu'il a appelée la Cynthia Dione et qui est cer- tainement une Molgulidée d'après la courte description qu'il en a donnée. Les spécimens n'existent malheureusement pas dans les collections du Muséum, où j'avais espéré les trouver. Savigny signale la présence de petites dents sur le pour- tour des orifices, de sorte que sa Cynthia serait une Cté- nicelle. Il n'a été décrit jusqu'à présent que trois espèces de Cté- nicelles : Ct. Lanceplaini, Roscoff; Ct. Morgatœ, Morgale dans la baie de Douarnenez ; Ct. appendiculata^ côtes du Roussillon; toutes les trois ont été recueillies et créées par M. Lacaze-Dutliiers (2).Drasclie (3) a aussi décrit une espèce de l'Adriatique qu'il a appelée également Ct. appendiculata = Molg. appendiculata Heller, et qui, d'après lui, ne serait pas tout à fait la même que la forme à laquelle M. Lacaze- Duthiers a donné le nom à'appendiculata. Je n'en ai trouvé aucune espèce sur les côtes de la Manche ni sur les côtes de la Vendée. Les trois espèces que je décris plus loin proviennent hors de l'Europe. (1) Voir aussi Kuppfer, Archiv mikrosh. Anat., vol. VllI. (2) Arch. lool. expérim., t. VI, 1877. (3) Verhandlungen de)' Zool. in Wien, 1884. 364 AIVTOIWE PIZOIV. l'"^ Espèce. — Ctenicella Lebruni n. sp. (Fig. 5, PI. XIII. — Fig. 3, PI. XV). Caractères spécifiques. — Cténicelles fixées dont le corps est comprimé la- téralement. La tunique est d'un brun rouge et très épaisse (3 millim. environ chez des individus qui mesurent 6 à 7 cenlim. de longueur). La surface à peu près lisse et nue. Les deux siphons sont inégaux : le branchial est deux fois plus long que l'autre et légèrement arqué, le cloacal est à peu près vertical. Les lobes des orifices portent de fines dénis comme toutes les Cténi- celles. Les tentacules sont au nombre de trente-deux : huit grands et huit moyens ; un autre plus petit se trouve à droite et à gauche de chacun de ces derniers. La branchie possède sept lames méridiennes coupées par cinq côtes per- pendiculaires. Les spécimens de cette espèce ont été rapportés de Santa- Criiz (Patagonie) par M. Lebrun, préparateur au Muséum, à qui je me fais un plaisir de la dédier. A un premier examen, ils pourraient être regardés comme dejeunesMoiguia gigantea Herdm.;mais quelques caractères externes différencient nettement ces deux espèces, comme nous le verrons un peu plus loin. La tunique est cartilagineuse et relativement très épaisse; elle ne mesure pas moins, en effet, de 3 millimètres chez des individus ayant de 6 à 7 centimètres de longueur, et par là cette nouvelle espèce se distingue déjà de la M. gigantea Herdm., qui possède, au contraire, une tunique mince. Aucun corps étranger, sauf quelques bryozoaires, n'est fixé à la surface. Dans sa position normale de fixation, cette Molgule dresse son siphon cloacal à peu près verlicalement, tandis que le siphon branchial est horizontal et légèrement arqué. Cette disposition rappelle celle qui s'observe chez les M, gigantea Herdm. ; mais, d'autre part, les lobes des orifices des M. Lebruni sont finement dentelés, tandis qu'ils sont entiers chez M. gigantea. Le tube digestif remonte très haut et son anse s'incHne ÉTUDE DES MOr.r.ULlDÉES. 365 pour venir occuper à peu près le milieu de la face gauche. Dans la région de l'anse, on observe d'une façon très nette Yorgane réfringent quand on fend l'intestin longitudinale- ment. On y voit, comme chez Ctenicella rugosa Pizon et chez Stoniatropa villosa Pizon, de petites bandes grisâtres, paral- lèles les unes aux autres et étendues dans le sens de la lon- gueur de l'intestin en formant de légères saillies; de fins sillons les séparent les unes des autres. Chacune de ces bandes montre, sous l'épithéhum qui la limite intérieure- ment, une quantité de petites ampoules très serrées les unes contre les autres et se continuant dans la profondeur par de très fins canaux qui s'anastomosent. Le rein est très développé, situé sur la face droite et rempli de petites concrétions, les unes noires, d'autres grises. Des deux glandes génitales, l'une est située dans la conca- vité du rein comme chez la plupart des autres Molgulides ; l'autre, la gauche, est au-dessus de l'anse inlestinale. Près de l'orifice de l'oviducte, il y a trois longues papilles qui proéminent dans la cavité péribranchiale et au sommet desquelles s'ouvrent les canaux déférents. La branchie possède sept lames méridiennes très larges et cinq côtes perpendiculaires. Les trémas sont nombreux et forment de petits infundi- bulums irréguliers et disposés sans ordre. Le réseau vasculaire est extrêmement riche et comprend, non pas des petits vaisseaux étroits, mais de larges rubans sanguins, qui font ressembler cette brancbie à celle des M.gigantea Herdm (1). Affinités. — C'est à la M. gigantea Herdm. que ressemble leplusla CtenicellaLebruni. Ces deux espèces, qui proviennent à peu près de la même région, présentent un certain nombre de caractères communs : les deux siplions sont disposés de la même façon ; les branchies avec leur réseau sanguin (1) Le « Challewjer », vol. VI, 1882, pi. IV. 366 AîVToirvK pixoiv. formé de larges rubans, l'organe vibratile et les tentacules se ressemblent chez les deux espèces. Je ne puis pas étendre la comparaison au nombre des conduits déférents ni à Vorgane réfringent, parce que Herdman ne dit rien de ces organes dans sa description de sa M. gïgantea. Mais comme je l'ai déjà dit, un caractère externe qui est largement sufiisant pour distinguer ces deux formes, est la présence de dents sur le pourtour des lobes de l'espèce du Muséum, ce qui en fait une Cténicelle^ tandis que ces lobes sont entiers chez l'autre espèce. De plus, la tunique est rela- tivement très épaisse chez la première espèce, mince chez la seconde. On pourrait ajouter encore que la tunique de la M. gïgan- tea est généralement d'un bleu ardoisé et est agglutinante par sa moitié inférieure, tandis que chezlsi C ten? ce lia Lebruni^ la tunique est d'un rouge brun et à peu près complètement nue. Mais chez toutes les Ascidies simples en général, la couleur et les corps étrangers fixés sur la tunique d'une môme espèce, présentent souvent trop de variations pour qu'on puisse attacher une grande importance aux caractères de cette nature. 2' Espèce : Ctenicella tumulus n. sp. S3'n. : Ai^cidia tumulus Qaoy et Gaimard [Voyage de Vu Astrolabe », pi. XGI, fig.' 14 et IG). (Fig. 1, 2 et 3, PL XIII.) Caractères spécifiques. — Petites Molgulidées arrondies ou ovalaires me- surant de 10 à 15 millimètres de diamètre. Tunique très mince ainsi que le derme, pellucide et laissant apercevoir les viscères; elle porte des villosités très fines qui agglutinent de petites particules sableuses. Les deux siphons sont relativement longs et inégaux, le branchial plus long que Tautre ; ils sont marqués de plaques jaunes dans le sens de leur longueur. Leurs orifices ne sont pas lobés et sont simplement entourés d'une cou- ronne de fines dents; celles du siphon branchial sont à peu près égales ; celles du siphon cloacal, au nombre de vingt environ, sont de deux gran- deurs différentes et alternent. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 367 La branchie possède sept méridieiis, coupés par cinq côtes principales et cinq côtes secondaires plus fines. La glande mâle comprend un certain nombre de follicules rayonnants formant un cercle très régulier sur chaque lace du corps. Celte nouvelle espèce a été rapportée parQuoy et Gaimard de leur voyage sur V Astrolabe^ et pour en fixer les caraclères externes, je ne puis mieux faire que de rapporter la courte description qu'en ont donnée ces auteurs (1) : «Cette espèce est de celles qui ne sont pas fixées. Nous en trouvâmes ainsi un assez grand nombre au Port Western ou la baie Jervis de la Nouvelle-Hollande. Elle est de la gros- seur d'une balle, arrondie ou ovalaire et tellement recou- verte de sable qu'on la prendrait pour une boule de cette substance elnon pour une Ascidie, car aucune de ses ouvertu- res n'est saillante dans l'état ordinaire. Ces matières aréna- cées lui sont fort adhérentes et ce n'est qu'à la longue et dans l'esprit-de-vin qu'elles se détachent. Alors on voit que l'enveloppe de ce Mollusque est mince et pellucide, un peu villeuse ; on aperçoit la plupart des viscères au travers, elles deux fentes peu éloignées, placées à une des extrémi- tés, par lesquelles sortent deux longs tubes, cylindriques, inégaux, marqués de lignes jaunes en long. L'ouverture du plus gros tube, qui est aussi le plus court, est couronnée par une vingtaine de pointes inégales. Le plus long a ses pointes plus égales. L'animal ne fait sortir ces appendices qu'à la longue et dans l'eau. » Pour compléter l'étude de cette nouvelle espèce de Cté- nicelle, j'ajouterai à la description des caractères externes qui précèdent, quelques observations sur les organes inter- nes. Branchie. — La branchie rappelle celle des Eugyres et des Gamaster par sa faible épaisseur et ses trémas de grande taille. Mais ceux-ci ne présentent pas la même disposition que chez les deux derniers genres. (1) Voyage de V « Astrolabe », 1829. 368 AIWTOl.^E PIXOX. Les méridiens sont au nombre de sept, reliés les uns aux autres par cinq côtes perpendiculaires [côtes iwincipales) beaucoup plus fines que les lames méridiennes et qui alter- nent avec cinq autres beaucoup plus fines encore [côtes secon- daires ou intermédiaires). Ces dix côtes rayonnantes, malgré leur finesse, sont d'une netteté parfaile, après coloration au carmin ou à l'héma- toxyline et sont très distinctement visibles même à la loupe. Chaque méridien n'est pas constitué par une lame unique, mais bien par cinq petites lames distinctes qui se soudent les unes aux autres par leurs extrémités et desquelles par- tent de nombreux petits vaisseaux radiaires qui distribuent le sang dans les espaces intersligmatiques (Voir Vaisseaux sanguins). Les côtes perpendiculaires aux méridiens ne sont d'ail- leurs pas autre chose que les prolongements radiaires les plus volumineux des lames méridiennes. Chacune de celles-ci est tout à fait comparable à un mé- ridien d'Eugyre ou de Gamaster. Les stigmates branchiaux présentent une disposition des plus régulières et des plus élégantes. Ils forment des files des grands infundibulums dont les sommets sont tous situés sous les méridiens et dont les bords, très larges, confinent, à droite et à gauche à une côte perpendiculaire principale (fig. 3, PI. XIIÏ), Mais ce qui caractérise essentiellement ces infundibulums, c'est que chacun d'eux, en se rapprochant de son sommet, se subdivise en deux mamelons distincts, formant ainsi deux petits infundibulums secondaires, qui proéminent dans la cavité branchiale. Cette disposition rappelle celle de certains infundibulums à'Anurella solenata et à'Anurella Bleizi (Lac.-Duth.). Les deux cônes secondaires ont leur sommetsousle méri- dien, ou plus exactement sous la plus supérieure des cinq lamesduméridien;lesquatreautressont situés sur les flancs des deux petitscônesetceux-ci se trouvent séparésl'un de l'autre ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 369 par une petite côte perpendiculaire intermédiaire entre deux côtes principales. En d'autres termes, il existe deux petits infundibulums sous chaque méridien, dans l'intervalle compris entre deux côtes perpendiculaires principales ; et à leur base ils se fon- dent dans un entonnoir unique, dont les bords s'évasent pro- gressivement jusqu'à couvrir tout l'intervalle compris entre deux côtes perpendiculaires principales. C'est sous la cinquième lame de chaque méridien que les grands infundibulums se subdivisent chacun en deux autres. Les stigmates branchiaux présentent naturellement une forme en rapport avec la disposition particulière des enton- noirs. Chaque petit infundibuliim a une forme conique très régulière ; les stigmates sont concentriques, également (rès réguliers et chacun d'eux s'étend sur un quart de circonfé- rence. Leurs extrémités sont toutes situées sur une même arête du cône, sous un vaisseau radiaire qui se détache des lames méridiennes. Cette disposition se continue avec la même régularité jusqu'à la base de chacun des infundibulums, c'est-à-dire jusque sous la cinquième lame de chaque méridien. Mais à partir de cette région lessfigmates augmentent considérable- ment de diamètre, et entourent à la fois les deux infundibu- lums qui sont compris dans l'intervalle limité par deux côtes perpendiculaires principales; les plus grands, c'est-à-dire les plus périphériques, passent sous ces deux côtes perpen- diculaires et longent ensuite la première lame du méridien. Toutefois ces grands trémas ne s'étendent encore chacun que sur un demi-circonférence et leurs extrémités se terminent toutes sous la côte intermédiaire comprise entre deux côtes principales. Une telle disposition des stigmates est toujours assez diffi- cile à observer, même sur de bonnes préparations, parce qu'au sommet de chaque infundibulum une face de l'entonnoir ANN. se. NAT. ZOOL. VH, 24 370 AiVTOIlVE PlKO?V. s'y trouve toujours couchée sur la face opposée et que le tout est encore recouvert par les lames méridiennes. " Si simple que soit cette branchie, ses stigmates n'ont cependant pas exactement la même disposition que ceux des Eugyres ou des Gamaster, qui possèdent aussi une branchie très simple. Ici les trémas sont concentriques, longs, les uns, d'une demi-circonférence, les aulres, d'un quart de circonférence seulement, tandis que chez les Eugyres et chez les Gamaster chaque infundibulum ne comprend que deux trémas spirales, enroulés en sens inverse, et étendus sans interruption de son sommet à sa base ; cer- tains infundibulums des Gamaster ne sont même constitués que par un stigmate unique enroulé en spirale. De plus, chez ces deux genres l'entonnoir se continue régulièrement par un cône unique sous la lame méridienne et ne se subdivise pas en deux autres, comme chez la Ctenicella tumulus. y aisseaux sanguins. — En premier lieu il faut citer les petites lames méridiennes qui sont autant de rubans aplatis remplis de sang ; elles sont reliées les unes aux autres d'abord parles côtes perpendiculaires, principales et secon- daires, au nombre de dix, qui sont également des sortes de petits rubans parcourus parle courant sanguin (fîg. 3, PI. XIII). De ces côtes perpendiculaires il se détache, à droite et à gauche, de nombreux petits vaisseaux qui, après un trajet variable, s'ouvrent dans les espaces sanguins que limitent les trémas branchiaux, ou bien qui se relient à d'autres petits vaisseaux radiaires qu'envoient les lames méridiennes. Cesderniers sonttrès nombreux et constituentderéelscapil- laires qui coupent à angle droit les grands trémas bran- chiaux et envoient des anastomoses qui vont s'ouvrir dans les espaces sanguins interstigmatiques. Entre une côte principale est une côte inlermédiaire, il existe généralement quatre, cinq et même six de ces vais- seaux radiaires, qui traversent lout l'intervalle compris entre deux méridiens. Ajoutons enfin qu'il existe encore d'autres petits vaisseaux ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 371 radiaires beaucoup plus fins encore qui sont à cheval seule- ment sur deux ou trois trémas ; certains même ne s'éten- dent que d'un espace inlerstigmatique à l'autre, en ne franchissant par conséquent qu'un seul tréma. En somme, presque tous les vaisseaux sanguins de la bran- chie de cette nouvelle espèce de Cténicelleont une direction parallèle aux petites côtes perpendiculaires, et par là ils s'éloignent considérablement de ceux des Eugyres el des Ga- master, qui, à mesure qu'ils se détachent des lames méri- diennes ou des côtes perpendiculaires, vont tous converger au centre de chaque infundibulum. Tube digestif et glandes génitales. — Le tube digestif Jie présente rien de particulier ; il décrit une anse comme chez la plupart des Molguhdées (lîg. 1, PL XIII), Les organes génitaux sont pairs. Celui de gauche est siliié au-dessus de la courbure intestinale, celui de droite au-dessus du rein (fig. J et 2, PL XIII). La partie femelle de chaque glande consiste simplement en une masse ovarienne allongée en forme de gros cordon, qui est située au-dessus de la partie mâle et qui va s'ouvrir dans la cavité cloacale. La partie mâle est constituée par des follicules rayonnants qui vont tous s'ouvrir dans un conduit déférent au centre du cercle régulier qu'ils forment sur chaque face du corps. Le canal déférent se continue ensuite le long de la face interne de la glande femelle pour aller s'ouvrir dans la ca- vité cloacale. Cette disposilion des follicules spermatiques rappelle celle des Gamaster qui, eux, n'ont qu'une glande génitale siluée sur la face droite (p. 330). Toutefois chez ces derniers, les différents follicules s'ouvrent chacun séparément dans la ca- vité péribranchiale par un orifice situé au centre de la glande, tandis que chez cette espèce de Cténicelle, ils s'ouvrent tous, au centre, dans un canal déférent unique qui se continue ensuite sur la face interne de la glande femelle pour aller se déverser dans la cavité cloacale. 372 Ax\T01i\E PIZOIV. 3^ Espèce. — Ctenicella rugosa n. sp. (Fig. 4, PI. XIII. — Fig. l el 2, PJ. XV). Caroctèrcs spécifiques. — ^ Cténicelle de grande taille (15 centim. sur 10); le corps très comprimé latéralement. Tunique grise ou brune, très épaisse et très fortement ridée sur toute son étendue ; nombreux corps étrangers, sable et animaux divers, fixés à sa surface. Les siphons relativement courts (2 centim. au maximum chez les grands spécimens), aussi larges que longs et divergeant à peine. — Dislance inter- siphonale : 4 à 5 centimètres chez les plus grandes. Les lobes sont réguliers et portent de nombreuses dents. Six à chaque lobe branchial et dix à chaque lobe cloacal. La couronne tentaculaire compte trente-deux tentacules ramifiés, de quatre grandeurs différentes. Aspect extérieur [û^ A, Pl.XIll). — Ce sont des Cténicelles de grande taille ayant, les plus grandes, 14 centimètres sur 10 environ. Des trois espèces de Cténicelles des côtes de France que nous a fait connaître M. Lacaze-Duthiers (1) la plus grande, Ctenicella appendiculata, recueillie à Banyuls, ne dépasse pas le volume d'un petit œuf de poule, et est par conséquent beaucoup plus petite que Ctenicella rugosa. Le corps de celle dernière est peu allongé et comprimé comme celui de Stomatropa villosa. Sa surface externe est grise ou brune, fortement ridée, d'aspect coriace et cou- verte de nombreux corps étrangers, Cynthias, Bryozoaires, Algues, Éponges, Ascidies composées. Cet aspect justifie le nom de ruçjosa que je donne à cette nouvelle espèce. Certains spécimens, plus jeunes et de plus petite taille, sont à peine ridés sur la moitié inférieure du corps, qui porte de nombreuses villosités ayant agglutiné un sable fin, et ce n'est que par une étude comparative minutieuse de l'organisation interne que je suis arrivé à les identifier avec les espèces de grande taille, à surface fortement ridée. La tunique est très épaisse, surtout dans la région anté- rieure du corps où elle atteint jusqu'à 3 millimètres d'épais- seur; elle est absolument opaque. (1) Arc/i. Zoo/, expérim., t. VI, 1877. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 373 L'animal est Cixé par sa face ventrale ; cependant plu- sieurs spécimens ne m'ont pas présenté de surface de fixation nette. Siphons. — Les siphons sont assez courts, relativement aux dimensions de l'animal: chez les grands spécimens de 14 centimètres, ils n'ont pas tout h fait 2 centimètres et sont presque aussi larges que longs. Ils ne sont pas recourbés comme chez les Stomatropa et divergent très légèrement. La distance intersiphonale est de 4 à 5 centi- mètres chez les plus grands échantillons (fîg. 1 et2^Pl.XV). Les lobes des orifices sont bien accentués, tous de même grandeur, et sont caractérisés par la présence de dents bien développées : on en compte six à chaque lobe bran- chial et une dizaine, plus fines, à chaque lobe cloacal. La présence de ces dents fait de cette nouvelle Molgu- lidée une espèce du genre Ctenicelle (Lacaze-Duthiers). Tentacules. — La couronne tentaculaire est bien fournie et comprend au total 32 tentacules qui se répartissent en quatre groupes : 1° Quatre grands tentacules de 1" ordre, ramifiés, dépassant un centimètre chez les spécimens de plus grande taille ; 2° Quatre moyens, moitié moins grands que les précé- dents et alternant avec eux ; 3° Huit de 3^ ordre, plus courts encore que les précé- dents et alternant également avec les huit premiers. 4° Enfin, chacun de ces tentacules de 3' ordre est accompagné, à sa droite et à sa gauche, d'un tout petit tentacule, ce qui porte le nombre de ces derniers à seize. Tous portent de nombreuses ramifications qui ne s'in- sèrent que sur la face interne de l'axe du tentacule. Muscles et derme. — La musculature est très puissante. Autour du siphon branchial on compte une trentaine de faisceaux longitudinaux n'ayant pas moins de 1 millimètre de largeur ; autour du siphon cloacal il y en a une vingtaine, Vers le milieu du corps, chacun de ces gros faisceaux se 374 AîVTOiîvE pizo:v. divise en un certain nombre d'autres plus fins qui s'irra- dient à la surface du corps, en continuant à se diviser encore de distance en distance. D'autre part, les gros faisceaux, au moment d'atteindre la base des lobes branchiaux ou cloacaux, se résolvent chacun en cinq ou six faisceaux plus fins, et il en résulte que chacun des orifices est entouré, non pas par les gros faisceaux, mais par une quantité d'autres plus simples et très serrés les uns contre les autres. Ils sont compris entre deux autres plans de muscles circulaires également fins et serrés, surtout ceux qui forment le plan interne. Sur aucune région du corps, les fibres circulaires ou obliques ne forment de gros faisceaux comme les longitudi- naux ; partout, ils se présentent sous la forme de fins filaments. Le derme est relativement épais, 2 à 3 millimètres ; il est foncé et laisse difficilement apercevoir les organes internes. Les muscles, disposés dans trois directions comme nous venons de le voir, y forment un lacis très serré. Branchie. — La branchie est très épaisse et compte sept lames méridiennes coupées par cinq grosses côtes perpendi- culaires. De ces lames et de ces côtes, il part de nom- breuses ramifications qui vont en se divisant et en s'amin- cissant, et forment un riche réseau sanguin, dont la disposition irrégulière s'observe bien sur la face externe de la branchie ; à l'œil nu, on distingue fort bien la plupart de ces vaisseaux sanguins, les plus gros sous la forme de grosses nervures, les autres sous la forme de petites côtes qui partent de ces nervures et forment un réseau irré- gulier. Les trémas sont courbes, en général d'assez faibles dimensions, et associés en petits unfundibulums très nombreux et disposés sans ordre. Ils rappellent assez exac- tement ceux de Molgula horrida Herdm., ou encore ceux de il/, gïgantea Herdm., et de Stomatropa villosa Pizon. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 375 Tube digesitif. — Le tube digestif forme une anse qui re- monte assez haut vers la partie antérieure et se recourbe vers le milieu de la face gauche. La glande génitale de ce côlé est située presque au-dessus de l'anse et lui est adja- cente (%. 1, PL XVj. La glande digestive de la première partie du tube digestif est extrêmement développée; ses glandules, de couleur olive, couvrent presque le premier tiers de l'intestin. Leur épais- seur atteint près de 3 millimètres à la partie antérieure, au voisinage de l'œsophage ; cette épaisseur diminue progressi- vement et les derniers glandules sont même isolés les unis des autres. Il y a heu de noter aussi que, là où ils existent, ces glan- dules ne garnissent pas toute la surface interne; ils laissent entre eux, dans la région adjacente à la seconde courbure intestinale, un sillon très visible à F œil nu et qui est pow ainsi dire la continuation de Vcndostyle', en le parcourant, les particules alimentaires achèvent évidemment d'y prendre la forme de cordelettes que leur a déjà donnée l'endostyle, car on les observe bien formées dans cette première partie de l'intestin. Le grand développement de ces glandules et le sillon interne qu'ils laissent entre eux rappelle exactement ce que nous avons observé chez les Stomatropa villosa. L'ouverture auale est bordée supérieurement par une languette arrondie et assez longue. Rein. — Le rein est de très grande dimension et occupe la face droite comme chez les autres Molgulidées. Son bord convexe ne mesure pas moins de 8 centimètres sur les spé- cimens de grande taille; sa largeur est de 2 centimètres environ. 11 est rempli de débris foliacés incolores ou fai- blement teintés en jaune, du moins après leur long séjour dans l'alcool (fig. 2, PI. XV). Glandes génitales (fig. 1 et 2, PI. XV). — Elles sont au nombre de deux comme chez toutes les espèces du genre Cténicelle, et comprennent chacune deux parties accolées, 376 A]\TOIIVE PIZOIV. l'une mâle et l'autre femelle. La gauche est adjacente à l'anse intestinale et située à peu près totalement en dehors de sa courbure; l'autre occupe à peu près le milieu de la face droite, dans la concavité du rein. La position de ces glandes est donc la même que chez les trois espèces de Cténicelles décrites par M. Lacaze-Duthiers. Elles ne sont pas tout à fait aussi volumineuses que chez les Stomatropa^ qui sont cependant à' peu près de même taille ; elles ne mesurent pas tout à fait 3 centimètres chez les spécimens les plus grands. Les ovules forment de petites masses folliculaires très nettes, mais de plus faibles dimensions que les follicules tes- ticulaires. Ceux-ci, comme chez beaucoup d'autres Molgu- lidées, occupent la face interne de la glande et débordent même à droite et à gauche sur la partie ovarienne. Un long oviducte parcourt la glande d'une extrémité à l'autre sur sa face externe et s'ouvre par un seul orifice au sommet d'une longue papille, qui proémine dans la cavité péribranchiale. Tout au voisinage de cette papille s'en trou- vent deux autres plus fines et plus longues : c'est à leur som- met que s'ouvrent les canaux déférents. Affinités. — Cette nouvelle espèce de Cténicelle se dis- tingue par un certain nombre de caractères très nets des trois espèces qu'a décrites M. Lacaze-Duthiers (1) : V Elle n'a pas le même nombre de dents aux lobes de ses orifices; T Elle est de bien plus grande taille, avec une tunique très épaisse et fortement ridée; 3° La branchie, avec ses nombreux petits infundibulums répartis sans ordre et son réseau irréguHer de lames vas- culaires, rappelle un peu, il est vrai, celle de Ctenicella Lanceplaini, mais elle s'éloigne considérablement de celles de C. Morgatœ et surtout de C. appendiculata, qui ne possède guère que des trémas rectilignes comme en ont les Cynthiadées ; (1) Arch. Zool expérim., l. VI, 1877, pi. XXÏII à XXVI, ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 377 4° Les teniacules sont au nombre de 32, nombre différent de celui des autres Cténicelles. A un examen superficiel, Ctenicella rugosa paraît aussi très voisine de Molgula gigantea Herdm. qui a élé recueil- lie dans les mêmes régions (!). L'une et l'autre sont de grande taille, ont le corps comprimé latéralement et les trémas de la branchie ont même assez de ressemblance. Mais l'es- pèce des collections du Muséum est une Cténicelle à cause des dents qui garnissent ses lobes et qui constituent un excellent caractère générique. D'ailleurs Ctenicella rugosa n'a pas son siphon branchial incliné, avec son orifice bran- chial tourné vers le bas comme la Molgule d'Herdman ; de plus elle possède 32 tentacules au lieu de 16. 4' Genre : Stomatropa n. g. (Fig. 3 à 6, PI. XIV.) Caractères génériques. — Le siphon cloacal est à peu près vertical et pos- sède quatre lobes égaux et dentés. Le siphon branchial est très divergent, recourbé en anse et son orifice est tourné vers le bas ; il est entouré de six lobes inégaux : deux supérieurs, plus grands que les autres, forment une sorte de lèvre bifide ; puis viennent deux latéraux plus petits et enfin deux inférieurs encore plus courts. Ces lobes portent, comme ceux du cloaque, une couronne régulière de petites dents. A ces caractères s'ajoutent les suivants, fournis par l'organisation interne; malheureusement, je suis dans l'im- possibilité d'établir s'ils sont d'ordre générique ou seule- ment d'ordre spécifique, parce que je n'ai eu à ma disposi- tion qu'une seule espèce de ce nouveau genre : 1° La partie mâle de la glande hermaphrodite possède quatre orifices s'ouvrant chacun au sommet d'une papille qui proémine dans la cavilé péribranchiale. 2° La première moitié de l'intestin, depuis l'œsophage jusqu'au commen- cement de l'anse, est parcourue par un sillon interne très accusé qui paraît être le prolongement de l'endostyle. (1) Les M. gigantea étudiées par Herdman provenaient du détroit de Ma- gellan où elles avaient été recueillies par Gunningham; d'autres avaient été draguées par le Challenger dans les mêmes parages. 378 AiVTOIH'E PIZOIV. 3° La glande hépatique, extrêmement développée, s'étend également de- puis l'œsophage jusqu'au commencement de l'anse intestinale. Elle se contmiie par d'autres glandules jaunâtres qui garnissent toute la siirlace interne de l'anse intestinale et y forment des bandes parallèles qui rappellent les cannelures de l'estomac de certaines Ascidies composées. 4° L'ouverture de l'anus est bordée de deux grandes lèvres, l'une supé- lieure et l'autre inférieure, qui portent elles-mêmes chacune trois dents longues et aiguës. J'ai pris comme caractères génériques de cette nouvelle Ascidie très intéressante la forme particulière du siphon branchial, la taille différente des lobes de l'orifice branchial et les dents qui forment une couronne sur tout le pourtour des lobes cloacaux et des lobes branchiaux. Ces caractères externes différencient très nettement ce nouveau genre de toutes les autres Molgulidées, de même, par exemple, que les formes du genre Ctenicella avec leurs orifices dentés se distinguent très bien de celles du genre Molgula, dont les lobes sont entiers. Les seules Molgulidées décrites jusqu'à présent qui pos- sèdent un siphon cloacal vertical et un siphon branchial incliné avec l'orifice tourné vers le bas, sont celles du genre Ascopera Herdm., et l'espèce Molgula gigantea Herdm (1). Mais cette dernière possède naturellement les caractères du genre, c'est-à-dire lobes entiers, égaux et non dentelés, et le genre Stomatropa s'en différencie, par suite, bien net- tement. Le genre Ascopera s'en distingue d'une façon non moins précise : sans compter son tube digestif formé de deux moitiés parallèles et parfaitement verticales, ce qui ne s'ob- serve chez aucune autre xMolgulidée, il possède autour de ses orifices des lobes entiers, totalement dépourvus de dents. Celles-ci sont au contraire essentiellement caractéris- tiques de la nouvelle forme que je décris ici, et la feraient ranger dans le genre Ctenicella, si ce n'étaient la disposi- (1) Le u Challenger », vol. VI, p. 09 et suiv., pi. I à IV. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 379 tion spéciale des deux siphons et les Jobes inégaux de Tori- (îce branchial. Le terme de Stomalropa rappelle la forme arquée du siphon branchial. Espèce unique : Stomatropa viUosa n. sp. (Fig. 3 à G, PI. xrv.) Caractères spécifiques. — Molgiilidée de grande laille (20 centim.) dont le corps est comprimé latéralement. Tunique d'un gris ardoisé, mincefl millim. d'épaisseur environ), aggluti- nante sur sa moitié inférieure ; villosiLés très longues dans cette région. Les siphons présentent les caractères du genre : Le siphon cloacal vertical possède quatre lobes égaux et dentés ; lon- gueur 1 à 2 centimètres. Le siphon branchial est trois ou quatre fois plus long que l'autre, recourbé en anse, avec Forihce tourné vers le bas. Six lobes inégaux : deux supérieurs plus grands formant une sorte de lèvre bifide, deux latéraux plus petits et deux inférieurs encore plus courts. Ils sont tous dentés comme les lobes cloacaux. Les tentacules de cette espèce sont au nombre de huit, très ramifiés et Les Stomatropa sont des Ascidies de grande taille. Sur les trois spécimens qui existent dans les collections, il y en a deux qui n'ont pas moins de 20 cenlimèlres de longueur et 12 de large. Le siphon branchial atteint 6 centimètres, mais le siphon cloacal est beaucoup plus court et ne mesure que 2 centimètres environ (fig. 3, PI. XIV). Ce ne sont cependant pas les plus grandes Molgulidées que l'on connaisse : les Molgula gïgantea Herdm. rappor- tées par le Challenger mesurent 33 centimètres. Le corps des Stomatropa est aplati latéralement et bien plus large en bas qu'à sa partie antérieure. La tunique, d'aspect cartilagineux et de couleur d'un gris ardoisé, dépasse à peine 1 millimètre d'épaisseur sur les |)arois latérales, malgré les grandes dimensions de l'ani- mnl; mais cette épaisseur augmente beaucoup à la partie antérieure et notamment autour des siphons où elle atteint au moins 3 millimètres. Sur son tiers antérieur, la tunique est nue et les trois 380 Ai\Toii\E piasoiv. spécimens étudiés, bien que de provenances diverses, pré- s.entenl cette même particularité ; quelques petites plaques sableuses noirâtres, répari ies sans ordre, se détachent net- tement sur le fond gris clair de la tunique. Tout le reste de la tunique est complètement recouvert d'un sable fin noirâtre dont l'épaisseur augmente jusqu'à la partie inférieure et atteint là 2 à 3 centimètres d'épais- seur; quant à la tunique proprement dite, elle y conserve sa faible épaisseur de 1 millimètre environ. Un des spécimens, qui provient des côtes de Patagonie, pos- sède un revêtement moins étendu et les grains de sable sont accompagnés de petits galets, dont la plupart ne mesurent pas moins d'un centimètre et sont très fortement adhérents. Quant aux villosités qui déterminent les adhérences, elles soat de très grandes dimensions et font même saillie en dehors du revêtement sableux; elles flottent dans l'eau et apparaissent avec l'aspect des poils absorbants des racines. Siphons (fig. 5 et 6, PI. XIV). — Ils présentent une disposi- tion qui les éloigne de toutes les autres Molgulidées et qui, comme je l'ai déjà dit^ constitue un des caractères génériques de ces nouvelles formes d'Ascidies. Le siphon branchial est deux à trois fois plus long que l'autre et recourbé en anse, de telle sorte que l'orifice est presque complètement tourné vers le bas. Son bord supérieur est convexe et mesure plus de cinq centimètres. Cet orifice est bordé de six lobes inégaux : deux supérieurs plus grands, formant une sorte de lèvre qui dé- borde sur les autres, deux latéraux, égaux entre eux, mais plus petits que les précédents, et enfin deux inférieurs encore plus courts. De plus, les six lobes portent sur leur pourtour une couronne de petites dents régulières, obtuses et d'assez grandes dimen- sions sur le vivant à en juger par celles qu'elles possèdent encore après un séjour de près de quinze ans dans l'alcool. Le siphon cloacal au heu d'être courbé en anse et d'être placé latéralement comme le siphon branchial, se continue à peu près verticalement dans la direction du corps et n'a ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 381 guère que 2 cenlimèlres. Son orifice possède les quatre lobes caractéristiques des Molgulidées, mais Us sont tous de même gramleWy obtus, et portent une rangée de dents régulières comme celles de l'orifice branchial. Ces dents sont parfaitement indiquées sur l'animal entier par des petits tubercules formés par la tunique sur le pour- tour des orifices; elles s'observent plus nettement encore quand on a débarrassé l'Ascidie de sa tunique. Derme et muscles. — Le derme présente un développement extraordinaire ; sur les plus grands spécimens il a près d'un centimètre d'épaisseur et encore est-il fortement contracté par l'alcool. La musculature est très riche et le siphon bran- chial présente à ce sujet une particularité intéressante : on y Irouve d'abord des muscles longitudinaux fins, serrés et ré- partis régulièrement comme on en trouve chez beaucoup d'autres Molgulidées, mais de plus ils sont accompagnés de six autres gros faisceaux superficiels qui correspondent cha- cun à un espace interlobaire de l'orifice branchial ; à l'œil nu, on voit même que chacun d'eux est formé de deux autres faisceaux étroitement accolés tout le long du siphon et qui, à la base de ce dernier, s'irradient dans le derme. De semblables gros muscles n'existent pas autour du si- phon cloacal ; ce sont les muscles circulaires qui y sont de beaucoup les plus développés, et les longitudinaux, situés plus profondément, sont fins et distribués régulièrement. A sa partie inférieure, le corps, au lieu de se terminer par une surface régulièrement convexe et lisse, se continue par une sorte de lamelle très aplatie et fortement serrée entre les parois delà tunique, qui, dans cette région, est très com- primée latéralement. Cette membrane paraît ainsi s'enfoncer de plusieurs centimètres dans la tunique ; elle est constituée par un prolongement du derme, dépourvu de muscles, où abondent les globules sanguins et qui est le siège d'une pro- duction très abondante de tunicine. Tentacules. — Les tentacules sont au nombre de huit, de deux grandeurs différentes, alternant les uns avec les autres. 382 A.A^TOirvE pizoK. Ils sont tous très touffus. Les plus grands dépassent un cen- timètre et demi de longueur et encore sont-ils très fortement contractés par suite de leur séjour dans l'alcool. Les autres ont une longueur moitié moindre. Branchie. — La branchie est extrêmement épaisse ; elle présente de chaque côté sept méridiens coupés par cinq grosses côtes. Celles-ci, vues par la face interne, se présen- tent aussi comme autant de grandes lamelles, mais de largeur un peu moindre que les méridiens; vues par la face externe de la branchie, elles se traduisent par de grosses côtes creu- ses où circule abondamment le liquide sanguin et qui sont reliées par de grosses anastomoses aux grandes lacunes san- guines dermiques ou périintestinales. Les stigmates sont très nombreux, irréguliers et disposés en spirales formant de petits infundibulums répartis sans ordre. Le réseau vasculaire qui accompagne ces stigmates est extrêmement riche et est constitué non par de fins vaisseaux capillaires comme ceux qu'on trouve par exemple chez les GamaUer, mais par de larges lamelles qui se détachent des méridiens et des côtes perpendiculaires et se réunissent en un réseau très irrégulier, que l'on distingue même à la loupe ; il s'en détache de très nombreuses anastomoses qui vont s'ouvrir dans les espaces sanguins interstigmatiques. Glandes génitales. — La glande génitale gauche est placée au-dessus de la courbure intestinale, celle de droite dans la concavité du rein. Elles sont pyriformes et de grandes dimensions (5 à 6 centimètres de longueur). Dans cha- cune d'elles, la partie mâle et la partie femelle sont intime- ment accolées. Vues par la face externe, on ne distingue guère que la masse ovarienne avec son grand oviducte étendu d'une extrémité à l'autre ; sur les flancs on voit déborder quelques gros lobes spermatiques, formés chacun d'un grand nombre de petits follicules (fig. 4, PI. XÏV). Vue par sa face interne, la glande ne montre guère, au contraire, que de gros lobes testiculaires, formés chacune ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 383 d'une quantité de follicules plus simples, qui tous con- vergent au centre du lobe. Entre eux et sur la ligne médiane de la glande, apparaît encore la partie ovarienne, mais sur une très faible largeur. Chaque glande mâle possède à sa partie antérieure quatre orifices s' ouvrant au sommet de quatre papilles qui proéminent dans la cavité péribranchiale. Cette particularité cons- titue vraisemblablement un caractère générique, mais je ne puis fixer l'importance qu'il convient de lui atlribuer parce que je n'ai à ma disposition que la seule espèce St. villosa. La glande femelle ne possède au contraire qu'un seul ori- fice, situé au voisinage de ceux des follicules mâles. Rein. — Les dimensions de cet organe sont en rapport avec celles des autres parties du corps ; il a la forme d'un fer à cheval et renferme une des glandes génitales dans sa concavité. Son bord convexe n'a pas moins de 12 centimè- tres de longueur sur le plus grand spécimen de la collection, lequel mesure 20 centimètres de haut en bas ; sa largeur est de 2 centimètres environ. Il semble être un sac absolument clos, car en y poussant une masse à injection, elle ne s'écoule par aucune issue. L'étude de ce même organe chez la Molgula socialis^ par des coupes en séries, ne m'a pas révélé non plus l'existence d'orifices quelconques. La cavité du rein des Stomatropa est pleine de débris lamel- leux, d'assez grandes dimensions, qui paraissent se détacher de ses parois; celles-ci sont constituées elles-mêmes par un certain nombre de feuillets très minces qui paraissent s'ex- folier d'une façon continue. Ce sont les seules observations qu'il m'a été possible défaire sur le fonctionnement de cet organe, à cause du trop long séjour des animaux dans l'alcool. Tube digestif. — Les grandes dimensions du tube digestif m'ont permis d'y relever un certain nombre de particularités anatomiques qui sont plus difficilement observables sur les Molgules ordinaires de nos côtes, parce qu'elles sont de trop petite taille (fig. 4, PI. XIV). 384 A]\ToiNË pizoïv. L'intestin décrit une double anse et remonte assez haut vers le milieu de la face gauche. Cet intestin ouvert montre trois régions parfaitement distinctes : r Depuis l'œsophage jusqu'au voisinage de la glande géni- tale, c'est-à-direjusqu'à l'anse supérieure, la paroi intesti- nale est recouverte d'une quantité considérable de glan- dules d'un rouge brun, dont l'épaisseur n'atteint pas moins de 2 millimètres par endroits, surtout au voisinage de l'œsophage. Ils font saillie dans la cavité intestinale et lui donnent un aspect villeux. Leur épaisseur diminue progres- sivement de l'œsophage jusqu'à l'anse supérieure, où ils ne forment plus que deux petites bandes distinctes, qui se terminent en pointe. Ils ne constituent probablement pas autre chose que la glande digestive que M. Lacaze-Duthierset les autres ascidiologues ont regardée comme un organe hépa- tique et qui, chez ces Molgulidées, présenterait un développe- ment extraordinaire. Mais cette première partie de l'intestin présente une autre particularité : c'est \xn sillon sinueux creusé dans sa paroi et le long de sa face profonde ; il est limité par les glandules hépatiques et son fond est absolument lisse. 11 se détache avec la plus grande netteté entre ces glandules et sa largeur mesure au delà d'un millimètre. Il est aussi net que l'endostyle. Il représente évidemment le chemin que suivent les aliments dans cette première partie de l'intestin; il suffit d'ouvrir ce dernier pour s'en convaincre. Mais il n'y a pas lieu de penser pour cela que c'est uniquement ce sillon qui fait prendre aux résidus leur forme de petites cordelettes ; le fait qu'on trouve de semblables cordelettes à une assez faible dislance de l'œsophage, même chez les petites Moîgules ordinaires dépourvues d'un lel sillon et d'une membrane spirale dans l'intestin, indique que cette forme en cordelettes se réalise en premier lieu dans le par- cours de l'endostyle, où les particules alimentaires sont agglutinées à mesure qu'elles circulent. Chez les Stomatropa, le sillon interhépatique ne fait que continuer l'action du sillon endostylaire. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 385 Sur le plus pelil spécimen de Stomatropa qui existe dans les collections et qui mesure environ 12 cenlimètres, le sillon hépatique est encore bien marqué, mais il n'est plus guère distinguable qu'à la loupe. Comme je ne me trouve en pré- sence que d'une seule espèce de ce genre nouveau, je ne puis pas dire si le caractère fourni par ce sillon inlerhépa- lique est d'ordre spécifique ou d'ordre générique. 2° La seconde partie de l'intestin comprend Fanse supé- rieure, située au-dessous de la glande génitale. Ici, les glandules hépatiques ont pris fin, mais à une très faible distance, la surface interne de Tintestin, sur toute l'étendue de l'anse, présente (V autres glandules cl un jaune pâle, qui for- ment des bandes parallèles et lui donnent un peu l'aspect de l'estomac cannelé de cerîaines Ascidies composées. Celte région ne présente aucun renflement, aucun indice extérieur en rapport avec cette différenciation des parois internes. Mais les nombreuses glandes qu'elle renferme sont évidem- ment la marque d'une différenciation particulière, et je me propose de faire, à ce sujet, une étude comparée du tube di- gestif des différentes Molgulidées de la collection du Muséum. 3° Enfin, la dernière partie du tube digestif comprend la branche terminale qui part de l'anse supérieure pour aller s'ouvrir dans le cloaque. La surface interne de celte région est absolument lisse; aucune glande ne s'y montre. L'anus est bordé par deux lèvres ou deux lobes d'assez grandes dimensions, l'un inférieur, l'autre supérieur; ils portent eux-mêmes chacun trois dents beaucoup plus fines, longues et aiguës. L'intestin ne présente aucune trace de membrane spirale. Affinités. — Les Stomatropa villosa^ par leur aspect exté- rieur et leur grande (aille, rappellentles Ascopera Herdm. et les Molgula giganiea Herdm. provenant du Challenger. Une comparaison avec ces espèces est nécessaire. r Par leur grande taille et par leur siphon branchial, latéral et recourbé vers le bas, les Stomatropa villosa res- semblent aux deux espèces à^ Ascopera décrites par ANN. se. NAT. ZOOL. Vil, 25 386 A^'Tor\c pizo\\ Herdmaiin (1), lesquelles alteigiient aussi de grandes dimen- sions (30 cenlimètres de longueur). Mais à cela se bornent les rapprochements qu'il est possible de faire entre ces diffé- rentes espèces. Il y a d'abord quelques caractères extérieurs qui les différencient nettement; les Ascopera sont très longuement pédoncules, et la largeur de leur pédoncule est à peine le tiers de celle du corps. De plus, aucune des deux espèces à' Ascopera n'est agglutinante, et la surface de leur tunique est lisse sur toute son étendue, tandis que celle des Stoma- tropa viUosa présente, comme nous l'avons vu, un revête- ment sableux de plus d'un centimètre d'épaisseur sur toute sa moitié inférieure. Enfin, à défaut de ces caractères extérieurs, il y aurait encore les caractères anatomiques internes pour enlever tout doute. Les caractères génériques des Ascopera sont bien tranchés et bien différents de ceux des Stomatropa-, leur tube digestif a ses deux moitiés verticales et parallèles l'une à l'autre, en même temps qu'à la glande génitale; leur branchie a des trémas rectilignes ou courbes, mais jamais arrangés en spirale] les lobes de leurs siphons sont égaux et non dentés. 2° Les Stomatropa villosa se rapprochent davantage par leur forme générale des ilfo/^w/a ^i^a;?^e« Herdm. (2), et la com- paraison de ces espèces s'impose d'aulant plus que les trois spécimens de Str. vïllosa qui existent dans les collections du Muséum proviennent des mêmes régions que les Molgula ^i^an/e^ étudiées par Herdmann. L'un des trois provient des côtes de Patagonie et un autre a été dragué près des îles Malouines, parD2°45 de latitude et ô7°9 de longitude. Or, cer- tains spécimens étudiés par Herdmann ont été également dragués sur les côtes de la Patagonie, d'autres par 52°20 de latitude et 68' de longitude. Il est incontestable que, par leur forme générale, leurs (1) Le « Challenger », vol. VI, pi. \ à IH. (2) Voir Challenger, t. VI, p. 69 et pi. IV. ÉTUDE DES MOLGULIDÉES. 387 dimensions, l'aspect de leur tunique et le revêtement sableux qui les recouvre sur la moitié inférieure du corps, les espèces dlïerdmann et celles du Muséum de Paris se res- semblent beaucoup. Le plus grand spécimen de Molgula gigantea présente 33 centimètres de longueur et dépasse par conséquent de beaucoup ceux de Stomatropa^ qui ne mesurent pas plus de 20 centimèlres, mais cela ne constilue pas évidemment une différence spécifique; d'ailleurs les spécimens du Challenger varient de 5 à 33 centimètres. Les siphons sont aussi placés de même dans les deux espèces, avec cette différence, il est vrai^ qu'ils sont beaucoup plus longs chez les Stomatropa villosa. La disposition des Irémas de la branchie, pas plus que les lames méridiennes et les côtes, ne présentent non plus de différence caractéristique. Mais les Molgula gigantea possèdent 'seize teniacules à l'orifice branchial, tandis que les Stomatropa villosa n'en ont que huit. A côté de ces différences et de ces ressemblances qui toutes sont d'ordre secondaire, il ne reste donc, pour distin- guer ces deux formes, que leurs caractères génériques, qui sont parfaitement nets et sont basés, comme nous l'avons vu plus haut, sur la forme des siphons et des lobes dentelés qui en garnissent l'ouverture. Habitat. — Sur les trois spécimens qui existent dans les collections, un provient des côtes de Patagonie oii il a été recueilli par M. Ingouf; les deux autres ont été rapportés par la Mission scientifique de la Romanche^ au Cap Horn, et ont été dragués aux îles Malouines, par 320 mètres de profon- deur. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE XI Organisation des Gamaster Bakarensis. Fig. \. — Un individu de Gamaster Bakarensis n.sp., en grandeur nalurelle, vu par la face gauche et montrant son tube digestif à travers la tunique transparente. Fig. 2. — Le même dépouillé de sa tunique et vu par la face droite, pour montrer les follicules spermaliques Gm, la glande femelle Gf et le rein R. Fig. 3. — Le même vu par la face gauche et montrant la disposition générale de l'inlestin I et le foie F. Fig. 4. — Glande génitale grossie; G/', portion de la glande femelle; Gm, un des follicules mâles digités avec son ampoule spermatique centrale a, qui s'ouvre directement dans la cavité péribranchiale. — Les follicules sont au nombre de douze, mais quelques-uns se sont anastomosés par leurs extrémités et le nombre des orifices excréteurs n'est que de dix : les follicules F^ et F- sont fusionnés ainsi que F^ et F^. Fig. 5. — Un des infundibulums de la branchie à un fort grossissement. — L, L' méridien réduit à une mince lamelle passant par le centre de l'infun- dibulum, duquel elle est indépendante. C^Ca, deux côles perpendiculaires au méridien et réduites également à de simples lamelles rubanées vasculaires. V vaisseaux sanguins radiaires qui partent des côtes perpendiculaires et convergent vers le centre de l'infundibulum. De nombreuses anasto- moses, telles que v, v', les relient les uns aux autres ; d'autres plus courtes, A, A', sont à cheval sur un sligmale et relient deux espaces interstigma- tiques voisins. Fig. 6, 7 et 8. — Variations des sommets des infundibulums. Dans la lig. 6, le sommet est formé d'un seul tréma spirale T. Six gros capillaires sanguins V viennent y converger et sont réunis par des ana- stomoses plus iînes (elles que A. La fig. 7 représente un infundibulum dont le sommet est formé de deux trémas distincts T et T', qui rappellent exactement ceux des Eiigyres. Enfin, dans la fig. 8, il y a encore deux trémas, seulement l'un d'eux, T, est plus court et n'atteint pas le sommet de l'infundibulum. Fig. 9. — Fragment de la couronne tentaculaire ; T* T- P , tentacules de trois grandeurs différentes. EXPLICATION DES PLANCHES. i^89 PLANCHE XII Branchie de Molluga FilhoUns.p. Fig. 1. — Portion de branchie vue par la face interne, monlranl un grand infundibulum à stigmates concentriques et dont le sommet est sous le méridien M, à égale distance des deux côtes perpendiculaires C et C. En dehors de ces stigmates concentriques, s'en trouvent de nombreux autres qui sont courbés et constituent un très grand nombre d'autres petits infundibulums secondaires. Fig. 2. — Portion de branchie vue encore par sa face interne, mais agrandie pour montrer la disposition des vaisseaux sanguins. De la lame méridienne M partent de ^ros vaisseaux radiaires tels que V, qui se rendent au centre des petits infundibulums secondaires I et 1'; de ceux-ci partent également d'autres petits vaisseaux rayonnants, tels que V. Les vaisseaux rayonnants sont réunis les uns aux aulres par des ana- stomoses latérales telles que v, qui s'étendent parallèlement aux intervalles interstigmatiques. Enfin, ces anastomoses latérales sont elles-mêmes réunies les unes aux aulres par des petites branches radiaires v'. Fig. 3 et 4. — Détails des infundibulums. — Dans la fig. 3 il y a, en réa- lité, deux petits sommets distincts à l'extrémité de l'infundibulimi. — Dans la fig. 4, l'infundibulum est constitué par deux stigmates spirales enroulés en sens inverse Tun de l'autre; cette disposition rappelle celle des Eugyres et des Gamaster. Fig. 5. — Porlion de branchie située au voisinage d'une côte perpendicu- laire, en dehors d'un grand infundibulum central pour montrer la disposition des stigmates courl)es qui forment les petits infundibulums secondaires. PLANCHE XIII Fig. 1. — Clenicella tumulus dépouillée de sa tunique et vue par la face gauche. — R, orifice branchial. — C, orifice cloacal. — G/, glande femelle. — Gm, glande mâle. — I, intestin. — Grandeur naturelle. Fig. 2. — La même encore dépourvue de sa tunique et vue par sa face droite. — B, orifice branchial. — G, orifice cloacal. — Gf, glande femelle. — Gm, glande mâle. — R, rein. — Grandeur naturelle. Fig. 3. — Fragment de branchie de Ctenicella tumulus, montrant un méri- dien formé de ses cinq petites lames parallèles L^ L- , L^. Elles sont coupées par deux côtes principales C et C\ et entre ces deux dernières se trouve une autre côte moins importante ou côte secondaire Cs, Les stigmates branchiaux Sï, sont coupés par de nombreux vaisseaux V, et ils forment deux infundibulums qui ont leurs sommets I et 1', dans l'intervalle compris entre une côte principale G et une côte secon- daire Cs. L^, et L-, sont les deux premières lames d'un autre méridien. Entre L^ et L', se trouve l'espace compris entre deux méridiens; il est parcouru par de longs trémas qui commencent sous la côte perpendicu- laire Cs, se poursuivent sous une côte principale C ou CJ, et vont se 1er- 390 itIVTOIlVE PIKOIV. miner sous la côte secondaire Cs', effectuant ainsi un demi-tour à la base de rinfundibiilum. Fia;. 4. — Ctenicella rugosa ns.p, entière, c'est-à-dire revêtue de sa tunique, aux 2/3 de sa grandeur naturelle. — B, orifice branchial ; C, orifice cloacal. Fig. 5. — Ctenicella Lehruni ns.p, recouvert de sa tunique, aux 2/3 de sa grandeur naturelle. — B, orifice branchial. — C, orifice cloacal. Fig. 6. — Orifice branchial d'Astropera sabulosa, vu par sa face supérieure et montrant sa double couronne de lobes inégaux. Grandeur naturelle. Fig. 7. — Orifice cloacal du même avec sa double couronne de lobes. Gran- deur naturelle. PLANCHE XIV Fig. 1. — Molgula glomerata réduite de 1 /4. Divers individus soudés les uns aux autres. B, orifice branchial; G, orifice cloacal Fig. 2. — La même en grandeur naturelle, dépouillée de sa tunique et vue par sa face gauche. Le siphon branchial B est beaucoup plus long que l'autre et montre ses lobes arrondis et égaux. Le siphon cloacal G est beaucoup plus court et a ses 4 lobes pointus. Le derme transparent laisse voir l'intestin I, sa glande hépatique G/t, et la glande hermaphrodite G. Fig. 3. — Stomatropa villosa, 2/3 de grandeur naturelle. Vue en entier, revêtue de sa tunique. B, siphon branchial fortement arqué, avec ses dentelures contractées par l'alcool; C, siphon cloacal très court et à peu près vertical. Fig. 4. — La même, vue de gauche; spécimen réduit de moitié. La tunique a été enlevée, ainsi que le derme épais, pour laisser voir l'intes- tin I et la glande génitale G^. Celle-ci comprend une partie femelle G/", sur les côtés de laquelle débordent les follicules mâles Gm. Fig. 5. — Siphon branchial de Stomatropa, son orifice vu de face et mon- trant ses lobes inégaux et dentés. Grandeur naturelle. Fig. 6. — Orifice cloacal du même, vu également de face avec ses 4 lobes égaux et dentés. Grandeur naturelle. Fig. 7. — Astropera sabulosa dépourvu de sa tunique et vu par sa giiuche. Grandeur naturelle. Le derme transparent laisse voir l'intestin I, dont les deux parties sont horizontales, et la glande hépati'que Gh. Au-dessus de l'intestin, se trouve la glande hermaphrodite dont les deux parties sont presque complètement distinctes : Gm, follicules màles ; G/", glande femelle. L'ouverture branchiale B et l'ouverture cloacale G sont à peu près à fleur du corps et bordées, l'une et l'autre, de leurs lobes pétaloïdes. Fig. 8. — Le même, vu par sa face droite. La tunique transparente laisse voir le rein B, les follicules màles Gm et la glande femelle allongée Gf. Grandeur naturelle. PLANCHE XV Fig. 1. — Ctenicella rugosa vue par sa face gauche et dépouillée du derme pour montrer la disposition relative des organes génitaux et la forme de l'intestin; 2/3 de grandeur naturelle. EXPLICATION DES PLANCHES. .'J91 B, orifice branchial avec ses six lobes dentelés et le siphon parcouru par de grosses bandes musculaires. C, orifice cloacal avec ses 4 lobes den- telés. I, intestin dont l'anse remonte très haut et dont l'extrémité est bordée par une languette L; Gh, glande hépatique qui s'étend très loin sur l'intestin. G/", glande femelle avec son conduit central qui va s'ouvrir au sommet de la papille Of. Gm, follicules mâles qui débordent à droite et à gauche de la glande femelle et déversent leur contenu par les deux conduits Om. Fig. 2. — La même, vue par la face droite, 2/3 de grandeur naturelle. La glande hermaphrodite est située au-dessus du rein R. Mêmes lettres que dans la iigure précédente. Fig. 3. — Ctenicella Lebrimi, 2/3 de grandeur naturelle, vue par la face gauche ; le derme, très épais, a été enlevé pour laisser voir l'intestin I, dont l'extrémité est garnie de la languette anale L. Le siphon cloacal G est beaucoup plus large que le siphon branchial B et a ses lobes beaucoup plus obtus. Fig. 4. — Mo/^w/a Fi//io/i, grandeur naturelle et entière, c'est-à-dire recou- verte de sa tunique. B, siphon branchial; C. siphon dorsal. Fig. 5. — La même, dépourvue de sa tunique et vue par la face gauche. Grandeur naturelle. Le derme transparent laisse apercevoir l'intestin I, la glande hépatique G/î, et la glande hermaphrodite G. Les lobes des oriQces sont courts. Fig. 6. — Molgula gregaria Herdm. dépourvue de sa tunique et vue par sa face gauche; 2/3 de grandeur naturelle. Le derme est assez transparent pour laisser voir l'intestin I, qui est fortement recourbé, avec sa glande hépatique Gh. La glande hermaphrodite a ses follicules mâles, Gm, qui débordent à droite et à gauche de la glande femelle Gf. Fig. 7. — Fragment de branchie d^Astropera sabulosa. Chaque méridien est composé de trois lames L^ L-, L^, coupées par des côtes perpendiculaires telles que C^ et C^. L'intervalle compris entre L^ et L représente l'espace compris entre deux méridiens et présente des petits trémas courbes. Cet intervalle est parcouru par un certain nombre de vaisseaux ra- diaires V, V, V", desquels se détache un très riche réseau R. TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME La partie antérieure du tube digestif et la torsion chez les Mollusques gastéropodes, par M. Alexandre Amaudrut 1 Observations sur les organes génitaux des Braconides, par M. L.-G. Seu- rat 293 Étude anatomique et systématique des Molguiidées appartenant aux collections du Muséum de Paris, par M. Antoine Pizon, agrégé, docteur es sciences naturelles. 305 TABLE DES ARTICLES PAR NOMS D AUTEURS Amaudrut. — La partie antérieure du tube digestif et la torsion chez les Mollusques gastéropodes 1 PizoN (A). — Étude anatomique et systématique des Molguiidées appartenant aux collections du Muséum de Paris 305 Seurat (L.-G.). — Observations sur les organes génitaux des Braco- nides 293 TABLE DES PLANCHES CONTENUES DANS CE VOLUME Planches I àX. — Tube digestif chez les Mollusques gastéropodes. Planches XI à XV. — Anatomie des Molguiidées. CoHBEiL. Imprimerie Ed. Cuété. ;^oo/.7:\7/. p/./. jt-..- Masson et C'f, /^W/ùujrs Biwxan} IWt. l/ui.Jcs > s. //<•//. Si Scri Masson. et C'f, Editeurs, /rnp"^^ /. ■'mercier. Jhr/y. /^('S/tard luth. , U//i .(/l's <*»V-. /u// . <"*.' .><■/•// ;^o.>/.y:r//. /V.3. Masson. et C'f.Editeurs. 'mercier rans Panj. Zoo/.7:\V/. P/A. tsm Masson et C'f, Editeurs, /mp ■' ?•' /.em ercLer . Parcs- . Be.sruird ÏM.. Zoo/.7:\7l P/.5. ""j'iissori fi i''-,/:uiitHir.\ Bernard, Uilv. jmp '" /.em ertcer. Parcs . ///// . r/f'.s- , Se. /m/ . rV/' , SV'/v'c ;^oo/. 7117/. /'/.6. ^hss^ij^'^'^'^'' r Sph MciS^cii e( (''■', Iùulf-ur.\ Cri JBeAiard Uth. Imp ""■" /.enuTcier, Pans ///// . c/os , S'r. /i(U . f S'.'\ SV/Y<' . Zcol.T.W/. P/J. Be.^PMfd. LUh,. i^mp '^^ ZefT.ercœr. Pans . /////. <'/i'.s" ,sV-. //<-//. f^'.''.sV'//<' ;^oo/.7:]7i p/.s. po(j~^ y/assoj) tt 1 ■"' r.\lilt'iii.\. Jie^a.rà IHJl /rni'^"- [■•îmt"(ler Parts. Ârm.cles Se. 71a/ .